LE FORUM
grecs, partout aussi Ton est frappé par ua caractère propre qui, du premier coup, signale un monument romain. L'architecture romaine est donc une transformation originale de Tarchitecture grecque ; appliquée à des constructions plus vastes, elle y introduit la superposition des ordres en étages ; substituant la voûte et l'arcade au plafond et à la plate-bande, elle emploie de plus petits matériaux et augmente l'intervalle des points d'appui. Les temples seuls demeurent à peu près fidèles au type grec ; longtemps les cintres des arcades y furent dissimulés sous des architraves. Mais les Arcs triomphaux, les Thermes, les Amphithéâtres, les Aqueducs sortent complètement par leur structure de la tradition hellénique. Ce sont des ouvrages purement romains.
On ne fera point dix pas dans l'antique Forum ^ aujourd'hui le Campo vaccino, sans s'apercevoir qu'on n'est plus à Athènes.
Le Forum romain (il y en avait plusieurs autres) est situé au pied du Capitole. Là, sur cette hauteur qui borne la vue, s'élevait le Tabularium ou palais des Archives , au pied de la forteresse de Romulus et du temple de Jupiter Gapitolin. A l'entour, se groupaient, pour veiller à la fortune romaine, une foule de divinités protectrices. Le Capitole, ce berceau d'un empire iqui a duré douze cents ans, n'est plus qu'une colline vulgaire, gar-
double fronton, quatre gradins échancrés à l'endroit où les portes s'ouvraient, telles sont les parties dont se composait le temple de Ségeste. Les colonnes sont en tuf calcaire, et sans doute elles devaient être revêtues de stuc. Quelques indices, des commencements de cannelures aux colonnes, des avances laissées aux pierres de la base, et qui avaient sans doute servi pour leur-transport, donnent lieu de penser que le temple de Ségeste n'a jamais été terminé. On n'y trouve aucune trace d'autel, d'escalier ni de portiques intérieurs. On croit que la construction en a été interrompue au moment ou Agathocle dévasta la ville (pendant les guerres puniques). Du reste, la conservation de rédifice est aussi parfaite que possible. L'intérieur est complètement dégarni ; l'herbe y pousse et les troupeaux y viennent brouter à l'ombre des colonnes. Le toit manque, il n'y a pas d'autre voûte que la voûte du ciel. Du dehors, ce colosse solitaire que dominent les montagnes, ces colonnes rougeâtres rongées par les siècles, cette ruine abandonnée au milieu d'un désert, frappent d'admiration et de respect. (Félix Bourquelot, Voyage en Sicile,)
L'Asie est le berceau de la Grèce ; la race hellénique séjourna longtemps en lonie ; mais les dévastations des Perses et des Turcs n'y ont guère laissé de témoins de son antique architecture.
Quelques colonnes à Ëphèise, quelques tombeaux, entre autres le fameux Mausolée, sont à peu près tout ce que nous pouvons citer.
Selon Pindare, le premier temple d'Éphèse fut édifié par les Amazones, du temps qu'elles faisaient la guerre à Thésée. Strabon Tattribue à Tarchitecte Ctésiphon; et Pline nous apprend qu'avant Tincendie c'était un type respecté déjà quant aux proportions des colonnes et des chapiteaux. Lorsqu'Érostrate l'eut brûlé, en 356 avant le Christ, nous dit Strabon, les dons apportés de toutes parts, les aumônes des femmes pieuses, la vente des colonnes, en y joignant peut-être quelques valeurs déposées dans l'ancien sanctuaire par les rois ou les villes, permirent d'en recommencer un plus magnifique encore.
11 fut élevé en deux cent vingt ans par toute l'Asie. On l'assit sur un sol marécageux, pour le mettre à l'abri des tremblements déterre et des crevasses qu'ils produisent. D'un autre côté, pour que les fondements d'une masse aussi considérable ne posassent pas sur un terrain glissant et peu solide, on établit d'abord un lit de charbon broyé et de la laine par-dessus. Le temple entier avait quatre cent vingt-cinq pieds de long et deux cent vingt de large ; cent vingt-sept colonnes faites par autant de rois, hautes de soixante pieds. De ces colonnes, trente-six étaient sculptées. Le grand prodige^ dans
74 MERVEILLES DE if ARCHITECTURE.
cette entreprise, c'est d'avoir élevé les architraves. La plus grande difficulté fut au frontispice même» au-dessus de la porte d'entrée. C'était une masse énorme, elle ne se posa pas d'aplomb; Tartiste désespéré voulait se donner la mort ; mais pendant la nuit, nous dit Pline, la déesse même lui annonça qu'elle avait arrangé la pierre ; et au matin la promesse se trouva accomplie. Cet architecte était peut-être Chirocrate qui construisit Alexandrie. Des œuvres de Praxitèle et de Trason couvrirent l'autel et les parois. Les bois précieux y furent prodigués. Toute la charpente était de cèdre.
Au troisième siècle de notre ère, les Perses d'abord, puis les Scythes (en 263) pillèrent et brûlèrent le temple d'Éphèse. Les Goths et Mahomet P' en achevèrent la destruction. Il est représenté sur plusieurs médailles à l'effigie de Dioclétien et Maximin, avec un frontispice de deux, quatre, six, huit colonnes, variations qu'il faut attribuer au seul caprice du graveur. Ce temple était le plus parfait modèle de l'ordre ionique.
On rangeait parmi les sept merveilles du monde le tombeau ou Mausolée (de là le nom) qui fut élevé au roi carien Mausole par sa veuve Artémise. Au midi et au nord, dit Pline l'ancien, ses côtés ont soixante-trois pieds, les deux autres sont moins larges. Le pourtour entier est de quatre cent onze pieds, et la hauteur de vingt-cinq coudées ; trente-
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six colonnes forment tout autour un péristyle nommé ptéron. Le côté du nord fut travaillé par Bryaxis, celui de Test par Scopas, celui du sud par Timothée, celui de l'ouest par Léocharis. La reine Artémise, qui avait commandé le monument pour honorer la méiçnoire de son époux, mourut av^nt qu'il fût achevé ; mais les artistes crurent qu'il y allait de leur gloire et même de l'intérêt de Fart, de le terminer. La victoire entre eux est encore incertaine. Un cinquième artiste se joignit à eux, et éleva au-dessus du ptéron une pyramide de la même hauteur que le reste de Tédifice, et composée de vingt-quatre degrés, toujours décroissants jusqu'à la surface qui la termine. Sûr ce sommet est un quadrige de marbre, ouvrage de Pythis ; cet accessoire donne à la totalité de la construction plus de quarante-six mètres de haut. (Pune, 1. XXXVI, c. IV.)
D'autres tombeaux grecs, à Alinda, en Asie-Mineure, en Sicile, dans l'île de Santorin, présentent la forme d'une tour carrée, soutenue de colonnes ioniques et doriques. Ces monuments avaient succédé aux tumulus des Pélasges, que nous retrouvons chez les Étrusques et même chez les Romains,
double fronton, quatre gradins échancrés à Fendroit où les portes s'ouvraient, telles sont les parties dont se composait le temple de Ségeste. Les colonnes sont en tuf calcaire, et sans doute elles devaient être revêtues de stuc. Quelques indices, (les commencements de cannelures aux colonnes, des avances laissées aux pierres de la base, et qui avaient sans doute servi pour leur transport, donnent lieu de penser que le temple de Ségeste n'a jamais Été terminé. On n'y trouve aucune trace d aut(}l, d'escalier ni de portiques intérieurs. On croit que la construction en a été interrompue au moment ou Agathocle dévasta la ville (pendant les guerres puniques). Du reste, la conservation de rédilice est aussi parfaite que possible. L'intérieur est com|)létemcnt dégarni ; l'herbe y pousse et les troupeaux y viennent broutera l'ombre des colonnes. Le toit man(|ue, il n'y a pas d'autre voûte que la voûte du ciel. Du dehors, ce colosse solitaire que dominent les montagnes, ces colonnes rougeâtres rongées par les siècles, cette ruine abandonnée au milieu d'un désert, frappent d'admiration et de respect. (Félix Bourquelot, Voyage en SicUe,)
L'Asie est le berceau de la Grèce ; la race hellénique séjourna longtemps en lonie ; mais les dévastations des Perses et des Turcs n'y ont guère laissé de témoins de son antique architecture.
Quelques colonnes à Éphèse, quelques tombeaux, entre autres le fameux Mausolée, sont à peu près tout ce que nous pouvons citer.
Selon Pindare, le premier temple d'Éphèse fut édifié par les Amazones, du temps qu'elles faisaient la guerre à Thésée. Strabon l'attribue à Tarchitecte Ctésiphon; et Pline nous apprend qu'avant l'incendie c'était un type respecté déjà quant aux proportions des colonnes et des chapiteaux. Lorsqu'Érostrate l'eut brûlé, en 356 avant le Christ, nous dit Strabon, les dons apportés de toutes parts, les aumônes des femmes pieuses, la vente des colonnes, en y joignant peut-être quelques valeurs déposées dans l'ancien sanctuaire par les rois ou les villes, permirent d'en recommencer un plus magnifique encore.
11 fut élevé en deux cent vingt ans par toute l'Asie. On l'assit sur un sol marécageux, pour le mettre i l'abri des tremblements déterre et des crevasses qu'ils produisent. D'un autre côté, pour que les fondements d'une masse aussi considérable ne posassent pas sur un terrain glissant et peu solide, on établit d'abord un lit de charbon broyé et de la laine par-dessus. Le temple entier avait quatre cent vingt-cinq pieds de long et deux cent vingt de large ; cent vingt-sept colonnes faites par autant de rois, hautes de soixante pieds. De ces colonnes, trente-six étaient sculptées. Le grand prodige, dans
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cette entreprise, c'est d'avoir élevé les architraves. La plus grande difficulté fut au frontispice même, au-dessus de la porte d'entrée. C'était une masse énorme, elle ne se posa pas d'aplomb; l'artiste désespéré voulait se donner la mort ; mais pendant la nuit, nous dit Pline, la déesse même lui annonça qu'elle avait arrangé la pierre ; et au matin la promesse se trouva accomplie. Cet architecte était peut-être Chirocrate qui construisit Alexandrie. Des œuvres de Praxitèle et de Trason couvrirent l'autel et les parois. Les bois précieux y furent prodigués. Toute la charpente était de cèdre.
Au troisième siècle de notre ère, les Perses d'abord, puis les Scythes (en 263) pillèrent et brûlèrent le temple d'Éphèse. Les Goths et Mahomet P' en achevèrent la destruction. Il est représenté sur plusieurs médailles à l'effigie de Dioclétien et Maximin, avec un frontispice de deux, quatre, six, huit colonnes, variations qu'il faut attribuer au seul caprice du graveur. Ce temple était le plus parfait modèle de l'ordre ionique.
On rangeait parmi les sept merveilles du monde le tombeau ou Mausolée (de là le nom) qui fut élevé au roi carien Mausole par sa veuve Artémise. Au midi et au nord, dit Pline l'ancien, ses côtés ont soixante-trois pieds, les deux autres sont moins larges. Le pourtour entier est de quatre cent onze pieds, et la hauteur de vingt-cinq coudées ; trente|-r