CHAPITRE XVII
PROCÉDÉS ET APPAREILS DE i/ OSTRÉICULTURE.
Puisque la disposition des appareils importe tant à la bonne réussite de l'opération, on nous excusera de ne pas terminer ce sujet sans donner quelques indications pratiques sur la manière la plus convenable de disposer les engins de cette nouvelle et curieuse exploitation manufacturière qui s'accomplit au sein des eaux.
Les appareils propres à recueillir le naissain des huîtres et à le fixer sur des systèmes collecteurs et protecteurs sont de deux sortes : les uns fixes, les autres mobiles.
Lorsque les fonds sur lesquels on opère, sont déjà ensemencés, soit naturellement, soit artificiellement, on emploie, pour la multiplication des huîtres qui garnissent ces fonds, des appareils collecteurs fixes : ce sont les pavés et les tuiles. Les premiers sont de simples blocs , de pierre, dont on pave en quelque sorte les parcs, de. manière à produire une surface très-inégale, hérissée d'anfractuosités. La première année, on laisse tout en place ; mais à l'époque nouvelle du frai, on retourne les pavés, de manière que les huîtres placées à leur face inférieure se trouvent au contraire exposées à la lumière. La
face supérieure du pavé, devenue dès lors inférieure, se recouvrira bientôt de la nouvelle génération. Pendant la troisième année, on détache les huîtres, qui sont dès lors propres à achever leur développement dans les bassins d'élevage.
Ce procédé, peu dispendieux là où la pierre est abondante, présente pourtant un certain inconvénient. G' est que les huîtres ne peuvent, sans amener de grandes pertes, être détachées des pavés, contre lesquels elles s'incrustent solidement, en y contractant le plus souveiît des formes défectueuses.
Dans les contrées où les pierres sont rares, comme aussi afin d'éviter la déformation de la coquille, on fait usage, pour recueillir le naissain des huîtres, de tuiles semblables à celles qui servent à couvrir nos toits : de là le nom de toits collecteurs, donné à cet appareil par M. Coste. Sur le fond où gisent les précieux mollusques, on construit des lignes de piquets, sur lesquelles on cloue des tra^ verses. On place sur cette espèce d'échafaudage des tuiles concaves , diversement inclinées les unes sur les autres. C'est à leur face concave que les jeunes huîtres s'attachent. On les enlève facilement h l'époque voulue, pour les transporter dans les parcs d'élevage.
M. Coste, dans son Voyage cl 'exploration, donne les renseignements suivants sur les différentes manières de disposer les toits collecteurs.
« C'est sur des chevalets, formés par des traverses clouées à des piquets qui saillent de lo à 20 centimètres du sol, que repose le toit collecteur.
« On augmente ou on restreint le nombre et Tétendue de ces chevalets, selon la surface du terrair à couvrir.
« Les tuiles, quisont Félémeht principal du toit, se prêtent à diverses combinaisons qui permettent d'en varier la forme et la disposition.
« Ces tuiles peuvent être rangées en files parallèles et contiguës, et former une toiture simple et complète {fig. 594).
« Dans tous les parcs où l'action des flots se fera trop vivement sentir, on devra consolider chaque
rangée de tuiles, soit à l'aide d'un fil de fer galvanisé, soit avec des pierres posées de dislance en distance.
Fig. 594. — Toit collecteur simple.
toiles peuvent former double toiture (fig. 595), Tune à claire-voie, l'autre â séries continues, placées
côte à cote, surmontant et croisant la première.
« Elles peuvent être engagées entre des chevalets dé soutien (fig. 596), par files se recouvrant sans se loucher, et formant avec le sol sur lequel elles reposent un angle de 30 à 35 degrés.
« On peut enfin, comme dans la figure 597, les disposer sous forme de tentes ouvertes aux deux extrémités et plus ou moins allongées.
« Dans cette dernière combinaison, les tuiles, touchant au sol, se prêtant mutuellement un appui solide parleur petite extrémité, et étant, enoutre, consoïidéesdans cette position par des pierresposées,soit enlredeux rangées adossées, soit sur la face libre des rangées extrêmes, l'emploi du bois est complètement supprimé : l'appareil est par conséquent ici à l'abri des dégradations des animaux destructeurs. Le détroguage sur ces collecteurs se fait plus facilement el avec moins de pertes que sur les pierres. »
Avec ces appareils on peut ensemencer lés
Fig. M)5. — Toit collecteur double.
côtes absolument privées d'huîtres, les bassins et les parcs artificiels. Avec ces mêmes
Fig. 596, — Toit collecteur à files obliques et se recouvrant.
appareils, sur des fonds vierges, on place des millions de jaunes huîtres âgées de quelques
mois, dans les conditions de fond, de profondeur, de chaleur et de lumière convenables, et sous Faction d'une surveillance facile et continue.
Les pavés et les tuiles ont le désavantage de ne pouvoir servir qu'une fois et pour une seule récolte. Ils sont brisés quand les huîtres qui les garnissent par milliers ont atteint la taille marchande. Delà Futilité du rucher collecteur et du plancher collecteur^ appareils plus compliqués.
Le rucher collecteur -, sous des dimensions restreintes, offre au naissain des points d'attache extrêmement multipliés. Il se compose -{fig. 598) d'un coffre enveloppant, en bois léger, de forme rectangulaire, long de 2 mètres sur 1 mètre de largeur et de hauteur.
LA PISCICULTURE
Fig. 697. — Toit collecteur à files opposées.
Il est dépourvu de fond, mais muni d'un couvercle. Ses parois sont criblées de trous .pour laisser à l'eau une libre circulation. A ce coffre sont adaptés des cadres en bois (fig:. 899), dont le vide central est occupé ■par un filet de corde, ou un treillage en laiton.
Lorsque le rucher collecteur doit fonctionner, on le pose en le faisant porter sur quelques pierres plates, préalablement couvert de coquilles d'huîtres, de valves de moules, bucardes, venus, etc. On dissémine sur le fond de la mer ainsi circonscrit , une soixantaine d'huîtres mères ; puis on place
sur les supports deux châssis du premier plan préalablement garnis d'une couche de coquilles au-dessus de laquelle sont parsemées d'autres huîtres mères. Le premier plan de chasse étant ainsi formé, on établit le second de la même façon, ensuite le troisième, dont on supprime seulement les huîtres mères. Enfin on met en place le couvercle que l'on assujettit par une traverse AC {fig. 598).
L'appareil ainsi disposé est abandonné à lui-même. Les huîtres de tous les étages ne tardent pas a frayer. Ce frai emprisonné se dépose particulièrement sur les écailles et les coquilles dont les cadres sont garnis, et s'y
Fig. 598» — Kucher collecteur, en place.
développe peu à peu dans de bonnes conditions.
Cinq ou six mois après les pontes, les jeunes huîtres peuvent être déplacées sans
danger. On démonte l'appareil pièce à pièce, en procéda ut de haut en bas, et on dépose avec précaution le dépôt venant de chaque châssis, sur le sol d'un parc ou d'une rivière.
On peut même transporter les châssis au loin, en les plaçant, comme nous l'avons dit, dans des caisses flottantes percées de trous, ou, si levoyage doit se faire par terre, en les
Fig. 590. — Châssis mobiles du rucher collecteur.
emballant dans des caisses convenablement garnies d'herbes mouillées.
La figure 600 montre le rucher collecteur en place. Une des parois a été enlevée pour
montrer la disposition intérieure des châssis.
ht plancher collecteur est formé de plusieurs rangées parallèles de pieux rapprochés deux à deux. Ces pieux portent des tra-
Fig. 600. — Rucher collecteur, dont î'une des parois est enlevée pour laisser voir les châssis.
verses d'une seule pièce, dont l'ensemble constitue des cadres carrés , contigus, sur lesquels on établit un plancher, au moyen de planches de sapin, portant, par leurs extrémités, sur les traverses inférieures. Ces planches sont hérissées de copeaux soulevés au ciseau, chargées de valves de coquillages, qu'on a engluées à leur surface à l'aide d'une couche de goudron, et munies de menus branchages châtaignier, de chêne ou de
vigne : le tout pour offrir au naissain un plus grand nombre de points d'attache.
L'organisation de ce plancher est assez simple, car une seule personne peut le manœuvrer, c'est-à-dire le monter et le démonter, soit pour retourner les planches qui le forment, soit pour les transporter ailleurs. Il a l'avantage de mettre les huîtres à l'abri des vases qui les étouffent à la naissance, et de la plupart des animaux qui leur font la guerre.
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Le transport des germes recueillis sur les planches de cet appareil se fait aisément par mer, en suspendant ces planches dans un
cadre flottant, qu'on remorque sans peine à touie distance* Pour le transport par terre, on place les mêmes planches dans des caisses
pleines d'eau de mer, ou bien on les enveloppe d'herbes marines bien mouillées.
Quand on veut embrasser de plus grands
espaces, on fait usage d'un plancher plus vaste, que M. Coste nomme plancher collecteur à compartiments multiples.
La figure 601 représente le plancher collecteur à compartiments multiples.
« Le plancher collecteur à compartiments multiples, dit M. Coste, consiste en plusieurs séries de doubles pieux (A), qu'un intervalle de 12 à 15 centimètres seulement sépare; disposées en échiquier, à la âistance de 2 mètres environ les unes des autres, et coupées par des passages d'exploitation (E) larges de 60 à 70 centimètres. — Deux trous se correspondant, le premier à 50 centimètres du sol, le second à 23 ou 30 centimètres au-dessus du premier, percent de part en partlespieux accouplés. — Une clavette (1), en bois ou en fer,; introduite dans le trou inférieur, convertit ces pieux en une sorte de chevalet, et sert dëpointd'appui à des traverses d'une seule pièce (B), longues de 2m,20 au moins, et d'un diamètre de 10 à 12 centimètres. Ces traverses doivent être solides, car c'est sur elles que porte le plancher, consistant en planches (D) posées à plat, parleurs extrémités, sur les traverses inférieures, et rangées èmë à côte de manière à laisser entre elles le moins ; d'intervalle possible. — D'autres traverses (G), de même longueur que celles-ci, mises au-dessus des planches, et retenues elles-mêmes par des clavettes(J)y passées dans le trou supérieur des pieux, assujettissait le tout. S'il arrivait qu'il y eût un peu trop de jeu entre les clavettes supérieures et les traverses qu'elles doivent maintenir, un coin (Q) placé entre ces deux pièces obvierait à cet inconvénient. Des coins en bois (Q') servent aussi à assujettir les planches qui auraient trop de mobilité. — Lorsqu'on veut désarticuler les planches, soit pour les transporter suir d'autres chevalets, soit pour les retourner et soumettre à l'insolation les jeunes huîtres qui s'y sônt fixées,- et y ont déjà assez grandi pour résister à l'action nuisible des vases, soit pour constater l'état de la récolle ou examiner les fonds sous-jacents, il suffit de retirer la clavette supérieure (J)et d'enlever les traverses (C) qui maintiennent le plancher. Les planches les plus propres à former le plancher sont les planches brutes en bois de pin ou de sapin, de 2m,10 à 2m,15 de long, sur 20 à 23 centimùlres de large, dont on hérisse l'une des faces, à l'aide d'un ciseau ou d'une herminette, de minces copeaux adhérents. Ces copeaux, qui ont une saillie de 2 à 3 centimètres, multiplient les surfaces et rendent très- facile la cueillette des huîtres qui y adhèrent. On peut les remplacer par une couche de valves debucardes, de vénus, de moules, ou de cailloux du volume d'une noix, que l'on fait adhérer aux planches à l'aide .d'un mastic de brai sec et de goudron. Enfin, pour fournir au naissain un plus grand nombre de points d'attache, on garnit aussi cette face de menus branchages de châtaignier, de chêne, de sarments de vigne, etc., que Ton fixe par des trous pratiqués aux planches (D, D').
« Dans les parcs, les viviers, etc., établis sur des roches ou des branches dures, par conséquent sur un fond que les pieux ne peuvent pénétrer, ceux-ci seront remplacés par des bornes en pierre de taille (G), de 70 centimètres environ de haut, sur 25 centimètres de - côté, percées de part en part, assez largement pour recevoir non-seulement les traverses (B, C), mais encore un coin (H) destiné à les assujettir, et maçonnées à îa base ou maintenues à l'aide de crampons en fer. »