‹ Les merveilles célestes, lectures du soirChapitre 41 sur 47 · DATES ÉCLIPSES LOCALITÉS CENTRALES · texte numérisé non relu

DATES ÉCLIPSES LOCALITÉS CENTRALES

il janvier . . Éclipse partielle de Soleil. Asie.

8 juin ... — — — . . Europe.

25 juin ... — totale de Lune . . Nouvelle-Guinée.

17 décembre. — partielle de Lune . Cap Vert.

28 mai . . . Éclipse totale de Soleil . . Espagne. * 22 novembre. — partielle de Soleil . Madagascar.

Je ne doute pas que vous ne restiez sur cette planète avec moi jusqu'à la dernière, et vous serez à même de constater la vérité de cette prédiction. Malheureusement, pas une éclipse de Soleil ne sera totale en France; mais pour peu que nos inventions de vapeur et d'électricité continuent et que d'autres leur viennent en aide, la Terre ne sera bientôt plus qu'un seul pays, et l'on voyagera d'ici à Pékin comme on allait au siècle dernier de Paris à Saint-Cloud.

La plus prochaine grande éclipse de Soleil visible en France n'arrivera qu'en 1912 : encore ne sera-t-elle pas tout à fait totale. Nous n'en aurons pas de totale visible en France avant l'an 2026. La dernière est arrivée en 1842 : elle a été totale pour le Midi de la France.

En disant que les éclipses de Soleil et de Lune ne sont plus un objet de terreur pour nous, je ne veux pas dire quelles ne nous causent plus aucune impression. Non, les impressions soudaines causées par le spectacle des ])hénomènes les plus rares de la nature sont indépendantes de notre réflexion, et l'absence subite de la lumière solaire au milieu de la journée cause à tous les êtres une émotion dont ils ne peuvent s'affranchir. La relation de l'effet produit par les éclipses sur Ihomme et même sur les animaux est trop intéressante pour que je ne vous l'offre pas en conclusion de mon chapitre. Je choisirai

pour rapporteur un témoin oculaire de réclipse totale de juillet 1842, dont le talent de narrateur est trop bien connu pour qu'on en fasse l'ëloge : c'est François Arago lui-même qui va nous communiquer ses impressions, enrichies encore d'autres témoignages auxquels il attribue une assez haute valeur pour les réunir aux siens.

Riccioli rapporte qu'au moment de l'éclipsé totale de 1415 on vit, en Bohème, des oiseaux tomber morts de frayeur. La môme chose est rapportée de l'éclipsé de 15C0. (( Les oiseaux, chose merveilleuse (disent les témoins oculaires), saisis d'horreur, tombaient à terre. )>

En 1706, à Montpellier, disent les observateurs, les diauves-souris voltigeaient comme à l'entrée de la nuit. Les poules, les pigeons coururent précipitamment se renfermer. Les petits oiseaux qui chantaient dans les cages se turent et mirent la tète sous l'aile. Les bètes qui étaient au labour s'arrêtèrent. La frayeur produite chez les bètes de sonnnc par le passage subit du jour à la nuit est constatée aussi dans le mémoire de Liouville relatif à réclii)se * ....

de 1715. (( Les chevaux, y est-il dit, qui labouraient ou

marchaient sur les grandes routes, se couchèrent; ils refusèrent d'avancer. »

Fontenelle lapporte qu'en l'année 1054, sur la simple annonce d'une éclipse totale, une multitude d'habitants de Paris allèrent se cacher au fond des caves.

Grâce au progrès des sciences, l'éclipsé totale d-e 18i!2 a trouvé le public dans des dispositions bien différentes <le celles qu'il avait manifestées en 1054. Une vive et légitime curiosité avait remplacé des craintes puériles.

liCs populations des plus pauvres villages des Pyrénées et des Alpes se transportèrent en masse sur les points culminants d'où le phénomène devait être le mieux aperçu; elles ne doutaient pas, sauf quelques rares exceptions, que l'éclipsé n'eût été exactement annoncée; elles la ran- 4^eaient parmi les événements naturels, réguliers, calcu-

labiés, dont le bon sens commandait de ne point s'inquie'ter.

A Perpignan, les personnes gravement malades étaient seules restées dans leurs chambres. La population cjuvrait dès le grand matin les terrasses, les remparts de la ville, tous les monticules extérieurs d'où l'on pouvait espérer voir le lever du Soleil. A la citadelle, les astronomes du Bureau des longitudes avaient sous les yeux, outre des groupes nombreux de citoyens établis sur les glacis, les soldats qui, dans une vaste cour, allaient être passés en revue.

L'heure du commencement de l'éelipse approchait. Près de vingt mille personnes, des verres enfumés à la main, examinaient le globe radieux se projetant sur un ciel dazur, <( A peine, armés de nos fortes lunettes, dit Arago, commencions-nous à apercevoir la petite échancrure du bord occidental du Soleil, qu'un cri immense, mélangé de vingt mille cris différents, vint nous avertir que nous avions devancé seulement de quelques secondes l'observation faite à l'œil nu par vingt mille astronomes improvisés dont c'était le coup d'essai. Une vive curiosité, l'émulation, le <lésir de ne pas être prévenu, semblaient avoir eu le privilège de donner à la vue naturelle une pénétration, une puissance inusitées.

« Entre ce moment et ceux qui précédèrent de très peu la disparition totale de l'astre, nous ne remarquâmes dans la contenance de tant de spectateurs rien qui mérite d'être rapporté. Mais lorsque le Soleil, réduit ta un étroit fdet, commença à ne plus jeter sur notre horizon qu'une lumière plus affaiblie, une sorte d'inquiétude s'empara de tout le monde ; chacun sentit le besoin de communiquer ses impressions à ceux dont il était entouré : de là un muo^issement sourd, semblable à celui d'une mer lointaine après la tempête. La rumeur devenait de plus en plus forte à mesure que le croissant solaire s'affaiblissait. Le croissant disparut enfin ; les ténèbres succédèrent subitement à la clarté, et un silence absolu marqua cette phase de l'éclipsé, tout aussi

nettement que l'avait fait le pendule de notre horloge asti'onomique. Le phénomène, dans sa magnificence, venait de triompher de la pétulance de la jeunesse, de la légèreté que certains hommes prennent pour un signe de supériorité, de l'indifférence bruyante dont les soldats font ordinairement profession. Un calme profond régna dans l'air; les oiseaux ne chantaient plus.

(( Après une attente solennnelle d'environ deux minutes, des transports de joie, des applaudissements frénétiques saluèrent avec le même accord, la même spontanéité, la réapparition des premiers rayons solaires. Au recueillement mélancolique produit par des sentiments indéfinissables venait de succéder une satisfaction vive et franche, dont personne ne songeait à contenir, à modérer les élans. Pour la majorité du public, le phénomène était à son terme. Les autres phases de l'éclipsé n'eurent guère de spectateurs attentifs, en dehors des personnes vouées aux études de l'astronomie.

(( Ceux-là mêmes qui, au moment delà disparition subite du Soleil, s'étaient montrés le plus vivement émus, s'égayèrent le lendemain, et ce me semble outre mesure, au récit des frayeurs que bon nombre de campagnards avaient éprouvées, et dont, au reste, ils ne cherchaient pas à faire mystère. Pour moi, je trouvai tout naturel que des hommes illettrés, à qui personne n'avait dit qu'une éclipse devait avoir lieu, eussent montré une grande inquiétude en voyant les ténèbres succéder si brusquement à la lumière. Qu'on ne s'y trompe point, l'idée dmie convulsion de la nature, l'idée que le moment de la fin du monde venait d'arriver, n'est pas ce qui bouleversa le plus généralement ces hommes incultes et neufs. Lorsque je les questionnais sur la cause réelle de leur désespoir, ils me répondaient sur-le-champ : M Le ciel était serein, et cependant la clarté du jour dimi- « nuait, et les objets s'assombrissaient, et tout à coup nous (( nous trouvâmes dans leî ténèbres : nous crûmes être <( devenus aveugles. »

Un pauvre enfant de la commune des Sièges gardait un troupeau. Ignorant complètement T événement qui se préparait, il voit avec inquiétude le Soleil s'obscurcir par degrés, car aucun nuage, aucune vapeur ne lui donnait l'explication de ce phénomène. Lorsque la lumière disparut tout à coup, le pauvre enfant, au comble de la frayeur, se mit à pleurer et à appeler : Au secours!... Ses larmes coulaient encore lorsque le Soleil donna ses premiers rayons. Rassuré à cet aspect, l'enfant leva les bras en s'écriant : 0 beou souîeou ! (0 beau soleil !).

Un habitant de Perpignan priva, à dessjein, son chien de nourriture, à partir de la veille. Le lendemain matin, au moment où l'éclipsé totale devait avoir lieu, il jeta un morceau de pain au pauvre animal, qui commençait à le dévorer, lorsque les derniers rayons du Soleil disparurent. Aussitôt le chien laissa tomber le pain ; il ne le reprit qu'au bout de deux minutes, après la fm de l'obscurité totale, et le mangea alors avec une grande avidité.

Un autre chien se réfugia entre les jambes de son maître au moment où le Soleil s'éclipsa.

Dans une campagne, des poules, au moment de l'éclipsé totale, abandonnèrent subitement le millet qu'on venait de leur donner et se réfugièrent dans une étable. Ailleurs, se trouvant loin de toute habitation, elles allèrent se grouper sous le ventre d'un cheval. Une poule entourée de poussins s'empressa de les appeler et de les couvrir de ses ailes.

Des canards qui nageaient dans une mare ne se dirigèrent pas, au moment de la disparition du Soleil, vers la métairie assez éloignée d'où ils étaient sortis deux heures auparavant; ils se massèrent et se blottirent dans un coin.

A la Tour, chef-lieu de canton dans les Pyrénées-Orientales, un habitant avait trois linottes. Le 8 juillet, de grand matin, en suspendant à la fenêtre de son salon la cage qui renfermait les trois petits oiseaux, il remarqua qu'ils paraissaient très bien portants ; après l'éclipsé, un d'entre eux

était mort. Faut-il croire que la linotte se tua en heurtant avec force, dans un moment de frayeur, les barreaux de sa eage? Quelques faits observés ailleurs rendront cette supposition probable.

Enlin, il n'est pas jusqu'aux insectes qui n'aient ressenti une pareille impression.

Un observateur de Perpignan raconte qu'il était assis devant un petit sentier, tracé par des fourmis que le hasard lui fit rencontrer. Elles travaillaient avec leur vivacité accoutumée; toutefois, à mesure que le jour diminuait, leur marclie se ralentissait ; elles paraissaient éprouver de l'hésitation. A l'instant où le Soleil disparut entièrement, les fourmis s'arrêtèrent, mais sans abandonner les fardeaux qu'elles traînaient. Leur immoliilité cessa dès que la lumière eut repris une certaine force, et bientôt elles se remirent en route.

Des chauves-souris, croyant la nuit venue, quittèrent leurs retraites ; un hibou, sorti d'une tour de Saint-Pierre, traversa en volant la place du Peyrou ; les hirondelles disparurent ; les poules rentrèrent ; des bœufs qui paissaient librement se rangèrent en cercle, adossés les uns aux autres, les cornes en avant comme pour résister à une attaque.

Des observateurs de Crémone assurent qu'il tomba à terre une immense quantité d'oiseaux. Un autre observateur, qui était sous un arbre près de Lodi, remarqua que les oiseaux cessèrent de chanter au moment /le l'obscurité, mais aucun d'eux ne tomba.

Dans la relation que mon savant ami l'abbé Zantedeschi adressa de Venise à Arago, on lit qu'au moment de l'obscurité totale (( des oiseaux voulant s'enfuir et n'y voyant pas» allèrent se heurter contre les cheminées des maisons ou contre les murs, et qu'étourdis du coup ils tombèrent sur les toits, diins les rues ou dans les lagunes. Parmi lesoiseaux qui éprouvèrent de ces accidents on peut citer des

LES ÉCLIPSES. oiô

hirondelles et un pigeon. Des hirondelles furent prises dans les rues, l'épouvante qui les avait saisies leur ayant à peine laissé la faculté de voleter {svolazzare) . »

Des abeilles qui avaient quitté leur ruche en grand nombre, au lever du soleil, v rentrèrent même avant le moment de l'éclipsé totale, et attendirent, pour en sortir de nouveau, que l'astre éclipsé eut repris tout son éclat.

Ces relations donnent une idée suffisante de l'effet produit par des phénomènes insolites sur les facultés de l'homme et des animaux. La nécessité de l'ordre est si profondément attachée à notre conception de la création, qu'une apparence de trouble nous jette hors de notre sécurité normale et nous remplit de crainte.

Les résultats scientifiques des observations d'éclipsés ont surtout porté sur l'élucidation du grand problème de la constitution physique du Soleil. Nous les avons rapportés au chapitre relatif à cet astre. Les dernières grandes éclipses totales, celles du 18 août 1868 et du 2:2 décembre 1870, ont été, comme on l'a vu, très précieuses pour la science.

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