‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [2], Télégraphie aérienne, électrique et sous-marine, câble transatlantique, galvanoplastie, dorure et argenture électro-chimiques, aérostats, éthérisationChapitre 33 sur 136 · DANS LES FLEUVES DE L* AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

DANS LES FLEUVES DE L* AMÉRIQUE

En 1852, un télégraphe sous-marin, semblable à celui de Douvres à Calais, fut posé entre l'Angleterre et l'Irlande, à travers le canal Saint-George, .sur une distance supérieure à celle qui sépare Douvres de Calais. Le fil fut établi entre Holyhead (Angleterre) et Howth (sur la baie de Dublin). 11 ne se composait point de quatre fils métalliques, comme celui de Douvres : il consistait en un seul fil de laiton, isolé au moyen de la gutta-percha, et recouvert d'une armature en fils de fer.

La figure 110 représente ce câble sousmarin. M. Hatham, à Londres, fabriqua l'âme ducâble^ qui fut envoyée de là à Gateshead, sur la Tyne, chez M. Newall et Cie, où elle fut revêtue de son armature métallique, en un mois. Le câble terminé fut chargé sur vingt wagons, et envoyé à Mary, port où il fut embarqué sur la Britannia, pour

être transporté à Holyhead.

Afin de le mettre à l'abri

du contact des rochers et de

l'agitation produite par la

marée, on songea, pour la

première fois, à recouvrir

le câble sur chacun des deux

rivages, d'une enveloppe de Fig. no. — câble

fils de fer, plus gros ; cette

enveloppe se prolongeait jus- (graodeur natu-

qu'à une étendue considé- ielie)'

(1) Il serait impossible de suivre les récits contenus dans ce chapitre et dans les suivants , sans un atlas de géographie. Nous engageons donc les personnes cnii veulent lire avec fruit cette notice, à avoir toujours soas les y eus la carte des pays dont 11 est question*

LA TÉLÉGRAPHIE SOUS-MARINE

rable dans la mer. La figure lil représente ee câble côtier.

Fig. 111. — Câble sous-marin entre l'Angleterre et l'Irlande (partie cùtière du câble, — grandeur naturelle) .

(Test le 1er juin 1852 que la communication électrique fut complétée entre l'Angleterre et l'Irlande. On lisait dans le Morning Âdvertiser du 2 juin, l'article suivant :

« Le Britannia et le Prospero ont quitté, hier matin, Holyhead, à 4 heures; le premier suivait le fil métallique avec une rapidité moyenne de deux lieues à l'heure, tandis que l'autre pilotait la marche. Le steamer ayant le câble à bord a atteint la chaussée est de Howth, peu après 8 heures du soir; alors a été immédiatement effectuée la jonction avec la terre, et il y a eu sur-le-champ échange de messages entre Howth et Holyhead. Dès que le Britannia a eu atteint la côte d'Irlande, le fait a été communiqué à Holyhead. Alors le fil métallique a été appliqué à l'un des canons du navire, et la note transmise à Holyhead a reçu presque aussitôt une réponse par la détonation de l'un des canons du bâtiment. »

La profondeur rencontrée avait été de 70" brasses (127m,40); la longueur du câble posé fut de 103 kilomètres. Son poids total n'excédait pas 20 tonneaux.

On ignore la cause qui amena la rupture de ce conducteur. Il est certain seulement que trois jours après, il était hors de fonc-

tion. On suppose qu'il fut accroché par l'ancre d'un navire.

Le 9 octobre de la même année, MM. Newaîl et O s'embarquaient, avec un nouveau câble, pour tenter de relier l'Ecosse et l'Irlande de Port-Patrick à Donaghadée, les deux points les plus rapprochés. Mais à 6 lieues et demie de la côte, il fut impossible de gouverner convenablement le vaisseau, assailli par un vent violent. Pour tenir contre la tourmente, il aurait fallu laisser perdre dans la mer une grande quantité de câble, et suivre ainsi les déviations du navire. M. Newalldut se résoudre à couper le câble, pour ne pas perdre le reste. Il était à 43 kilomètres de la côte, et avait encore à bord 14 kilomètres à dévider.

Le câble ainsi abandonné, fut relevé au mois de juin 1854, après deux ans de séjour dans l'eau. L'opération était difficile, car la profondeur de l'eau atteignait quelquefois 270 mètres. L'impétuosité des flots à ce point est considérable, leur mouvement est de 9 kilomètres 654 mètres à l'heure. On ne pouvait travailler que pendant la haute et basse mer ; aussi le relevage dura-t-il quatre jours. La machine à vapeur placée sur le pont du steamer était d'une grande puissance, car elle avait à déployer des efforts très- grands, surtout lorsque le câble était enfoncé dans le sable ; ou recouvert de végétations marines et même de coquillages de tous genres.

Le câble fut retrouvé à peu près intact. Les parties qui avaient séjourné dans le sable, étaient en parfait état; celles qui avaient été enfouies dans les détritus d'herbes marines, étaient légèrement rongées. L'isolement électrique était aussi complet qu'au moment de la pose.

Ce résultat était de la plus haute valeur : il donna aux hommes de Fart, la conviction certaine de la durée d'un conducteur sousmarin.

Quelque temps après, la compagnie établie à Londres pour l'exploitation- de la télé-

graphie sous-marine (sub -marine Telegrapk- Çompany) jeta un conducteur sous-marin entre l'Angleterre et la Belgique.

Ce câble, qui fut posé le 6 mars 1853, partait de Douvres, pour aboutir à Ostende. Il avait 112 kilomètres de long, et se composait de six fils conducteurs, entourés de guttapercha, puis réunis par cette même matière, et protégés à l'extérieur, par une armature de douze fils de fer, ce qui lui donnait une force et un volume considérables.

Fig. 112, — Câble anglo-belge (grandeur naturelle).

La figure 112 représente ce câble, qui fut fabriqué en cent jours, et pesait 4,418 kilogrammes par kilomètre (poids total : 500 tonneaux). Il coûta 825,000 francs. Il fallut soixante-dix heures pour le lover dans la cale du bâtiment, et dix-huit heures pour en opérer l'immersion.

Le 4 mai 1853, le William Stutt, capitaine Palmer, ancré devant Douvres, commença la pose, assisté des vaisseaux de la marine royale britannique, le Lézard et le Vivid.

Le capitaine Washington, de la marine royale, était chargé de tracer la route et de

diriger l'expédition. Au point du jour, on retira de la cale du Stutt, environ 200 mètres de câble, qui furent portés à terre par des canots, et déposés dans une caverne, au pied de la falaise. Cette partie servit à établir, à l'aide d'appareils télégraphiques, une communication incessante entre la terre et le vaisseau.

A 6 heures le Stutt était pris à la remorque par le vapeur le Lord Warden, La pose s'effectua sans accidents. Quand on fut arrivé devant Middlekerke, sur la côte belge, un bateau, envoyé du rivage, prit à bord environ 500 mètres de câble remorqué ; ensuite par les canots des bâtiments anglais, on arriva à terre, et l'autre extrémité du câble fut fixée dans un poste de douaniers.

La dépêche suivante fut immédiatement transmise à Londres : Union de la Belgique et de F Angleterre, à 1 heure 20 minutes de P après-midi, le 6 mai 1853.

Rien de semblable n'avait été fait jusquelà, bien que l'extension de ces moyens de communication devînt tous les jours plus grande. (MM. Newall et Cie n'avaient pas fabriqué moins de 750 kilomètres de câble, pendant l'hiver de 1852 à 1853.)

A la suite de ce succès, on essaya de nouveau de relier l'Ecosse à l'Irlande, aux mêmes points que l'année précédente. Le modèle de câble qui fut posé, ressemblait à celui de Belgique ; il fut exécuté en vingt-quatre jours et coûta 325,000 francs.

Une communication du même genre fut bientôt établie entre l'Angleterre et la Hol- , lande. Le 2 juin 1853, le bateau à vapeur i le Monarque, déposait le câble télégraphique ; qui, partant d'Oxfordness , sur la côte de Suffolk, en Angleterre, aboutit à Schevening, en Hollande.

Ce câble avait une longueur de 190 kilomètres. Il a cela de particulier que le câble côtier est formé de sept câbles tordus ensemble. La figure 114 représente le câble proprement dit. Le câble côtier résulte

LÀ TÉLÉGRAPHIE SOUS-MARINE. 201

Fig. 113. — Pose d'an câble télégraphique dans un fleuve d'Amérique (page 203).

de l'assemblage de sept de ces conducteurs.

A ce câble côtier, faisons-le remarquer, on a attaché quatre câbles de mer profonde ; ils sont placés à une lieue de distance les uns des autres. Leurs extrémités seulement viennent se rattacher au câble côtier. On

Fig. 114. — Câble anglo-hollandais (grandeur naturelle).

pourra, quand cela sera nécessaire, placer les trois autres câbles, pour faire autant de lignes distinctes et séparées.

En 1853 on construisit en Angleterre, un câble pour le gouvernement danois. Il fut placé entre Nyborg et Korsoe (île Seeland) pour relier cette île à Copenhague. Ce câble

devait être très- résistant, car il se trouve placé sur le passage d'un grand nombre de vaisseaux.

En octobre 1853, on posait au travers du Rhin, à Worms, 350 mètres d'un câbie, dont la construction présentait ceci de particulier, que son armature se composait de dix-neuf fils de fer, de 7 millimètres. Pour protéger ce câble contre les galets et les ancres, on le recouvrit de tubes de fer, de 20 centimètres de longueur, composés de deux parties se joignant à vis. Ces tubes sont emboîtés l'un dans l'autre, et peuvent tourner Fun sur l'autre de manière à présenter une carapace continue, mais formée d'anneaux mobiles.

Ce câble est encore aujourd'hui en bon état.

D'autres lignes furent immergées à l'embouchure des rivières, en Angleterre, la Tay et le Forth ; nous les passerons sous silence,

Aux États-Unis, on hésita longtemps à essayer les câbles sub-aqueux. La nation américaine, habituée pourtant à donner le signal des grandes applications de la science, sans s'inquiéter des risques d'un échec, se tenait ici en arrière du mouvement. Les physiciens des États-Unis mettaient en doute la possibilité de faire circuler efficacement sous l'eau, un courant électrique. Quand il s'agissait de faire franchir à une ligne télégraphique, des rivières ou de grands fleuves, on faisait usage de mâts très-élevés, sur lesquels le fil était suspendu. Pour traverser TOhio, sans que le fil baignât dans le fleuve, il avait fallu donner aux mâts plantés sur les rives, une élévation de près de 100 mètres.

Mais les orages et les coups de vent étaient, pourcesimmensesperches, descauses de prompte destruction. M. Shaffner, directeur des télégraphes de ce pays, eut alors l'idée d'employer des fils immergés et isolés par une couche de gutta-percha. Mais des courants d'eau aussi rapides et aussi chargés de sable que ceux de FOhio et du Mississipi, détruisaient rapidement cette enveloppe. Il arrivait aussi que des arbres, déracinés par des ouragans, descendaient le cours du fleuve, draguant son lit avec leurs racines, et s'accrochantau câble. La tension devenait excessive par l'action du courant sur la surface considérable que présentaient les arbres arrêtés par le fil, lequel se trouvait bientôt rompu.

Il fallait donc donner aux câbles destinés à être immergés dans les fleuves de l'Amérique, une résistance toute particulière. Voici commentM. Shaffner les construisit, pour assurer

leur durée.

A (/?#. 115) représente le conducteur électrique, formé d'un fil fer de 3mm,6 étiré avec le plus grand soin, et d'une résistance d'environ 600 kilogrammes. Best le revêtement de gutta-percha, composé de trois couches soigneusement fabriquées, C trois couches d'un mélange dit iïOsnaburg, additionné d'une

composition de goudron, résine et suif. D est l'armature de fil de fer n° 10; E est un fil n° 12, roulé en spirale sur toute la longueur.

Plusieurs câbles de ce genre ont été posés» aux États-Unis, soit dans les fleuves et les ri vières, soit dans les baies et détroits.

La fabrication des câbles est loin de se faire en Amérique comme en Europe et particulièrement en Angleterre, où les machines consacrées à cette fabrication ne laissent rien à désirer. Dans les provinces de l'Ouest sur tout, on n'a pas toujours des ateliers ; aussi ces câbles se fabriquent-ils en pleine forêt, avec la terre pour plancher, pour toit le ciel, et l'horizon pour limiter la vue. Un crampon de fer enfoncé dans un arbre, soutient l'âme du câble. Des hommes sont occupés à placer les fils de fer autour du câble et à les serrer. A mesure que l'on enroule les spires de fil de fer, on recule le cerceau qui maintient écartés et dans leur position respective, les fils de

Fig. 115. — Conducteur télégraphique pour ia traversée (Tes lleuves de l'Amérique (grandeur naturelle).

fer de l'enveloppe extérieure. Enfin on enroule le câble terminé autour d'un tambour, et ee tambour, ou bobine, est placé dans la

LA

barque qui doit servir à opérer l'immersion du conducteur.

La figure 113 (page 201) représente la pose d'un câble au fond et au travers d'une rivière. Lorsqu'on peut se procurer un petit bateau à vapeur pour remorquer le bateau qui porte le câble, l'opération est plus sûre et plus prompte ; car plus est rapide la traversée du bateau, moins il y a de pertes de fil par l'entraînement du courant.

Fig. ne. — Schaffner, directeur des lignes télégi-apJiiqueù

aux États-Unis.

M. Shaffner décrit, dans son ouvrage, les impressions qu'il ressentit, lorsqu'il opéra la pose du câble dans le Merrimac. C'était dans l'obscurité de la nuit : les étoiles brillaient au ciel, et leur douce clarté illuminait seule cette scène émouvante.

« Dans le silence de la nuit, dit-il, entourés d'une forêt profonde, effrayante, que le pied de l'homme avait rarement foulée, nous étions occupés à préparer une voie à un messager qui, porté par une étincelle, devait être le premier à voir le soleil à l'orient et le dernier à le saluer au couchant; qui, dans un instant, porterait des nouvelles du Nord cerclé de glaces, au Sud, dans les régions du vert palmier et du magnolia aux fleurs éclatantes. Notre;

couche était la terre, piédestal de Dieu; le feuillage des forêts nous garantissait delà rosée du ciel. Nous nous endormions au chant du grillon, au cri de la chouette et aux rugissements de la panthère. Le temps ne peut guère effacer de l'esprit le souvenir de pareilles scènes. L'éternité seule a le pouvoir de les effacer (l). »

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