ORIGINE DE LA GRAVURE
d'être aux mains de travailleurs sérieux, elle fut descendue dans le domaine des personnalités.
Nous autres Français, nous avons d'autant plus de facilité à discuter les opinions diverses exprimées en cette occurence, que nous avons moins de titres à faire valoir en faveur de l'invention proprement dite. Non pas que nous n'ayons dit notre mot aussi dans la discussion, et que nous n'ayons voulu voir dans un certain Bernard Milnet, artiste dont le nom même est plus que problématique, le plus ancien graveur ; mais un examen quelque peu attentif a fait justice de cette opinion, abandonnée aujourd'hui par tout le monde, même par ceux qui s'en étaient fait tout d'abord les parrains.
Il n'en est pas de même chez nos voisins : pendant longtemps le Saint-Christophe de 1425 passa pour le plus ancien monument connu de la gravure; plus tard, une découverte de M. le baron de lieiffenberg vint détruire cette opinion, et l'estampe de 1418 qu'il avait acquise pour la bibliothèque de Bruxelles, estampe dont la date nous paraît incontestable, recula de cinq années la date réelle de l'invention. Aujourd'hui, grâce à deux planches imprimées sur les feuillets mêmes d'un manuscrit que M. Henri Delaborde a décrit et commenté1 avec une clarté remarquable, dès l'année 1400, les ressources de l'impression auraient déjà été
1 Gazette des beaux-arts, 1er mars 1S€9\
utilisées, et la gravure en criblé aurait été connue.
L'histoire de la gravure sur métal, proprement dite, a passé par les mêmes péripéties. Avant que l'abbé Zani eût retrouvé dans un des recueils du cabinet des Estampes de Paris une épreuve de la Paix de Florence, exécutée par Maso Finiguerra en 1452, — les registres officiels en font foi, — les érudits allemands regardaient Martin Schongauer comme le véritable inventeur de la gravure en taille-clouce, citant en témoignage quelques pièces exécutées, suivant eux, vers 1460. Depuis cette époque, déjà éloignée de nous, — puisque la découverte de l'abbé Zani remonte h la fin du dix-huitième siècle , — les chercheurs ne se sont pas découragés et leurs efforts ont été couronnés de succès. Passavant a décrit avec soin, dans les Archives deNaumann (4e année, 4858, p. 1), une figure delà Vierge portant la date de 1451 ; Renouvier, dans une brochure fort savante, a révélé l'existence d'une suite de la Passion, exécutée en 1446. Des efforts persévérants dirigés de ce côté pourront, sans aucun doute, amener quelque révélation nouvelle; l'Allemagne ou les Flandres, un jour ou l'autre, seront proclamés, nous n'en doutons pas, les inventeurs de l'impression des estampes ; les archives dépouillées avec soin, retournées dans tous les sens, fourniront un document devant lequel toutes les ambitions