LES LIGNES DE TÉLÉGRAPHIE SOUTERRAINES
Dans tout ce qui précède, nous avons toujours parlé des fils conducteurs portés sur les poteaux, et librement exposés à la vue, c'est-à-dire des lignes aériennes; nous ; avons à peine fait allusion aux lignes souter- \ raines^ c'est-à-dire à l'enfouissement des fils ; dans le sol. C'est que ce système, après ; avoir joui d'une certaine faveur, a fini par être abandonné partout, en raison de l'excessive difficulté, et même de l'impossibilité j de maintenir à l'abri de toute altération, ! un fil enfermé sous terre. Aujourd'hui, les j lignes souterraines ne sont plus employées j qu'à l'intérieur des villes, encore s'attache- ; t-on à réduire leur cours le plus possible, j A Paris, par exemple, après des échecs répétés, on a eu l'idée de suspendre la plus grande partie des fils à la voûte des égouts ; ce qui ne constitue pas une ligne souterraine dans l'expression propre du mot, mais ce qui a fourni un expédient excellent pour soustraire à la vue du public et aux difficultés de son J établissement aérien, l'immense réseau télégraphique de la capitale.
C'est à l'origine de la télégraphie électrique que l'on songea à placer sous terre les fils conducteurs, car on était alors dominé par ce préjugé qu'il serait difficile de préserver contre la malveillance des lignes suspendues en plein air. Depuis que l'on a reconnu avec quel respect général les fils aériens sont traités par les populations; depuis qu'on a vu les fils télégraphiques demeurer à l'abri de toute atteinte chez les peuples les moins civilisés, chez les Yankees des deux Amériques, chez les Arabes de notre colonie africaine, chez les Indiens et les Tartares des colonies anglaises et russes, etc., ce préjugé a disparu. Mais au début de cet art nouveau, on s'inquiétait surtout de dérober aux yeux les agents secrets de cette merveilleuse correspondance.
Les premières lignes télégraphiques furent établies dans le système souterrain, en Prusse, en Saxe, en Autriche, en Russie, en Irlande. De Moscou à Saint-Pétersbourg, par exemple, sur un parcours de 200 lieues environ, comme sur la ligne de Saint-Pétersbourg à Varsovie, les fils étaient placés sous terre. On les enveloppait d'une couche de gutta-percha, et on en formait une espèce de cordon, que l'on couchait au fond d'une tranchée de 1 mètre de profondeur sur 40 centimètres de largeur. Les différentes parties de la longueur du fil étaient réunies par une soudure, et les soudures enveloppées de guttapercha. La tranchée était ensuite comblée avec du sable. Afin de pouvoir s'assurer toujours de l'état des conducteurs enfouis sous terre, on ménageait, de distance en distance, sur leur trajet, de petites ouvertures, nommées regards. Si la communication électrique venait à être suspendue, par la rupture du fil ou par son altération, ces regards servaient à rechercher la partie et le point de la ligne où l'accident s'était manifesté.
Mais la gutta-percha, même vulcanisée, se décomposait peu à peu ; car, circonstance singulière, la guttà-percha, qui résiste si bien à
Fig. 102. — Intérieur du poste télégraphique
l'action de l'eau, douce ou salée, s'altère quand elle est exposée longtemps à l'air atmosphérique et quand elle est placée sous terre : elle se désagrège, devient perméable à Feau du terrain, et le fil communique alors directement avec le sol. Les lignes souterraines les mieux construites avec de la guttapercha vulcanisée» n'ont pas duré plus de sept à huit ans.
Le bitume qui sert à recouvrir nos trottoirs, parut, pendant quelque temps, devoir offrir un moyen sûr et économique de maintenir l'isolement électrique d'un réseau souterrain. Le bitume (asphalte) étant à très-bas prix, on croyait pouvoir l'employer avec avantage,, en réunissant plusieurs fils dans la même rigole, et coulant ensuite du bitume dans cette rigole, de manière à y noyer tous les fils. Mais l'expérience de ce système., faite à Paris par l'administration des Kgnes télégraphi-
de la station du chemin de fer à Ëtampes,
ques, a prouvé son peu d'efficacité. Sous terre, le bitume se gerce, et par ces fissures, l'humidité du sol pénètre jusqu'au fil. Les fuites de gaz ont aussi, dans les mêmes circonstances, un effet désastreux. Le gaz d'éclairage, comme tous les autres carbures d'hydrogène, a la propriété de dissoudre partiellement le bitume. Dans le voisinage d'une fuite de gaz, le bitume qui remplissait la rigole occupée par les fils conducteurs, se ramollissait, les fils finissaient ainsi par se toucher et troubler les courants de toutes les lignes.
En 1855, une ligne souterraine avait été établie au sein de la capitale pour relier le poste central des télégraphes aux Tuileries, au Louvre, à la Bourse, à la préfecture de police et à l' Hôtel-de-ville. Après avoir assez bien fonctionné pendant six ans, elle a dû être supprimée, et il en est arrivé autant
Fi g. 103. — Poste télégraphique de Rcthei,
d'une autre ligne souterraine qui avait été construite de la même manière, et qui reliait le Ministère de l'intérieur au palais de l'Industrie, aux chemins de fer de Rouen, du Nord et de l'Est.
ïl a donc fallu, pour résoudre ce difficile problème, employer un moyen héroïque, c'est-à-dire enfermer les fils dans une enveloppe de métal. Mais ce système serait évidemment trop cher pour une ligne souterraine proprement dite, telle qu'on l'entendait à l'origine de la télégraphie, pour éviter les lignes aériennes. Ce n'est qu'à l'intérieur des villes que l'on peut avoir recours au moyen dispendieux qui consiste à protéger les fils par une conduite de métal.
Quoi qu'il en soit, voici comment M. Baron, inspecteur général des lignes télégraphi-
T. II
ques, à qui l'on doit l'établissement de ce .système, l'a réalisé à l'intérieur de la capitale.
Pour faire traverser souterrainement Paris aux nombreux fils qui le sillonnent, on compose chaque conducteur d'une tresse de quatre fils, comme celle des conducteurs sousmarins. On entoure chaque tresse d'une enveloppe de gutta-percha, puis on réunit un certain nombre de ces petits câbles, de manière à constituer treize faisceaux bien isolés et indépendants les uns des autres* Ces câbles sont introduits dans une large conduite de fonte, . dont les joints sont fermés avec du plomb, et qui est pourvue d'un regard de 100 en 100 mètres. Cette conduite de fonte, en sortant du poste central de la rue de Grenelle- Saint-Germain, est enfouie dans une xran-
chée sous le pavé, jusqu'à la rue Royale, i près de la place de la Concorde. Là, elle descend dans le*grand égout collecteur, où elle est remplacée par un tube de plomb suspendu à la voûte de Fégout. Elle arrive ainsi à Asnières, où elle se rattache aux lignes aériennes.
Le même système a été appliqué par M. Baron, aux fils de la rive gauche de la Seine* Ces fils, au nombre de soixantedix, partant du poste central de la rue de Grenelle-Saint-Germain, suivent , sous les rues, une tranchée jusqu'à la barrière du Maine. Là, ils s'enfoncent dans les catacombes, où on les suspend à la voûte, comme dans le grand égout collecteur. Ils sortent enfin des catacombes par la porte d'Orléans , à Montrouge, où ils vont rejoindre les lignes aériennes qui s'éloignent de la capitale.
Après avoir décrit isolément tous les appareils et tous les instruments accessoires qui servent dans la télégraphie électrique, il sera très-utile, de mettre sous les yeux du lecteur, | par une rue d'ensemble, le rôle et l'affectation j spéciale de chaque appareil, ou instrument, \ dans un . poste télégraphique. Tel est l'objet des planches 102 et 103, qui montrent Tin- j térieur de deux postes télégraphiques pour ■ l'usage des chemins de fer (station d'Etampes et station de Réthel). j
On voit sur la figure 102 (page 176) le manipulateur EE' du télégraphe à cadran ; le ré- \ cepteur A ; la sonnerie D ; la boussole B, destinée à accuser la présence de l'électricité dans le circuit; le par 'a foudre H ; la pile CZ, avec son fil de terre ZT et son commutateur G, qui sert à envoyer sur la ligne un courant de 10, de 15 ou de 5 éléments ; le fil C, qui se rendau commutateur de la pile, puis au manipulateur EE1, lequel forme et expédie les signaux ; i enfin le fil de la ligne télégraphique K.