‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [4], Éclairage, chauffage, ventilation, phares, puits artésiens, cloche à plongeur, moteur à gaz, aluminium, planète NeptuneChapitre 61 sur 143 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

' CE QUE C'EST QUE L'AIR PUB. — COMPOSITION DE L'AIR VICIÉ. — EFFETS NUISIBLES DE L'ACIDE CARBONIQUE, DES MATIÈRES ANIMALES VOLATILES ET DES FERMENTS TUTRIDES.

L'air pur est un mélange de 2i parties (en volume) de gaz oxygène et de 79 parties de gaz azote. L'air renferme, en outre, 4 à 6

dix-millièmes de son volume de gaz acide carbonique, plus une quantité de vapeur d'eau, dont la proportion varie selon la température. Enfin il tient en suspension divers corpuscules solides, qu'il est impossible de ne pas faire entrer en ligne de compte au point de vue de la santé.

11 n'est personne qui n'ait vu ces petites poussières atmosphériques se mouvoir sur le trajet rectiligne d'un rayon de soleil. L'illumination plus vive de cette partie de l'air, rend ces particules visibles dans l'espace parcouru par la traînée radieuse.

Les plus gros de ces corpuscules sont seuls visibles de cette manière. Pour les recueillir et les observer, il faut faire usage d'un moyen physique particulier.

On dépouille un grand volume d'air de ses poussières, en lui faisant traverser, soit des tubes pleins d'un liquide tel que de l'eau, ou de l'acide sulfurique concentré, ou bien encore contenant un peu de coton-poudre que Ton dissout plus tard dans un liquide approprié, pour laisser libres les particules solides.

Si l'on examine au microscope les petits corps ainsi recueillis, on les trouve formés de toutes sortes de débris. Ce sont des substances végétales ou minérales, comme des fibres ligneuses, des trachées ou vaisseaux de plantes, — des granules d'amidon, — des cellules épithéliales de feuilles séchées, -— des brins de coton, — des atomes de charbon, provenant des cheminées d'usine et des foyers ordinaires, — des fragments de carbonate de chaux, que le vent soulève dans les campagnes ou sur les routes, et qu'il transporte au loin, — de petits cristaux de sel marin, disséminés dans l'air par les vagues qui se brisent sur les côtes, et dont Feau s'est vaporisée avant d'être retombée sur le sol. Dans l'air des villes manufacturières on rencontre des substances végétales ou minérales qui dépendent du genre de travail auquel se livre l'industrie locale, des brins de laine pu

LA VENTILATION

de soie, des particules de minerais, des grains siliceux, etc.

Ces matières, quelque multipliées qu'elles puissent être, n'ont d'autre inconvénient que de ternir momentanément l'éclat de nos étoffes, ou la propreté de nos meubles, en se déposant à leur surface. Si, quelquefois, on a noté des maladies causées par l'entrée de poussières diverses dans les voies respiratoires, ces cas sont exceptionnels. Ils se rattachent aux industries spéciales des charbonniers, des boulangers, des aiguiseurs, des repiqueurs de meules, etc. Les accidents dus à l'introduction de ces poussières dans l'économie animale, ne se produisent que très-lentement, ces corps étrangers n'exerçant que d'une façon mécanique leur influence fâcheuse sur les poumons.

Mais, outre ces substances inoffensives et inactives, l'observateur qui examine au microscope la poussière atmosphérique, y découvre de petits corps, d'un aspect régulier, en général sphériques, d'une couleur indécise, presque transparents, peu différents I les uns des autres, et qui paraissent, au pre- ! mier abord, d'une seule espèce. Si Ton place ces corpuscules organiques dans certains liquides férmentescibles, on les voit manifester ime vitalité particulière, grandir, quelquefois se mouvoir et se multiplier à tel point que le liquide en devient troublé. La fermentation s'établit dans ce milieu, et détermine un changement profond dans les éléments chimiques du liquide, changement qui n'est que le résultat de la nutrition et de la vie de ces petits êtres.

Ces petits êtres sont des ferments. Chaque fermenta la propriété de vivre et de se développer dans un milieu particulier.

Telle est la cause de la fermentation du vin, du pain, de la bière. Telle est encore l'explication du phénomène désigné mal à propos sous lé nom de génération spontanée; ce dernierphénomène provient des germes végétaux flottants dans l'air, et qui tombent dans les li-

quides aptes à leur donner les conditions du développement et de la vie. Telle est enfin la cause de cette grande classe de maladies ap- | pelées miasmatiques. Les humeurs du corps de l'homme, ne sont point, en effet, à l'abri de l'infection de ces germes; témoin les bactéridies découvertes dans le sang par M. Davainne, et qui constituent le charbon; témoin Y oïdium, cause productrice du muguet; témoin enfin les organismes microscopiques, plus récemment découverts, et qui sont peutêtre le véritable principe des fièvres intermittentes des marais.

Cette curieuse question de physiologie et de médecine est encore à l'étude, et nous ne pouvons anticiper sur les développements que lui donneront les travaux de la science à venir. Nous ne pousserons donc pas plus loin ce genre de considérations, qui, pour certains lecteurs, auront peut-être paru s'écarter du sujet que nous allons traiter. Nous ferons remarquer, pour aller au-devant de ce reproche, que ces considérations nous permettront de mieux apprécier les systèmes de ventilation qui ont été proposés pour les hôpitaux, les casernes et autres établissements publics.

Telle est donc, en résumé, la composition de l'air pur : oxygène, azote, acide carbonique, vapeur d'eau, débris de substances minérales ou végétales, corpuscules organiques, miasmatiques et autres. Voilà ce qu'on appelle l'air pur, lequel pourtant, on le voit, renferme bien des choses impures.

Voyons maintenant ce qu'il faut entendre par air vicié.

Supposons qu'on place un homme en bonne santé dans un espace parfaitement clos, de la capacité de 10 mètres cubes. L'espace considéré renferme à peu près 12 kilogrammes et demi d'air, à la température ordinaire, et cet air contient près de 3 kilogrammes d'oxygène, lesquels pourraient suffire à la consommation de deux jours, s'ils étaient absorbés. Mais jamais la totalité de

l'oxygène de l'air ne peut être absorbée par la respiration. Dès que Fair a perdu seulement 1 pour 100 de son oxygène, la respiration de l'homme placé dans ce milieu devient pénible. Lorsque l'air a perdu 4 pour 100 d'oxygène , la difficulté de respirer et l'anxiété, sont au comble chez l'homme.

Enfin la mort arrive quand l'air a perdu S à 6 pour 100 d'oxygène.

Or, l'homme que nous avons mis en expérience, absorbera 60 grammes d'oxygène dans sa première heure; et déjà 2 centièmes de l'oxygène manqueront à Pair. Encore une heure ou deux, et nous aurons atteint la limite extrême où la respiration devient impossible et où survient l'asphyxie , limite d'ailleurs assez difficile à fixer, parce qu'elle est variable selon les individus.

Notons en passant, que bien des personnes, en tout pays, n'ont pas à leur disposition des pièces beaucoup plus grandes que celle que nous venons de considérer par une hypothèse scientifique. Heureusement ces pièces ne sont pas absolument closes : une ventilation naturelle s'y établit par les joints des portes et des fenêtres, et l'air s'y renouvelle assez pour que la respiration ne soit pas sensiblement gênée. Mais c'est au hasard des conditions locales et non à la sagesse des prévisions individuelles, qu'il faut attribuer ce bénéfice fortuit.

Il nous sera permis toutefois de nous élever contre la déplorable exiguïté des dortoirs dans la plupart des lycées, des séminaires et des logements dits en garni^ en un mot contre toute accumulation d'un trop grand nombre de personnes ou d'animaux dans un petit espace. Ces vicieuses dispositions ne tuent pas assurément sur l'heure, comme ces prisonniers anglais, dont nous avons raconté la triste histoire, mais l'action, pour être lente, n'en est pas moins réelle. Cette action nuisible s' exerçant chaque nuit, amène l'affaiblissement de toutes les fonctions de l'organisme, la débilitation générale, l'état lymphatique

et toutes les maladies qui en sont la suite.

Pour produire les 500 litres d'acide carbonique qu'il exhale chaque vingt-quatre heures, un individu adulte brûle 140 grammes de charbon. Un professeur de chimie de la Sorbonne mettait matériellement ce fait sous les yeux des élèves, d'une façon originale et saisissante, en présentant à ses auditeurs une assiette contenant 140 grammes de charbon de bois. L'acide carbonique résultant de la respiration, quand il s'est répandu dans l'air, est attiré dans les poumons par l'inspiration , et finit par déterminer l'asphyxie, par absence d'oxygène.

On trouve, en effet, à l'autopsie des animaux asphyxiés,le cœur droit, les poumons et les veines gorgés d'un sang noir et liquide, ce qui caractérise la présence de l'acide carbonique dans les vaisseaux et l'absence de l'oxygène.

Outre l'acide carbonique, l'homme verse dans l'air, par sa respiration, une certaine quantité de vapeurs d'eau. Ce dernier fait peut être facilement constaté par l'observation. Jetez les yeux sur les murs dans une réunion nombreuse, et bien souvent vous verrez l'eau exhalée par la respiration des assistants, ruisseler le long de ces murs.

L'acide carbonique et l'eau peuvent être saisis et dosés par les moyens chimiques, mais il est plus difficile d'isoler et d'étudier les produits organiques que la respiration dégage. Jusqu'ici il n'a pas été possible de soumettre à l'analyse chimique, par les méthodes des laboratoires, ces matières organiques qui s'exhalent des poumons, ousil'on veut, qui accompagnent les produits de la respiration de l'homme et des animaux. On peut seulement les recueillir sans trop de peine.

Si l'on fait condenser dans un vase de verre l'eau provenant de la respiration, et qu'on conserve ce liquide dans un flacon hien bouché, on ne tarde pas à le voir se troubler et se putréfier. Cette altération est due à la présence de la : matière organique exhalée des

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poumons, et qui s'est putréfiée au sein de l'eau dans laquelle on l'avait recueillie.

Lorsqu'on entre le matin, avant l'ouverture des fenêtres, dans une salle où plusieurs personnes ont passé la nuit, par exemple, dans un dortoir déjeunes collégiens, on perçoit une odeur aigre, suffocante, particulière, qui, certainement, ne saurait être attribuée ni à l'acide carbonique ni à la vapeur d'eau provenant de la respiration.

Cette matière organique si putrescible, et dont l'existence est démontrée par l'expérience rapportée plus haut, ne peut avoir qu'une action défavorable , même quand elle émane d'individus sains. A plus forte raison s'il s'agit d'une réunion de personnes malades enfermées dans un hôpital. Il est facile de comprendre que, dans ce cas, les miasmes odorants soient plus nombreux et armés d'une action plus dangereuse. Il est, donc tout naturel que les émanations miasmatiques des salles d'hôpitaux exercent une action funeste ; que chaque malade augmente par ses exhalaisons, la gravité de la position de tous les autres, et que la contagion s'établisse ainsi, d'une manière toute matérielle, d'un individu à l'autre, à l'intérieur d'un hospice.'

Nous avons dit qu'en général l'air est vicié lorsqu'il contient 1 pour 100 d'acide carbonique, c'est-à-dire quand l'air a perdu 1 pour 100 de son oxygéné , puisque ces deux phénomènes sont connexes. Dans les hôpitaux, l'air est vicié, dès qu'il expose, non à l'asphyxie par la présence de l'acide carbonique, mais à des maladies, par suite de l'accumulation de particules organiques miasmatiques.

Des causes autres que la respiration ou l'encombrement des malades, peuvent encore vicier l'air ; mais nous n'en parlerons que pour mémoire. Citons à ce titre : 1° les gaz toxiques produi tspar desindustries di verses, àsavoirle gaz hydrogène sulfuré, le chlore, le gaz acide chlorhydrique, auxquels il faut ajouter l'hy-

drogène arsénié,le plus terrible poison connu, et qui peut exister dans l'air, par suite du grillage des minerais d'argent arsénifères ; 2° les produitsdela décomposition des cadavresdans les voiries ou les cimetières, et parmi ces produits, il faut citer comme dangereux l'hydrogène sulfuré et l'hydrogène phosphoré ; 3° les émanations des fosses d'aisances; 4° les poussières végétales et animales.

Telles sont les causes bien diverses, on le voit, qui produisent la viciation de l'air.

Il n'y a que deux moyens de remédier à la viciation de l'air: détruire chimiquement, sur place, les produits nuisibles; ou bien chasser l'air vicié, et le remplacer par de l'air pur.

Le premier de ces deux moyens est à peu près impraticable. Ce n'est que dans de rares circonstances que l'on a pu se proposer d'absorber, par la potasse ou la chaux, l'acide carbonique d'une salle où étaient réunies un grand nombre de personnes. Le moyen ne serait ni facile ni économique. On a quelquefois absorbé par .la chaux, l'acide carbonique remplissant une cuve de vendange ou de brasserie. On a détruit par le chlore, l'acide sulfhydrique ou l'hydrogène arsénié. Mais cette manière de procéder n'est applicable qu'à quelques cas rares et spéciaux. Le seul moyen de remédier à la viciation de l'air, c'est de remplacer l'air altéré par de l'air frais et pur, en d'autres termes, c'est d'opérer la ventilation. Nous allons passer en revue la série des moyens que l'on a proposés jusqu'à ce jour, pour atteindre ce but.

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