CHAPITRE XV
LES ÉMAUX PHOTOGRAPHIQUES, — PROCÉDÉS DE MM. LAFON DE CAMARSAC ET ALPHONSE POITEVIN. — PHOTOGRAPHIE SUR ÉMAIL DE MM. DEROCHE ET LOCHARD. — LES PHO- TOGRAPHIES VITRIFIÉES ET LES PHOTOGRAPHIES TRANS- PARENTES.
Ce n'est pas seulement sur le métal, sur le verre et sur le papier, que Ton peut former des épreuves héliographiques ; on peut également les obtenir sur porcelaine ou sur émail. Si Ton transporte sur la porcelaine ou sur l'émail, une image positive mélangée de substances pouvant être vitrifiées au feu, on obtient, en les cuisant dans le four à porcelaine, de véritables émaux photographiques, qui ont une précieuse qualité : une indestructibilité absolue.
C'est à M. Lafon de Camarsac qu'est due l'invention des émaux photographiques. M. Alphonse Poitevin a, de son côté, fait beaucoup avancer cette branche spéciale de Théliographie ; mais il faut reconnaître que le premier de ces deux artistes a eu le mérite de se consacrer, pendant une longue suite d'années, à l'application spéciale dont il est
Tinventeur et de la porter à son degré àe perfection.
M. Lafon de Camarsac s'occupe de cettequestion depuis l'année 1884. Il s'était proposé, dès cette époque, de fixer sur les matières céramiques des images obtenues par la lumière, et rendues absolument inaltérables, afin de former des collections de portraits et de scènes historiques destinés à décorer fintérieur des monuments.
C'est dans le brevet pris, en 18M, par M. Lafon de Camarsac, que l'on trouve très-nettement formulé le principe sur lequel les opérateurs ont fondé plus tard la production ete toutes sortes d'épreuves vitrifiées. Ce principe consiste à renfermer des matières colorées inaltérables et réduites en poudre impalpable, dans une couche de substance impressionnable à la lumière et adhésive. L'auteur obtenait ce résultat, en mélangeant la poudre colorée à l'enduit, soit avant son -exposition â la lumière, soit après cette exposition. Dans les deux cas, toute la matière photogénique est éliminée après l'exposition au feu, et il ne reste à la surface de la porcelaine que des couleurs inaltérables.
Nous croyons devoir rapporter les termes du mémoire dans lequel M. Lafon de Camarsac faisait connaître les principes de sa découverte.
«C'est aux procédés de la décoration céramique écrivait M. Lafon de Camarsac, que je demande le» moyens d'atteindre le bat que je me suis proposé ; c'est par eux que je transforme les dessins héliogi»phiques en peintures indélébiles ; je profite à la foi de l'éclat des couleurs vitrifiablea et de leur inaltérabilité.
« Je compose un enduit sensible susceptible de recevoir l'application du cliché sans y adhérer et d'être rendu facilement adhésif après l'exposition à> la lumière. L'exposition terminée et le dissolvant ayant formé l'image, qui est parfaitement nette et visible, je procède à la substitution des couleurs céramiques à cet enduit qui doit être détruit par Je feu.
« Les matières colorantes vont être fixées par I» fusion -} il faut les approprier aux subjectiles qui doivent les recevoir ; les métaux, le verre, le cristal^
LA PHOTOGRAPHIE
la porcelaine, les plaques d'émail recevront ces couleurs ; For, l'argent, le platine fourniront leur éclat ; les émaux seront appliqués sur la porcelaine, tes émaux de grand feu eux-mêmes. Il suffit d'accorder entre elles les matières qui doivent se trouver en présence ; mais c'est là Fobjet d'arts spéciaux dont je n'aï pas à m'occuper ici.
« Quel que soit le subjectif l'or, l'argent, le platine et leurs fondants, les oxydes métalliques purs ou mélangés de fondants seront réduits en poudre impalpable par un broyage parfait.
<c Le subjectile qui porte l'image est soumis à une égale et douce chaleur, qui restitue à l'enduit la propriété qu'il avait perdue en séchant.
<« Avec un fin tamis de soie, je dépose bien également à la surface les poudres colorées que j'y promène doucement, soit avec un pinceau, soit par un mouvement rapide, en augmentant progressivement la chaleur. Ces poussières d'émail ou de métal viennent suivre avec une grande délicatesse tous les accidents du dessous, qu'elles pénètrent en partie et dont elles traduisent fidèlement les vigueurs et les finesses ; après refroidissement, j'époussette avec soin pour débarrasser les blancs de l'image des parcelles ée -couleurs qui peuvent y demeurer faiblement attachées*.
« La pièce est prête alors pour le feu ; le degré de Valeur à donner ici dépend seul des matières employées. Le mode nouveau d'application des couleurs change peu de chose aux précautions usitées dans les ateliers pour la cuisson des porcelaines peintes.
& Le feu détruit les matières organiques, l'image formée de matières indestructibles demeure fixée sur le subjectile parla vitrification.
<( Un des caractères remarquables de ces images, c'est l'aspect de sous-émail qu'elles présentent et qu'aucune autre peinture ne saurait fournir avec ; ce degré de délicatesse. Cette circonstance prouve ^ bien que la poussière d'émail est venue prendre \ exactement la place de la matière organique, car il ' faut reconnaître que cette apparence est due à la j remarquable finesse du dépôt photographique, qui procède par des dégradations d'épaisseur inappréciables à l'œil, etc.
« On voit qu'il n'est point de coloration que ne puisse prendre l'image héliographique, et qu'elle peut être transformée en or et en argent aussi facilement qu'en bleu et en pourpre. »
Les procédés de vitrification des épreuves photographiques, ont été appliqués depuis plusieurs années, à l'ornementation des bijoux. On sait que les arts industriels font une consommation considérable d'émaux peints, que Ton enchâsse dans des bracelets , des
bagues , des broches , des bijoux. A ces peintures toujours coûteuses et souvent détestables , la photographie sur émail est venue substituer des reproductions, monochromes ou coloriées, qui luttent d'éclat avec les anciens bijoux, et qui l'emportent sur eux par la perfection du dessin, mais . surtout par la modicité du prix. Il ne serait pas sans importance, pour l'éducation des masses, pour le développement du sentiment artistique, que ce genre de bijoux se généralisât.
En raison de leur inaltérabilité absolue, les photographies céramiques peu ventbraver l'action du temps et des agents atmosphériques. Rien ne serait donc plus facile que d'enrichir nos musées de collections de types et de portraits contemporains, qui fourniraient àl'hisr I toire des documents irrécusables. De grandes | épreuves photographiques sur porcelaine, ; formeraient un des plus intéressants ornements des musées publics.
Les émaux photographiques ne sont pas, d'ailleurs, demeurés de purs objets d'art. L'industrie de la décoration des porcelaines s'en est emparée dans plus d'un pays. On voyait à l'Exposition universelle de 1867, beaucoup de vases de porcelaine portant ce genre de décor. La manufacture de porcelaine de M. Poyard, à Paris, celle de MM. Pinel et Perchardière, présentaient un assez grand nombre de vases décoratifs en porcelaine, portant des émaux photographiques. Un fabricant du Havre, M. Kaiser; un manufacturier de Berlin, M. Grûn, s'étaient distingués dans la même voie.
Depuis quelques années la photographie sur émail s'applique avec succès au poitrait photographique. Ces portraits obtenus sur une plaque de cuivre couverte d'émail, et peints d'harmonieuses couleurs , sont remarquables par la douceur des contours, la transparence et l'éclat du ton, qualités dues à la fusion des matières. Ces petits objets d'art ont, en outre, l'avantage d'être
d'une durée indéfinie , comme les émaux peints et les peintures sur porcelaine. On encadre ces portraits comme des miniatures, ou bien on les monte en bijoux, à nu ou en relief, à la manière des camées et des pierres gravées.
M. Lafon de Camarsac et M. V. Déroche se sont fait, à Paris, une juste réputation pour leurs portraits photographiques sur émaiL
Le premier de ces opérateurs a publié, en 1868, sous ce titre : Portraits photographiques sur émail) une brochure dans laquelle on cherche en vain une description précise du procédé qui sert à obtenir ces nouveaux produits. L'auteur, n'ayant pas voulu sans doute divulguer ses méthodes particulières, ne cite aucune des substances dont il fait usage, et se tient dans des termes vagues et généraux.
Après avoir rappelé le procédé général en usage pour obtenir les épreuves de photographie sur papier, M. Lafon de Camarsac s'exprime ainsi :
« Dans les opérations ordinaires de la photographie sur papier, c'est toujours la matière sensible elle-même, plus ou moins modifiée, qui constitue l'image définitive,
« 11 semblerait que Ton dût facilement obtenir, par les procédés ordinaires de la photographie, une épreuve vitrifiée, en produisant une image sur la plaque d'émail et en l'y incorporant par la fusion; mais il s'en faut de beaucoup qu'aucun des corps sensibles dont serait formée cette image puisse résister au feu d'émailleur : ils sont tous volatilisés, brûlés, anéantis, bien avant que la chaleur ait même ramolli les surfaces émaillées.
« Le problème ne pouvait donc pas être résolu avec les procédés ordinaires; et aucun fait, en photographie, ne devait même autoriser à considérer cette solution comme possible.
« Ce n'est donc pas en cherchant dans les diverses matières sensibles les éléments de la vitrification de l'épreuve, que nous avons atteint le but ; c'est au contraire en leur substituant les couleurs vitrifiabîes dans la formation de répreuve elle-même. Deux méthodes, reposant sur ce principe, peuvent être pratiquées :
« 1° La couleur d'émail, celle-là même employée dans la peinture, est mélangée intimement à une solution de matière sensible à la lumière, qu'on étend en couche mince. Le cliché superposé à cette surface
ainsi composée, on laisse agir la lumière : tous les points atteints deviennent insolubles.
« 11 suffit donc, pour dégager l'image vitrifiable, de faire agir le dissolvant de la matière sensible sur toute la surface de la couche : les parties non attaquées par la lumière seront dissoutes et disparaîtront, entraînant avec elles la couleur d'émail qui leur était mêlée; les parties insolées demeurent seules et forment Fimage qui se trouve ainsi composée de matière sensible et de couleur vitrifiable. Le feu détruit la matière sensible et vitrifie la couleur d'émail, qui seule a subsisté après ces diverses opérations.
« 2° Une couche sensible est formée ; cette fois, elle ne contient pas de couleur d'émail. Après l'exposition sous le cliché, on la traite par un dissolvant dont l'action puisse être facilement conduite et ménagée. Sous cette action, les parties non insolées s'a- | mollissent ou s'imprègnent d'abord du dissolvant : | on arrête l'opération, et Ton procède à l'inclusion de la couleur vitrifiable. Cette couleur, broyée en poudre impalpable, est promenée au pinceau sur toute la couche; elle prend et adhère partout où le dissolvant a agi ; elle ne s'attache point ailleurs. L'image est donc encore formée de couleur vitrifiable et de matière sensible ; le feu élimine cette dernière et fixe la poudre d'émail par la fusion.
«Dans les deux cas, la lumière a en quelque sorte sculpté la matière molécule par molécule, et îa couleur d'émail s'est modelée et comme moulée sur cette matrice ; elle en traduit absolument toutes ïes finesses.
« Cette propriété qu'acquièrent certaines substances de devenir insolubles dans les parties où la lumière les a frappées, est connue depuis 'l'origine' de la photographie, depuis Talbot, depuis Niépce et Daguerre eux-mêmes ;. on voit comment elle a été utilisée pour l'inclusion des matériaux qui doivent former l'image inaltérable.
« .... Nous n'entrerons point dans les détails infinis des opérations pratiques : elles donnent lieu à des ma- | nipula lions trop nombreuses et trop spéciales pour i être décrites dans un exposé sommaire. »
Nous suppléerons au silence de M. Lafon de Camarsac, en décrivant le procédé qui est suivi par le plus grand nombre des opérateurs pour là préparation des photographies sur émail. On va voir que ce procédé est extrêmement curieux, extrêmement délicat, et qu'il présente de grandes difficultés, dont on ne peut triompher que par une longue pratique et la connaissance exacte des procédés du peintre décorateur sur porcelaine et sur émail.
LA PHOTOGRAPHIE
On prend un cliché positif sur verre, du portrait, ou du modèle à reproduire. D'autre part, on prépare une surface sensible, en versant sur une. lame de verre G%. 67) une couche impressionnable, consistant en une dissolution de bichromate de potasse mélangée de gomme-
Fig. 67. — Préparation de la couche sensible de bichromate, de potasse et de gomme, pour obtenir le cliché . positif destiné à la photographie sur émail.
Sur la lame de verre qui a reçu cette couche sensible, on applique U cliché positif du modèle à reproduire, et on l'expose à Faction de la lumière, dans un châssis à reproduction. Nous avons déjà dit plusieurs fois que la lumière frappant le mélange d'un bichromate alcalin et d'une matière gommense ou mucilagineuse, modifie de différentes manières les propriétés de ce mélange..Ici, la lumière frappant à travers les transparents du cliché positif, le mélange de bichromate de potasse et de gomme donne aux parties ainsi touchées par la lumière la propriété de happer, de saisir, de retenir les matières pulvérulentes, telles que le charbon. Si donc on retire, après un temps d'exposition convenable, la lame de verre du châssis à . reproduction , et que l'on saupoudre la couche sensible impressionnée par la lumière, soit avec un pinceau, soit avec un léger tamis de soie, de poudre de charbon (charbon de pêcher), la fine poussière charbonneuse : s'attachera seulement aux parties que la lumière a touchées, c'est-à-dire aux noirs, et ne
se fixera point sur les parties claires non touchées par la lumière à travers les transparents du cliché. On verra dès lors apparaître une image positive. Rien n'était visible sur la surface impressionnée par la lumière, avant qu'on y promenât le pinceau chargé de poudre de charbon; mais à mesure qu'on y promène cette poudre, on voit l'image apparaître, absolument comme si le pinceau d'un artiste invisible crayonnait cette surface .
Rien n'est plus curieux que cette opération, qui correspond au développement dans la photographie ordinaire : la poudre de charbon développe l'image latente sur la couche de bichromate de potasse et de gomme, comme l'acide gallique développe et fait apparaître l'image latente sur la glace collodionnée sortant de la chambre noire. Ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est la finesse et la fidélité avec lesquelles les demi-teintes apparaissent dans cette opération. Ce qui est vraiment merveilleux dans les propriétés du mélange doni nous parlons, c'est que ce ne sont pas seulement les grandes masses d'ombre et de lumière, mais encore les nuances et dernières dégradations des demi-teintes, qui l'impressionnent. Cette dernière circonstance est ce qui fait la grande portée, ce qui a permis les applications si nombreuses de la découverte de M. Alphonse Poitevin.
L'épreuve photographique ainsi développée par la poudre de charbon, n'aurait pas. une stabilité suffisante. Pour la consolider et lui donner la résistance nécessaire, on y passe, à l'aide d'un pinceau, une couche de collodioh normal, c'est-à-dire de collodion ne renfermant ni sel d argent, ni aucun autre produitétranger. Lé collodion, en s'évaporant, laisse un enduit transparent, qui fixe et maintient les particules du charbon composant le
dessin. .
C'est alors qu'on exécute une opération fort délicate, et qui exige une main exercée. Il s'agit de détacher de la lame de verre, toute la pellicule organique qui compose l'épreuve,
de la séparer du support, comme une feuille de papier qui s'y trouverait appliquée. On a trouvé dans l'acide azotique un peu étendu, un intermédiaire qui permet d'exécuter avec une assez grande facilité, cette séparation de Tépreuve. Quand on l'a laissée quelque temps séjourner dans l'acide azotique, on peut détacher un ou deux coins de la pellicule organique, et, avec quelque précaution, l'enlever tout d'une pièce.
On applique alors cette pellicule sur une plaque d'émail.
Ces plaques que l'industrie fabrique, pour la bijouterie , en quantités considérables , se composent d'une lame de cuivre légèrement bombée, et couverte, sur ses deux faces, d'une couche d'émail blanc. On choisit une de ces plaques de la dimension nécessaire pour l'épreuve que l'on a à traiter, et l'on y applique la pellicule organique détachée de la lame de verre.
Il faut maintenant obtenir, avec cette épreuve, un émail noir. A cet effet, on promène sur sa surface, un pinceau imprégné d'un fondant, dont la composition peut varier, et qui n'est autre que le fondant employé par les émailleurs et les peintres sur porcelaine. Par l'action du feu, ce fondant fera corps avec le charbon qui compose l'épreuve, et provoquera ainsi la vitrification du dessin.
On place donc dans le moufle d'un four à porcelaine , convenablement chauffé, les plaques d'émaux qui ont subi les différentes opérations que nous venons de décrire. Par l'action de la chaleur rouge, toutes les matières organiques sont détruites ; tandis que le fondant retient le charbon qui forme le dessin ; ce qui laisse, en définitive, une épreuve noire sur l'émail retiré du four.
Voilà comment s'obtiennent les photographies sur émail, en dessin noir. Elles rappellent les teintes ordinaires des photographies sur papier. Quand on veut obtenir une épreuve coloriée, ressemblant aux miniatures ou aux peintures sur porcelaine, on a recours
aux procédés ordinaires de la peinture surpor celaine. Ce qu i veut dire que l'on peint ce dessin noir avec les couleurs vitrifïables employées pour la décoration des porcelaines. Ensuite on porte au four la pièce ainsi préparée. Comme pour les peintures surporcelaine ou surémail, il faut quelquefois deux ou trois cuissons consécutives, pour obtenir toutes les couleurs cherchées, le point de fusion de chacune des couleurs n'étant pas le même, ou bien la réaction qu'elles exercent les unes sur les autres, obligeant à les appliquer séparément et à des températures différentes.
On voit, en définitive, que la photographie sur émail consiste à produire, avec un cliché positif, une image, positive elle-même, grâce aux propriétés bien connues du bichromate de potasse ; ensuite à transporter cette épreuve positive sur une plaque d email, et à en faire un dessin noir sur émail, grâce aux procédés de l'art de l'émailleur; enfin, si l'en veut obtenir une peinture coloriée, à traiter ce dessin noir par les procédés ordinaires du décorateur de porcelaine.
On doit à M .Alphonse Poitevin la découverte d'une autre couche sensible destinée à former l'épreuve céramique. Au lieu de bichromate dépotasse etdegomme, M. Poitevin faitusage de perchlorure de fer et d'acide tartrique. Ce mélange, impressionné par la lumière à travers un cliché positif, a la propriété, comme le mélange de bichromate de potasse et de gomme, de happer, de retenir la poudre de charbon. Le mélange de perchlorure de fer et d acide tartrique, présente certains avantagés sur le bichromate de potasse, pour la photographie céramique. Le reste du procédé pour la préparation de l'émail noir ou coloré,
s'opère^'ailleurs^ommeilaétéditplushaut.
C'est par une méthode de ce genre qu'opère M. V. Desroche, photographe et peintre parisien d'un grand mérite. Les portraits coloriés sur émail et sur porcelaine qu'il exécute, sont de véritables œuvres d'art, justement appréciés des amateurs et des artistes.
LA PHOTOGRAPHIE
M. V. Desroche ressuscite ainsi le genre charmant, et presque oublié, de la miniature.. Ses portraits ont toûte la douceur des miniatures anciennes, avec le cachet et la certitude de ressemblance que leur assure la photographie. La mode se prononce de plus en plus en faveur de cette nouvelle et intéressante application des arts photographiques.
Un autre artiste peintre et photographe, M. Félix Lochard, exécute sur émail des portraits photographiques, mais il s'adonne plus spécialement à la fabrication des émaux photographiques; pour la bijouterie , branche du commerce parisien qui tend à prendre une grande extension.
Une des nouveautés qui ont été les plus remarquées à l'Exposition de 1867, comme application de la photographie, c'est la vitrification, transparente ou opaque, des épreuves photographiques. Dans l'élégant pavillon où MM. Tessié du Motay et Maréchal avaient réuni leurs diverses inventions, la foule se pressait,pour admirer de magnifiques vitraux obtenus, non par les anciens procédés de Fart du verrier, mais par de véritables méthodes photographiques,
La méthode au moyen de laquelle messieurs Maréchal et Tessié du Motay produisent des images photographiques , transparentes ou opaques, sur le verre, l'émail, la lave, la porcelaine ou la faïence, consiste en principe à faire usage de caoutchouc et de collodion, pour former des surfaces que l'on rend impressionnables à la lumière par de Fiodure d'argent. Après avoir fait apparaître l'image latente, avoir développé et fixé cette image par des lavages dans des bains contenant des cyanures alcalins et des iodocyanures, on arrive à produire des vitraux de teintes pures et éclatantes.
La méthode de M. Tessié du Motay s'applique à la décoration de toutes les matières siliceuses, et d'une façon spéciale, sur le cristal et sur le verre ; car on obtient sur ces deux substances des images vitrifiées, visi-
bles soit par réflexion, soit par transparence..
A côté des vitraux de M. Tessié du Motay, se voyaient, àl'Exposition universelle, des produits du même genre, exécutés par M. Moisson. Le procédé qui permet de les obtenir a été décrit par l'inventeur dans le Bulletin de la Société française de photographie (1).
11 est une autre catégorie de vitraux photographiques qui produit les plus doux effets, grâce au jeu de la lumière, et que nous ne pouvons manquer de signaler. 11 ne s'agit pas ici de photographies vitrifiées proprement dites, c'est-à-dire obtenues par Faction du feu. Ce n'est autre chose qu'une épreuve positive obtenue sur verre, p^r le procédé à F albumine, épreuve que l'on interpose entre la lumière et Fceil, à la manière des vitraux.
Assurément, la durée, la résistance au frottement, ne sont point assurées par ce système, et sous ce rapport, ce genre de produits est infiniment au-dessous des émaux photographiques. Mais leur charme et leur douceur sont infinis, et la blancheur mate de la lumière qui traverse la substance du verre donne de ravissantes sensations. Il faut, dire aussi que l'habileté spéciale de l'artiste est peut-être pour beaucoup dans ce séduisant résultat. Les vitraux sur albumine que Ton remarquait le plus à l'Exposition, sortaient des mains de M. Soulier. Or, nous ne connaissons pas aujourd'hui, dans ce que l'on peut appeler les œuvres générales de la photographie, d'artiste supérieur à M. Soulier, à qui l'on doit de véritables chefs-d'œuvre en fait de monuments et de vues.
Les mêmes remarques peuvent s'appliquer à M. Ferrier, qui présentait également des vitraux sur albumine. M. Ferrier, ce photographe cosmopolite qui a fait défiler devant son objectif toutes les parties du monde, et qui a toujours cherché et souvent atteint la perfection, s'est appliqué, comme M. Soulier, à produire des vitraux sur albumine, et nous n'avons pas besoin de dire qu'il y a réussi,
0) Avril 1865.