‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [2], Télégraphie aérienne, électrique et sous-marine, câble transatlantique, galvanoplastie, dorure et argenture électro-chimiques, aérostats, éthérisationChapitre 109 sur 136 · E LA · texte numérisé non relu

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des révélations! » Un autre, qui ne pouvait supporter l'odeur de l'éther, rêvait qu'on voulait le forcer à le respirer, et, pour se soustraire aux obsessions qui l'entouraient, il était contraint de se jeter dans un puits. Un troisième, qui détestait les calembours, rêvait que Ton mettait ce prix à sa délivrance.

Dans bien des cas, d'ailleurs, la cause des songes pénibles qui tourmentent les malades se rapporte à l'acte même de l'opération. L'individu éthérisé ne ressent aucune douleur; cependant, comme l'activité de l'intelligence n'est pas chez lui entièrement éteinte, il conserve encore une vague ccnscience des impressions du dehors, et l'imagination, travestissant et traduisant à sa manière les sensations obtuses provoquées par les manœuvres du chirurgien, sa souffrance indécise et confuse s'exprime par des songes agités. Il se croit poursuivi par des voleurs ou par des gens qui en veulent à sa vie ; son esprit est en proie aux plus sombres images : il rêve de tourments et de supplices.

Un ouvrier, opéré par M. Simonnin, voyait le ciel en feu et poussait des gémissements. On malade à qui l'on venait d'ouvrir un abcès n'avait pas cessé de jeter des cris pendant toute la durée de l'opération. Gomme on l'interrogeait sur la cause de cette agitation : « Je ne souffrais point, répondit-il, mais un de mes camarades m'a cherché querelle et a voulu me frapper; je le repoussais, et c'est probablement en faisant ces efforts que j'aurai crié. »

M. Martin, de Besançon, pratiquait à un homme, l'amputation du doigt, après l'avoir placé sous l'influence de l'éther; au premier coup de bistouri, le malade fait un tel effort pour se soulever, que deux hommes peuvent à peine le contenir; il s'agite, il s'anime, vocifère contre l'opérateur, lui demandant ce qu'il veut faire à son doigt. L'opération rapidement terminée , il semble revenir d'un rêve pénible; on l'interroge sur ses sensations. « Ah ! je n'en sais trop

rien, dit-il, je croyais qu'on s'amusait auteur de mon doigt, et cela me contrariait. »

Une jeune fille, opérée par le même chirurgien d'une hernie ombilicale, est prise,, pendant les premières inhalations de l'éther, symptômes hystériques d'une effrayante intensité : grincement de dents, contraction permanente des poings, tremblement conviîlsîf de tout le corps, face animée, cris déchirants, plaintes profondes, marques de désespoir, La malade se croyait en enfer ; elle déplorait soss malheur et maudissait ceux qui l'y avaieitl entraînée : « Ah! mon Dieu! s'écriait-elle; ah! mon Dieu ! m'y voilà. Je brûle, je brûle, et sans avoir jamais l'espérance d'en sortir! »

Cependant, à la dernière période chirurgicale de l'action de l'éther, lorsque le sommeil est devenu plus profond, les songes etB&mêmes ne sont plus possibles. L'engourdissement, qui a successivement envahi tous les organes de la sensibilité, s'étend enfin sur Tâme tout entière. L'être intelligent s'anéantit sous l'influence oppressive de l'agent epiï maîtrise l'économie. Aucun des actes par lesquels l'intelligence se manifeste ne peut désormais s'accomplir, et, d'un autre côlé^ comme la sensibilité elle-même a précédemment disparu, l'homme devient, au milita de ces étranges conditions, un être sans analogue dans la nature entière, une chose sans nom, que le langage est impuissant à définir^ parce que rien, jusqu'à ce moment, n'avait pu en faire soupçonner l'existence.

11 est difficile de déterminer exactement quel genre d'impressions subit la mémoire sons l'influence des agents aneslhésiques. Quelquefois les malades se rappellent exactement les impressions qu'ils ont éprouvées, et les racontent avec les plus grands détails. D'autres fois, ils ont tout oublié et ne peuvent rendre compte de leurs rêves, bien que l'existence de ces derniers ait été rendue manifeste par leurs gestes et leurs paroles. En général, la mémoire est affaiblie, et alors même que le»

malades peuvent, immédiatement après l'opération,, raconter exactement leurs songes, <ce souvenir est lui-même fugace, et si, quelques heures après, on les engage à renouveler ifar narration, ils déclarent avoir tout oublié. Eaftaa^ii arrive souvent que les malades, pend&nt le -cours des opérations, accusent, par leur agitation et leurs cris, l'existence de la *^bîîlâur, et qu'à leur réveil ils affirment n'agir xien senti. On a beaucoup discuté à cette occasion pour décider si, dans ce cas, la douleur était réelle ou si elle était simplement un «effet de l'imagination. 11 nous paraît établi -que, dans ces circonstances, la douleur a positivement existé, et que son souvenir seul fait défaut. Lorsqu'on entend les cris, quand on ■«st témoin de l'anxiété de certains opérés, il <6st difficile d'affirmer qu'il n'y ait point eu -de douleur. M. Sédillot, M. Simonnin et M. Courty ont donné des preuves, selon nous sans réplique, de la vérité de ce fait.

Le retour de l'intelligence coïncide ordinairement avec xelui de la sensibilité; il le précède dans quelques cas plus rares. Alors la sensibilité reparaît pendant que le trouble de l'intelligence persiste encore, et les signes d'un léger délire se prolongent assez longtemps après le retour de la sensibilité. Cependant il est difficile de soumettre à des règles fixes, ces sortes de relations physiologiques, qui varient, avec les circonstances et selon les individus.

Nous n'avons rien dit, dans le cours de ce chapitre, des appareils qui servent à administrer au patient le chloroforme ou Féther. C'est que la question des appareils, qui a joué ain trés-grand rôle pendant plusieurs années, et qui a nécessité beaucoup d'expériences et de. recherches, a perdu aujourd'hui toute mu importance. Nous devons pourtant en dire quelques mots.

Dans les premiers temps on fit usage, en Amérique, pour administrer l'éther, d'un Hacon à deux tubulures, d'un simple flacon

de Woolf, comme on l'appelle dans les laboratoires de chimie. Mais on n'administrait ainsi que des vapeurs pures d'éther sulfurique, non mélangées d'air, et l'on faisait courir au malade de véritables dangers. On l'exposait à l'asphyxie, car on ne peut jamais suspendre, sans menace de mort, l'admission, dans les poumons, de l'oxygène indispensable à la vie.

Dès que la méthode anesthésique fut importée en Europe, on construisit des appareils qui permettaient d'introduire dans les voies respiratoires, par l'inhalation, une certaine quantité d'air atmosphérique, mêlé aux vapeurs stupéfiantes. On se servait généralement, d'une sorte de carafe, portant deux tubulures. L'une de ces ouvertures recevait un tube, qui donnait accès à l'air extérieur, au moment de l'inspiration. A l'autre ouverture s'adaptait un tube de caoutchouc, terminé lui-même par une sorte de masque, pourvu d une soupape, que Ton appliquait sur la bouche du malade. La soupape, formée d'une petite boule de liège , se déplaçait , au moment de l'expiration, et laissait sortir l'air respiré et chargé d'acide carbonique.

Cet appareil a été remplacé ensuite par un autre, plus perfectionné et que représente la figure 350. Il se compose, comme on le voit, d'un flacon d'étain A, dont la partie inférieure B, se dévisse, pour recevoir une éponge imbibée d'éther sulfarique. Dans la partie ou existe le pas de vis, on a percé un certain nombre de trous, qui donnent accès à l'air extérieur. Cet air , en traversant le flacon, se charge d'une certaine quantité de vapeurs stupéfiantes. En dévissant plus ou moins la partie B, on peut augmenter ou réduire à volonté la quantité d'air qui traverse l'appareil..

Au-dessus du vase d'étain A, se trouve une soupape C, composée d'une boule de liège. Cette soupape se soulève au moment de Yexpiration du malade, pour laisser sortir l'air respiré. Le tube DD, qui doit conduire dans les poumons l'air inspiré,

mélangé de vapeurs d'éther ou de chloroforme, se termine par une concavité, E,que l'on applique sur la bouche du malade, de manière à fermer exactement son ouverture sans gêner cependant les mouvements d'inspiration et d'expiration. Cependant on n'était jamais certain, avec un appareil de ce genre, quelle que fût sa disposition, de la quantité d'air mêlée aux vapeurs anesthésiques, qu'inspirait le malade. On a même attribué plusieurs cas de mort par le chloroforme ou l'éther, à ces appareils mêmes, qui, ne laissant passer qu'une quantité d'air insuffi-

sante, produisaient une véritable asphyxie.

C'est en raison de cette considération si grave, qu'on a fini par renoncer complètement à toute espèce d'appareils pour l'inhalation. On se contente, aujourd'hui, de disposer en forme d'entonnoir, un mouchoir ou un linge ; d'arroser d'éther ou de chloroforme, l'intérieur de cette cavité, que l'on place sous le nez du malade. L'expérience, mille fois répétée, a prouvé que ce moyen si simple est le seul qui permette à l'air atmosphérique de se mélanger, en proportions convenables, aux vapeurs de chloroforme ou d'éther, de

Fig. 350. — Appareil pour l'inha

manière à produire l'effet stupéfiant cherché, sans exposer jamais à l'asphyxie. Un aide tient sous le nez du patient, le mouchoir imbibé de chloroforme, tandis que le chirurgien, le doigt fixé sur l'artère, s'assure, par l'état du pouls, de la persistance des conditions normales de la respiration.

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