‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [2], Télégraphie aérienne, électrique et sous-marine, câble transatlantique, galvanoplastie, dorure et argenture électro-chimiques, aérostats, éthérisationChapitre 47 sur 136 · LE PRÉSIDENT A LA REINE · texte numérisé non relu

LE PRÉSIDENT A LA REINE

Ville de Washington.

« À S. M. Victoria, reine de la Grande-Bretagne.

« Le président félicite cordialement à son tour S. M. la reine du succès de la grande entreprise nationale accomplie par le talent, la science et l'indomptable énergie des deux pays. C'est un triomphe d'autant plus glorieux qu'il est plus utile au genre humain que ceux qui ont jamais été obtenus par les conquérants sur le champ de bataille.

« Puisse, avec la bénédiction de Dieu, le télégraphe atlantique être à jamais un lien de paix et d'amitié entre les deux nations sœurs î Puisse -t— il Mre un instrument destiné par la divine Providence à répandre par tout le monde la religion, la civilisation, la justice et la liberté 1 Dans ce but, toutes les nations de la chrétienté ne déclareront-elles pas spontanément et d'un commun accord que le télégraphe électrique sera neutre à jamais, et qu'en passant aux endroits de leur destination, même au milieu des hostilités, il sera respecté et regardé comme chose sacrée ? »

« James Buchanan. »

(i) Les cent mots de cette dépêche furent transmis, en 67 minutes.

LE CABLE TRANSATLANTIQUE

Fig. 146. — Vue de la station télégraphique de la baie de la Trinité à Terre-Neuve, point d'arrivée du câble

atlantique, en 1858.

Ce grand événement fut célébré aux États- Unis, par toutes sortes de manifestations de la joie publique. M. Cyrus Field, qui avait pris une si large part à cette entreprise grandiose, fut promené en triomphe, durant seize heures, dans la ville de New- York, accompagné d'un cortège de vingt mille personnes, qui le .conduisirent avec des flambeaux à sa demeure.

Dans les différentes villes de l'Union Américaine, des illuminations, des processions aux flambeaux, des salves d'artillerie, des manifestations de toute nature, célébrèrent le succès de cette admirable entreprise, dont le nouveau monde attendait, avec juste raison, d'incalculables conséquences. Pendant la fête de New- York, les illuminations mirent le feu à l'hôtel de ville ; la coupole et la toiture de cet édifice furent com-

T. II

plétement détruites. Mais c'est à peine si l'on prit garde à cet accident, au milieu des élans de l'allégresse universelle.

On se préparait, en Angleterre, à célébrer la réussite d'une entreprise à laquelle ce grand pays est si vivement intéressé, lorsqu'un accident grave vint suspendre les élans de l'enthousiasme britannique, qui, pour avoir été plus lent à se produire, n'en était pas moins réel *.

{1) L'article suivant du Daity-News donne une idée des projets gigantesques qui avaient été faits, en Angleterre à la suite de l'heureuse pose du câble transatlantique, et de l'importance que nos voisins y attachent au point de vue militaire. • ;

« De Falmouth à Gibraltar, il n'y a pas 1,852 kilomètres de distance ; de Gibraltar à Malte, la distance est de 1,830 kilomètres ; de Malte à Alexandrie, elle est de 1 ,509 kilomètres ; de Suez à Aden, 2,426 kilomètres ; d'Aden à Bombay, 3,082 kilomètres ; de Bombay à la pointe de Galles» 1,778 kilomètres ; de la pointe de Galles à Madras, 1,000 kilomètres ; de Madras à Calcutta, 1,611 kilomètres ; de Cal-

Cet accident c'était l'interruption des dépêches télégraphiques transmises parle câble. Dès les premiers jours de rétablissement de la ligne atlantique, les signaux avaient com-

cutta à Penang, 2,246; de Penang à Singapour, 705 kilomètres ; de Singapour à Hong-Kong, 2,661 kilomètres ; de Singapour à Batavia, 963 kilomètres ; de Batavia à la rivière des Cygnes, 2,778 kilomètres ; de la rivière des Cygnes au détroit du Roi-Georges, 926 kilomètres; et du détroit du Roi-Georges à la terre Adélaïde, 1,848 kilomètres. De la terre Adélaïde à Melbourne et àSidneyon aurait en peu de temps une communication télégraphique par voie de terre. De la baie de la Trinité (dans l'île de Terre-Neuve) aux Bermudes, la distance est de 2,778 kilomètres ; des Bermudes à Inagua, la distance est d'environ 1,852 kilomètres; d'Inagua à la Jamaïque, elle est de 555 kilomètres ; de la Jamaïque à Antigoa, de 1,481 kilomètres; d'Antigoa à Demerara, par voie de la Trinité, 1,481 kilomètres ; d'Antigoa à Saint-Thomas, de 420 kilomètres; de la Jamaïque à Greytown, par voie de la baie de la Marine, de 1,852 kilomètres; et de la Jamaïque à Balize, de t,296 kilomètres.

« On peut voir par là que tous nos établissements, nos dépendances et nos colonies dans la Péninsule, la Méditerranée, l'Arabie, l'Inde, la Chine, l'Australie, les Indes occidentales, l'Amérique centrale, peuvent être reliés à l'Angleterre par des câbles sous-marins moins longs que celui qui existe maintenant d'Irlande à Terre-Neuve, et sans qu'ils soient en contaet avee aucun Ëtat puissant étranger.

« La longueur réunie de ces câbles serait de près de 39,040 kilomètres, et en comptant 20 pour 100 pour les sinuosités du fond de la mer, la longueur totale n'excéderait pas 44,448 kilomètres. Ces câbles mettraient l'Angleterre en communication presque instantanée avec plus de quarante colonies, établissements et dépendances à 37,040 kilomètres de distance dans les hémisphères oriental et occidental.

<• Les seules dépêches télégraphiques intéressant la navigation, expédiées d'Angleterre dans ces divers points et de ces points en Angleterre, seraient d'une importance inappréciable pour les négociants, pour les armateurs et les marins, et les dépêches télégraphiques expédiées dans un but politique seraient d'un prix inûni pour les gouvernements des colonies et pour celui de l'Angleterre.

« Des colonies, établissements et dépendances susnommés viennent les produits et marchandises les plus utiles, et on leur expédie les produits manufacturés de la Grande-Bretagne. Il y aurait des millions en argent épargnés chaque année pour la population d'Angleterre sur les articles de consommation, parce que les marchands anglais et ceux des colonies connaîtraient par le télégraphe la situation des marchés d'Angleterre et des colonies.

« Les escadres anglaises répandues sur les divers points du monde pourraient n'être que le dixième en nombre de ce qu'elles sont, si l'Angleterre et ses possessions étrangères se trouvaient enlacées dans un réseau télégraphique . Si l'on apprenait en Angleterre par le télégraphe qu'un bâtiment de guerre est nécessaire dans une partie des Indes occidentales, ce bâtiment pourrait y être rendu dans un temps plus court qne celui qu'il faut en ce moment pour détacher un navire de l'escadre des Bermudes. »

mencé à présenter une certaine irrégularité, une confusion, qui ne firent qu'empirer de plus en plus. Vers le 5 septembre les communications étaient à peu près complètement suspendues.

Depuis cette époque, la situation resta la même ; le courant finit même par ne plus se faire sentir à l'extrémité du câble. On essaya de déterminer en quel point du fil s'était faite l'altération physique, l'usure accidentelle qui laissait perdre dans l'Océan le courant électrique, et l'on reconnut avec regret, qu'elle existait à une distance très-éloignée des deux rivages. La mauvaise saison survenue dans cet in tervalle, obligea de suspendre ces recherches.

Le désappointement public fut immense.

On attribua la détérioration si prompte du câble de 1858, au mauvais choix du modèle, qui avait été adopté sans données expérimentales, à sa fabrication trop hâtive et qui n'avait pas reçu tous les soins désirables, enfin aux manipulations sans nombre qu'il avait subies, aux alternatives de sécheresse et d'humidité par lesquelles il avait passé. Au mois d'avril 1860 on put en relever quelques kilomètres, sur la côte de Terre-Neuve. On trouva le noyau central assez bien conservé ; mais l'armature extérieure était rongée par la rouille et n'offrait plus aucune résistance. En quelques endroits il était suspendu au sein de la mer sans toucher le fond ; ailleurs il avait rencontré le roc et portait des empreintes de substances pierreuses.

En avril 1860, les directeurs de la compagnie envoyèrent le capitaine Kell et le physicien M. Varley, à Terre-Neuve, pour essayer de repêcher quelques portions de ce câble. Ils ne purent en retirer que 8 kilomètres. La gutta-percha n'était nullement détériorée, la propriété conductrice de l'âme s'était améliorée par son séjour de trois ans dans l'eau : seulement l'armature était entièrement rongée En 1862, d'autres tentatives furent faites, mais sans succès, pour relever le même câble sur les côtes d'Irlande.

LE CABLE TRANSATLANTIQUE

Le gouvernement anglais institua une commission, pour procéder à une enquête minutieuse sur la cause de la destruction des câbles sous-marins en général, et celle du câble transatlantique en particulier. Ce comité tint vingt-deux séances ; il entendit quarante-trois ingénieurs électriciens ou marins, fit faire un grand nombre d'expériences, écouta les explications des hommes les plus compétents, et résuma ses travaux dans un rapport, daté du mois d'avril 1861, dont nous avons donné une sorte de résumé en tête de cette notice (1).

Le travail de cette commission ne fut pas perdu ; une nouvelle ère s'ouvrit à partir de ce moment pour la télégraphie sous-marine, et pour l'entreprise du câble atlantique.

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