SES NOUVEAUX CRITIQUES PAR E. CARO
Professeur de philosophie à la Faculté des lettres de Paris.
DEUXIÈME ÉDITION tJu volume iu-lS jésii»!. — Prix, broche, 3 fr. 50 e.
Ce livre , que nous publions aujourd'hui dans un formai populaire, n'a plus besoin d'être signalé au nombreux public qui s'intéresse encore en France aux problèmes de la philosophie religieuse, et qui s'inquiète de savoir s'il est vrai, comme le prétendent les écoles nouvelles, que l'idée du Dieu réel et personnel soit une superstition incompatible avec les progrès de la science.
Nous n'avons , pour louer sufflsamment ce livre , qu'à rappeler les importants articles dont il a été l'objet, depuis son apparition jusqu'à ces derniers jours, dar.s les journaux et les recueils représentant les nuances les plus diverses de l'opinion : les Débats, le Siècle^ le iVuniteur universel^ la France, le Pays, VUnion, la. Revue des Deux- M ondes, le Correspondant^ la Revue française^ etc. On nous permettra de citer quelquesunes de ces appréciations :
.... « C'est un livre de polémique. M. Caro, sans jamais s'écarter du respect qui est dû soit à la liberté des opinions, soit au caractère et au talent de ceux qu'il combat, soumet à une critique ap-
profond ie tous les systèmes aujourd'hui à la mode sur les grandes questions de la métaphysique. Peisonnellement, M. Caro appartient à l'c'cole spiritualiste : il défend les traditions de cette philosophie à laquelle se rattachent, en France, les noms de Descartes, de Malebranche, de Bossuet, de Fénelon, et qui a reçu, de nos jours, un lustre nouveau des travaux de tant d'esprits éminents : M. Laroraiguière, M. Cousin, M. Jouffroy, M. Jules Simon, M. Saisset. L'existence et la nature de Dieu, la spiritualité et l'immortalité de l'âme, la cause et la fin des choses, en un mot, voilà le fond de l'éternel débat, moins changé, je crois, que renouvelé dans la forme par les écoles allemandes, dont quelques écrivains français d'un haut talent essayent, à l'heure qu'il est, de populariseï les idées en les revêtant de toute l'élégance de leur style. A vrai dire, ce n'en est pas moins une affreuse scolastique qui vise à l'agréable et au poli, et cherche à cacher son aridité sous une brillante parure de mots et de phrases choisis avec art. C'est sous cette parure que M. Caro va chercher l'idée pour la montrer telle qu'elle est, peu séduisante dès qu'on la voit à nu, et aboutissant presque toujours à dénaturer le sens que de tout temps les hommes ont attaché aux mots à'dme et de Dieu. Par bonheur, M. Caro est lui-même un écrivain élégant et clair. Aux armes de la logique et à la subtilité du raisonnement il sait joindre l'agrément du style. Personne ne réussit mieux que lui à suivre une pensée dans toutes ses nuances et à la placer sous son vrai jour. On lit son livre avec intérêt, avec plaisir. On est charmé des formes aimables de sa polémique. La lutte est vive et impitoyable sur les choses, équitable et toujours polie quant aux personnes. Au courant de tous les systèmes modernes, M. Caro ne les décrie pas, il les juge sans amertume et sans colère. On ne serait pas de son avis, qu'il faudrait encore lui savoir gré de sa franche et loyale critique.
M. S. DE S.iCY. »
{Journal des Débats du mercredi 23 mars 1864.)
« Je n'ai pas la prétention d'annoncer ni même de recommander ce livre aux lecteurs du Moniteur universel. Ceux d'entre eux qui ne l'ont pas lu en ont assurément entendu parler, car il y a longtemps qu'un ouvrage de philosophie, on peut dire de pure métaphysique, n'a fait en France une aussi prompte et aussi brillante fortune. Un tel .succès, dans l'état actuel des esprits, est presque un événement, et il me paraît, autant que le livre qui l'a obtenu, offrir un sujet de réflexions instructives.
.... a Se tenir sur la défensive avec ces fiers conquérants, si dégoûtés des vieux arguments et des vieilles doctrines, c'était s'avouer vaincu, c'était accepter, aux yeux de leurs admirateurs, le tort irrémissible de o'èlre au courant ni des procédés, ni des dé-
couvertes de la science contemporaine, et particulièrement de cette science universelle, de cette alchimie moderne qui s'appelle la critique. Non, il fallait leur livrer bataille sur leur propre terrain, et les frapper, s'il était possible, avec leurs propres armes; il fallait oser scruter les mystères de cette science ineffable, de cette critique souveraine, de cette formidable dialectique au nom de la- (}uelle on prononçait la déchéance non-seulement des croyances les plus universelles et qui semblaient jusqu'alors les plus indestructiljles, mais des principes mêmes de notre intelligence, des idées dans lesquelles on était accoutumé à voir le fond et l'essence de la raison. C'est ce qu'a fait M. Caro avec un rare talent, avec une vigueur de style et de pensée, avec une chaleur de conviction et tout à la fois avec une courtoisie, une élégance, quelquefois une grâce de formes qui, même après la clôture du débat, s'il doit bientôt finir, conserveront tout leur prix, et assigneront à ce volume un rang très-élevé parmi les productions philosophiques de notre temps.
M. Ad. Franck. »
{Moniteur universel, 22 août 1864.)
.... u Jamais livre ne parut en un moment plus opportun que le nouveau livre de M. Caro sur Vidée de Dieu et ses nouveaux critiques. J'ajouterai que jamais écrivain ne fut peut-être plus
propre que M. Caro à écrire ce livre Grâce à lui, il est facile
de tout savoir sur ces graves questions, car dans son livre se trouvent exposées, avec lucidité et bonne foi, toutes les doctrines nouvelles. Ce qu'il y a dans l'esprit de l'auteur de sympathique et je dirai d'aimable, l'aide à comprendre les systèmes les i)lus opposés à ses opinions, en même temps que le ton naturellement railleur de son esprit et sa pénétration satirique lui en font bien vite saisir le côté faible : aussi ne résiste-t-il guère à la tentation de joindre la moquerie à ses moyens d'argumentation. Je ne lui en veux qu'à moitié, car sa moquerie est toujours courtoise et n'ôte rien au sérieux de son travail.
.... c< Malgré les objections qu'on peut faire à ce livre, l'idée de Dieu et ses nouveaux critiques n'en demeure pas moins un travail à la fois solide, intéressant et courageux. Je dis courageux, car j'ai remarqué que les critiques n'aiment pas à être critiqués. Quand on emploie vis-à-vis d'eux la méthode qu'ils emploient visà-vis des autres, "cela leur fait l'effet d'une usurpation, et, par esprit de justice sans doute, ils tâchent volontiers de faire en sorte que les usurpateurs se repentent. Je sais gré à M. Caro d'avoir bravé le péril : je lui .sais gré surtout de m'avoir remis en mémoire l'admirable exclamation de Jean-Jacques chez M"' Quinault. On se souvient de cette scène, de ce dîner ; chacun parlait religion, c'est-
à-dire athéisme; tout à coup Rousseau se lève et s'écrie : « Si c'est a. une lâcheté de souffrir que l'on dise du mal de son ami absent, a c'est un crime de permettre qu'on dise du mal de son Dieu qui a estprésent, et moi, Messieurs, je crois en Dieu. » Eh bien! voilà pourquoi j'aime le livre de M. Caro, parce que c'est le cri de Jean- Jacques au milieu des disciples d'Hegel.
M. E. Legouvé. »
{Siècle, 13 juillet 1864.)
a. Parmi les disciples de la jeune école spiritualiste, celui
qui s'est le plus vivement peut-être engagé dans cette polémique où M. Emile Saisset et M. Jules Simon avaient montré la voie, est M. Caro, déjà connu par un curieux écrit sur saint Martin, et par des Éludes morales sur le temps présent où se révélait un talent de polémiste des plus distingués. La polémique semble jusqu'ici la vraie vocation de M. Caro : c'est le talent qu'il déploie surtout dans son nouveau livre, l'Ide'e de Dieu et ses nouveaux critiques, ouvrage qui obtient dans le monde philosophique un succès brillant et mérit^. On doit le louer d'avoir choisi un tel terrain pour se mesurer avec ses adversaires, car r' -i l'idée de Dieu qui est le point culminant de toute philosopb".^; c'est celle-là surtout qui occupe la première place dans les Sats philosophiques de notre temps. Les uns la nient, les autres . itèrent ou la décomposent et n'en gardent que ce qui leur plaît; d'autres encore l'éludent et lui interdisent l'entrée de la science. Enfin l'idée de Dieu est partout, môme quand elle est absente, car la taire est une manière respectueuse, mais redoutable, de la nier On suit avec curiosité et
sympathie le combat mené par M. Caro avec tant d'adresse et de bonne grâce. A la vérité l'ouvrage est en général plus critique que démonstratif. Cependant une solide philosophie court à travers ces pages si vivantes, et l'auteur se déploie librement dans les questions les i)lus délicates et les plus élevées. Enfin une conclusion ferme et lumineuse résume avec largeur, en les dégageant de tout malentendu, les idées fondamentales du spiritualisme philosophique.
M. Paul Janet. »
( Revue des Veux-Mondes du 15 juillet 1864.)
Paris. — imprimerie générale de Cli. Lahurc, rue de Fleurue, 9.