CHAPITRE X
DESCRIPTION DES OPÉRATIONS PRATIQUES DE LA PHOTOGRA- PHIE. — IMPRESSION DANS LA CHAMBRE OBSCURE. — DÉVELOPPEMENT. — FIXAGE. — TIRAGE DE L* ÉPREUVE POSITIVE. — PROCÉDÉ AU COLLODION HUMIDE* — ÉPREUVE NÉGATIVE, ÉPREUVE POSITIVE»
Le lecteur a été suffisamment initié, par ce qui précède, à rhistorique et aux principes généraux de la photographie. Il nous reste à décrire les, moyens qui sont suivis aujourd'hui pour obtenir les épreuves.
Nous parlerons d'abord des opérations à exécuter , ensuite des appareils opti-
ques qui sont employés eïi photographie.
Nous avons dit, plusieurs fois, que les sels d'argent, naturellement incolores, particulièrement le bromure, le chlorure etl'iodure d'argent, étant exposés à l'action de la lumière solaire ou de la lumière diffuse, noircissent, par suite d'une modification chimique ou physique provoquée dans leur substance, par la lumière. D'après cela, si Ton place au foyer d'une chambre noire, une surface imprégnée d'iodure d'argent, une feuille de papier, par exemple , l'image formée par l'objectif s'imprimera sur le papier, parce que les parties éclairées noirciront, et noirciront d'autant plus qu'elles recevront plus de lumière, tandis que les parties obscures, soustraites à l'influence lumineuse, laisseront au reste du papier sa blancheur.
L'empreinte, ainsi obtenue, n'est que trèspeu visible au moment où l'on retire la feuille de papier de la chambre obscure. On la fait apparaître à l'aide de certains agents chimiques, qu'on nomme, pour cette raison, révélateurs : tels sont l'acide gallique, l'acide pyrogallique et le sulfate de fer.
Une pareille image ne pourrait être conservée en plein jour, car le papier est encore imprégné d'iodure d'argent non décomposé, qui noircirait à la lumière. 11 faut donc le débarrasser de ce sel d'argent. On y parvient en plongeant l'épreuve dans une dissolution d'hyposulfite de soude ou de cyanure de potassium ; le sel d'argent non impressionné par la lumière est dès lors enlevé. Cette opération s'appelle fixage.
On obtient ainsi une espèce de silhouette [fig. 28) dans laquelle les parties éclairées du modèle sont représentées par une teinte noire, et les ombres par des blancs ; c'est ce que l'on nomme une image négative.
Maintenant, si Ton place cette image négative sur une feuille de papier imprégnée de chlorure d'argent, et que l'on expose le tout à l'action du soleil, ou de la lumière diffuse, l'épreuve négative laissera passer le jour à Ira-
MERYEILLES DE LA SCIENCE
vers les parties transparentes du dessin, et lui fermera passage dans les portions opaques. Les rayons lumineux allant ainsi agir sur le papier
Fig. 28. — Spécimen d'épr^nve nésntîve.
sensible^placéaucontactclerépreuve négative, donneront naissance à une image sur laquelle les clairs et les ombres seront placés dès lors dans leur situation naturelle. On aura formé ainsi une image directe ou positive {fig. 29). Bien entendu qu'il faut fixer cette image définitive, comme on Ta fait pour le cliché négatif, à l'aide des agents fixateurs déjà employés pour l'image négative.
Les procédés qui servent à obtenir les épreuves positives, sont très-nombréux. On peut les diviser en quatre groupes principaux : Procédé au collodion humide s — procédé an collodion sec, — procédé à F albumine, — procédé au papier sec ou humide.
Procédé au collodion humide. — Nous décrirons d'abord le procédé au collodion humide, qui est le plus généralement employé, tant à cause de la sensibilité des agents employés que de la simplicité des opérations.
Le collodion est le produit de la dissolution de coton-poudre dans un mélange d'alcool et d'ét er. En s'évaporant, cette dissolution Laisse un enduit visqueux, qui se forme en
J quelques minutes. Cette pellicule organique ss prête merveilleusement aux opérations pho- . tographiques. Elle s'imprègne très-bien des
Fig. 29. — Spécîmen d'épreuve positive.
sels d'argent; et quand elle est mélangée d'un de ces sels, elle s'impressionne au contact des rayons lumineux avec une rapidité étonnante.
Le collodion est, disons-nous, le résultat de la dissolution du coton-poudre dans un mélange d'alcool et d'éther. Pour le préparer, on prend deux tiers en volume d'éther sulfuri que et un tiers d'alcool, tous deux parfaitement purs. Il ne serait pas indifférent de changer ces proportions. Si l'éther est en excès, la fluidité augmente; si, au contraire, c'est l'alcool qui prédomine, la viscosité est plus grande. Ce dernier cas serait d'ailleurs préférable , car l'éther , étant en plus grande quantité et s'évaporant plus rapidement que l'alcool, produirait des raies sur la plaque, par la dessiccation irrégulière du collodion. On prend 1 gramme de coton-poudre pour 100 centimètres cubes du mélange spiritueux.
Il s'agit maintenant d'introduire dans le collodion ainsi formé, les iodures et les bromures, destinés à fournir plus tard, par voie de double décomposition, des iodures et des
LA PHOTOGRAPHIE
bromures d'argent, à l'aide de l'azotate d'argent qui sera déposé à sa surface, comme nous le dirons bientôt.
Les iodures de potassium, d'ammonium et de cadmium, sont généralement préférés. On pourrait, au point de vue théorique, prendre des iodures et des bromures solubles quelconques ; mais les iodures de potassium, d'ammonium et de cadmium, offrent de nombreux avantages. Si l'on employait Tiodure de potassium seul, ce sel étant très-peu soluble dans l'alcool, le collodion en contiendrait peu, el de plus7 on ne pourrait y ajouter de l'eau sans altérer le liquide. Quant à l'iodure d'ammOiiium, pris en grande quantité, il provoque la coloration en rouge et la décomposition du collodion. L'iodure de cadmium ne présente aucun de ces inconvénients, il donne seulement un collodion' un peu moins fluide.
L'expérience indique que le meilleur collodion ioduré s'obtient en faisant un mélange de trois quarts d'iodures de potassium, d'ammonium et de cadmium, avec un quart de bromure de potassium. On ajoute ce dernier sel parce que le bromure d'argent qu'il fournit est mieux impressionné par certaines couleurs. On prend pour 100 centimètres cubes de collodion,. lgr,25 de ce mélange de sels composé comme il vient d'être dit.
Le collodion s'altère avec le temps : il rougit ou se décolore. La coloration en rouge est duo à une certaine quantité d'iode mis en liberté par l'acide qui peut exister dans le coton-poudre employé, ou à certaines réactions qui se produisent entre ces corps ; mais on peut y remédier facilement. Il suffit de plonger dans le collodion ainsi altéré, des lames de zinc ou de cadmium, qui en se combinant avec l'iode libre, ramènent le liquide à son état normal.
Quant à la décoloration, sans en bien connaître la cause, on a trouvé le moyen de la faire disparaître : il suffit d'ajouter au liquide quelques cristaux d'iode et une nouvelle quantité de coton-poudre, x. m.
Le collodion ainsi préparé contient toujours quelques traces de matières solides; il est donc nécessaire de le filtrer. Seulement, il faut, pendant la filtration, couvrir l'entonnoir avec une plaque de verre. Si la filtration s'effectuait à l'air libre , l'éther et l'alcool, en se volatilisant partiellement , changeraient la composition et les propriétés du mélange.
Le collodion préparé et filtré, doit être renfermé, èn raison de la volatilité des liquides spiritueux qu'il renferme, dans des flacons bouchés avec soin.
Pour étendre le collodion et préparer le cliché négatif, on prend une lame de verre ou de glace. La glace est préférable, parce que sa surface est exempte d'aspérités et parfaitement plane, condition qui n'est pas toujours remplie par les lames de verre.
La plaque étant choisie, il faut la nettoyer. Si elle n'a pas encore servi, elle est recouverte de matières organiques, dont on la débarrasse en la lavant avec une dissolution concentrée de carbonate de potasse. Si elle a déjà servi, on enlève le vieux collodion dont elle est encore recouverte , puis on la lave avec de l'acide azotique.
Fig. 30. — Cuvette à recouvrement pour le nettoyage
des glaces.
Toutes ces manipulations se font dans des cuvettes de gutta-percha, de porcelaine ou
Fig. 31. — Cuvette plate pour le nettoyage des glaces.
de verre, à recouvrement {fig. 30) ou plates (fig.iï).'.
Quand le nettoyage de la plaque est terminé, on procède à son polissage. Cette opération se fait à l'aide d'une planchette de formjp particulière, sur laquelle on assujettit fortement la glace. On voit cet appareil représenté ici (fig. 32). Sur la planche AB,
Fig. 32. — Planchette pour le polissage des glaces.
plate et munie d'un manche, on place la glace ab, que Ton maintient fixe contre le rebord B, au moyen d'un arrêt mobile e. Cet arrêt e peut glisser dans la coulisse cd. Quand il touche la plaque, on le fixe à l'aide de la vis de fer /, qui est placée derrière la planchette, et que nous représentons à part.
La glace étant ainsi assujettie, on la frotte avec un tampon de papier de soie, enduit d'une pâte, composée de terre pourrie, imbibée d'alcool et d'ammoniaque.
Lorsque la plaque est suffisamment polie, on la détache de la planchette, pour la placer sur des feuilles de papier; puis on l'essuie parfaitement avec un linge sec, ou une peau de daim. On reconnaît qu'elle est bien nettoyée, lorsqu'en y projetant l'haleine, la vapeur aqueuse se condense uniformément à sa surface, sans laisser à découvert ni points ni lignes.
Les glaces ainsi polies, sont conservées à l'abri de l'air et de la poussière dans des bottes à rainures, en zincou en fer-blanc(/?^.33).
Fig. 33. — Boite a rainures pour conserveries glaces polies.
L'application du collodion sur la glace est une opération délicate, qui exige quelque habileté de la part de l'opérateur. Voici comment on l'effectue. On place L glace horizontalement, sur un tampon d'étoffe, ou sur une ventouse en caoutchouc; ou bien, on la tient dans une main, puis de l'autre main, on verse le collodion dans un coin de la glac«
comme le représente la figure 34. En inclinant légèrement cette dernière, on fait descendre le collodion vers la partie inférieure de la plaque, de façon à la recouvrir entièrement. Il faut éviter les temps d'arrêt, car, si petits qu'ils soient, ils suffisent pour produire à la surface delà couche de collodion, des stries qui seraient nuisibles à la pureté du cliché-, La glace étant entièrement recouverte de liquide, on reçoit l'excédant dans un flacon, en le faisant écouler par l'angle opposé
LÀ PHOTOGRAPHIE
à celui sur lequel on Ta versé [fig-, 35). Puis, en agitant légèrement, on favorise l'évaporation du liquide spiritueux. La glace reste recouverte d'une couche bien égale de collodion et prend une apparence terne et mate.
Fi g. 35. — Manière de sur vider le collodion en excès.
Il s'agit maintenant de rendre cette couche de collodion qui recouvre la plaque, impressionnable à la lumière, en d'autres termes de Insensibiliser - Le collodion est déjà imprégné, comme nous l'avons dit; d'un mélange d'iodiires alcalins ; il faut maintenant la plonger dans ta dissolution d'un sel d'argent, qui puisse transformer l'iodure, que renferme le collodion, eh iodure d'argent.
On forme donc un bain, en dissolvant de 8 à 10 grammes d'azotate d'argent dans^ 1 00 grammes d'eau distillée ,
Il est essentiel de prendre pour dissoudre le sel d'argent, de l'eau parfaitement pure, car l'eau ordinaire contient des carbonates et des chlorures alcalins, qui précipiteraient l'argent de ses combinaisons. Ce qui importe surtout, -c'est que l'eau ne renferme pas de matières organiques, qui se combinent trèsfacilement avec l'azotate, d'argent, et donnent des produits insolubles dans Teau.
On a remarqué depuis longtemps, qu'un bain un peu acide donne plus de netteté aux épreuves, parce qu'il ralentit leur production. L'azotate d'argent cristam a, par lui-
même, une réaction acide qui serait favorable à l'opération. Cependant tes photographes n'emploient pas ce sel cristallisé, à cause des matières organiques qu'il renferme presque toujours. On emploie l'azotate d'argent fondu. Seulement, comme ce sel subit, par la fusion, un commencement de décomposition chimique, et qu'il devient ainsi alcalin, iï faut ajouter à la dissolution d'azotate d'argent ; fondu quelques gouttes d'acide azotique ou acétique, qui lui donnent une réaction légè- . rement acide. La neutralité parfaite du bain serait certainement la condition la plus favorable; mais comme il serait impossible, dans la pratique, d'arriver à cette parfaite neutralité chimique, on donne au bain une réaction un peu acide, comme il vient d'être dit.
La dissolution aqueuse d'azotate d'argent a la propriété de dissoudre l'iodure d'argent ; de sorte que si l'on plongeait la glace collodionnée dans un tel bain, l'iodure d'argent, au fur et à mesure de sa formation, au lieu de rester sur la plaque, mêlé au collodion, se dissoudrait dans le liquide. Il faut donc avoir soin de saturer à l'avance, le bain d'azotate d'argent ayec de l'iodure d'argent. Pour cela, on ajoute au bain quelques centimètres cubes du collodion qui a servi à sensibiliser la plaque, et quirenferme,commo on le sait, un iodure soluble. Il se forme de l'iodure d'argent qui se dissout dans l'azotate d'argent en excès, à mesure qu'il se forme et sature le bain de ce composé, de telle manière qu'il ne pourra plus en dissoudre d'autre. Il ne reste plus qu'à filtrer, pour pouvoir employer le bain.
Avec le temps et l'usage, le bain d'azotate d'argent peut s'altérer. En effet, si ce bain n'a pas été entièrement saturé d'iodure d'argent, il se charge d'une nouvelle quantité de ce sel, en même temps que d'alcool et d'éther provenant de glaces collodionnées, et de poussières organiques qui tombent de l'atmosphère. De plus, le collodion employé peut contenir de l'ammoniaque ou, de l'iode, ce
qui rend le bain, alcalin dans le premier cas, acide dans le second. On remédiera à cet inconvénient, en ajoutant au bain usé, quelques gouttes d acide azotique, si le bain est alcalin, et s'il est acide\ un peu d'ammoniaque ou d'acétate d'ammoniaque .
Pour sensibiliser la plaque collodionnée, on la plonge dans le bain d'azotate d'argent.
trajet du laboratoire à l'atelier de pose, ainsi que dans la chambre noire, tant que le sujet à
Fig. 30. — Préparation de ïa couche sensible d'iodure d'argent sur la glace collodionnée.
Il faut avoir soin de la recouvrir entièrement de liquide. Pour cela {fig M), on appuie l'un des bords de la plaque contre un des coins de la cuvette pleine de liquide ; de la main gauche A, on soulève cette cuvette du côté opposé, pour faire descendre le liquide de ce côté ; puis de la main droite B, et à l'aide d'un crochet d'argent, on plonge la glace i, sur le fond de la cuvette; enfin, on ramène brusquement cette dernière dans la position horizontale, et le liquide se répand ainsi uniformément à ]a surface de la plaque.
On fait quelquefois usage d'un double crochet en baleine {fig. 37) entre les extrémités duquel on place la glace, la couche collodionnée en dessus. On plonge alors la plaque d'un seul coup dans le liquide.
11 est bon de laisser la glace séjourner quelques minutes dans le bain, afin qu'elle soit mouillée en tous ses points. Lorsque ce résultat est obtenu, on peut procéder à l'exposition dans la chambre obscure.
Il faut empêcher que la glace sensibilisée ne subisse l'influence de la lumière dans le
Fig. 37. — Même préparation, 2me procédé.
reproduire n'est pas disposé pour cette opération. On se sert, dans ce but, d'un appareil qui porte le nom de châssis à épreuves {fig, 38).
Fig. 38. — Châssis à épreuves. •
C'est une boîte plate en bois, dont les deux fonds sont mobiles ; l'un b s'ouvre comme une porte, l'autre a (c'est celui qui se trouve sur le côté sensible de la glace collodionnée), glisse entre deux rainures et peut être tiré de bas en haut, de façon à découvrir, quand on le veut, entièrement la glace.
La glace [fig. 39), au sortir du bain d'argent, est donc placée /dans ce châssis, que l'opérateur tient fermé. Puis il emporte le tout dans la chambre noire. Au moment
voulu* il tire, de bas en haut/ le couvercle a du châssis [fig. 38), et l'image de l'objet.- à reproduire vient impressionner le côté sensible de la glace.
Fig. 39.— Glace sensibilisée prête à être placée dans le châssis à épreuves.
Après cette exposition an la rapporte dans la laboratoire, où Ton s'occupe de développer l'image à l'abri de la lumière. En effet, l'image produite par la lumière, n'est pas encore visible au sortir de la chambre noire, il faut la faire apparaître à Faide d'un bain révélateur, dont nous allons maintenant décrire la préparation.
,11 existe un grand nombre de matières susceptibles de développer les images. Nous citerons , entre autres^ Facide gallique et l'acide pyro gallique, le sulfate de protoxyde de fer, le sulfate double de fer et d'ammoniaque.
Le révélateur le plus employé aujourd'hui, est le sulfaté de fer en dissolution dans Feau acidulée par Facide acétique. L'addition de cet acide a pour but de ralentir le développement, et de donner par là une plus grande intensité aux teintes noires du cliché. Si le sulfate de fer était employé seul et en dissolution saturée, . l'image apparaîtrait immédiatement ; mais les parties foncées seraient dénuées de vigueur. La dissolution dont on fait usage : ordinairement, est ainsi formée : dans un litre d'eau pure, on verse 100 centimètres cubes d'une dissolution aqueuse saturée de sulfate de fer, à laquelle on ajoute 20 centimètres cubes d'acide acétique et d'alcool.
L'alcool est destiné à permettre au liquide du bain de mouiller uniformément la plaque. En sortant du bain d'argent, elle est encore, en effet, recouverte d'une couche liquide d'éther et d'alcool, qui ne se laisserait pas mouiller par les dissolutions aqueuses.
On emploie, depuis quelque temps, de préférence au sulfate de fer simple, le sulfate double de fer et d'ammoniaque, car ce dernier sel se conserve mieux que le sulfate ordinaire, qui se décompose assez vite , en abandonnant du sesquioxyde de fer insoluble. De plus, le sulfate double de fer et d'ammoniaque, en ralentissant le développement, donne des épreuves plus vigoureuses.
L'acide acétique a été quelquefois remplacé par Facide citrique; seulement ce réactif donne aux clichés une teinte bleu foncé, qui, si elle n'est pas assez intense, est perméable à la lumière.
Quelques expérimentateurs ont employé, comme révélateur, Facide pyrogallique additionné d'acide formique. Ce mélange a l'avantage d'exiger une exposition moins longue à la chambre noire ; mais d'un autre côté, il est très-difficile de se procurer Facide formique pur. Cet inconvénient limite beaucoup l'usage de ce dernier agent révélateur.
Fig. 40. — Développement de l'image négative.
L'opération pratique du développement de l'image par l'emploi du liquide révélateur, est fort simple. Si la glace est de dimensions assez grandes pour ne pouvoir être maniée facilement, on la plonge tout entière dans une cuve de gutta-percha contenant la dissolution 40) ; l'image apparaît alors gra-
duellement. Si l'épreuve est de petites dimensions, on se contente de verser à sa surface la dissolution de sulfate de fer, et d'en recevoir l'excédant dans le même verre (/?<?. 41).
. sur la glace collodionnée
Si elle n'est pas assez vigoureuse, on la renforce en la recouvrant d'une dissolution étendue d'acide pyrogallique, puis on la soumet à un lavage parfait à l'eau.
Fig. 42. — Lavage de répreuve après le développement.
Ce lavage s'opère à l'aide d'une pipette. La figure 42 montre comment on procède à
ce lavage. Cependant le renforçage peut s'effectuer sans inconvénient après le fixage.
Après son développement, l'image doit être fixée, c'est-à-dire débarrassée de l'iodure et du bromure d'argent, qui- n'ont pas été impressionnés par la lumière; car ces sels d'argent, noirciraient par l'action du jour et empêcheraient de conserver l'épreuve.
L'hyposulfite de soude et le cyanure de potassium, sont les composés employés pour le fixage. Cependant, il est prudent de s'abstenir, Je plus possible, de l'emploi du cyanure de potassium, car ce sel est un des plus violents poisons que l'on connaisse. La plus légère écorchure aux mains, expose aux accidents les plus graves les opérateurs qui se servent de ce sel. D'ailleurs, le cyanure de potassium détruit facilement les demi-teintes des épreuves sur lesquelles on prolonge son action. 11 faut donc lui préférer l'hyposulfite de soude, dont le seul inconvénient est d'occasionner quelquefois des taches.
Il existe un sel exempt de tous ces défauts ; c'est le sulfocyanure de potassium ou d'ammonium. Il jouit, au point de vue de la photographie, de toutes les propriétés des deux, composés précédents, sans avoir les propriétés toxiques du cyanure de potassium. Le seul obstacle qui s'oppose encore à son emploi, c'est son prix trop élevé.
Le développement et le fixage doivent se faire dans l'obscurité. Comme il serait difficile de procéder à tâtons, on a d'abord toléré une bougie dans le cabinet obscur du photographe. Cependant,, cet éclairage, si faible qu'il fût, avait des inconvénients , et l'on a fait l'heureuse découverte, qu'un cabinet obscur éclairé par des carreaux de couleur jaune > permet d'opérer eu toute sécurité. La lumière transmise à travers les carreaux jaunes, étant absolument sans action sur les couches sensibles, permet de supprimer la bougie.
Nous représentons {fig. 43) le cabinet noir du photographe éclairé par des carreaux de vitre
LÀ PHOTOGRAPHIE
de couleur jaune. Afin de pouvoir augmenter ou diminuer, selon les besoins et selon l'état du temps, l'intensité de la lumière ou du jour, on pkce devant la fenêtre éclairée par les vitres jaunes, un châssis, que l'on peut élever ou abaisser à la distance que Ton désire, au moyen d'une corde.
Fig. 43. — Cabinet noir da- photographe, éclairé par des carreaiix jaunes.
Après avoir exécuté toutes les opérations qui viennent d'être décrites, on a entre les mains un cliché négatif sur verre, qui peut servir au tirage des épreuves positives. Il faut seulement avoir le soin de le recouvrir d'un vernis qui maintienne l'adhérence parfaite de la couche de collodion sur la glace.
Si le cliché ne doit pas être conservé, on se contente de le vernir avec une dissolution de gomme arabique dans Feau. Dans le cas contraire, il faut un enduit plus résistant. On obtient ce dernier enduit en dissolvant dans de l'alcool, un mélange de gomme laque et de gomme élémi. On peut encore se servir du vernis copal du commerce, auquel on ajoute de la benzine rectifiée.
Nous n'avons rien dit jusqu'ici, du temps de la pose. Il est, en effet, très-difficile d'en fixer la durée. Cette appréciation est excessivement délicate, et ne peut se faire qu'après
une longue pratique, de la part de chaque opérateur. On ne peut donner que quelques conseils généraux; le reste dépend de l'expérience du praticien.
Le temps de la pose doit varier selon l'intensité de la lumière et surtout la température; l'exposition est beaucoup plus courte en été qu'en hiver, et en hiver, dans un lieu chaud que dans un atelier froid.
Si le sujet à reproduire présente des couleurs rouges, qui sont, au point de vue photogénique, dépourvues d'activité, il faut augmenter la durée de la pose.
Quand le temps de pose a été trop court7 les parties noires du cliché sont à peine accusées, et Ton ne distingue aucun détail daas. les ombres. On reconnaît, au contraire, que la pose a été trop longue, au ton rouge et - uniforme du cliché, ainsi qu'au voile gris qui le recouvre. Dans l'un et l'autre cas, il n'y a aucun remède: il faut refaire un nouveau cliché négatif.
Le cliché négatif sur verre obtenu comme il vient d'être dit, sert à tirer les épreuves po-^ sitives sur papier.
Les moyens qui servent à tirer les épreuves positives sur papier, sont plus simples et plus faciles à exécuter que ceux qui fournissent le cliché négatif sur verre. On tire les épreuves positives sur des feuilles de papier imprégnées de sel marin, qu'on plonge dans un bain d'azotate d'argent : il se fait, par double décomposition chimique, du chlorure d'argent impressionnable a la lumière, qui reste incorporé dans la pâte du papier, et de l'azotate de soude, qui se dissout dans le bain argentifère. En exposant à la lumière une pareille feuille recouverte d'un cliché négatif sur verre, on obtient une image positive, au bout d'un certain temps, que l'expérience apprend à déterminer.
Cette image présente généralement une belle couleur rouge, mais excessivement fugace et qui passe dans le bain de fixage.
Avant cette dernière opération, on en effectue donc une autre, qu'on appelle virage, qui sert à donner à l'image positive une coloration plus riche et plus stable, et lui permet de résister aux agents fixateurs. On emploie pour ce virage une dissolution aqueuse de chlorure d'or. Il ne reste plus, après cela, qu'à fixer l'épreuve, c'est-à-dire à dissoudre le chlorure d'argent non influencé qu'elle contient encore.
Nous allons entrer dans le détail pratique des opérations successives, que nous venons d'indiquer sommairement.
Les feuilles de papier dont on se sert pour le tirage des épreuves positives, ne sont pas prises arbitrairement ; elles doivent avoir -certaines qualités qu'on ne rencontre pas dans toutes les espèces de papier. Il faut que leur surface, soit parfaitement unie et exempte de taches. Il ne faut pas que la pâte contienne, cornme cela se rencontre parfois, des parcelles métalliques. L'encollage du papier doit être bien fait et abondant. Cette dernière condition influe beaucoup sur la vigueur et la finesse des images ; aussi est-on quelquefois obligé de faire subir un second encollage aux papiers du commerce.
On a observé que si l'on emploie pour cet encollage, la gélatine, l'image prend, après le virage , une coloration rouge -pourpre. L'encollage fait avec l'amidon, donne aux ■images une couleur rouge orangé, et l'encollage à l'albumine une couleur pourpre foacé.
Le papier étant choisi, on commence par l'imprégner de chlorure de sodium, en le plongeant dans une dissolution de ce sel. On prend 30 grammes de sel par litre d'eau distillée. Les feuilles doivent séjourner environ deux minutes dans ce bain ; après quoi on les laisse sécher à l'air. Les photographes se dispensent quelquefois de faire ces opérations, car on trouve dans le commerce des papiers encollés et salés, mais leur prépara-
tion est toujours moins bonne que celle qu'on fait soi-même.
Pour sensibiliser le papier, on le plonge (fîg. 44) dans le bain d'argent, qu'on prépare
Fig. 44.— Sensibilisation du papier chloruré dans le 'bain d'argent, pour le tirage des épreuves positives .
en dissolvant 200 grammes d'azotate d'argent dans un litre d'eau distillée. Comme la quantité de sel d'argent diminue très-rapidement par l'emploi du. bain, on est bientôt obligé d'en ajouter une nouvelle dose.
Lorsque la feuille ainsi imprégnée de chlorure d'argent, est sèche, on la recouvre du cliché à reproduire, et on la place dans le châssis à reproduction à fond de verre. Cet appareil peut affecter différentes formes. La figure 45 représente celui qui est le plus gé-
Fig. 45. — Châssis à reproduction.
néralement employé. C'est un cadre de bois au fond duquel est placée une glace. Sur cette glace, on pose le cliché de verre, par sa face non couverte de collodion, puis on met le papier sensibilisé.
Il est nécessaire de pouvoir juger, à cha-
LA PHOTOGRAPHIE
Fig. 46.™ Châssis à reproduction (modèle anglais),
que instant, de la formation de l'image, afin de pouvoir arrêter F exposition à la lumière au moment convenable. Pour cela, le fond du châssis, comme le montre la figure 45, est formé de deux parties , reliées entre elles* par une charnière. De cette manière, tandis que Vunb de cés moitiés est comprimée par une pointe ou une vis en bois, et maintient ainsi la feuille de papier dans une position fixe, on peut ouvrir l'autre moitié, et aller observer la venue de l'image dans une chambre à F abri de la lumière.
La figure 46 représente un modèle de châssisemployé en Angleterre et très-recommandé par M. Monckhoven (1). Un cadre, ABCD, garni, au fond, de sa glace, est recouvert d'une planchette E-E, divisée, par deux charnières, en deux portions que viennent presser deux ressorts o, o. La planchette repose sur le papier posé contre le cliché, et le cliché sur la glace du cadre. Le tout est maintenu et pressé par deux fermoirs de bois R, R, que Ion fait entrer dans les échancrures dé deux pièces de bois S, S, portées sur le cadre ABCD.
Le châssis contenant le négatif et le papier sensibilisé, est exposé a la lumière diffuse ou à la lumière du soleil.; Quand on a un grand
(1) Traité général de photographie % 5e édition, in-8, Paris, 1865, p. 169.
T, III
nombre d'épreuves à tirer, on place les châssis à reproduction sur un portant mobile [fig. 47) qui a l'avantage de faire arriver la lumière selon l'inclinaison que Ton désire, sur un grand nombre de châssis à la fois.
La durée de l'exposition pour le tirage des positifs, varie, non-seulement avec la coloration qn on veut obtenir, mais encore avec
Fjg. 47. Portant mobile garni de plusieurs châssis à reproduction.
l'intensité de la lumière ambiante. Ainsi, une image qui, par un jour de soleil , peut venir en dix minutes, mettra, au con-
traire, un jour entier à se produire, si le temps est couvert. Nous avons déjà vu que plusl'épreuvese développe lentement, plus il y a d'opposition entre les blancs elles noirs. Si donc on veut qu'il en soit ainsi, on exposera le châssis à la lumière diffuse. Dans le cas contraire, on opérera au soleil, dont les rayons pénétrants agissent avec rapidité.
La couleur de l'image commence par être bleu très-pâle ; puis la teinte augmente d'intensité, en passant successivement par toutes les nuances intermédiaires, telles que bleu pourpre, pourpre foncé, noir, jusqu'à ce qu'elle atteigne finalement une couleur olive.
Il est bon que la teinte du cliché soit un peu exagérée, c'est-à-dire qu'il ait une coloration très-intense, car le fixage en atténue beaucoup la vigueur.
Lorsqu'il s'agit de portraits, on peut former, à volonté, autour de l'image, un fond blanc, noir ou dégradé.
Pour obtenir un fond blanc, on recouvre le châssis d'un verre jaune à fond blanc; pour le fond noir, c'est le contraire : le verre est blanc à fond jaune. Quant aux fonds dégradés, on les obtient à l'aide de verres jaunes-à teinte dégradée qui produisent autour du portrait une espèce d'auréole d'un effet agréable à l'œil.
Au sortir du châssis à reproduction l'épreuve positive possède, ainsi que nous l'avons dit , une couleur purpurine trèspeu stable, qui devient jaune orangé dans le bain de fixage. Avant donc de la fixer on la fait virer dans un bain formé d'un gramme de chlorure double d'or et de potassium dissous dans un litre d'eau. On ajoute quelquefois au sel d'or, un peu de carbonate de chaux pulvérisé, afin de neutraliser l'acide libre. Quelques praticiens remplacent le carbonate de chaux par de l'acétate de soude, par le phosphate ou le borate de la même base ; mais ce ne sont là que des modifications de peu d'importance.
On doit rejeter tous les procédés de virage
se produisant par sulfuration de l'argent : tels sont les procédés de virage au sulfure de potassium, à l'hyposulfite de soude acidulé, ou mélangé de sel de fer. Dans tous ces cas, la présence du soufre est nuisible à l'épreuve, qui ne tarderait pas à s'altérer complètement.
On laisse l'image atteindre la couleur bleue, en ayant bien soin de ne pas la toucher avec les doigts, car tous les points qui ont subi le contact des doigts, ne sont plus mouillés par les liquides, probablement par suite d'un dépôt de matières grasses.
On soumet ensuite les épreuves à un lavage prolongé dans l'eau pure, et l'on procède au fixage. Il est essentiel que le lavage soit bien complet, car s'il restait dans le papier des traces de sel d'argent, la dissolution d'or en serait altérée. 11 en est de même lorsque l'épreuve est soumise au virage étant encore imprégnée d'un peu de sel d'argent.
On fixe l'épreuve positive comme l'épreuve négative, c'est-à-dire avec une dissolution d'hyposulfite de soude ou de cyanure de potassium. Pour les raisons que nous avons données précédemment, il vaut mieux se servir de sulfocyanure de potassium ou d ammonium, que de cyanure simple.
On peut encore employer pour le fixage, l'ammoniaque, étendue de 3 fois son volume d'eau. Seulement, dans ce cas, le fixage doit précéder le virage. Cette dernière opération se fait alors à l'aide d'une dissolution de cyanure de potassium à laquelle on ajoute une petite quantité d'iode.
L'action de ce dernier bain de . virage ne doit pas être prolongée, car l'épreuve est rongée de plus en plus, et disparaît bientôt entièrement.
Quel que soit le procédé suivi pour fixer les épreuves, ces dernières doivent être soumises àunlavageprolongéjsousl'actiond'un courant d'eau continu. Après quoi, on les laisse sécher a l air.
Il n'y a plus qu'à coller ces épreuves sur des feuilles de carton.
LA PHOTOGRAPHIE
Seulement, comme il existe toujours à la surface de l'épreuve des inégalités, dues soit à son encollage, soit à la pâte . -
du papiep, il est bon de faire disparaître ces reliefs, à l'aide de la presse À satiner.
La figure 48 représente la presse à satiner employée par les photographes. Une plaque d'acier poli, ou une pierre lithographique AB, bien plane, reçoit un mouvement horizontal de va-et-vient, au moyen d'une - roue à manivelle CD.
Sur cette plaque d'acier, on place desfeuilles.de carton bien unies, entre lesquelles, on dispose les épreuves à satiner. La seconde partie de l'appareil est un rouleau d'acier EF, qui peut monter et descendre dans une rainure, quand il est pressé par les vis G, G, que l'on met en action en tournant les manivelles H, H.
Pour satiner les épreuves, on serre les vis G, -G au moyen des manivelles H, H, le rouleau EF presse la plaque d'acier, et quand on fait passer les épreuves entourées de carton sur ce roulçau, au moyen de
Nous représentons [ftg. 49) un autre modèle de presse à satiner les épreuves photogra-
Fig. 48,>— Presse à satiner les épreuves positives,
la manivelle CD, on les soumet à une pression considérable, qui détruit le relief, les inégalités du papier, et produit, en un mot, l'effet connu sous le nom de satinage.
Fig. 49. — Presse, à satiner.
phiques. Ce modèle, construit par M. Arthur Chevalier, fonctionne à peu près comme celui dont nous venons de donner la description.
On a aussi l'habitude, pour ajouter à l'effet du satinage, de vernir les épreuves sur papier, avec une couche de vernis, composé d'essence de térébenthine, de cire rouge et de mastic. Les épreuves acquièrent ainsi une surface luisante, qui donne des jeux de lumière agréables, et fait ressortir les images, en leur donnant des tons changeants.
On reconnaît quelquefois que les épreuves positives présentent certains défauts, qui tiennent au négatif lui-même. Il n'y a alors d'autre remède que de retoucher le cliché négatif. Nous terminerons ce chapitre en donnant la description de l'appareil dont se servent les photographes pour effectuer ces retouches.
L'appareil à retouches [fig. 50) est une sorte de table sans couvercle. Ce couvercle est remplacé par une plaque de verre inclinée ABCD. Au-dessous, se. trouve un châssis E, garni d'une toile blanche, et ayant, en sens inverse une inclinaison qu'on peut
faire varier à volonté, au moyen d'une tige F, garnie de crans. Cette surface blanche sert à
Fig. 50. — Appareil pour la retouche des clichés.
e 1 vo y e r la 1 u m x e re sur le cliché négatif de verre, de façon à l'éclairer vivement et à en bien reconnaître les défauts. Pour écarter la lumière diffuse ambiante, on s'entoure d'un rideau noir. Les retouches se font avec un pinceau très-délicat et de l'encre de Chine, mêlée de bleu de Prusse.