‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [3], Photographie, stéréoscope, poudres de guerre, artillerie ancienne et moderne, armes à feu portatives, bâtiments cuirassés, drainage, piscicultureFiguier Merveilles Science BNF 03Chapitre 48 sur 163 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

PROCÉDÉS DE FABRICATION DE LA POUDRE. — LE PROCÉDÉ DES PILONS, — LE PROCÉDÉ DES MEULES, — LE PROCÉDÉ RÉVOLUTIONNAIRE.

Après cette histoire chimique abrégée des trois ingrédients de la poudre, nous passons à la description des procédés divers de sa fabrication.

Nous parlerons d'abord de la préparation de la poudre de guerre.

La première opération consiste à triturer et à mélanger les trois substances qui doivent composer la poudre.

La trituration et le mélange s'effectuent à l'aide de pilons de bois crf, dans des mortiers de bois de chêne, a, dont le fond b est fait d'un morceau de cœur de chêne à fibres verticalement disposées. Le pilon à/ (fig. 153) du poids de 40 kilogrammes, est fait d'une pièce de hêtre, garnie à son extrémité d'une boîte formée d'un alliage de 80 de cuivre et de 20 d'étain. Ces pilons tombent d'une

Fig. 153.— Pilons et mortiers des manufactures de poudre.

hauteur d'un demi-mètre environ, et frappent de cinquante à soixante coups par minute. Ils sont mus par une roue à cames, actionnée par une roue hydraulique.

La figure 154 représente la roue hydraulique d'un moulin à poudre, et le système mécanique fort simple qui provoque l'élévation et la chute successive des pilans dans les mortiers

LES POUDRES DE GUERRE

Fig. 154. — Moulin à poudre et sa roue hydraulique.

M/ûûé'AVû/-/

pleins du mélange destiné à former la poudre. La roue A, mue par une chute d'eau, fait tourner Taxe delà roue B; cette dernière roue soulève la came C, par le petit disque plein, D,ce qui fait continuellement élever et retomber le pilon dans le mortier rempli de mélange. Chaque roue fait mouvoir deux pilons, comme le montre la figure 154.

La poudrerie d'Angdulême possède sept moulins, faisant fonctionner chacun douze pilons, disposés en deux rangées. Chaque pilon fabrique 10 kilogrammes de poudre par jour, ce qui donne par 24 heures un total de 840 kilogrammes de poudre.

Les proportions de salpêtre, de charbon et de soufre, sont les suivantes pour chaque mortier : 1M1,25 de charbon, et autant de soufre , auxquels on ajoute 1 kilogramme d'eau* On mélange à la main les deux substances, pendant cinq minutes y puis on les transvase dans un boisseau, et on y ajoute 7 kilogrammes et demi de salpêtre tamisé. t. m.

Ce mélange est placé dans le mortier* La charge de chaque mortier est ainsi de 1 1 kilogrammes.

On commence par battre doucement le tout, de manière à ne donner que 30 à 40 coups de pilon par minute ; puis on augmente la vitesse de la roue hydraulique , jusqu'à donner 55 à 60 coups de pilon par minute1. On transvase d'heure en heure, le mélange, dans d'autres mortiers, et l'on continue ainsi pendant onze heures , en ajoutant fréquemment de l'eau.

On appelle galette le mélange de ces substances ainsi battues.

Le rechange a pour but de faciliter le mélange et d'empêcher que la galette n'adhère trop fortement au fond du mortier ; car, sous l'action du pilon, elle pourrait y prendre un échauffement dangereux.

Les galettes retirées des mortiers sont abandonnées, pendant deux ou trois jours* à l'air libre , pour les faire sécher.

Quand la pâte a acquis la consistance voulue, on la soumet au grenage.

Cette opération se fait à l'aide d'un tamis HO {fig.-i5§) appelé guillaume, sur lequel se meut un disque de bois dur, C, plus épais au milieu que sur les bords. L'ouvrier brise la

Fîg. 155. — Guillaume (coupe horizontale et coupe

verticale).

galette avec ce disque de bois, et les fragments traversent les trous du guillaame. On comprend que la dimension des trous dont ce tamis est percé détermine la grosseur du grain de poudre. Les grains de poudre formés par le passage des fragments à travers le crible s'écoulent par un conduit oo. Si Ton veut obtenir des grains plus petits, au-dessous du premier crible, on en dispose un second, IH, à trous plus petits.

v La figure 155 donne une coupe verticale et une coupe horizontale du guillaume.

On se sert aussi pour le grenage, du tonnegrenoir, inventé par M. Maurey, ancien directeur de la poudrerie du Bouchet. Ce sont deux disques de bois réunis par des traverses et supportant deux cribles en toile de fil de laiton,emboîtéset tendus au moyen decordes. La toile intérieure est munie de larges mailles, et la toile extérieure de mailles ayant la (Timension qu'il faut donner aux grains de la poudre, suivant la qualité qu'on veut obtenir. Le tout est mis en mouvement par un moteur mécanique.

Le tonne-grenoir a été un grand progrés

sur le guillaume, qui forçait à réunir un grand nombre d'ouvriers dans un atelier où il est assez dangereux de séjourner.

Pour faire subir à la poudre l'opération du lissage, on fait tourner les grains dans des tonnes A A' (fîg. 156), montées sur un axe ho-

Fig. 156. — Appareil pour le lissage de la poudre.

montai, DB. A l'intérieur de ces tonnes sont disposées des pièces de bois clouées en longueur. On y place les grainsde poudre, humectés de 12 pour 100 d'eau. L'eau est destinée à dissoudre un peu de salpêtre ; le frottement imprimé aux grains, leur donne dé Téclat, les rend lisses et polis.

Les ouvertures et les entonnoirs o, <?, sont destinés à laisser couler la poudre dans les tonneaux K, quand l'opération est terminée. Deux petites portes, c, c, permettent d'introduire la poudre dans la tonne, et de l'en retirer après le lissage.

Les poudres de guerre ne reçoivent qu'un faible lissage. La durée de l'opération est plu:* longue pour les poudres à mousquet que pour les poudres à canon , et plus longue surtout pour les poudres de chasse.

Il ne reste plus qu'à sécher la poudre. Quand le temps est beau, on la sèche en plein air, sur des.toiles de coton étendues sur de longues tables.

Le séchage artificiel s'opère en étendant la

poudre sur des draps fixés au-dessus de vastes caisses, que Ton fait traverser par de Pair chaud. Cette opération présente quelques dangers, vu La difficulté de maintenir le courant d'air chaud à une température égale,

La poudre, en séchant, laisse une quantité notable de poussier, qu'on enlève à l'aide de Yépoussetage. C'est la dernière opération que subit la poudre de guerre ; il ne reste plus qu'à l'enfermer dans les barils.

Nous venons de décrire la préparation de la poudre de guerre. Parlons maintenant des poudres de chasse.

Les poudres de chasse sont de trois espèces : la poudre fine, la poudre super fine, et la poudre extra fine. Dans toutes trois, les éléments de la poudre entrent dans les mêmes proportions, à savoir, pour 100 parties en poids :

Salpêtre pur ~8

Charbon pulvérisé » 12

Soufre divisé 10

Les différences entre les trois qualités de poudre de chasse, tiennent à leur degré différent de finesse, lequel est déterminé parles diverses opérations de broyage et de granulation qu'on leur fait subir.

La préparation de la poudre de chasse se fait généralement dans des appareils autres que ceux que nous avons décrits jusqu'ici.

On pulvérise et on mélange les trois ingrédients de la poudre de chasse, non en les pilant dans des mortiers, mais en les faisant tourner dans des tonnes avec un poids égal de gobilles de bronze.

La figure 157 montre la coupe verticale, et la figure 158 l'élévation de cet appareil. A Fintérieur du cylindre A (fig. 157), sont disposés des tasseaux longitudinaux, c, servant A retenir les gobilles et à les faire tomber sur la matière à broyer. Le mouvement de rota- . tion est imprimé à la tonne A [fig. 158) au moyen de la courroie D, qui transmet à Taxe BB' l'action de la force motrice.

Quand le broyage est terminé, on ouvre

une porte t, t et on place dans Fintérieur de l'appareil une toile métallique destinée à retenir les gobilles. Le mouvement de rotation

fiUDMIUSH

Fig. 157. — Tonne pour la pulvérisation des poudres do chasse (coupe verticale).

continuant, les éléments pulvérisés tombent dans l'espace G {fig. 158), et sont recueillis dans des barils.

Fig. 158. -

Tonne pour la pulvérisation des pouûre* de chasse (élévation).

On pulvérise séparément dans ces tonnes, le salpêtre et le charbon.

Le soufre est pulvérisé quelquefois avec le charbon ; mais le plus souvent on le pulvérise seul, parce qu'il est utile, après sa pulvérisation, de le soumettre au blutage* Le blutage est surtout destiné à séparer du soufre

les petits grains de sable qu'il contient et qui pourraient causer des accidents pendant la fabrication de la poudre au moyen des meules.

Le blutoir employé dans les manufactures de poudre, pour tamiser le soufre, est semblable au blutoir ordinaire qui sert à préparer les farines. 11 consiste en un cylindre long de 2 à 3 mètres, dont la carcasse de bois est recouverte d'un tissu de soie très-serré. Il est renfermé tout entier dans une caisse de bois, pour éviter la déperdition des poussières projetées par la rotation du cylindre. Le bas de la caisse est partagé en deux ou trois compartiments, par des cloisons parallèles entre elles et perpendiculaires à Taxe du cylindre. On introduit le soufre pulvérisé, par la partie supérieure du cylindre. Les portions les plus fines et les plus légères se tamisent les premières , passent dans le premier compartiment et de là dans le second et le troisième. Les grains de sable, s'il s'en trouve, étant trop gros pour traverser les mailles de la soie, sontainsi séparés du soufre.

Les trois éléments de la poudre de chasse étant ainsi pulvérisés, ensemble ou séparément, l'ouvrier en pèse les quantités prescrites pour la composition de cette poudre, c'està-dire, comme on Fa vu plus haut, 78 parties de salpêtre, 12 parties de charbon et 10 de soufre. Pour opérer le mélange bien intime de ces trois substances, on les introduit dans les tonnes-mèlangeoirs qui sont semblables aux tonnes de pulvérisation (fzg. 137 et 138), si ce n'est qu'elles sont plus petites.

A la poudrerie d'Angoulême les tonnes à pulvérisation contiennent 280 kilogrammes de gobilles de bronze et 200 kilogrammes de matières à pulvériser, tandis que les tonnes mélangeoirs ne renferment que 100 kilogrammes de billes et 100 kilogrammes du mélange, auquel on donne le nom de composition.

Le mélange est l'opération qui présente le plus de danger.

Au sortir des mélangeoirs, la composition est à Fétat de poudre impalpable ; on Fhu-

f mecte avec 4 pour 100 d'eau, et on la marche avec des sabots, pour lui donner de la consistance. Puis on la dispose sur une toile sans fin, laquelle passe entre les deux cylindres d'un laminoir, et on lui fait subir une pression qui varie de 1,000 à 1 ,500 kilogrammes. A ce moment, elle est propre à être divisée en galettes destinées à la granulation.

La granulation de la poudre de chasse s'opère, en général, dans des guillaumes disposés en deux séries parallèles, sur une planche mobile supportée par des cordes. La galette de poudre est réduite en fragments par Fagitation, et les grains passent à travers les trous d'un crible contenu dans l'intérieur du guillaume. Le diamètre de ces trous détermine la grosseur du grain de poudre.

La figure 159 représente cet appareil. La planche AB suspendue au plafond, par des cordes, reçoit son mouvement d'une manivelle DK, dont l'extrémité inférieure engrène, au moyen des roues d'angle H, H, avec l'arbre qui transmet la force motrice.

Les guillaumes sont renfermés dans des boites C,C',C", pour éviter la déperdition des poussières. Chacune de ces boîtes, pourvue d'un entonnoir E, pour y introduire la galette, présente à sa partie inférieure une ouverture donnant passage à un tube flexible G, lequel permet à la poudre grenée de se rendre dans des barils, F. Dans toutes les opérations des poudreries, ces barils servent au transport des matières d'un appareil à un autre»

Le diamètre de Fouverture par laquelle s'écoule la poudre de chasse, en grain, est de lmm,20.

Tel est le procédé pour la préparation de la poudre de chasse dite fine. Les poudres de chasse dites super fine et extra-fine, se préparent non dans les tonnes de pulvérisation^ mais avec les meules> afin d'obtenir une division des matières beaucoup plus grande et un mélange plus intime.

Les meules dites légères, sont en marbre,

LES POUDRES

MIODERICH

Fig. 159* — Appareil pour le grenage des poudres de chasse*

et du poids de 2,500 kilogrammes. Le bassin dans lequel tournent ces meules, est en bois ; onlecharge pour chaque opération, de 50 kilogrammes de mélange humecté d'eau, qu'on triture pendant deux heures, les meules marchant avec une vitesse de20à 25 tours par minute. Vers la fin on ralentit cette vitesse*

Les meules pesantes sont en fonte et pèsent de 5,000 à6,000 kilogrammes chacune. Le bassin sur lequel elles roulent, est égalementon fonte. Elles ne servent qu'à préparer la poudre de chasse extra-fine. On les fait marcher pendant cinq heures à la vitesse de 10 tours par minute.

La figure 160 représente un moulin à meules. Comme on le voit, les meules K, K', sont doubles pour chaque bassin. Elles tournent dans le bassin AB7 grâce à un collet D, qui les relie, par larotation de Farbre de fer ËD , que met en action un pignon J , placé pardessous le bâti et qui reçoit la force motrice.

L'emploi des meules pour la préparation de la poudre, permet d'obtenir une grande finesse, c'est-à-dire un haut degré de division et un mélange parfaitement intime, mais il s'accompagne de quelques dangers. On comprend, en effet, qu'une meule du

poids de 6,000 kilogrammes, si elle rencontre un fragment de galette qjii la soulève et la laisse retomber d'une hauteur d'un ou deux centimètres seulement, puisse, par l a chaleur résultant de la chute et du choc d'une telle

Fig» 160. — Moulin à meules pour la pulvérisation et la mélange des éléments de la poudre de chasse.

masse, provoquer l'inflammation du mélange, Lespoudres de chasse finesspntlisséesd^ns

destonnesdeboistoutàfaitsemblablesà celles qui servent au lissage des poudres de guerre. Enfin elles sont séchées et époussetées.

La poudre de chasse super fine est faite avec le poussier de la poudre fine, qu'on triture de nouveau pendant six heures, dans les mélangeoirs. Le grenage en est fait à une perce plus petite.

Le charbon de la poudre extra-fine est exclusivement du charbon roux, très-hydrogéné, et donnant une poudre presque fulminante, à laquelle les armes de luxe résistent pourtant très-bien. Les manipulations pour cette poudre sont encore plus longues et plus répétées que pour les précédentes. Son grain est d'une ténuité extrême et sa couleur tire sur le roux. j

A la poudrerie du Bouchet on fabrique des poudres de chasse, qui sont comparables, pour la qualité,, aux meilleures poudres d'Angleterre, en triturant et en mélangeant les éléments au laminoir. Mais cette opération présente des dangers, vu la chaleur qui peut résulter de la pression du laminoir.

Les poudres de chasse sont destinées en grande partie à l'administration des contributions indirectes, qui les vend au public.

La poudre de chasse fine esl renfermée dans des boîtes de fer-blanc, couleur olive, et livrée aux débitants, par caisses de 23 kilogrammes. Chaque caisse contient:

\ 0 boites de 5 hectog. = 5 kilog.

50 — de 2 — = io —

i00 — de 1 — — 10 —

i 60 — contenant 25 —

Laboîtedepoudre$w/?er/?weestcontenuedans des caisses de couleur brune avec un filet doré.

La boîte de poudre extra-fine est placée dans des caisses noires et ornées, sur les quatre faces principales, d'un double filet doré. Les caisses de poudre extra- fine ne contiennent que 80 boîtes, savoir :

30 boites de 5 hectog. = \$ kilog. 50 » de 2 — » 10 —

En tout, pour chaque caisse, 25 kilogrammes d'une poudre, éminemment explosive, qui ne laisse pas de faire courir certains dangers aux débitants.

Terminons cet exposé en parlant de la préparation de la poudre de mine.

La poudre de mine se distingue facilement des autres poudres par la grosseur et la sphéricité de ses grains. Le charbon qu'on emploie à sa fabrication, provient des bois blancs de peuplier, d'aune et de tremble.

La trituration et le mélange des éléments se font comme pour les autres poudres. Le grenage s'opère à une perce plus large.

On arrondit les grains anguleux, tout simplement en les faisant tourner, pendant qu'ils sont humides, dans des tonnes de bois, avec des grains déjà arrondis. Dans cette opération, les angles des grains anguleux s'émoussent, les grains sphériques grossissent, et il se forme de tout petits grains ronds, nommés noyaux, qu'on sépare par un tamisage, pour les faire grossir dans une opération ultérieure.

Le lissage de la poudre de mine se fait en faisant tourner ensemble les grains ronds de même grosseur ; ils se durcissent et se polissent par leur frottement mutuel.

Le séchage, à cause de la grosseur des grains , ne peut être fait convenablement qu'au séchoir artificiel.

Les mineurs préfèrent la poudre de mine à grains ronds à la poudre anguleuse, parce qu'elle n'est point salissante et ne donne pas de poussier.

Les prix de revient de différentes espèces de poudres sont les suivants :

Poudre de mine 1 fr. 10 à 1 fr. 20 le kiL

Poudre de guerre 1 fr. 25 à 1 fr. 50 —

Poudre de chasse fine... 2 fr. 30 à 2 fr. 60 — Poudres superline et ex-

trafine 3 fr. à 3 fr. 30 ~

La direction des poudres les vend au prix de revient aux différents ministères.

LES POUDRES

L'administration des Contributions indirectes livre les poudres de chasse au public au prix de:

Poudre fine..., 9 fr. 50 le kil.

Poudré su perti ne . . 12 fr. 00 —

Poudre extra-fine 15 fr. 50 —

La nécessité qui se présenta, à certaines époques, de fabriquer de grandes quantités de poudre en un court espace de temps , fit imaginer certains procédés exjpéditifs, lesquels, perfectionnés, sont restés quelquefois dans la pratique. C'est ainsi que les Hollandais, pendant la longue guerre qu'ils soutinrent contre les Espagnols , inventèrent un moyen d'opérer sans danger la trituration par les meules* Ils se servaient de meules en inarbre noir, du poids de 10 quintaux.

En 1716, des moulins semblables furent établis à Berlin. Le procédé des meules a été conservé de nos jours, dans certains pays, pour la fabrication de toutes les poudres; mais, en France, il n'est appliqué, comme nous l'avons dit, qu'à la préparation des poudres de chasse.

A l'époque de la Révolution française , il fallut fournir tout d'un coup aux armées de la République, des quantités considérables de munitions de guerre. Mais tous nos ports étaient bloqués et le soufren'arrivaitplus de la Sicile. Pour remplacer le soufre que l'étranger lui refusait, lé génie scientifique de la France inventa le procédé d'extraction du soufre des pyrites, minerai que plusieurs de nos provinces possèdent en abondance. Ce procédé permit de se procurer toute la quantité de soufre nécessaire à la fabrication de la poudre destinée aux armées. Comme nous l'avons dit; dans lé chapitre précédent, on est revenu de nos jours, à ce procédé d'extraction du soufre lorsque le soufre de Sicile vint à manquer en Europe, et il a été conservé même après que le soufre de Sicile a pu revenir dans nos ports.

Pendant que l'on découvrait et que Ton exploitait cette nouvelle source de soufre, on

lessivait le sol des caves, pour se procurer le salpêtre, et on lavait les vieux plâtras de Paris, qui contiennent jusqu'à 6 pour 100 de ce sel. La poudrerie de Grenelle, agrandie et mise sur un nouveau pied, pulvérisait le charbon et le soufre d'une part, et de l'autre le salpêtre, dans des 'tonnes de bois, au moyen de billes de bronze ; puis le mélange des trois corps s'effectuait dans d'autres tonnes, avec des billes. Pour faire les galettes, on introduisait la composition dans des caisses, on la recouvrait de toiles mouillées, et on la soumettait à l'action d'une presse. La poudre était grenée par les procédés ordinaires.

C'est par ce procédé expéditif que la poudre fut préparée pendant les guerres de la République, et chacun connaît les merveilles qu'elle accomplit.

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