‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [3], Photographie, stéréoscope, poudres de guerre, artillerie ancienne et moderne, armes à feu portatives, bâtiments cuirassés, drainage, piscicultureFiguier Merveilles Science BNF 03Chapitre 117 sur 163 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

QÛ'E5T-CE QUE LE DRAINAGE ? — SES EFFETS GÉNÉRAUX ET SECONDAIRES. — SIGNES EXTÉRIEURS DU BESOIN DU DRAINAGE.

Pour bien comprendre le sens du mot drainage^ reprenons cette ingénieuse comparaison du pot à fleurs, énoncée dans nos premières pages. Le petit sol artificiel que ce vase renferme, se compose de mottes de terre, lesquelles ne sont jamais en contact parfait, à cause de la grande variété de forme et de grosseur de ces particules. Il existe donc entre ces mottes des vides, qui communiquent plus ou moins directement ensemble, et constituent comme un système de petits canaux. Mais ces mottes de terre elles- mêmes ne sont pas d'une densité absolue; elles sont criblées de trous, poreuses, et ressemblent à autant de petites éponges. Quand la terre est parfaitement sèche, les canaux qui existent entre les particules de terre et les pores dont nous venons déparier, sont remplis d'air. Qu'arrivera-t-il si nous bouchons le trou du pot àfleurs, et si nous arrosons le sol abondamment? L'eau pénétrera immédiatement dans le ré-

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seau des canaux extérieurs, puis enfin dans les pores des mottes de terre, à la manière de l'eau qui monte, de proche en proche, d'une des extrémités d'un morceau de sucre à l'autre extrémité. Toute la terre sera ainsi saturée d'eau, et il n'y aura plus d'air. La plante se trouvera alors dans de mauvaises conditions. Si la nature ne Ta pas destinée à se plaire dans ce marécage en miniature, elle dépérira bientôt ; ses racines se pourriront, ses feuilles et ses fleurs se flétriront, et elle mourra* Pauvre Piçciola!

Rétablissons maintenant l'ouverture du pot à fleurs. L'eau* circulant dans l'intérieur des canaux dont nous avons parlé plus haut, et s'écoulant au dehors, abandonne, en passant, les principes réparateurs qu'elle apporte, et se trouve remplacée elle-même, par de l'air. Les pores constitutifs des particules, retiennent, au contraire, Feau qu'ils ont absorbée, en sorte que le sol est frais, sans être noyé.

Ainsi le trou percé au fond du pot à fleurs permet le renouvellement de l'eau et le renouvellement de l'air,, éléments dont dépend la vie de la plante. Eh bien ! le drainage des terres arables n'a pas d'autre but. C'est ce petit trou du pot à fleurs que Foii réalise dans les champs! Prenons un exemple. Les terres froides, c'est-à-dire celles qui, sans être imperméables par elles-mêmes, reposent sur un sous-sol imperméable, sont placées dans les mêmes conditions défavorables que notre pot à fleurs, quand son ouverture du fond se trouve bouchée .11 s'agit donc, pour mettre ces terres dans des conditions normales, pour établir cette circulation nécessaire de l'air et de Feau, pour conserver cette terre fraîche et non pas humide, de déboucher le trou de ce vaste pot à fleurs, en un mot, de drainer cette terre. Les travaux de drainage consistent à ouvrir dans la terre des tranchées étroites, au fond desquelles on dispose des tuyaux de poterie, placés bout à bout, et débouchant à l'air libre, au point le plus bas de chaque système de rigoles. L'eau qui im-

prègne le sol arrive en s'infiltrânt jusqu'aux tuyaux de conduite ; elle s'y introduit à travers les joints qui unissent leurs extrémités, et s'écoule en suivant la pente du terrain.

Le rapide écoulement des eaux de pluie à travers le sol, l'abaissement du plan des eaux stagnantes à une profondeur suffisante pour ne plus nuire au développement des racines ; tels sont les effets généraux, les résultats directs et immédiats d'un drainage bien fait. Dë ces deux effets généraux résultant des effets secondaires très-importants, que nous allons passer en revue.

Démontrons d'abord que le drainage réchauffe le sol.

Quand un sous-sol imperméable contient, à une faible profondeur, une nappe d'eau stagnante, en sorte que la chaleur solaire, arrêtée par cette barrière liquide, ne puisse lui transmettre son action qu'à une profondeur insignifiante, il y a très-près de la surface du sol, une couche qui est insensible aux variations de la température exté^ rieure, et dont la chaleur est bien inférieure à la température moyenne des mois les plus chauds de l'année. Le drainage, en supprimant la nappe d'eau stagnante, fait descendre plus bas cette couche du sol insensible aux variations atmosphériques, de sorte qu'elle n'a plus aucune influence fâcheuse sur le développement des racines. D'autre part, lès eaux de pluie ont, pendant une grande partie de Tannée, une température supérieure à celle des couches un peu profondes du sol. Ces eaux, relativement chaudes, sont comme pompées, de haut en bas, par le drainage, et viennent ainsi augmenter la chaleur du sol. Enfin, en abaissant, par le même procédé, la nappe d'eau stagnante à une profondeur convenable, on diminué considérablement Févaporation qui se fait toujours à la surface de la terre, et l'on réchauffe d'autant le sol; car, pour passer à l'état de vapeur, Feau liquide absorbe, comme nous l'apprend la physique, une quantité énorme de chaleur.

Pour qu'on ne nous accuse pas de nous complaire dans des considérations scientifiques, nous invoquerons des faits, des expériences directes. Un agriculteur anglais, M. Parkes, a fait, en 1854, des observations thermométriques très-suivies, dans un marais tourbeux, drainé seulement en partie. La température du sol naturel, non drainé, s'élevait | à 8°, 3 à une profondeur de 0m,18; à une même profondeur, dans la partie drainée, le thermomètre marquait i8%8. Or, sur 35 observations, M, Parkes a trouvé, pour la même profondeur, une augmentation moyenne de 5%5 dans la température du terrain drainé, par rapport à celle du même terrain non drainé.

Le corollaire naturel des faits que nous venons d'exposer, c'est la précocité des récoltes dans les terres drainées. Il y a quelquefois, sous ce rapport, une avance de 1 S jours à un mois ; et l'on a obtenu de très-curieux résultats dans les cultures jardinières. En Angleterre la maturité des fruits de certains arbres, des cerisiers par exemple, a pu avoir lieu un mois plus tôt que de coutume.

Le drainage modifie et ameublit le sol ; c'est ce que nous établirons sans peine. Considérons ce qui se passe dans les terres fortes, ou argileuses. Elles ne laissent pas assez facilement pénétrer Feau de la surface, et la retiennent trop fortement lorsqu'elles en sont imprégnées. Elles pèchent donc alternativement, suivant la saison, par un excès de sécheresse ou par un excès d'humidité. Sous l'influence des vents et du soleil, elles deviennent tellement dures que la végétation en souffre; par l'action des pluies continues, elles sont tellement humides, que les plantes noyées et soumises au refroidissement qui résulte de l'évaporation, sont de plus déchaussées et détruites par des gelées et des dégels successifs. Ajoutons que la culture de ces terres est difficile, pénible, longue et coûteuse, à cause de l'état du sol, qui tantôt est si dur et si

compacte, que les instruments de labour ne peuvent l'entamer, et qui tantôt, au contraire, est si détrempé, si pâteux^ que les attelages s'y embourbent et éprouvent une grande résistance. Un bon drainage, en donnant aux sols argileux une porosité relative, qui semble au premier abord incompatible avec la nature de ces terrains, les rend faciles à travailler, et prévient les désordres dont nous venons de tracer le tableau.

Un autre avantage de drainage c'est qu'il augmente la fertilité du soL Qu'une terre soit trop mouillée, les principes solubles des engrais, disséminés, noyés dans une trop grande masse d'eau, n'agissent plus sur la végétation qu'à des doses qu'on pourrait appeler homéopathiques, et ils sont quelquefois même entraînés bien loin des racines. D'un autre côté, on sait que l'air, la chaleur et une petite quantité d'humidité , sont les agents nécessaires à une bonne végétation. Or, ces conditions font complètement défaut dans un terrain trop humide. C'est par le drainage que ce sol noyé retrouvera la quantité d'humidité, d'air et de chaleur, nécessaire pour utiliser les engrais confiés à la terre* De plus, l'eau de pluie chargée d'ammoniaque ou d'azotates solubles, ne s'arrête plus à la surface du sol, où les sels ammoniacaux s'évaporeraient promptement: elle pénètre jusqu'à la racine des plantes, et met à leur portée les principes fertilisants des engrais.

Qui nous assure pourtant que, grâce à cette facilité d'infiltration, l'eau n'entraîne pas avec elle, et sans profit pour le sol, ces précieux éléments de fécondité? Ce doute n'est pas possible. M. Boussingault, ayant analysé l'eau provenant de l'écoulement des drains, y trouva l'ammoniaque en quantité beaucoup moindre que n'en contenaient les eaux de pluie» Les plantes avaient donc absorbé à leur profit, cette ammoniaque.

En résumé, les effets et les avantages du drainage sont les suivants :

LE DRAINAGE

\° Le drainage abaisse le niveau des eaux stagnantes à une profondeur suffisante pour qu'elles ne puissent plus nuiriî au développement des racines des récoltes.

2° 11 facilite le passage, à travers la couche arable et active, des eaux pluviales et des éléments de fertilité que ces eaux peuvent apporter sur le sol qui les reçoit. .-. '

3° Il facilite à l'air le moyen de pénétrer dans le sol jusqu'à la portée des racines, et jusqu'au contact des engrais dont il active la décomposition au profit des récoltes.

4° Il contribue à Tameublissement des terres fortes. -

5° 11 augmente la chaleur du sol, en diminuant Févaporation superficielle de Tean, et, par suite, en atténuant le refroidissement que cette évaporation produit toujours.

6° Il augmente la fertilité du sol, par suite d'une introduction plus facile, d'un transport plus régulier , d'une transformation plus avantageuse des gaz et des substances propres à contribuer au développement des plantes cultivées. ;

A quels caractères peut-on reconnaître qu'une terre a besoin d'être drainée ? — On distingue aisément, grâce à l'aspect du sol et à la nature de la végétation qui le recouvre, si un champ a besoin d'être drainé.

« Partout où, quelques heures après une pluie/dit M. - Barrai, on aperçoit de l'eau qui séjourne dans les sillons ; partout où la terre est forte, grasse, où elle •s'attache aux souliers, où le pied, soit des hotnmes, soit des chevaux, laisse après son passage des cavités dans lesquelles l'eau demeure comme dans de petites citernes ; partout où le bétail ne peut pénétrer après mf temps pluvieux sans enfoncer dans une sorte de boue; partout où le soleil forme sur la terre une croûte dure, légèrement fendillée, resserrant comme dans un é tau les racines des plantes /partout où Ton voit les dépressions du terrain notablement plus, humides que le resté des pièces, trois ou quatre Jours après les pluies; partout où un bâton enfoncé dans le sol à une profondeur de 0m,40 à 0m,o0, forme un trou qui ressemble à une sorte de puits, au fond. duquel l'eau stagnante s'aperçoit; partout •où la tradition a: consacré comme avantageux

F usage de la culture en bi lion on peut affi rme r que le drainage produira de bons effets (I). »

Les plantes qui croissent sur le sol arable, nous ofirent d'autre part des indices très-caractéristiques de la nécessité du drainage. Celles qui habitent les terrains humides, y régnent presque complètement, et bannissent toute récolte fructueuse. On ne saurait les faire disparaître ; comme elles s'y trouvent bien, elles y demeurent et multiplient. On ne s'en rend maître que par le drainage, qui les prive de cette humidité permanente, sans laquelle elles ne sauraient vivre. Voici les noms de quelques-unes de ces plantes, que presque tout le monde connaît de vue et de nom : le Jonc commun, le Plantain lancéolé, le Colchique d'automne, la Prêle ou queue de cheval, la Renoncule, la Laîche, YOrchis latifolia ou Pentecôte à larges feuilles, l'Iris des marais, la Renouée, le Scirpe, le Souchet, la Scrophulaire aquatique, le Narcisse, etc. •'

Un examen attentif du sous-sol permet, d'ailleurs, de reconnaître exactement sa nature, et de prononcer sur la nécessité du drainage. Cet examen se fait au moyen de tranchées, que l'on pratique dans le sol, et de trous d'essai.

Si l'on veut étudier la constitution du sol, sans cependant multiplier outre mesure les tranchées et les trous d'essai, on se sert d'une petite sonde à main, de la sonde dite de Palissy, que représente la figure 414.

On manœuvre cette sonde à peu près comme une tarière. On l'enfonce de 0m,40 environ; on la retire, pour examiner la nature du sol, puis on l'enfonce encore de ûm,40, et l'on continue ainsi jusqu'à la profondeur de lm,80 qu'elle atteint facilement. Avant de commencer chaque sondage, on tasse fortement le sol à la place où l'pn doit opérer, pour que la terre se maintienne à l'entrée du trou.

(1) Drainage des terres arables 7 t. lCï.

Pour bien juger de la nature des échantillons que la sonde rapporte, et qui sont

Fig. 414. — Sonde de Palissy.

toujours un peu altérés, il est bon de faire une première opération tout auprès d'une tranchée, afin d'obtenir des termes précis de comparaison.

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