‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [4], Éclairage, chauffage, ventilation, phares, puits artésiens, cloche à plongeur, moteur à gaz, aluminium, planète NeptuneChapitre 118 sur 143 · EN USAGE POUR SON EXTRACTION ET SA PREPARATION · texte numérisé non relu

EN USAGE POUR SON EXTRACTION ET SA PREPARATION

L'attention du public fut vivement excitée, en 1855, par l'annonce d'une découverte bien digne, en effet, d'éveiller un intérêt unanime. De la simple argile de nos terrains, de la marne des champs, on avait, disait-on, retiré un métal que ses caractères chimiques rangent tout à côté des métaux précieux, et capable de résister, comme l'or, le platine et l'argent, à l'action des causes extérieures d'altération. À ces premiers caractères ce métal joignait la singulière propriété d'être plus léger que le verre, et d'être fusible à une température modérée, ce qui permettait de le mouler sous toutes les formes.

Ces diverses assertions, qui excitèrent à bon droit beaucoup de surprise, n'avaient pourtant rien d'exagéré, et nous allons nous attacher à exposer brièvement les faits sur lesquels elles reposent.

C'est une des vues les plus remarquables de Lavoisier, d'avoir annoncé que, dans les substances minérales désignées sous le nom commun de terres et tfalcalis , il existe de véritables métaux. Par une prévision de son génie, dont on devait plus tard comprendre toute la portée, l'illustre créateur de la chimie moderne avança que les alcalis fixes, et les terres depuis longtemps désignées sous le nom de chaux, de magnésie, d'alumine, de baryte , de strontiane, etc., ne sont autre

chose que des oxydes d'un métal particulier. Vingt années après, Humphry Davy, appliquant à l'analyse de ces composés la pile de Vol ta, justifia avec éclat cette prévision de Lavoisier. 11 sépara, grâce à l'action décomposante du fluide électrique, l'oxygène et le métal qui constituent, par leur union, les alcalis et les terres.

En agissant de la même manière sur la potasse et la soude , Davy isola leurs radicaux métalliques, le potassium et le sodium. Peu de temps après, en opérant sur la baryte, la strontiane et la chaux, il retira de ces terres leurs radicaux métalliques, le baryum, le strontium et le calcium. Mais," en raison de la faible conductibilité électrique des composés terreux, Davy ne put parvenir à réduire, au moyen de la pile, le reste des bases terreuses, c'est-à-dire l'alumine, la glycine, l'yttria et la zircone.

Plusieurs chimistes, entre autres Berzelius et OErstedt, échouèrent dans la même tentative, et pendant vingt ans ce ne fut que par une vue théorique, fondée sur l'analogie, que l'on put considérer ces substances comme des oxydes métalliques. Ce n'est qu'en 1827 qu'un chimiste allemand, M. Wôhler, parvint à les réduire.

M. Wôhler eut la pensée de substituer un puissant effet chimique à Faction de la pile de Volta, pour l'extraction des métaux ter-

L'ALUMINIUM

reux. Le potassium et le sodium, radicaux métalliques de la potasse et de la soude, sont, de tous les métaux, ceux qui présentent les plus énergiques affinités chimiques. On pouvait donc espérer qu'en soumettant à l'action du potassium ou du sodium l'un des composés terreux qu'il s'agissait de réduire, le potassium détruirait cette combinaison, et rendrait libre le métal nouveau que l'on cherchait à isoler.

Fig. 435. — M. VVôùler.

L'expérience justifia cette prévision. Pour obtenir l'aluminium métallique, M. Wôhler s'adressa au composé qui résulte de l'union de ce métal avec le chlore, c'est-à-dire au chlorure d'aluminium. Au fond d'un creuset de porcelaine il mit quelques fragments de potassium, et par-dessus, un volume à peu près égal de chlorure d'aluminium. Le creuset fut placé sur une lampe à esprit-de-vin à double courant d'air,pour favoriser la réaction par l'intervention de la chaleur rouge.

Placé dans ces conditions, le chlorure d'aluminium fut entièrement décomposé; par suite de son affinité supérieure, le potassium,

chassant l'aluminium de sa combinaison avec le chlore, s'empara de ce dernier corps, pour produire du chlorure de potassium, pendant que l'aluminium demeurait libre à l'état métallique. Comme le chlorure de potassium est un sel soluble dans l'eau, il suffisait pour le dissoudre de plonger dans l'eau le creuset ; l'aluminium apparut alors à l'état de liberté.

Le métal ainsi isolé constituait une poussière grise, susceptible de prendre par le frottement l'éclat métallique; mais, selon M. Wôhler, cette substance ne pouvait entrer en fusion, même à la température la plus élevée, et elle était éminemment oxydable.

L'aluminium ne fut point le seul métal isolé par ce procédé. Par l'emploi des'mêmes moyens, M. Wôhler obtint le glycium et l'yttrium .

Peu de temps après , un de nos savants chimistes, M. Bussy, professeur à l'École de pharmacie de Paris, décomposa par le même procédé la magnésie, et en retira son radical métallique, le magnésium. •

Si Ton place dans un creuset un mélange de chlorure de magnésium et de sodium, et qu'on chauffe ce mélange au rouge pendant un quart d'heure, on trouve au bout de ce temps, dans le creuset, du chlorure de sodium et du magnésium. M. Bussy étudia et fit connaître les propriétés particulières du métal extrait des sels magnésiens.

Les divers corps isolés de cette manière présentaient d'ailleurs des propriétés entièrement analogues à celles que l'on attribuait à l'aluminium. C'étaient toujours des poudres noires ou grises, n'offrant qu'à un faible degré, on le croyait du moins, les caractères qui distinguent les métaux. Infusibles, trèsaltérables par l'influence de l'air ou des agents chimiques, très- oxydables, ils semblaient, à ce titre, condamnés à vieillir obscurément dans le cadre de la théorie, sans jamais recevoir la moindre application dans la pratique.

Dans les sciences d'observations les mé-

thodes générales constituent de précieux instruments de recherche ; mais ces méthodes, qui sont la richesse et l'orgueil d'une science, ont quelquefois plus d'éclat que d'utilité, car elles apportent souvent de graves obstacles à la découverte de faits nouveaux. C'est par suite d'une méthode et d'une vue générales que les chimistes, dans les premiers temps, s'étaient accordés à confondre dans un

Fig. 436. — M. Bussy.

mêine groupe tous les métaux terreux. Modelant sur celles du magnésium, du baryum, du calcium et du strontium, les propriétés chimiques de tous les métaux terreux, ils considéraientraluminium et tous ses congénères comme des substances éminemment oxydables et dépourvues de tout caractère métallique proprement dit. Or, c'était là une grave erreur. Ces divers métaux n'offraient alors entre eux, on peut le dire, d'autre caractère commun que celui d'être inconnus.

En 1854, M, Henri Sainte-Claire-Deville, professeur de chimie àFÉcole normale, ayant soumisà une étude attentive l'aluminium ,que M. Wôhler n'avait fait qu'entrevoir, recon-

nut avec surprise que ce métal jouit do propriétés fort différentes de celles qu'on lui attribuait, d'après M. Wôhler. Ces propriétés sont si remarquables, qu'elles ont tout de suite donné l'idée la plus élevée de l'avenir réservé à ce métal nouveau. Voici, en efiet, les propriétés que M. Deville a reconnues au métal qui fait partie de l'argile (1).

L'aluminium est d'un blanc éclatant; sa couleur -est intermédiaire entre celles de l'argent et du platine. Il est plus léger que le verre ; sa densité est représentée par le chiffre 2,56. Sa ténacité est considérable. On le travaille au marteau avec la plus grande faj cilité ; on l'étiré en fils d'une finesse extrême, j Enfin il entre en fusion à une température | inférieure à celle de la fusion de l'argent, j g Voilà déjà une série de caractères qui perj mettent de placer ce corps simple au rang des métaux qui trouvent dans les arts les plus nombreux emplois. Mais ses propriétés chimiques contri buent surtout à le rendre précieux .

L'aluminium est un métal complètement inaltérable à Fair. Il séjourne, sans se ternir, dans l'air sec ou chargé d'humidité, et tandis que nos métaux usuels, tels que l'étain, le plomb ou le zinc, fraîchement coupés, perdent promptement leur éclat quand on les expose à Fair humide, l'aluminium, dans les mêmes conditions, demeure aussi brillant que l'or, le platine ou l'argent. 11 l'emporte même sur le dernier de ces métaux quant à sa résistance à l'action de l'air. Exposé, en effet, à l'action du gaz hydrogène sulfuré, l'argent est attaqué par ce gaz et noircit subitement; aussi, par une exposition prolo ngée à Fair atmosphérique, les objets d'argent finissent-ils par s'altérer sous l'influence des faibles quantités d'hydrogène sulfuré qui se rencontrent accidentellement dans Fatmosphère. L'aluminium, au contraire, résiste parfaitement à Faction du gaz sulfhydrique; sous ce rapport, il a donc sur l'argent une supériorité notable. Enfin l'aluminium op-

(1) L'argile renferme de 20 à 25 pour 100 d'alumniuin»

L'ALUMINIUM

pose une résistance très-prononcée à Faction des acides. L'acide azotique, Facide suif arique, employés à froid, n'exercent sur lui aucune action, et l'on peut conserver dans les acides azotique ou sulfnrique des lames de ce métal sans qu'il éprouve ni dissolution ni altération.

L'acide chlorhydrique seul l'attaque et le dissout à froid.

Tout le monde comprend les avantages que doit présenter au point de vue de ses applications, un métal blanc et inaltérable comme l'argent, — qui ne noircit pas malgré son séjour prolongé dans l'air, — qui est fusible à une température modérée, et peut, dès lors, se plier à toutes les formes désirables ; — qui se travaille au marteau avec facilité ; — qui s'étire en fils jouissant d'une ténacité remarquable, — et qui présente enfin lapropriété, singulière et inattendue, d'être plus léger que le verre. Ce métal nouveau parut donc tout de suite appelé à prendre une place importante parmi les matières premières de l'industrie.

On a dit, que l'aluminium pourrait entrer un jour dans nos alliages précieux , et remplacer For et l'argent dans les monnaies et les bijoux. C'était une erreur. En effet, ce qui contribue surtout à donner à l'argent et à l'or les caractères de métal précieux, ce qui a décidé leur adoption sous ce rapport, c'est la facilité avec laquelle on retire ces métaux des alliages, des mélanges ou des combinaisons diverses où ils se trouvent engagés. Par des opérations chimiques fort simples, l'or et l'argent sont extraits sans peine de tous les composés qui les renferment. L'aluminium est dépourvu de ce privilège. On ne pourrait, comme l'or et l'argent, le séparer, à l'état métallique, de ses divers composés. Au lieu d'aluminium, on n'en retirerait que de l'alumine, c'est-à-dire la base de l'argile, matière sans valeur. Tel est le motif qui empêchera d'adopter l'aluminium comme auxiliaire, dans nos monnaies, de l'argent et i de For. D'ailleurs, un métal d'un gisement I

aussi commun, une substance faisant partie de l'argile que nous foulons à nos pieds, et dont la valeur serait variable par toutes sortes de circonstances, ne saurait être acceptée, dans aucun cas, comme signe représentatif \ des richesses.

L'aluminium doit donc être exclusivement réservé aux besoins de l'industrie. On peut le consacrer à la confection des vases et d'instruments de toute nature dans lesquels la résistance à l'action de l'air et des agents chimiques est une condition nécessaire. Il rend, dans ce genre d'applications, des services réels.

Un autre emploi important de Faluminium, se trouve dans l'ornement et le décor extérieur. L'argent est souvent rejeté comme objet d'ornement, en raison de sa prompte altération par les émanation* *• Ifureuses, et l'on est contraint de se priver ainsi de Féclat et de la riche teinte de ce métal, dans beaucoup de cas où ils auraient produit les plus heureux effets. L'aluminium suppléera ici l'argent avec beaucoup d'avantages.

11 est bon, toutefois, quand on parle des applications que pourra recevoir le métal de l'argile, de distinguer entre ses applications immédiates et ses applications à venir. Par applications immédiates de l'aluminium, nous entendons celles qu'il pourrait recevoir au prix assez élevé auquel il se trouve aujourd'hui dans le commerce ; par applications à venir celles qui lui sont réservées lorsque les progrès ultérieurs de la fabrication èn auront notablement abaissé le prix.

Dans le premier cas, l'aluminium est dès aujourd'hui très-utile, en raison de son inaltérabilité, de sa ténacité et de sa légèreté, pour construire ces instruments de précision dans lesquels le travail de l'artiste est tout, et le prix de la matière presque rien. Citons, par exemple, les balances de précision, l'horlogerie, les instruments d'astronomie et de géodésie. Par son innocuité complète sur pos organes, il ; joue encore un assez grand rôle dans la I confection des instruments de chirurgie

Dans le second cas, c'est-à-dire lorsque le prix de l'aluminium permettra de le faire entrer en concurrence avec le cuivre et Tétain, comment hésiter un instant entre le nouveau métal et le cuivre? D'un côté, un métal oxydable, d'une odeur désagréable, dont tous les composés sont vénéneux; de l'autre, un métal inaltérable, trois fois plus léger, sans odeur et sans la moindre influence nuisible sur l'économie.

11 ne faut pas, d'ailleurs, perdre de vue l'avantage capital que présentera, au point de vue de ses applications, la faible densité de l'aluminium. En admettant qu'à poids égal l'aluminium coûtât quatre fois plus cher que l'argent, il ne serait pourtant pas plus cher que ce métal, puisque, en raison de sa densité , un kilogramme d'aluminium occupe quatre fois plus de volume qu'un kilogramme d'argent. Il pourra donc servir à fabriquer quatre fois plus d'objets, sa ténacité, sa résistance étant supérieures, même à volume égal, à celles de l'argent.

Malheureusement l'aluminium est encore à un prix trop élevé dans le commerce pour que l'on puisse se flatter de le faire entrer dans les usages habituels de la vie. Le procédé métallurgique qui sert à préparer ce métal s'environne encore de beaucoup de difficultés, et ce n'est que dans des usines spéciales, comme celles de MM. Tissier frères, à Rouen, de M. Morin, à Nanterre et à Alais, que Ton peut se flatter, d'obtenir, à coup sûr et avec quelque économie, ce métal précieux. L'intervention du sodium est nécessaire pour obtenir l'aluminium ; or, le sodium est un produit difficile à obtenir. Dès lors la préparation de l'aluminium n'est pas sans difficultés.

Ces difficultés pourtant ont été vaincues par une poursuite attentive et constante. Le moment est venu pour nous de faire connaître les différentes méthodes qui sont aujourd'hui en usage pour la préparation du métal tiré de l'argile»

L'aluminium s'obtient en traitant le chlorure d'aluminium par le sodium. Ce dernier corps, aux affinités chimiques trèsénergiques, décompose le chlorure d'aluminium, en formant du chlorure de sodium, et l'aluminium devient libre.

La fabrication industrielle du nouveau métal comprend, d'après cela, les trois opérations suivantes :

1° Préparation du chlorure d'aluminium ; 2° Préparation économique du sodium ; 3° Décomposition du chlorure d'aluminium parle sodium.

De ces trois opérations, les deux premières ont seules reçu une solution satisfaisante ; j la troisième présente d'assez grandes diffi- ; cultés. Voici, d'ailleurs, comment on les exécute dans les usines déjà mentionnées.

Le chlorure d'aluminium se prépare en dirigeant un courant de chlore gazeux sur de l'alumine mélangée à du goudron. Cette alumine a été obtenue en décomposant par la chaleur l'alun ammoniacal, qui, calciné, laisse pour résidu l'alumine pure, et susceptible., dès lors, de fournir l'aluminium à un grand état de pureté.

Le traitement de l'alumine par le chlore se fait dans une de ces cornues de terre qui servent à la fabrication du gaz de l'éclairage. L'absorption du chlore est toujours complète, et marche avec la plus grande régularité. Comme la cornue est fortement chauffée, et que le chlorure d'aluminium est volatil, ce composé distille à mesure qu'il prend naissance, et vient se condenser dans une chambre en maçonnerie, revêtue de faïence à l'intérieur.

Ainsi obtenu , le chlorure d'aluminium constitue une matière compacte, d'une densité considérable, et composée d'une agglomération de cristaux de couleur jaune.

Gomme l'alun ammoniacal, qui sert à la préparation du chlorure d'aluminium, renferme des impuretés, et particulièrement de de Toxide fer, qui passe dans l'aluminium ob-

Ti4VELLIZH. SCS

Fig. 437. — Four pour la préparation de l'aluminium.

L, contre-poids pour soulever la porte du foyer; E, orifice d'introduction du mélange de chlorure d'aluminium et de sodium; H, orifice de la cheminée I; A, sole du four; B, rigole eu fonte ; C et D, briques qu'on enlève pour laisser écouler d'abord les scories, ensuite l'aluminium : R, registre de la cheminée; J, vase où tombe l'aluminium ; F, foyer du four.

tenu, on essaya,en 1 857 , de substituer au chlorure d'aluminium, pour l'extraction de l'aluminium, un minéral naturel, la cryolithe, qui est un fluorure double d'aluminium et de sodium. Ce minéral, qui était autrefois excessivement rare, ayant été découvert au Groënland en 1855 par gisements immenses, put être transporté en France, et on essaya de le faire servir à la préparation de l'aluminium.

En effet, la cryolithe, traitée par le sodium dans un creuset porté au rouge, se décompose: le sodium remplace l'alumine, il se fait du fluorure de sodium, et l'aluminium reste à l'état métallique.

MM. Tissier frères essayèrent ce procédé dans l'usine d'Amfreville-la-Mi-voie, près de Rouen, qu'ils avaient fondée pour la préparation de l'aluminium, pendant que M. Paul Morin, ancien préparateur des cours de chimie de M. Dumas, créait à Nanterre, près de Paris, une usine semblable.

Mais la préparation de l'aluminium par la cryolithe seule n'a pas donné de bons résul-

T. IV

tats. 11 paraît que ce minéral est sujet à renfermer des phosphates, dont le phosphore ne peut jamais être entièrement chassé, et qui, venant se joindre à l'aluminium, en altère les propriétés.

La préparation de l'aluminium parla cryolithe seule a donc été abandonnée. Cependant nous ne devons pas manquer de dire que ce minéral est aujourd'hui employé dans la préparation de l'aluminium, comme fondant ou comme auxiliaire utile, à quelque titre que ce soit. On Remploie dans la proportion que nous indiquerons.

Nous allons décrire la préparation de l'aluminium par le mélange de chlorure d'aluminium, de sodium et de cryolithe, tel qu'il s'exécute à l'usine de M. Paul Morin, à Nanterre, ou -pour mieux dire à l'usine de MM. Merle, à Alais. En effet, le chlore et le carbonate de soude, qui interviennent dans la préparation de l'aluminium, sont fort chers à Paris, tandis qu'ils sont à bas prix en Provence, par suite du voisinage des fabriques de

soude artificielle de Marseille. C'est cette circonstance qui a déterminé M. Paul Morin à faire fabriquer à l'usine de MM. Merle, à Alais, raluminium par le procédé que nous allons maintenant décrire.

On prend 110 kilogrammes de chlorure d'aluminium et 40 kilogrammes de cryolithe. On pulvérise bien exactement ce mélange, auquel on ajoute 3S kilogrammes de sodium, préalablement coupé en morceaux au moyen du couteau.

Ce mélange opéré, on commence par chauffer le four. Ce four, que représente la figure 437, consiste en une longue cavité à voûte surbaissée, A, que la flamme du foyer, F, peut parcourir dans toute son étendue, avant de s'échapper avec la fumée par Torifice, H, qui est l'entrée du tuyau de cheminée. Ce tuyau n'est pas entièrement visible sur notre dessin, parce qu'il se recourbe de haut en bas, comme dans beaucoup de cheminées d'usines, dites cheminées traînantes. On voit en I la partie descendante de ce tuyau de cheminée.

Quand le four est bien chaud et que la flamme remplit toute sa capacité, on y projette le mélange de chlorure d'aluminium, de cryolithe et de sodium, par le trou E, lequel est fermé par un tampon métallique que Ton peut promptement déplacer et replacer. Le mélange n'étant pas exposé^ au contact de Fair, puisqu'il tombe aussitôt dans la flamme du four, le sodium ne s'oxyde pas. Dès qu'il est tombé sur la sole du four le mélange fond, et la réaction entre le chlorure d'aluminium et le sodium commence.

Elle se traduit au dehors par une série de petites explosions, qui annoncent la décomposition graduelle du chlorure et la mise en liberté de raluminium.

A mesure qu'il est mis en liberté, l'aluminium entre en fusion et occupe le bas de la sole du four. Le chlorure de sodium résultant delà réaction, ainsi que le fluorure de la cryolithe, fondent également, et forment au-dessus

du métal fondu, une couche qui le préserve de l'oxydation. Cependant une partie du métal se trouve brûlée, ce qui occasionne toujours des pertes.

L'opération dure environ trois heures et demie. Au bout de ce temps, tout le chlorure d'aluminium est décomposé. Alors on enlève la première brique, C, qui ferme le four, à l'opposé du foyer. Les parties les plus légères du mélange liquéfié par la chaleur, s'écoulent au dehors par cette ouverture, en suivant la rigole de fonte, B. Ce sont les scories, c'est-à-dire le mélange de chlorure et de fluorure de sodium provenant de la réaction ainsi que du fondant. On les reçoit dans une caisse de tôle, portée sur un chariot à roues qui reposent elles-mêmes sur les rails d'un petit chemin de fer.

Quand la caisse est pleine de ces scories liquides et brûlantes, on retire le chariot, et on le remplace immédiatement par un vase de fonte, J. Retirantalors la seconde brique, D, on laisse couler l'aluminium fondu dans ce vase. Sans le laisser refroidir, on verse aussitôt le métal fondu dans des lingotières.

Avec les proportions indiquées ci- dessus, une opération fournit 10 kilogrammes d'aluminium.

On voit que la préparation de i'aluminium exige l'intervention du sodium. Le sodium, indispensable à cette fabrication, se prépare dans les mêmes usines qui servent à l'extraction de l'aluminium. Comme la préparation du sodium donne le curieux exemple d'une opération de laboratoire transportée sans modifications dans le domaine de l'industrie, nous croyons devoir en dire ici quelques mots.

Il n'y a pas bien longtemps, le sodium était unproduitexclusif des laboratoires de chimie. On ne l'avait jamais obtenu qu'en quantités très-faibles, et seulement comme échantillon pour les cours et les collections de chimie. On le payait alors 800 francs ou 1,000 francs le kilogramme. Grâce aux modifications que

L'ALUMINIUM

Fîg. 438. — Four pour l'extraction du sodium.

M. H. Sainte-Claire-Deville a introduites dans l'extraction de ce métal, le sodium ne revient aujourd'hui qu'à 10 francs le kilogramme. Sa préparation marche avec une facilité et une régularité surprenantes ; elle est aussi facile que celle du zinc, aussi régulière que celle du gaz de l'éclairage.

Pour préparer industriellement le sodium, on suit le procédé qui se trouve décrit dans les ouvrages de chimie, c'est-à-dire que Ton se sert du procédé dit de Brunner^ qui consiste à décomposer le carbonate de soude par le charbon, à une température très-élevée. . Le perfectionnement introduit par M. Deville dans la préparation industrielle du sodium, a consisté à ajouter de la craie au mélange de carbonate de soude et de charbon.

Cette craie (carbonate de chaux), en se décomposant, fournit du gaz acide carbonique, qui, venant se joindre à l'acide carbonique provenant du carbonate de soude, facilite la volatilisation du sodium, en renouvelant constamment l'espace dans lequel ses vapeurs peuvent se répandre*

Les proportions employées dans l'usine de Nanterre, et aujourd'hui dans l'usine d'Alais, pour la préparation du sodium, sont les suivantes :

Carbonate de soude sec 40 kilogr.

Craie 7.

Houille de Charleroi en poudre. 18 —

Le mélange de ces matières étant opéré, on l'introduit dans des cylindres de tôle rivée,

qui sont fermés à leurs deux extrémités par des bouchons de fonte à vis. L'un de ces bouchons est percé d'un trou qui donne passage à un tube de fer.

Le cylindre de fer, B (fig. 438), plein de ce mélange, est introduit dans un four et disposé horizontalement.

Au tube G que porte ce cylindre de fer, on ajoute alors le récipient A dans lequel doit venir se condenser le sodium rendu libre, car le sodium, étant volatil, distille comme un liquide. Ce récipient A'G', que l'on voit représenté à* part dans la figure 438, est une sorte de large flacon aplati, formé par la réunion de deux demi-boîtes pareilles en fer, et qui laissent entre elles une cavité.

L'opération dure environ deux heures ; le charbon, décomposant la soude du carbonate de soude, fournit de Facide carbonique, qui se dégage avec celui qui provient de la décomposition de la craie, et le sodium rendu libre distille . Ce sodium vient se condenser dans la boîte de fer, A, qui sert de réfrigérant, et que Ton a remplie en partie d'huile de schiste.

Quand l'opération est terminée, on ouvre la boîte A en séparant les deux plaques de fer mobiles qui la constituent, et on en détache le sodium. On opère cette séparation dans l'huile de schiste, pour ne pas laisser le métal s'oxyder à Pair.

Pour conserver le sodium, on place les masses ou lingots de ce métal oxydable, dans des vases de zinc, pleins d'huile de schiste, et fermés par-dessus au moyen d'une fermeture hydraulique d'huile de schiste. Ces vases ne sont pas pleins d'huile de schiste, mais les lingots de sodium, aussitôt après leur moulage, ont été trempés dans cette huile, laquelle, en s'oxydant, a laissé à l'extérieur du métal, une sorte de vernis jaune, qui le préserve de l'action de l'air. On peut, en soulevant le couvercle de ces seaux de zinc contenant le sodium, examiner à l'air ces masses de sodium, qu'il était autrefois si difficile et si dangereux de manier. Pourvu que Ton évite

tout contact avec Peau, on «peut le toucher, comme si c'était de Fétain ou du plomb.

Le sodium ne présente, dans son maniement, aucune des difficultés ou des dangers auxquels on pouvait s'attendre, quand on réfléchit aux propriétés bien connues du potassium, son analogue. On sait que le potassium décompose l'eau à la température ordinaire, avec production de flamme, par suite de l'inflammation du gaz hydrogène dégagé. En outre, dès qu'on élève sa température, il brûle au contact de l'air. Le sodium ne présente aucune de ces propriétés dangereuses, qui auraient apporté un obstacle insurmontable à sa préparation et à son emploi comme agent industriel. 11 demeure, sans s'enflammer au contact de l'air, en pleine fusion ; et s'il décompose l'eau comme le po- I tassium, le gaz dégagé ne s'enflamme pas spontanément.

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