CHAPITRE VI
SAISONS ET SOLS CONVENABLES POUR l'eXÉCOTION DE* TRAVAUX. — RECONNAISSANCE DU TERRAIN. — PIQUE- TAGE DES TRAVAUX, — OUVERTURE DES TRANCHÉES. — POSE DES TUYAUX. — REMPLISSAGE DES TRANCHÉES. — CHARRUES DE DRAINAGE* — CHARRUE A VAPEUR DE FOWLER. — ORSTRUCTIONS QUI PEUVENT SE PRODUIRE DANS LE CONDUIT DES DRAINS.
C'est dans l'intervalle qui s'écoule entre l'enlèvement d'une récolte et l'ensemencement de la suivante, que les travaux de! drainage peuvent s'exécuter sur le sol, libre en ce moment. D'un autre côté, on peut se procurer à peu de frais de la main-d'œuvre en hiver. Ces deux époques sont dosne principalement choisies pour les travaux d'assainissement des terres arables.
Cependant la nature du terrain est bien à considérer aussi pour déterminer le moment le plus convenable aux travaux d'assainissement. Les sols marécageux, pleins de sources, demandent une saison sèche ; les terres argileuses, une saison humide, parcô qu'alors les tranchées se creusent très-aisément. Pour le drainage des prés et des terres qui viennent d'être mises en céréales, l'automne est une
LE DRAINAGE
époque très- favorable* A la fin de mars et au commencement d'avril, on peut drainer avantageusement les terrains dans lesquels les éboulements sont à craindre. Si l'on opère sur des terres enherbées, il faudra mener rapidement les travaux, de peur de compromettre le pâturage et la récolte des foins* Dans un assolement, les sols en pâture, en vieux trèfle, en luzerne à défricher, se prêtent facilement au drainage, à cause de la consistance des terres. En résumé, il faut -profiter du moment le plus favorable pour occasionner le moins de dépense et pour rendre le plus vite possible à la culturelles champs assainis.
Reconnaissance du terrain. — L'étude du terrain, qui doit précéder toute autre opération, est délicate et importante. Le succès du drainage en dépend.
Le draineur parcourra la terre à assainir, en s'informant de la nature, de la dureté du sol, des difficultés du travail de la terre, soit après les pluies, soit après les sécheresses. Il tiendra compte de la végétation du sol et des indications qui lui seront fournies sur son humidité habituelle. Il remarquera si des sources jaillissent en quelque point ; s'il est des places où la végétation soit en retard ; si le sol est inégal, ondulé, creusé de vallées, etc.
Ces observations préliminaires seront complétées par l'ouverture d'une tranchée, au moins. Oh creuse également des trous, en différents endroits qu'on a jugés les plus propres à éclairer utilement l'agriculteur. Ces trous doivent avoir 3 mètres à 3 mètres 50 de côté, et environ 2 mètres de profondeur. Pour ne pas trop augmenter leur nombre, on fait, en outre, pour connaître si la composition géologique du solest constante, des trous de sonde avec la sonde à main que nous avons représentée dans un des chapitres précédents (page 592). On l'enfonce de 0m,40 environ et on la retire, pour examiner la nature du sol ; on l'enfonce de nouveau de 0m,40, et on con-
T. III
tinue jusqu'à une profondeur de 0œ,80 que l'instrument peut aisément atteindre.
On creuse la tranchée d'essai suivant la plus grande pente apparente du terrain. Si
Fig. 446, 447, 448, 449, 450. — Formes et dimensions de diverses tranchées de drainage.
d'après les observations recueillies par ces divers sondages, on est fondé à conclure à l'uniformité du sol dans la totalité de la pièce qu'il s'agit de drainer, on pourra donner aux drains une profondeur uniforme. Si, au contraire, la constitution du sol est variable, la profondeur des drains devra varier également.
Il faudra souvent attendre plusieurs jours pour que l'eau puisse se frayer un chemin jusqu'à la tranchée d'essai, et pour qu'on puisse être fixé sur la nature plus ou moins
perméable du sol, et sur les parties du champ qui fournissent de l'eau en plus grande quantité. C'est en procédant ainsi qu'on se rendra compte des accidents de terrain, des difficultés qui pourront se présenter dans l'exécution des travaux, enfin de la profondeur et de Técartement que devront avoir les drains, pour qu'ils produisent le plus grand effet possible, avec la moindre dépense relative. Dans toutes ces recherches pratiques, il faudra songer toujours qu'il importe d'enlever au sol la plus grande quantité d'eau que l'on pourra, et ne point laisser subsister, même à une grande distance de sa surface, des nappes d'eau provenant des terres élevées.
Quand la reconnaissance du sol est ainsi achevée, on procède, ou Ton fait procéder par un homme spécial, au lever du plan, et au nivellement de la terre à drainer. On arrive ainsi à bien connaître les hauteurs respectives, par rapport à l'horizon, des différents points du terrain : cette détermination des points culminants et des points les plus bas est très-essentielle.
Passons au mode d'exécution des travaux.
Piquetage des travaux sur le terrain. — Le plan du drainage a fait connaître la position à donner à tous les drains de la pièce de terre, et la situation de ces drains par rapport au contour du champ, ou à divers points de repère, comme des clôtures, des fossés, des arbres, etc. Le contre-maître retrouve ainsi facilement remplacement des drains tracés sur le plan, en s'aidant de la chaîne d'arpenteur.
On indique provisoirement les lignes de drains sur le terrain, par des jalons portant des morceaux de papier diversement colorés. Nous disons provisoirement, parce que ces jalons peuvent être dérangés par accident. On les remplace bientôt par de forts piquets en bois, qu'on enfonce à coups de maillet, de manière que leurs têtes soient toutes à la même hauteur au-dessus du fond des tranchées. Cette hauteur doit être égale à la profondeur de la tranchée, augmentée de 0m,10 ou 0m,2(K On
les numérote, de peur de confusion, et la distance qui les sépare l'un, de l'autre ne doit pas dépasser 30 mètres.
Ouverture des tranchées, — L'opération à laquelle on procède après le piquetage des travaux, c'est l'ouverture des tranchées. Pour atteindre la plus grande économie possible il faut donner aux tranchées de très-petites dimensions. Elles doivent être très-étroites du bas, pour rendre la pose des tuyaux plus facile, plus régulière et plus solide, et pas plus larges en haut qu'il n'est strictement nécessaire. La largeur de la tranchée au sommet et l'inclinaison des talus, doivent être telles que l'ouvrier puisse descendre et se tenir à une distance de 0m,80 du fond et atteindre à la profondeur adoptée avec des outils appropriés.
Les figures 446, 447, 448, 449, 450 représentent les profils de différentes tranchées de drainage avec les dimensions relatives de leur section. Ces dimensions ont été prises sur différents travaux exécutés.
Les travaux de déblai doivent être faits de manière que les eaux que l'on peut rencontrer, ou celles qui tombent du cielpendantle travail, ne puissent gêner et interrompre les ouvriers. Pour cela, on creuse d'abord dans les parties les plus basses du champ. On commence àl'embouchure du collecteur, pour chaque système dé drains, et on avance vers les parties supérieures* Puis on creuse, en allant de bas en haut, tous les petits drains qui s'y rattachent. C'est ainsi que l'on ménage aux eaux un écoulement facile et non nuisible pendant les travaux.
Les instruments employés pour creuser les tranchées, ont une forme simple, mais spéciale, et qui varie, de même que le travail, selon la nature et la manière d'être du terrain. Nous allons passer successivement en revue les divers cas qui peuvent se présenter dans le creusement des tranchées, en supposant que les conduits de ces tranchées doivent être des tuyaux. ,
LE DRAINAGE
. Soit d'abord un terrain qu'on puisse aisément travailler à la bêche, sans ameublement préalable, et assez consistant pour que les talus des tranchées se soutiennent bien. Avant de procéder au creusement de chaque tranchée, un ouvrier tend, suivant la direction de celle-ci, un cordeau de 23 à 30 mètres de longueur, puis, au moyen d'une lourde bêche [figt 451), il fait une profonde incision dans la
Fig. 451» — Bêche à couper le gazon.
(Échelle de 0*»,i0.)
terre. Quand le sol est garni d'un gazon épais ou couvert de racines de genêt, de bruyère, de jonc, on remplace avantageusement la bêche par une espèce de hache, analogue à celle dont on fait usage dans les Vosges pour l'ouverture des rigoles d'irrigation. On peut employer aussi le louchet, ou la fourche à plusieurs dents, pour entamer la première couche gazonnée*
Le chef-ouvrier reporte ensuite le cordeau parallèlement à lui-même d'une quantité égale à la largeur qu'il veut donner au fossé, et fait une incision semblable à la première. C'est alors que les terrassiers commencent la fouille.
Les instruments dont les terrassiers font usage pour creuser les tranchées, varient selon la nature et la difficulté du terrain.
Coupe. Vue de face. Vue de côté.
Fig. 452, 453, 454. — Bêche de drainage à poignée, (Échelle de O^iQ.)
Nous commencerons par le cas le plus ordinaire, c'est-à-dire celui d'une terre compacte, se laissant entamer par la bêche.
Un ouvrier travaillant à reculons, et armé de la bêche qu'il tient des deux mains, par la poignée supérieure, enlève une tranche de terre d'environ 0ra,40. La bêche dont on fait usage dans ce cas, est représentée ici (fig. 452,
453, 484), Cet outil est, comme on le voit, terminé par une poignée. Cependant on fait plus souvent usage d'un manche à béquille comme le représentent les figures 455, 456, 457.
Coupe. Vue de face. Vue de côté.
Fig. 455, 456, 457. — Bôclte de drainage à béquille. {Échelle de 0«y0.)
Un second ouvrier suit le premier et enlève la terre ameublie avec la bêche creuse que représentent les figures 458, 459, ou, avec de plus grandes dimensions, les figures 460 et 461.
Un troisième ouvrier armé d'une bêche plus étroite fait une seconde levée de 0m,30 de profondeur et le second ouvrier nettoie le fond de la tranchée, avec sa pelle, et arrange proprement les talus qui ont une légère inclinaison.
Un quatrième ouvrier extrait la troisième levée de tçrre dont la profondeur est, en gé-
néral, de 0m,23 à 0m?33 à l'aide d'une bêche encore plus étroite.
La terre qui reste au fond du fossé et que la
vue de face. Vue de c6té.
Fig. 468, 451). — Autre bêche de drainage. (Échelle deO^lO.)
bêche n'a pas enlevée, est extraite par l'ouvrier même qui bêche la terre, après qu'il a reculé de 2 à 3 mètres. Il se sert pour cela d'une drague plate à long manche, qu'il manie sans bouger de place. Cette drague a une largeur d'environ 0m,18 qui est la largeur même du fossé à cette profondeur. Les figures 462, 463 et 464 représentent cet instrument, de nettoyage. On achève la tranchée à l'aide d'une des écopes représentées par les figures 465, 466 ou 467, 468. Le fer des écopes ne doit avoir qu'une largeur à peu près égale à celle des tuyaux que Ton doit poser. Cette;
LE DRAINAGE
écope est à long manche, et se manie du bord de la tranchée.
Le dernier terrassier donne au fond une forme cylindrique, à l'aide de l'une des curettes que représentent les figures 469, 470, 471 , 472, 473, 474 et 478, 476, 477.
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Vue de face. Vue de côté.
Fîg. 460, 40J . — Autre grande bêche. (Échelle de 0»,10/)
Les bêches, écopes et curettes dont les ouvriers se servent pour l'exécution des tranchées de drainage, varient dans leurs dimensions selon la profondeur des tranchées à creuser, mais leurs formes sont toujours à peu près les mêmes. Nous avons figuré les instruments employés dans les terrains ordinaires ; bien entendu que les dimensions changent selon
la nature du terrain et la largeur de la tranchée, etc.
Nous venons d'indiquer rapidement le mode de creusement de la tranchée opéré par une brigade de cinq ouvriers. M. Hervé Mangon dans ses Instructions pratiques sur le drainage, pense que la brigade de trois ouvriers est préférable ; et c'est, en effet, le groupe le
Fig. 462, 463,464. —Drague plate pour curage.
plus généralement employé, M. Mangon ajoute pourtant que la division par groupes soit de trois, soit de cinq hommes, n'est pas indispensable. Des ouvriers habiles préfèrent souvent être seuls : d'autres font le creusement de la tranchée à deux seulement. Ajoutons encore que les ouvriers habiles n'ont pas besoin d'outils très- variés.
Les ouvriers draineurs attachent quelquefois sous leurs souliers, avec une ficelle contournant le pied, une semelle de fer, avec
laquelle ils appuient sur le bord de la bêche, pour l'enfoncer en terre. Au lieu d'une semelle entière, on fait usage plus souvent d'une
Vue de face. Vue de côté.
Fi g. 4 66, 4 OH. — Écope de drainage. (Échelle de O^io.)
demi-portion de semelle, que représentent les figures 478, 479, 480 et qui ne pèse que 225 grammes.
Nous venons de considérer dans ce qui précède, les sols compactes, mais se laissant facilement entamer par la bêche. Quand le terrain est trop dur pour se laisser entamer par la bêche ordinaire, soit dans toute la profondeur de la tranchée, soit dans une partie seulement, il faut faire usage d'une bêche étroite que nous représentons (fig. 481, 482, page 617). Cette bêche désagrège bien le sol, I
mais elle n'enlève pas des portions bien définies de terre, de sorte que le curage à la drague devient plus important.
Quand les terrains sont très-durs, pleins de
< ojSÏ.- ^
Vue de face. Vue de côté.
Fig, 467, 468. — Autre écope de drainage (Échelle de 0», 10.)
cailloux, il faut substituer à la bêche la pioche, le pic, ou l'une des formes de pics armés de pédale que nous représentons dans les figures 483, 484 (page 617) ou dans la figure 485 (page 617).
Dans ce cas, il faut que chaque piocheur soit suivi d'autres ouvriers armés d'une pelle, qui enlèvent les débris, à mesure qu'ils sont détachés par le premier instrument -
Quand le terrain est consistant et pierreux, le travaildevientdifficile, irrégulier, et ne peut plus être exécuté avec Jes outils dont nous
LE DRAINAGE
avons parlé jusqu'ici. La largeur des tranchées doit alors être augmentée, pour que les ouvriers puissent travailler à leur aise* Quelquefois même il faut élargir encore plus que
Vue de face, Fig. 469, 4 70» 47.1.
Vue de c<A$',
Curette de drainage
Plan,
(Échelle de O^io.) .
cette, dernière circonstance ne le demande. Ce cas se présente quand on rencontre des pierres volumineuses, qu'on est obligé de déchausser, pour les enlever. Il peut même arriver que les blocs soient trop volumineux pour qu'ils puissent être enlevés ainsi ; alors, il faut les tourner* en déviant la tranchée.
Des, obstacles de cette nature se présentent souvent dans les terrains à pierres meulières. On est alors obligé d'ameublir préalablement
la terre, à l'aide de la pioche ou du pic. Un fouilleur enlève avec la pelle la terre ameublie, et trace les talus. Quand on est arrivé au fond de la tranchée, fond auquel on donne une largeur aussi faible que possible, on pro-
Vue de face. Vue de côté.
Fig. 472, 473, 474. — Autre curette de drainage.
Plan.
(Échelle de 0«Vp.)
cède au nivellement comme nous l'avons indiqué plus haut.
Une autre classe de terrains légers ou ébouleux, se compose de sols qui ne sauraient; se maintenir avec l'inclinaison du talus des tranchées. Alors, on étançonne les parois latérales, à l'aide de planches soutenues par des traverses (fig. 486, page 618)* Ce boisage augmente beaucoup la dépense et ne laisse pas que de présenter de grandes difficultés. Dans
ce cas, il faut avoir recours à des constructeurs de profession et à de bons ouvriers, de peur d'accroître fortement la dépense en employant des hommes inexpérimentés, et même de
Tue de côté. Vue de face,
Fig. 475, 476, 477. — Autre drague.
Plan.
(Echelle de 0™,t0.>
compromettre la vie des travailleurs par quelque faute, si légère qu'elle paraisse.
Nous n'insisterons point sur les terrains tourbeux qui se laissent fouiller à la bêche,
La longueur, qu'on peut déblayer avant de construire les conduits, dépend de la nature du terrain, de la quantité des eaux et de l'état de l'atmosphère. Si le sol est peu consistant et sî les eaux abondent, on opère sur une faible longueur, on place les conduits et on re-
tourne la terre. Mais si le sol le permet, il faut approfondir les drains sur la plus grande longueur possible avant de procéder à l'établissement des conduits.
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Plan.
Vue de côté.
Fig. 478, 479, 480. — Semelle en fer.
Il y a avantage à faire faire le creusement des tranchées à la tâche, mais il faut bien surveiller les ouvriers. Cinq hommes habiles ayant chacun sa besogne propre, peuvent faire, selon M. Leclerc, de 130 à 140 mètres de rigoles de lm ,20 de profondeur en 12 heures de travail dans un terrain de moyenne consistance, et sans pierres.
Vérification des travaux. — Dès que la tranchée est achevée, l'inspecteur des travaux doit la vérifier sous deux points de vue : sous celui de ses dimensions et sous celui de la pente.
Pour vérifier les dimensions de la tranchée, on y introduit un gabarit. C'est un instrument formé de règles parallèles d'inégale longueur, AB,CD, fixées horizontalement sur une règle verticale, de manière à représenter la forme voulue de la tranchée [fig. page 618). On doit avoir autant de gabarits que l'on a de types de section pour les di ff érentes tranchées.
LE DRAINAGE
Mais le point le plus important et aussi le plus difficile, c'est de donner aux tranchées une pente régulière, uniforme, indépendante des irrégularités de la surface du sol. Pour obtenir le nivellement du fond des tranchées,
nous indiquerons la méthode décrite par M. Mangon, et qui réussit parfaitement*
Nous avons dit que les têtes des piquets qui servent au tracé des drains, sont toutes à la même hauteur au-dessus du fond des tran-
\'...OjOS5,.y
Vue de face. Vue de côté.
Fig. 4 8 1 , 4 82. — Bêche pour les terrains , graveleux.
(Échelle de 0=>,10.)
Fig. 483, 484. — Vue de face et de profil du pic à pédale français.
(Échelle de 0^,10,)
Fig. 485. — Pic à pédale anglais.
(Échelle de O^iO.)
chées, et que ces piquets sont espacés de 50 mètres au plus les uns des autres. 11 est donc très-facile, au moyen de trois mirettes de paveur, d'enfoncer au milieu de l'intervalle qui sépare deux piquets consécutifs, un petit piquet provisoire, dont le sommet soit précisément sur la ligne droite qui passe par les têtes de ces deux piquets. Si Ton tend un cordeau entre les têtes de ces trois pi-
T. III
quets, ce cordeau sera évidemment parallèle à une hauteur connue au-déssus du fond de la tranchée à ouvrir.
Il suffira alors, pour fixer en chaque point la profondeur du fond de cette tranchée, d'appuyer sur le cordeau a (/î^.488) la petite branche d'une croix en bois léger, dont la grande Saurait la longueur qui doit exister entre le fond de la tranchée et le cordeau lui-même.
L'emploi de la croix de bois, et la position du cordeau à une certaine distance du bord de la tranchée, où peuvent quelquefois se trouver des dépôts de déblai, rendent assez peu commode cette manière de procéder, que Ton simplifie, comme l'indique M. Hervé Mangon.
« On enfonce horizontalement, dit M* Mangon, dans la paroi légèrement inclinée de la tranchée {fig. 489), au droit des gros piquets a, a primitivement
a, a, et par conséquent il est lui-même parallèle au fond de la tranchée. Dès lors il suffit de tenir à ia
Fijr. 486. — Tranchée étrésiïlonnée.
placés et qui sont tous à la môme hauteur au-dessus du fond des tranchées et à 0m,40} par exemple, audessous de leur tête de petits piquets provisoires b, b.
Fig. 487. — Le gabarit.
Si la dislance des piquets a, a excède 20 à 25 mètres, on place un troisième piquet provisoire b' entre les piquets 6, b et sur la même ligue, et enfin on tend un cordeau sur ces trois piquets &, b\b à quelques centimètres en avant de la face du terrain. Ce cordeau est parallèle à la ligne qui joint les têtes de piquets
i'ïg. 488.
Règlement des pentes au moyen de la croii de bois.
main une petite baguette, d'une longueur égale à la dislance qui doit exister entre cette ligne bb'b et le
Fig. 480. — "HfrgTament des pentes
fond de la tranchée pour reconnaître les points qu'il faut approfondir ou ceux qu'il faut remblayer, si, par maladresse, on a trop creusé quelques parties de la fouille (1). »
Pose des tuyaux. — Les tuyaux doivent être droits, d'une section bien circulaire, et sans rugosité sur leurs bords intérieurs. Deux tuyaux frappés l'un contre l'autre, dont l'un est suspendu légèrement entre le pouce et l'index, doivent rendre un son clairet argentin. Si leur cuisson est parfaite, ils ne doivent point se déliter après quelques jours d'immersion dans l'eau. On devra rejeter ceux qui absorberaient au delà de 15 pour 100 d'eau, aprèsvingt-quatre heures environ d'imbibition.
Il) Instructions pratiques sur le drainage, page 130.
LE DRAINAGE
On s'assurera delà résistance des tuyauxpar la méthode qui sert à éprouver le degré de géliyeté des pierres à bâtir.
Les constructeurs appellent pierres gélives, celles qui se brisent en éclats, plus ou moins considérables, sous l'influence de la gelée. Ce phénomène physique s'explique comme il suit. L'eau qui a pénétré dans les pores d'une pierre, augmente de volume en se congelant ; elle tend à briser ses enveloppes. Le bloc de pierre qui a été ainsi pénétré d'eau, doit donc éclater lorsqu'il survient une gelée. Un procédé ingénieux a été imaginé, au commencement de notre siècle, par le minéralogiste Brard, pour reconnaître d'avance si une pierre à bâtir est ou non gélive. Ce procédé consiste à exposer des échantillons des pierres que l'on veut essayer, à l'action d'une dissolution saturée de sulfate de soude. On retire les échantillons, et on les abandonne à euxmêmes pendant vingt-quatre heures. Au bout de ce temps, ils sont couverts d'une efflorescence blanche. On les lave dans la dissolution de sulfate de soude, et on répète cette dernière opération toutes les fois que les efflorescences sont abondantes. Le sulfate de soude, en cristallisant au sein de la masse poreuse de la pierre, augmente de volume, et produit le même effet que l'eau qui augmente de volume quand elle se congèle. Si donc on trouve au fond des vases dans lesquels on a fait le lavage, des fragments de pierre, et si les échantillons soumis à l'épreuve ont perdu leurs angles et arrondi leurs arêtes, c'est que la pierre est gélive. En pesant les débris recueillis, et comparant le poids obtenu au poids primitif de l'échantillon d'essai, on connaîtra sensiblement le degré de gélivetê de la pierre.
Si l'on opère de la même façon sur les tuyaux de drainage, on peut se former une idée de leur qualité, et s'assurer à l'avance de leur conservation au sein de la terre.
La marche que l'on suit dans la pose des tuyaux, varie selon la consistance, le degré
d'humidité et l'état du terrain. Si le sol est sec au moment où on travaille, ou bien s'il est assez consistant, quoique humide, pour ne se point mettre en boue, on construit d'abord les drains collecteurs, ainsi que les raccordements des petits drains qui débouchent dans ces collecteurs, puis on procède à la pose des tuyaux.
Quand le terrain est détrempé par l'eau, il existe au fond des drains une couche de boue, dans laquelle les conduits pourraient s'enfoncer, et par conséquent s'obstruer. Il faut donc enlever la boue avant de placer les tuyaux ; ce qui se fait avec des curettes comme celles que représentent les figures précédentes.
11 est même utile de faire aux tuyaux un lit de paille, pour qu'ils ne s'enfoncent point dans le sol détrempé qui constitue le fond des rigoles, même après l'enlèvement de la boue.
On pose, en premier lieu, le conduit des petits drains, en commençant par les parties les plus élevées du champ, et l'on termine par le drain collecteur.
Quand le terrain est mouvant, et que les tranchées ne sauraient rester longtemps ouvertes, il faut envelopper les tuyaux, de conduite dans d'autres tuyaux un peu plus larges, en ayant soin d'alterner les joints. On peut toujours obtenir un fond solide dans le sable mouvant, en y enfonçant des pierrailles ou des branchages.
Aussitôt que la tranchée a été préparée, comme il vient d'être dit, sur une faible longueur, on y jette un peu de terre très-forte ou d'argile, et après avoir tassé légèrement cette terre, on place les tuyaux . par-dessus. Ces tuyaux sont aussitôt recouverts de terre fortement tassée, et l'on comble immédiatement la tranchée. Dans les terrains mouvants ce travail est délicat et doit être fait avec grand soin.
Mais comment se fait la pose des tuyaux? Les tuyaux de grande dimension se placent, à la main, parce que les tranchées qui doivent
les recevoir, sont assez larges pour qu'un ouvrier puisse travailler au fond. On les fait joindre aussi exactement que possible les uns aux autres, et on les cale de chaque côté, de peur qu'ils ne se dérangent quand on rejettera la terre au-dessus d'eux. Quant aux tuyaux d'un faible diamètre, qui doivent oc-
jff,2.£
Tig. 490, 49 f - — Broche à poser les tuyaux sans collier, vue de face et de profil.
cuper le fond des tranchées étroites, ils sont placés par un ouvrier, qui se tient debout un pied sur chaque bord de la tranchée, et qui manie un instrument, nommé broche ou crochet.
Quand on place des tuyaux simples, c'està-dire sans colliers, on peut employer la broche. (Les figures 490, 491 représentent cette broche.) Mais quand on se sert de colliers ou manchons,onemploiel'instrumentreprésenté par les figures 492, 493. L'ouvrier le tient par
le manche en bois et introduit la tige a dans le tuyau : il enlève ainsi le tuyau et le dépose à sa place. L'extrémité du tuyau touche l'épaulement b, La longueur bd de Fépaulement est égale à la moitié de celle du collier; le diamètre de cet épaulement dépasse le diamètre intérieur du tuyau et est moindre que
Fig. 493, 493, — Broche à poser les tuyaux à collier»
celui du collier ; il en résulte que le tuyau et le collier sont dans la position relative qu'ils doivent occuper. On introduit donc facilement le bout du tuyau dans la partie libre du manchon, précédemment placé au fond de la tranchée.
Quel que soit le posoir dont se serve l'ouvrrer, celui-ci en imprimant à la broche qui porte le tuyau une série de petites secousses, communique à ce tuyau un mouvement rotatoire, qui permet de trouver la position la
plus convenable pour que le tuyau soit bien établi dans le fond de la tranchée, et en contact aussi exact que possible avec le tuyau précédent.
Moins les rigoles sont profondes, plus les tuyaux et les colliers sont bien exécutés, plus aussi le travail se fait rapidement. Un ouvrier habile peut placer environ quatre cents tuyaux à l'heure, dans une rigole de tffl,20 dé profondeur. Quand on n'emploie pas de colliers, il faut mettre beaucoup de temps et de soins pour bien ajuster les tuyaux et de plus les caler avec de la terre ou de petites pierres pour les empêcher de se dé-
ranger. Dans ce cas et dans les mêmes conditions, on ne saurait, avec beaucoup de fatigue, poser plus de 120 à 130 tuyaux par heure.
Avant de laisser procéder au comblement de la tranchée, le surveillant des travaux doit vérifier la pose des tuyaux avec une grande précision, c'est-à-dire s'assurer si tous les tuyaux sont bien ajustés, s'ils forment une ligne droite continue à pente régulière.
Cette vérification peut se faire à l'aide d'un grand niveau de maçon. Cet instrument
Fig. 494. — Niveau de fll à plomb.
(fig. 494) porte une division parcourue par la pointe du Fil à plomb, et qui exprime les pentes que doit. avoir la tranchée. On pose le niveau sur la ligne dont on veut vérifier la pente, et Ton s'assure que le fil s'écarte de laj^ verticale d'une quantité correspondante à la pente adoptée.
Cependant ce moyen de vérification de la pente des tranchées n'a pas une précision suffisante. Pour obtenir une vérification complète, on se sert de trois mirettes analogues à celle des paveurs, mais ayant environ 1^,80 à 2 mètres de hauteur.
On place deux de ces mirettes {fig. 498) au droit de deux piquets de repère a, a, en s'assurant que leur pied est à la profondeur voulue au-dessous de la tête de ce piquet ; puis, se plaçant en arrière de la mirette ô, et bornoyant la ligne de foi de la seconde, d, on
fait placer la troisième, <?, en différents points de la tranchée, et l'on s'assure que, dans ces diverses positions, la ligne divisée bd affleure
Fig. 495. — Vérification des pentes des tranchées.
toujours exactement le dessus de la mirette intermédiaire c.
Pour placer le pied des deux mirettes extrêmes b et d à la profondeur voulue audessous des têtes des piquets de repère, on pose sur le piquet, en le plaçant perpendiculairement à la tranchée, le grand niveau de maçon représenté plus haut(/?^. 494), et Ton s'assure que le dessous de sa règle rencontre le pied de la mirette contre lequel on l'appuie, le fil étant au repère, précisément contre une marque faite à l'avance à une distance du pied égale à la hauteur adoptée pour la position des piquets au-dessus du fond des tranchées. Cette pointe doit toujours s'arrêter au même point dans toutes les positions de l'instrumentsur une même ligne de tuyaux. Dans les endroits douteux on fera descendre un ouvrier.
Avant de parler du remplissage des tranchées, disons un mot du raccordement des lignes de drains. Pour raccorder une ligne de petits drains avec une ligne de drains principaux, on pratique dans le plus grand tuyau une ouverture circulaire. On y fait entrer le tuyau du petit drain, sous un angle de 43 à 60 degrés, de façon que le petit tuyau soit plus élevé.
Lorsqu'il faut raccorder entre elles deux lignes de tuyaux de même diamètre, on dispose au point de rencontre un tuyau d'un diamètre supérieur. Nous avons déjà représenté ce mode de raccordement. Il suffit de se rapportera ces deux figures pour comprendre le mode d'ajustement dont il s'agit. Si l'on n'a pas de tuyaux percés latéralement par avance, il est facile de les entailler avec un marteau tranchant.
Remplissage des tranchées, — Les files de drains ne doivent jamais rester découvertes, de crainte d'accident produit par une ondée ou par la malveillance. Il faut donc, aussitôt après la vérification de la pose des tuyaux, procéder au remplissage de la tranchée. On place immédiatement sur les drainsla terre la plus argileuse extraite de la saignée ; on jette
avec précaution cette terre sur les tuyaux, après l'avoir soigneusement émiettée. La couche ainsi formée peut atteindre 0m,25 et on doit la battre avec un petit pilon en bois, ou la piétiner avec soin. Quand la première couche d'argile a été bien placée, on fait tomber par-dessus, avec une pelle, ou avec une houe à deux ou trois dents, une nouvelle quantité déterre qu'on dame de même soigneusement. Les figures 496, 497 représentent la houe
Vue de côté. Vue de face*
Fig. 496, 497. — Houe pour remplir les tranchées.
employée par les ouvriers draineurs pour le remplissage des tranchées.
Si le temps est beau, on peut alors suspendre le remplissage pour laisser l'air agir sur les parois des tranchées. Cette action est très-utile dans les terrains argileux. En effet le sol se dessèche et se fendille, sous Faction du soleil ; et ces fentes préparent des voies
LE DRAINAGE
par lesquelles l'eau arrivera vers les drains. On achève de remplir la tranchée par couches de terre de 0m,20 à 0m,30 d'épaisseur, qu'on tasse comme précédemment. Enfin on jette en dernier lieu la terre végétale qu'on a dû mettre de côté à cet effet, lors de l'ouverture de la tranchée.
Charrues de drainage. — De nos jours, où la force mécanique se substitue peu à peu à l'emploi de la force vivante, il était impossible qu'on ne songeât pas à faire jouer un rôle aux machines dans l'exécution du drainage. Ouvrir la tranchée, placer les tuyaux et combler la tranchée aussitôt, tel fut le problème compliqué que l'art du mécanicien s'est proposé de résoudre. Ce problème, disons-le, n'a pas été complètement résolu ; mais il a été poursuivi avec tant de persévérance et de tels efforts d'invention, que nous ne saurions résister au désir de donner une idée des appareils mécaniques qui ont été proposés ou essayés dans ce but.
MM. Fowler et Fry avaient envoyé à la première Exposition universelle de Londres, en 1851, une machine destinée à creuser mécaniquement les tranchées et à poser les tuyaux. Cette machine se composait de deux pièces distinctes, une charrue et un cabestan, dont la corde était mue par un manège. La charrue était formée de deux armatures en fer, reliées par des traverses et des boulons, ayant un certain écarteraient au coutre et à l'arrière, mais se rejoignant à l'avant, et emmanchant une poulie destinée à recevoir la chaîne du cabestan.
. Le soc de la charrue pénétrait dans le soussol, et creusait le passage à la tranchée. Voici comment on opérait. On plaçait le cabestan à 130 mètres environ de la charrue, et on l'amarrait fortement. La corde qui reliait le cabestan à la charrue, était en chanvre recouvert de fil de laiton. On ouvrait ainsi une tranchée, dont la profondeur était en raison de l'enfoncement voulu du drain, et dont la longueur était égale à cette profondeur. On
engageait le soc de la charrue au fond, en attachant ce soc à une corde, revêtue de tuyaux, qui s'y trouvaient enfilés comme des perles sur un ruban. Ces dispositions prises, à un moment donné, on mettait les chevaux en mouvement. La charrue s'avançait, et le soc pénétrait dans le sous-sol, traînant après lui les tuyaux, juxtaposés et enfilés dans la corde, au nombre de 30 ou de 40. Quand ces 30 ou 40 tuyaux étaient établis, on s'arrêtait, pour ajouter une nouvelle chaîne de 40 tuyaux, et ainsi de suite jusqu'au moment où la charrue venait toucher au cabestan. Alors on ouvrait une seconde tranchée semblable à la première. Là on s'arrêtait. A l'aide des engrenages on dégageait le soc et l'on retirait les cordes. Pendant toute la pose, le chefouvrier, comme un pilote près de son gouvernail, dirigeait l'engrenage, et maintenait le niveau et les pentes voulues, en donnant l'impulsion au soc dans les points où le terrain présentait quelque ondulation.
Cette première application de la mécanique à l'exécution des travaux de drainage, frappa beaucoup les hommes de l'art. Un agronome, qui avait vu fonctionner cet appareil, M. de Montreuil, écrivait à ce propos, en 1851 :
« N'est-il pas féerique de suivre cette charrue silencieuse dans le travail souterrain qu'elle opère, de comprendre par l'esprit là précision mathématique de son exécution? Nous étions dans une prairie, environnés de troupeaux ; eh bien ! quand nous avions passé sur un point que les herbes foulées accusaient à peine, ces troupeaux paissaient paisiblement jusque sur les lèvres refermées de la plaie que nous avions faite ; rien n'avait disparu dans ce pâturage. Six hommes, deux chevaux et une demi-heure, montre en main, avaient suffi pour descendre à lm,03 sous terre 300 tuyaux, qui sans la puissance mécanique, eussent demandé une semaine de travail et bouleversé le sol (1). »
Cependant cet appareil mécanique laissait beaucoup à désirer. Les tuyaux étaient, sans doute, placés en ligne droite et bien
(l) Journal d'agriculture pratique, 1851, et Barrai, Drainage des terres arables, t« il, -p. 347.
juxtaposés, mais la pente n'était jamais régulière. A partir de 1854, M. Fowler présenta aux divers concours de drainage qui eurent lieu en Angleterre , des appareils supérieurs au précédent. Dans un concours agricole tenu à Paris, en 1856, le jury international fut chargé d'examiner le travail d'une charrue de drainage à vapeur de JL Fowler. L'expérience se fit à Trianon le 6 juin. L'appareil se composait de deux parties : la charrue proprement dite, et le moteur, qui était une locomohile puissante. Ces deux parties étaient réunies par un câble. Le câble en s'enroulant sur un tambour, entraînait la charrue, qui laissait seulement une trace « analogue, dit M. Barrai, à la fente produite par un couteau dans un pain de beurre (1). » Tous les 40 ou 50 mètres on creusait un trou dans le sol, pour attacher les uns aux autres les chapelets de tuyaux. La traction que la machine à vapeur exerçait sur le grand câble, fut évaluée à 8,000 kilogrammes.
Cependant l'expérience de Trianon n'était pas décisive, -°,t son succès fut loin d'être complet. La charrue ne put franchir un banc rocheux, qui la renversa. Le poids énorme de l'appareil et son prix considérable étaient aussi de graves défauts. Le jury décerna, néanmoins, une médaille d'or à M. Fowler. Il voulut en cela récompenser le génie inventif appliqué à l'art agricole, mais non couronner la solution d'un problème qu'on cherchera peut-être vainement à résoudre.
En effet, il est bien difficile de concevoir une machine exécutant à elle seule toutes les opérations du drainage : l'inégalité des niveaux du sol opposera toujours les plus grands obstacles à la pose régulière et efficace des tuyaux.
Il est, toutefois, une partie des opérations qui peut aisément s'exécuter sans le concours de la main de l'homme : nous voulons parler
(1) Voir la description de ce remarquable système dans l'ouvrage de M. Barrai, Drainage des terres arables^ t. Il, pages 359 et suivantes.
de l'ouverture des tranchées et de leur remplissage. Le premier creusement des tranchées peut se faire, en effet, non sans quelque avantage, au moyen de la charrue rigoleuse de TEcole d'agriculture de Grignon. Cette charrue est en bois. La coutelière est armée de deux coutres, dont l'un, celui de droi te, se place dans les trous une fois pratiqués, de manière à faire varier la largeur de la rigole. Un régulateur sert à régler la profondeur du sillon souterrain. On obtient par une seule allée, une profondeur de 0m, 25 à 0ra,30, et en faisant passer la charrue deux ou trois fois dans le même sillon, on augmente la profondeur.
Si Ton faisait succéder au travail de cette charrue, ou d'une autre de même espèce, le travail d'une charrue fouilleuse du sous-sol, par exemple celle de John Read, on pourrait pousser le défoncement de la tranchée jusqu'à 0m,S0 ou 0m,60. Au reste, on possède en France plusieurs charrues fouilleuses trèsconvenables pour exécuter le travail dont nous parlons. Telle est celle de M. Gustave Hamoir qui est toute en fer.
Jusqu'ici la charrue n'a fait que remplacer la bêche pour l'exécution de la tranchée, car on fait les déblais à la pelle. M. Paul, dans le comté de Norfolk, ne s'est pas contenté d'imaginer une machine pour ameublir le sol, il lui a fait aussi effectuer le déblai. Une roue armée de dents est destinée à piocher la terre. Cette roue est mise en mouvement par une chaîne s'enroulant sur un cabestan, mû par un manège à chevaux. Une chaîne-levier permet d'élever et d'abaisser la roue fouilleuse. En même temps que la roiie avance, entraînée par la chaîne, elle fouille le sol, le soulève, et jette la terre sur un des côtés de la tranchée. On peut, avec cet instrument, pratiquer une tranchée de 0m,91 à lm,52 de profondeur et de 0m,40 de largeur, sur une longueur d'environ lm,22 par minuie.
Nous nous bornons à signaler ces divers appareils mécaniques sans nous y arrêter da-
LE DRAINAGE
Fig. 498, — Ouvriers posant, des tuyaux de drainage.
vantage, car ils sont restés tout à fait en dehors de l'usage pratique.
Obstructions des drains. — Quel que soit le, mode de construction des conduits des éàux de drainage, ces conduits peuvent s'obstruer. Il vaut mieux, évidemment, prévenir les obstructions que d'avoir à les détruire. Aussi, indiquerons-nous les causes de ces obstructions et les moyens de s'en garantir.
Les drains faits avec des pierres ou des fascines, peuvent s'obstruer par des dépôts de sables ou de matières terreuses. Dans ce cas, il faut empêcher les eaux pluviales de descendre trop rapidement vers les conduits. Au reste, les drains en pierre doivent être complètement bannis des terrains sablonneux.
On doit, dans ces sortes de terrains, employer des tuyaux de poterie, garnis de colliers, et quan<jl le travail a été consciencieusement t. m.
établi, on ne peut craindre aucun engorgement. Dans les terres fermes, l'eau ne s'introduit que lentement par les joints des tuyaux, et les graviers ne peuvent ainsi être entraînés dans les conduits. Si des matières terreuses y pénétraient exceptionnellement, la rapidité du courant qui traverse les petits drains, suffirait pour dissiper ces obstacles.
Des obstructions d'une autre nature, et vraiment redoutables, sont causées par des dépôts de substances minérales dans Tintérieur des conduits. Là où le sol est calcaire ou crayeux, les eaux tiennent en dissolution du carbonate de chaux. Ce sel n'étant dissous qu'à l'aide d'un excès d'acide carbonique, et cet acide carbonique se dégage dès que les eaux arrivent à l'air libre, c'est-à-dire dans les conduits de drainage, et il en résulte que le carbonate de chaux se dépose à l'intérieur des
tuyaux, et forme des incrustations solides, qui finissent par les engorger complètement. Les mêmes effets se produisent avec des eaux séléniteusesou ferrugineuses.
Des engorgements de cette nature sont surtout à redouter dans les drains faits de pierrailles, dans lesquels l'eau, très-divisée, se trouve en contact avec l'air par des surfaces multipliées, et s'écoule lentement. Cet inconvénient est moins à craindre dans des tuyaux de poterie, d'un faible diamètre, qui sont presque constamment remplis d'eau, et dans lesquels le courant est assez rapide pour entraîner les matières étrangères que les eau ont pu déposer.
Il faut également se tenir en garde conti'jj les obstructions que pourraient produire les racines de certaines plantes, qui vont chercher l'humidité jusque dans les conduits des drains. Quand un filet radiculaire s1 introduit dans ces tuyaux, il produit bientôt une masse fibreuse. Cette masse de radicules s'étale, se ramifie à l'intérieur du conduit, et peut opposer un obstacle sérieux au passage de l'eau. Le Tussilage, la Prêle, la Renouée amphibie, le Saule, le Frêne, le Peuplier, le Marronnier, sont les plantes le plus à redouter sous ce rapport. Il faut donc éloigner autant que possible, les tranchées de drainage des haies, des plantations ou des arbres. Si l'on se croit obligé de les rapprocher de plus de 7 à 10 mètres des plantations ou des arbres, on devra garantir les conduits au moyen de tuyaux plus grands, qui les enveloppent, ou même imprégner de goudron la terre qui environne les tuyaux.
Un dernier mode d'obstruction est celui que peuvent produire de petits animaux des champs, qui s'introduisent, par l'entrée des drains, dans les conduits, etvenant à y mourir, peuvent faire obstacle au courant de l'eau. Nous avons dit plus haut que les grillages en fer, dont on garnit l'embouchure des drains, ont pour but de prévenir cette cause d'engorgement.
Utilisation des eaux de drainage. — Dans neaucoup de pays les eaux qui s'écoulent des rigoles de drainage, sont distribuées. Elles sont généralement très-bonnes pour les usages domestiques, et peuvent toujours être consacrées aux usages industriels.
En Angleterre, les eaux de drainage alimentent les fontaines et les abreuvoirs nécessaires au service de fermes importantes, et même de villages entiers. Ce fait n'a rien qui doive nous surprendre, car les sources naturelles ne sont autre chose, comme les eaux de drainage, que le produit de l'infiltration | de l'eau pluviale à travers des couches inté- ] rieures de la terre.
La force et les bonnes qualités de la végétation naturelle qui croît autour des bords des canaux de décharge des eaux *de drainage, est l'indice que les eaux qui s'écoulent de ces tuyaux sont de bonne qualité, et qu'elles peuvent être employée» avantageusement pour l'irrigation.
Cette combinaison du drainage et de l'irrigation , quand celle-ci s'effectue avec des eaux enrichies à l'aide d'engrais liquides ou facilement solubles, constitue certainement, l'un des plus hauts degrés de perfection où puisse atteindre Fart agricole.
Nous terminerons cette partie de notre sujet, en parlant des dépenses que peuvent occasionner les opérations du drainage, et en essayant d'évaluer les bénéfices que l'agriculteur peut en espérer.
Frais d'établissement du drainage. — C'est généralement à l'hectare qu'on évalue les frais d'établissement d'un drainage complet. Cependant cette évaluation n'est guère possible, car la dépense qu'occasionne le prix du drainage d'un hectare d'un terrain, varie d'une localité à l'autre, et même pour des champs voisins. En effet, la profondeur des saignées, leur espacement, la manière d'être du terrain, le mode de construction des conduits,la valeur des matériaux de ces conduits,
LE DRAINAGE
le prix de leur transport, l'habileté des ouvriers, etc., sont autant, de circonstances qui influent sur les frais d'établissement du drainage. C'est seulement quand on a bien étudié le terrain et dressé le plan des travaux, qu'on peut avoir quelque idée de la dépense, en prenant pour base des calculs les données que des opérations exécutées antérieurement et dans des circonstances analogues, ont pu fournir. Il est donc très-important d'avoir sur les dépenses qu'exige le drainage, un certain nombre d'indications fournies par des travaux effectués dans des circonstances diverses. AI. Leclerc a recueilli, à cet égard, des renseignements précieux, et c'est à son ouvrage que nous emprunterons les résultats généraux qui vont suivre (1).
M. Leclerc fait observer avec raison qu'il faut commencer par connaître la longueur des drains à creuser sur 1 hectare de terrain. Ce premier élément permet de calculer le nombre des tuyaux qu'il faudra employer, et d'évaluer la dépense de main-d'œuvre nécessitée par le creusement des tranchées. Cette longueur, qui peut varier avec la forme des contours des champs et les irrégularités de leur surface, dépend principalement de la distance qu'on peut laisser entre les saignées. Pour calculer la longueur des drains nécessaire au drainage d'une certaine étendue de terrain, il faut faire de nombreuses observations sur des travaux de drainage exécutés dans des circonstances variées, et prendre ensuite la moyenne des résultats obtenus. C'est en procédant ainsi que M. Leclerc a formé un tableau donnant la longueur des drains à creuser sur un hectare pour divers espacements. De ce premier tableau, il a déduit le suivant, qui donne la longueur moyenne des drains par hectare pour divers espacements.
(1) Traité de drainage, ou Essai théorique et pratique de l'assainissement des terres, in-18. Paris, 1866.