PARIS. — VENTILATION PAR APPEL DE M. L. DUVOIR
VENTILATION PAR REFOULEMENT DE MM. THOMAS ET LAURENS. — SYSTÈME DE M, VAN HECKE.
Ventilation des prisons. — Nous passons à la ventilation des prisons, de ces lieux où des malheureux vivent, le jour et la nuit, pendant des mois entiers, des années même, dans des dispositions physiques et morales défavorables, et exposés à toutes les maladies que peut amener l'encombrement. C'est ici, surtout, que la ventilation doit être constante, régulière, parfaite, c'est-à-dire se rapprocher le plus des conditions d'un bon air extérieur.
Placer tout à coup et pour longtemps, un individu dans un milieu auquel il n'est pas habitué, c'est presque toujours chose mauvaise. Savons-nous, si Fair que nous échauffons à l'aide de nos procédés artificiels, auquel nous restituons après coup et à une haute température, la vapeur d'eau qui lui manquait, que nous faisons, en outre, circuler
dans des tuyaux, au contact de substances diverses, n'a pas été modifié dans quelquesunes de ses propriétés ? La science ni la pratique ne nous ont jusqu'ici appris que fort peu de chose sur ce sujet. Mais ce qui est bien acquis, c'est d'abord que de l'oxyde de carbone se développe quand l'air est chauffé au contact de la fonte ; ensuite, qu'une certaine quantité d'ozone se produit dans la transformation de l'eau en vapeurs. L'oxyde de carbone est un agent terrible d'intoxication ; l'ozone est une substance encore bien mystérieuse dans sa nature et dans ses effets, mais qui ne peut qu'exercer une action énergique sur l'économie animale. Il résulte de là, que l'air chauffé et chargé de vapeur d'eau par artifice, peut exercer sur nous, quand il arrive aux poumons, des effets d'autant plus fâcheux que leur action est plus prolongée.
S'il est vrai que l'air, quand il a été imprégné des rayons solaires, acquière des propriétés vivifiantes, de même que le chlore exposé à l'action du soleil, gagne des affinités chimiques plus énergiques, l'air manipulé dans nos appareils de ventilation et tenu à l'ombre, puis laminé dans de longs circuits, ne peut-il pas, à l'inverse, perdre ses qualités vivifiantes ?
Enfin l'air ne pourrait-il renfermer des principes que nous ignorons, principes actifs cependant, qui seraient détruits ou intervertis par le chauffage?
Ce sont là des vues théoriques et des prévisions fondées sur les données récentes de la science ; mais on peut invoquer à leur appui des faits positifs et des observations certaines.
A l'époque où les cellules de la prison Mazas, à Paris, étaient hermétiquement fermées du côté du dehors, et où elles ne recevaient que l'air abondamment fourni par les ventilateurs installés par M. Grouvelle, air qui n'était chauffé pourtant que par le contact de récipients pleins d'eau chaude, on a vu des individus, détenus depuis peu, dé- !
clarer qu'ils étouffaient, tomber sérieusement malades, et réclamer l'ouverture des vasistas. Ils aimaient mieux ne pas être chauffés que d'être privés de l'atmosphère extérieure, pourtant brumeuse et froide. Les vasistas ayant été tenus ouverts, cet état de souffrance des détenus disparut aussitôt.
Ainsi, quand même l'air apporté par les tuyaux ventilateurs, aurait repris la quantité de vapeur d'eau normale à la température considérée ; quand même cet air n'entraînerait pas une seule molécule de gaz oxyde de carbone, il ne serait pas encore doué des propriétés vivifiantes de l'atmosphère naturellement chauffée par le contact des rayons solaires ou des corps insolés. Il entre sans doute dans la composition d'une atmosphère salubre, des éléments divers et complexes, que la physique et la chimie n'ont pas encore saisis, comme l'ozone et d'autres que nous ne soupçonnons pas, qui n'ont pas de nom dans la science, mais dont la physiologie démontre la présence, par les faits observés chez l'homme vivant.
Nous verrons dans un instant, à l'article des hôpitaux, quelle différence on obtient dans le traitement des maladies, suivant que l'on emploie, dans ces établissements, la ventilation artificielle, ou que, d'après la méthode des hôpitaux anglais, on laisse le vent courir librement dans les salles.
D'après ces considérations, nous réclamons, en ce qui concerne la ventilation des prisons, la ventilation naturelle, c'est-à-dire les fenêtres largement ouvertes, aussi souvent et aussi longtemps qu'on peut le faire : le jour et la nuit, pendant l'été, et le jour seulement, au printemps et à l'automne. Nous réclamons pour les prisons, de grandes ouvertures, faisant observer à ce propos, que les vasistas des cellules de la prison Mazas et des autres prisons cellulaires construites sur le même plan, ne donnent à l'air qu'un passage insuffisant.
Cependant, comme on ne peut pas, en
LA VENTILATION
hiver, laisser toujours les fenêtres des prisons ouvertes, il faut nécessairement recourir à une ventilation artificielle. Nous demandons que, dans ce cas, on fasse usage des trois principes, dont nous avons démontré la supériorité : le moteur mécanique, l'excès de pression et la ventilation renversée.
Arrivons pourtant à l'examen du système de ventilation en usage aujourd'hui dans les prisons françaises. Nous parlerons surtout de la prison Mazas, qui est citée comme le type et le modèle du genre.
Nous avons décrit, dans la Notice sur le Chauffage, le système de ventilation de la prison Mazas, qui se rattache, qui est même intimement lié, en hiver, à celui du chauffage; nous aurons donc peu de chose de nouveau à dire ici sur la ventilation de cet établissement.
Nous avons déjà donné {fig. 215, page 325) le plan etla description de la prison Mazas. Le lecteur est prié de se reporter à cette figure, pour avoir présentes à l'esprit les dispositions générales que nous allons rappeler.
L'air appelé des six grandes ailes, et de toutes les cellules, se réunit en un seul conduit souterrain qui passe ensuite dans une cheminée d'appel.
Ce système, on le voit, est assez simple, mais il n'est pas irréprochable. Y aurait-il une impossibilité quelconque, ou même une plus grande difficulté, à faire suivre à l'air la marche inverse à celle qu'il suit dans la prison Mazas, c'est-à-dire à le lancer du haut de Fédifice, à l'aide d'un ventilateur mécanique et de la ventilation renversée, pour le faire arriver de ce point central aux cellules ?
Evidemment, il faudrait alors supprimer le trajet parles conduits d'aisances. Cette disposition barbare serait remplacée avec avantage, par une suite de tuyaux spéciaux affectés au passage de l'air pur. Chaque cellule serait munie d'une cuvette syphoïde, dite à la méthode anglaise, sur laquelle les détenus seraient en droit de mettre le couver-
cle, et qui ne donnerait jamais d'odeur.
Avec la ventilation par pression, substituée à k ventilation par appel, l'air de la cellule s'écoulerait directement en dehors, par une ouverture percée à une hauteur médiocre au-dessus du parquet, tandis que l'air nouveau arriverait près du plafond, et à l'autre extrémité de la pièce. Il n'y aurait pas un circuit complet de l'aller de l'air pur et du retour de l'air vicié, comme aujourd'hui, mais simplement un trajet direct, de telle sorte, que s'il s'agissait de l'établir de toutes pièces, la méthode que nous suggérons serait encore la plus économique.
Comme le système suivi à la prison cellulaire de Mazas à Paris, c'est-à-dire la ventilation par appel provoqué par une cheminée, a été reproduit dans les autres prisons cellulaires de la France, nous ne nous arrêterons pas à décrire les modes de ventilation installés dans les prisons de Tours, de Vienne, de Fontainebleau, de Montpellier, etc.
Ventilation des hôpitaux. — La .principale cause de la viciation de l'air, dans les salles d'hôpitaux, n'est pas, comme nous l'avons déjà dit, la présence du gaz acide carbonique dans l'air, mais bien plutôt l'accumulation des sporules miasmatiques, qui s'exhalent du corps de certains malades comme d'autant de foyers de pestilence.
Si Ton pouvait voir dans l'air d'un hôpital, comme dans un verre d'eau trouble, les détritus organiques et les sporules miasmatiques, germes des maladies, on n'aurait pas plus, nous pouvons l'assurer, le désir de respirer l'atmosphère des salles d'un hôpital, que celui de boire le verre plein de ce liquide.
Ils ont négligé le véritable problème, ceux qui, ne se basant que sur le calcul de la quantité d'acide carbonique produit par la respiration, ont pensé que, par l'introduction, dûment ménagée, de 20 ou 30 mètres cubes d'air frais dans les salles, par heure et par malade, ils composeraient un
milieu atmosphérique pur et salubre. Pour conserver notre comparaison du verre d'eau, ils ont agi moins sûrement encore que celui qui, pour chasser les impuretés lourdes tombées au fond du verre , et y formant une sorte de vase infecte, s'imaginerait purifier cette eau en versant avec précaution à sa surface, de grandes quantités d'eau fraîche. Cette eau déposée à la surface remuerait à peine la boue qui occupe le fond du verre; elle n'en ferait pas sortir une parcelle. Les sporules organiques qui voltigent dans l'air d'une salle d'hôpital, se multiplient si vite, ces petits êtres animés sont tellement prolifiques, que la plus petite partie que l'on en laisse dans l'air, a bientôt empoisonné toutes les salles. 11 ne faut donc pas se borner à aspirer, par la voie incertaine de Fappeî, quelques bouffées d'air vicié ; il faut balayer largement les salles d'hôpital par des torrents d'air pur, incessamment poussé par des machines à refoulement.
Pour appuyer ce précepte par un exemple frappant, nous rappellerons ce qui est arrivé à l'hôpital Lariboisière, à Paris. On a dépensé, pour la construction de cet hôpital, des sommes considérables, et l'on y voyait, entre autres choses, le chef-d'œuvre de la ventilation moderne. Or, c'est l'un des hôpitaux de Paris les plus meurtriers ; il y périt deux fois plus de malades que dans les petits hôpitaux, non ventilés. Ces résultats n'ont point ouvert les yeux à l'administration des hospices. Elle continue à consacrer à ce mode de ventilation des sommes considérables, qui pourraient recevoir un emploi plus utile. Bien plus, le nouvel Hôtel-Dieu qui s'élève dans la Cité, sera pourvu, assure- t-on, de ce même procédé de ventilation par appel, revu et perlectionné !
Une discussion importante eut lieu, à cette occasion, en 1868, devant la Société de chirurgie de Faris* Les conclusions unanimes des chirurgiens furent qu au lieu de créer et d'éta-
blir au centre des grandes villes, ces hôpitaux immenses, où l'on entasse les pauvres gens par plusieurs centaines à la fois, il faudrait établir, à quelques lieues de la ville, dans des régions reconnues très-salubres, de petits hôpitaux, composés de quelques salles seulement, et ne recevant que peu de lits.
On savait déjà combien il vaut mieux qu'un malade se fasse opérer à la ville qu'à l'hôpital, et à la campagne mieux encore qu'à la ville; mais voici des chiffres précis qui fixeront davantage les idées sur cette question. M. Léon le Fort, pendant la discussion devant la Société de chirurgie, a donné les tableaux suivants, qui représentent la mortalité pour cent amputés de la cuisse ou de la jambe, considérée dans des hôpitaux de diverse capacité.
imputation Amputation delà cuisse, de la jambe.
Mortalité. Mortalité.
Hôpitaux ne contenant pas plus de
100 malades , .... 25,3 17,7
— renfermant de 100 à 200
malades 30,7 19,2
— 200 à 400 malades 37,5 22,4
— 400 malades et au delà.. 40,0 32,1 Hôpitaux de Paris en 1861 74 70
Ainsi, l'amputation de la cuisse, qui réussit 3 fois sur 4 dans les petits hôpitaux, a donné, à l'inverse, 3 morts sur 4 opérations dans les hôpitaux de Paris. Ce résultat n'est-il pas effrayant ?
Ce tableau est tiré du discours prononcé par M. Léon le Fort, le 19 octobre 1868, devant la Société de chirurgie. Nous pourrions puiser encore dans cette discussion remarquable, bien des documents analogues. Les membres, si compétents, de cette société, furent unanimes sur le danger des hôpitaux de Paris, tels qu'ils sont établis. Chacun apporta les faits qu'il avait observés dans sa pratique, et il résulta de tout cela un ensemble de preuves vraiment accablant, concernant la mortalité des hôpitaux de la capitale, mortalité déplorable et qui ne peut être attribuée qu'à Y encombrement. Or
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cet encombrement n'est lui-même que l'expression et la conséquence d'une ventilation incomplète.
M. le professeur Verneuil a montré qu'un chirurgien consciencieux doit s'abstenir, dans les hôpitaux de Paris, de plusieurs opérations, qui sont pourtant nettement indiquées, et qui devraient être tentées partout ailleurs, notamment de l'opération césarienne, de l'ovariotomie, des grandes résections articulaires de la hanche et du genou, « ces fleurons de la pratique moderne, ces triomphes de la chirurgie conservatrice, » de la kélotomie,de l'extraction du cristallin et de ces nombreuses opérations, dites de complaisance, telles que celles de la folépharoplastie, des varicocèles, des lipomes, des hygromas, des corps étrangers articulaires, des tumeurs hypertrophiques de la
• mamelle, des doigts ankylosés, des orteils surnuméraires, toutes opérations qui se pratiquent parfaitement ailleurs, notamment en Angleterre, avec un complet succès.
Après ce préambule peu encourageant, nous passons à la description des modes de ventilation et d'assainissement qui sont en usage dans les hôpitaux de Paris.
Disons d'abord que la plupart des hôpitaux de la capitale ne sont ventilés en aucune manière. On nous a tant recommandé, on nous a tant dit, pendant notre enfance, de ne pas prendre froid, et d'éviter les cou-
* rants d'air, que nous regardons les vents coulis comme les plus terribles de nos ennemis. Nous nous calfeutrons dans nos demeures, nous inventons les bourrelets de paille, voire même les bourrelets de caoutchouc, pour mieux fermer encore nos portes et nos fenêtres* A notre tour, nous élevons nos enfants dans du coton, ejt nous en faisons cette petite race lymphatique et poitrinaire, dont la taille diminue d'année en année, race chétive et rabougrie, si on la compare à celle de la nation anglo-saxonne. Quand nous avons à soigner un malade, nous redoublons ces mêmes précautions • nous
l'étouffons, par bonté de cœur. Les architectes, les administrateurs des hospices et jusqu'aux médecins, sont imbus du même préjugé. La ventilation, parce qu'elle introduit quelquefois dans les salles des courants d'air qui paraissent trop forts, trop froids ou trop chauds , leur est toujours quelque peu suspecte.
Dans plusieurs villes, où des idées plus saines sont professées à l'endroit de la ventilation, les hospices ne sont pas assez riches pour ventiler leurs salles d'après le savant système de l'hôpital Lariboisière, tant prôné dans les ouvrages classiques. Ce système paraît, d'ailleurs, si compliqué, que jamais simple ingénieur de la localité n'oserait aborder un projet semblable. On se résigne donc à rester dans la règle commune. Quelques rares fenêtres ouvertes dans les beaux jours, et donnant, comme à regret, un peu d'air salubre, voilà toute la ventilation des hôpitaux de nos départements. Et pourtant, disons-le bien bas, ces mêmes hôpitaux ne sont pas les plus mal partagés, sous le rapport de la mortalité.
Le moment est venu de décrire ce qui a été fait pour la ventilation dans les hôpitaux de Paris. A l'hôpital de Lariboisière, on a établi simultanément les deux systèmes rivaux, c'est-à-dire la ventilation par appel, et la ventilation par refoulement. A l'hôpital Necker et à l'hôpital Beaujon, on a essayé un système mixte , celui de M. le docteur Van Hecke. Parlons d'abord de l'hôpital Lariboisière.
Ce fut à la suite d'un concours ouvert pour la ventilation de cet hôpital, que l'administration de l'Assistance publique prit la sage mesure de faire établir simultanément dans chaque aile de l'édifice, le système d'appel proposé par M. Léon Duvoir, et celui d'insufflation proposé par M. Grouvelle, assisté de MM. Thomas et Laurens.
Ces deux systèmes fonctionnent aujourd'hui à l'hôpital Lariboisière. Rien n'était
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