‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [4], Éclairage, chauffage, ventilation, phares, puits artésiens, cloche à plongeur, moteur à gaz, aluminium, planète NeptuneChapitre 51 sur 143 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

LES CALORIFÈRES EMPLOYÉS DANS L* ANTIQUITÉ POUR LE CHAUFFAGE DES BAINS PUBLICS. — L'HYPOCAUSTUM. — LES THERMES CHAUFFÉS PAR L'HYPOCAUSTUM. — LE CA- LORIFÈRE A AIR CHAUD CHEZ LES ROMAINS,

Nous passons au second groupe d'appareils de chauffage que nous avons à étudier, c'està-dire aux calorifères.

Nous avons dit, dans les premières pages de cette Notice, que les anciens, les Grecs et les Romains, n'ont pas connu la cheminée, et qu'ils ne se chauffaient qu'avec des brasiers portatifs. Arrivé au chapitre des calorifères, nous devons ajouter que les Romains avaient appliqué au chauffage de leurs bains publics (thermes) , une disposition qui a été sai\s doute le prélude de nos calorifères actuels à air chaud. Nous entrerons ici dans

quelques détails sur cette intéressante parti-, cularité historique.

Les Romains chauffaient le pavé de leurs bains publics en plaçant de vastes foyers audessous de la salle. Les pavés et les mosaïques s'échauffant par le contact du foyer, communiquaient leur chaleur à l'air de la pièce.

Les Chinois, à ce qu'il paraît, avaient déjà fait usage du même système pour le chauffage de leurs maisons ; mais comme pour tout ce qui concerne les inventions en Chine, il serait très-difficile d'invoquer un texte précis à l'appui de cette assertion.

Une peinture découverte de nos jours, à Rome, dans les bains de Titus, et que nous retraçons ici (fig. 188), fait parfaitement comprendre le mode de chauffage dont il s'agit. On voit, dans ce dessin, les différentes salles des bains publics chez les Romains. Nous indi-

Figt 188. — Les tJierçnes des anciens, d'après une peinture découverte à Rome,

queron» par des lettres chacune de ces parties.

AA, est le fourneau qui chauffait le pavé, c'est-à-dire Yhypocaustum, sur lequel nous allons revenir tout à l'heure; B, est la salle du bain public (balneum) ; C, l'étuve (camerata sudatio). On voit au milieu de cette pièce, une étuve plus petite (d), chauffée par un fourneau supplémentaire: c'est le lacomcum, ainsi nommé parce que le fourneau qui chauffait cet espace et qui était recouvert d'une sorte de bouclier, pour répartir uniformément la chaleur, avait été emprunté à la Laconie ; D, est le tepidarium ou vaporarium, salle chauffée par la vapeur, que l'on traversait en se rendant du bain chaud au bain froid, pour ménager la transition du chaud au froid; E, estla salle d'aspersion d'eau froide (frigidarium); F, Yelœotherium^ ou onctuaire; c'est-à-dire la pièce où les esclaves (unctarii) étaient chargés d'oindre d'huile ou d'essences les gens qui venaient se baigner.

On voit à droite dans les vases a, ô, c, les réservoirs d'eau froide, tiède et chaude.

Uhypocauste était, disons-nous, le fourneau souterrain destiné à chauffer le pavé des bains. Sa construction était assez remarquable. On la trouve décrite en ces termes, dans le savant et intéressant ouvrage de M. Bâtissier, l'Art monumental :

« Imaginez, dit M. Bâtissier, une chambre dont le fond formait un plan incliné qui s'abaissait jusqu'à

l'ouverture pratiquée pour le chauffage. Elle avait de 55 à 60 centimètres de hauteur, et son plafond, qui constituait le plancher de plusieurs salles placées au-dessus de l'hypocauste, était soutenu par de petits piliers, À (fig. 189), le plus souvent carrés, rarement ronds, disposés à environ 2 mètres les uns des autres, et faits avec des briques séparées chacune par un lit de mortier. Ces piliers étaient surmontés de briques plus grandes, B, qui formaient la base du pavé des appartements G. La chaleur des fourneaux

Fig. 189. — Hypocanstum des Romains.

arrivait aux chambres desbains par des tuyaux fixés dans les murs; ces tuyaux, en terre cuite et de forme carrée, s'adaptaient les uns aux autres et étaient placés d'abord verticalement, — alors ils plongeaient dans l'hypocauste, — puis prenaient une direction horizontale et distribuaient partout le calorique. L'ouverture pour le chauffage, prœfurnium, était très-étroite; des esclaves, appelés fprriq'catores, étaient chargés d'entretenir le feu. IIb devaient y jeter de temps en temps des globes de métal enduits de térébenthine* Ces globes étaient lancés à l'extré-

L'ART DU CHAUFFAGE

mité de Thypocauste ; comme l'aire de ce foyer était inclinée, les globes enflammés revenaient à l'entrée àu fourneau, et répandaient ainsi partout une égale chaleur. — On a découvert plusieurs hypocaustes , assefc bien conservés : en France, à Saintes et à Lillebonne; en Angleterre, à Worcester, et à Hope, - dans le comté de Ghester.

«Telles sont les diverses parties dont se composaient les bains publics. Les empereurs et les riches patriciens de Rome avaient aussi dans leurs maisons des bains particuliers faits sur le modèle des bains publics. Les débris des thermes deJulien, àParis, peuvent servir a prouver l'importance qu'on donnait à ces monuments dans l'antiquité (1). »

On a trouvé à Rome, dans un laconicum, c'est-à-dire dans une étuve de bains publics, un dessin fort curieux, car il nous montre l'existence dans l'antiquité, d'une disposition qui a été le prélude du calorifère à air chaud en usage de nos jours. La figure 190 est le fac-similé exact de ce dessin. On y voit

Fig. 190. — Calorifère romain.

de nombreux tuyaux placés dans le mur circulaire qui entoure le laconicum , et qui échauffe cette salle par la fumée du foyer, à travers l'épaisseur des tuyaux.

Nous ajouterons que les tuyaux placés dans l'épaisseur des murs, pour porter la chaleur à une certaine distance, n'étaient pas toujours exclusivement appliqués dans les thermes. Un passage de Sénèque le Phi-

(J) L'Art monumental, l vol. grand in 8°. Paris, 1860. T. IV.

losophe va nous apprendre que ces calorifères en herbe étaient en usage dans les maisons.

« De mon temps, dit Sénèque, on a fait des découvertes du môme genre, comme des toitures transparentes, pour laisser passer la lumière dans toute sa pureté, des baius suspendus et des tubes logés dans l'épaisseur des murs, pour diriger et répartir également dans la maison une chaleur douce et égale (1). »

En établissant que les anciens ont connu le calorifère à air chaud, nous ne voulons aucunement prétendre que les modernes leur aient emprunté cette invention. Nous avons voulu seulement, par ce coup d'œil rétrospectif, établir un fait intéressant au point de vue de l'histoire des sciences.

Rien ne nous empêche maintenant d'arriver aux calorifères modernes.

Page 1