‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [2], Télégraphie aérienne, électrique et sous-marine, câble transatlantique, galvanoplastie, dorure et argenture électro-chimiques, aérostats, éthérisationChapitre 64 sur 136 · ÉLECTRO · texte numérisé non relu

ÉLECTRO

Les appareils voltaïques qui servent à produire des dépôts métalliques en couches minces, sont toujours des appareils composés, ce qui veut dire, eu termes plus nets, que la pile est hors du bain, au lieu d'être dans le bain même, comme dans la plupart des appareils qui servent à la galvanoplastie. De là la nécessité de remplacer l'or qui se dépose, au fur et à mesure des progrès de l'opération, sur l'objet plongeant dans le bain.

C'est ici que la découverte de M. Jacobi, c'est-à-dire Y anode métallique soluble , a trouvé une heureuse application. Une lame d'or pur est attachée au fil qui représente le pôle positif de la pile : à ce pôle, on le sait, se porte le cyanogène, provenant du cyanure d'or décomposé. Ce cyanogène attaque l'or, et il se forme ainsi du cyanure d'or, lequel, à mesure qu'il prend naissance, se dissout dans l'excès de cyanure de potassium dn bain.

Ainsi l'or, qui est enlevé à chaque instant à la liqueur, en se déposant au pôle négatif, sur les objets à dorer, est, à chaque instant, remplacé par une même quantité de ce métal, fournie par la lame d'or attachée au fil positif, c'est-à-dire par Y anode métallique soluble. L'expérience et le tâtonnement ont bien vite appris la proportion exacte qu'il importe de donner, pour la régularité de l'opération, à la dimension de l'anode soluble.

La figure 209 représente l'appareil employé pour la dorure voltaïque, c est le fil partant du pôle négatif de la pile de Bunsen ; on attache à ce fil de platine l'objet à dorer D. a est le fil positif auquel est attaché l'anode d'or soluble B.

11 est toutefois une opération préalable à exécuter, avant de placer les objets dans le bain de dorure : c'est de les recouvrir d'une légère couche de mercure. A cet effet, on les

plonge, pendant quelques instants, dans une liqueur ainsi composée :

Eau iO kilogrammes.

Azotate de bioxyde de mercure. 10 grammes. Acide sulfurique 20 grammes.

Le dépôt du mercure qui s'opère à la surface des objets de cuivre passés dans cette liqueur, a pour but de faciliter et d'augmenter l'adhérence entre le cuivre et for qui sera

Fïg. 209. — Appareil pour l'argenture électro- chimique.

déposé par la pile. En effet, pour que l'or et le cuivre adhèrent avec beaucoup de force l'un à l'autre, il faut que les deux surfaces aient été fondues ou qu'elles aient été amalgamées. Il i est aujourd'hui reconnu que sans cette amalgamation préalable, imitée de l'ancien procédé de la dorure au mercure, l'adhérence entre le cuivre et l'or n'existerait pas. Cette pratique, adoptée dans les ateliers de MM. Christofle depuis 1842, s'est généralisée dans tous les ateliers de dorure électro-chimique. Elle a, en outre, l'avantage de signaler les décapages défectueux.

« On peut poser en principe, dit M. Roseleur, que l'azotate de mercure est la pierre de touche du décapage. Un décapage parfait sortira toujours parfaitement blanc et brillant d'une solution mercurielle un peu forte, tandis qu'un décapage qui laisse à désirer en sortira moiré ou teinté de différentes nuances, le plus souvent sans éclat métallique {i). »

(1) Manipulations hydroplas tiques, p. 27.

T. II

Le temps de l'immersion dans Je bain de cyanure d'or, varie suivant l'épaisseur qu'on veut donner à la dorure. Le poids du métal déposé est proportionnel au temps de l'immersion, d'après les expériences que fit M. Dumas en 1841, à l'occasion de son rapport à l'Académie des sciences.

Pour connaître la quantité d'or déposée, on pèse la pièce, décapée et séchée, avant son immersion dans le bain; et on la pèse de nouveau quand elle est dorée et desséchée.

L'augmentation de poids fait connaître la quantité d'or déposée.

Tous les métaux se dorent également bien dans le bain, dont nous venons de faire connaître les dispositions. Seulement, d'après M. Bouilhet, l'acier exige un bain concentré, ou mieux un cuivrage préalable dans un bain alcalin. L'aluminium ne peut non plus être doré dans ce même bain, sans qu'on l'ait recouvert préalablement d'une couche de cuivre (!)♦

On sait qu'il existe dans le commerce, de la dorure à différentes teintes, principalement de Y or vert, qui n'est qu'un alliage d'or et d'argent, et de Y or rouge, qui n'est qu'un alliage d'or et de cuivre. Dans les bains galvaniques servant à la dorure ordinaire, on peu t obtenir à volonté cet or vert ou cet or rouge.

Pour obtenir Y or vert, il faut ajouter au bain ordinaire de cyanure d'or une dissolution de cyanure double de potassium et d'argent, jusqu'à ce que le dépôt provoqué par la pile ait la couleur désirée : l'anode métallique soluble attaché au pôle positif, est, dans ce cas, un alliage d'or et d'argent, c'est-à-dire de Y or vert.

Pour Y or rouge, on ajoute au bain ordinaire une dissolution de cyanure double de potassium et de cuivre.

Non-seulement, grâce à cet admirable procédé, on peut obtenir, à volonté, des dorures

(1) Dictionnaire de chimie mdustrielle de MM. Barreswîl et Girard, t. II, p. 128 : article Dépôts métalliques, par M. Henri Bouilhet

affectant la couleur désirée, mais on peut également produire sur une même pièce d'orfévrerie, différents effets artistiques. En appliquant au pinceau, un vernis sur les parties d'une pièce d'orfèvrerie que l'on veut préserver du dépôt d'or, on produit des réserves ou des épargnes, sur lesquelles on peut ensuite faire déposer un nouveau métal, ou laisser apparaître le métal sous-jacent.

Le vernis dont on fait usage pour ces réserves, est le vernis de copal, additionné d'huile et de chromate de plomb. Quand il a été appliqué au pinceau et bien séché, ce vernis n'est nullement attaqué par les bains d'or acides ou alcalins, et l'on en débarrasse facilement la pièce, après la dorure, avec de l'essence de térébenthine ou de l'huile de houille.

Cependant tout n'est pas fini quand la pièce sort du bain de dorure. En effet, ce qui s'est déposé, c'est de l'or pur. Mais l'or pur n'est pas une matière commerciale. Nos bijoux, nos monnaies, sont des alliages de cuivre et d'or, contenant 85 à 90 pour 100 d'or, et la couleur de ces alliages usuels n'est point celle de For pur, qui est d'un jaune un peu terne. Il est donc nécessaire de communiquer aux pièces d'orfèvrerie voltaïque la couleur particulière que l'on connaît à l'or du commerce. De là la nécessité de faire subir à ces pièces, trois nouvelles opérations : le grattebossage, la mise en couleur et le brunissage.

Le gratte-bossage est, en quelque sorte, la pierre de touche des dépôts métalliques. S'ils ont été obtenus dans de bonnes conditions, ces dépôts résistent à la friction et prennent un beau poli. Ils s'écaillent ou se détachent en feuilles, par l'action du gratte-bossage, lorsque, au contraire, ils n'adhèrent pas suffisamment au métal sous-jacent.

Le gratte-bosses est un faisceau de fils de laiton, attaché, à l'aide de tours de ficelle, sur un manche de bois (fig. 210) ; ou bien une partie d'un écheveau de fils de laiton lié par son milieu, et recourbé de manière à former une sorte de pinceau [fig. 211).

Le gratte-bossage se pratique toujours au sein d'un liquide. C'est ordinairement une

Fig. 210. — Gratte-bosses, Fig. 211. — Gratte-bosses.

décoction de bois de réglisse, liqueur mucilagineuse, qui permet au gratte-bosses de frotter plus doucement la pièce dorée. Cette liqueur est placée dans un baquet [fig. 212) surmonté, diamétialement, d'une planche

Fig. 2J2. — Baquet à gratte-bosser.

placée de niveau avec les bords du baquet. La planche d'appui ne plonge pas dans l'eau ; l'ouvrier se contente de mouiller fréquemment le gratte -bosses et la pièce.

La figure 213 montre comment l'ouvrier frotte la pièce dorée, en tenant l'objet de la main gauche sur la planche d'appui et tenant l'outil de l'autre main.

Le gratte-bossage à la main est nécessaire pour les pièces fouillées, creusées d'anfractuosités. Mais ce moyen, long et minutieux,

n'est pas employé pour les objets unis, tels que les couverts de la table et les grandes pièces d'orfèvrerie. On se sert alors d'une brosse à toury c'est-à-dire d'un gratte-bosses

Fig. 213.— Ouvrier gratte-bossant à la main un bijou doré.

circulaire*, tournant au moyen du pied, comme une roue de rémouleur.

La figure 214 représente cette brosse circulaire, qui doit tourner sur son axe avec une vitesse de 600 tours par minute.

Fig. 214. — Gratte-bosses circulaire.

La figure 215 montre la même brosse installée sur le tour, et l'ouvrier faisant agir l'instrument.

Les objets très-menus d'orfèvrerie ne pourraient être gratte -bosses, on leur communique le brillant désiré par lesassage ou lebaquetage.

On appelle sassage le mouvement imprimé aux objets placés dans un sac long et étroit, de manière à opérer entre eux un frottement mutuel et constant. Le sac est rempli de sciure de bois de sapin ou de buis, pour la menue bijouterie, et de sable ou de son, pour

les objets de quincaillerie légère. Tenant dans chaque main les extrémités du sac, l'ouvrier lui imprime un mouvement de va-et-vient, tantôt à droite, tantôt à gauche. Souvent les ouvriers se mettent à deux pour opérer le

Fig. 215. — Ouvrier gratte-bossant au tour mécanique un bijou doré.

sassage; chacun d'eux tenant une extrémité du sac, ils l'agitent d'un mouvement cadencé.

Le baquetage, qui remplace souvent le sassage, est un procédé emprunté aux confiseurs et fabricants de dragées. Il consiste à dessécher les objets dans un baquet suspendu au plafond par des cordes. L'ouvrier, saisissant à deux mains le baquet, lui imprime d'avant en arrière, un mouvement saccadé, qui détermine un frottement énergique entre tous les objets contenus dans le baquet, et qui sont mêlés de sciure de bois, de sable ou de son (fig. 216).

La mise en couleur des objets dorés se fait au moyen d'une bouillie appelée or moulu, et qui se compose de 30 parties d'alun, 30 parties de nitrate de potasse, 8 de sulfate de zinc, 1 de sulfate de fer et 1 de sel marin. On

applique cette poudre, au pinceau, sur la pièce dorée à mettre en couleur; ensuite ou

Fig. 216. — Baquefage pour sécher les menus bijoux dorés.

porte la pièce sur un feu de charbon de bois, jusqu'à ce que la pâte, fondue et desséchée, j prenne un aspect brunâtre.

Le fourneau employé pour chauffer les bi-

Fig. 2t7. — Fourneau pour la mise en couleur des bijoux dorés.

joux enduits de cette composition corrosive,. est de forme cylindrique. Le charbon brûle entre les parois du fourneau et une grille verticale qui laisse, de cette manière, un espace.

LES DÉPÔT S ÉLECTRO-CHIM IQUES

central, dans lequel on place les objets à soumettre à l'action du feu.

La figure 217 donne la vue de ce fourneau. La figure218 estunecoiipe verticale du même

Fig. 218. — Coupe verticale du même fourneau.

fourneau, montrant la place de la grille et du combustible, et la figure 219 une coupe horizontale.

Fig. 219. — Coupe horizontale du même fourneau.

On plonge enfin la pièce encore chaude, dans de l'eau contenant 3 pour 100 d'acide chlorhydrique. On lave ensuite à grande eau, et l'on sèche dans la sciure de bois la pièce, qui, par ce traitement, a pris la couleur de l'or adoptée dans le commerce, en s'appauvrissant en or, sous l'influence de l'action corrosive du mélange salin.

L'opération que nous venons de décrire, est également mise en pratique lorsque la dorure est mal venue, qu'elle est terne .et inégale de ton. On a recours alors à la.- mise en couleur, ou, selon les termes d'orfèvrerie, au passage au mat des bijoux.

La dernière opération, c'est-à-dire le bru~ nissage, a pour but de donner tout à la fois à l'or un beau poli, et d'augmenter son adhérence avec le métal sous-jacent. L'opération

consiste à frotter vivement la pièce dorée avec un instrument composé d'une pièce dure, telle qu'agate ou hématite, ou une pointe d'acier, le tout enchâssé dans un manche de bois, et constituant l'instrument connu dans les ateliers sous le nom de brunissoir.

Les brunissoirs présentent plusieurs formes, et reçoivent dans les ateliers différents noms, significatifs de ces formes : fo lance, la dent, la patte-de-biche, etc. Nous représen-

Fig. 220. — Brunissoirs pour les doreurs.

tons ici [fig. 220) les brunissoirs les plus usités pour le polissage de la dorure.

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