CHAPITRE III
INSTRUMENTS DE SONDAGE. — TIGES DE SONDE. — OUTILS RODEURS. — OUTILS PERCUTEURS. — DIFFÉRENTS SYS- TÈMES POUR PRODUIRE LA CHUTE DE CES DERNIERS. — INSTRUMENTS DE NETTOYAGE ET DE VIDANGE DU TROU*-
Nous sommes resté jusqu'à présent, dans le domaine des généralités. Abordons maintenant la partie technique de celte Notice, celle qui a trait à la pratique des sondages, aux différents systèmes employés, à la description des outils, ainsi qu'à Ténu mé ration des procédés mis en œuvre pour réparer les accidents qui se produisent si fréquemment dans les fprages un peu profonds.
MM. Degousée et Ch. Laurent ont publié un ouvrage excellent, le Guide du sondeur (lj,
(i) Guide du sondeur, ou Traité théorique et pratique des
dans lequel toutes ces questions sont traitées ex professo. Nous y puiserons les principaux éléments de cette partie de notre travail.
Ce qu'il faut dire tout d'abord, c'est que la composition de l'ensemble des engins nécessaires pour exécuter un sondage, varie considérablement selon la nature des terrains qu'il s'agit de traverser, et aussi selon le diamètre et la profondeur du puits à forer. Les mêmes outils ne peuvent être employés indifféremment pour percer un terrain formé de roches très-résistantes et un sol argileux ou sableux. Un entrepreneur de sondages doit donc, avant de commencer son travail, s'attacher à bien connaître la constitution du terrain, afin de s'épargner l'embarras d'un matériel inutile. De plus, il est rare que la nature du terrain ne change pas sur une hauteur un peu importante. Presque toujours les terrains sont alternativement fermes et tendres; les deux séries d'outils sont, dans ce cas, indispensables.
Nous décrirons les engins les plus généralement usités pour ces deux catégories de terrains. Répétons seulement que leur application est subordonnée, non-seulement à la constitution du sol, mais encore au diamètre et à la profondeur du forage. Il est donc impossible d'indiquer dans quelles circonstances précises on emploie les uns à l'exclusion des autres.
Quels que soient la nature et le mode d'action de l'instrument perforateur, on le désigne sous le nom général de sonde. Ainsi la sonde est l'engin quelconque qui manœuvre au fond du trou, muni des tiges qui le supportent, et par l'intermédiaire desquelles on lui communique le mouvement.
Les tiges de sonde (fig. 340) sont des barres de fer carrées, quelquefois cylindriques ou octogonales, dont la longueur et la grosseur varient suivant les difficultés du travail, c'està-dire selon la dureté du terrain et la profon-
gondages par MM. Degousée et Ch. Laurent, 2 vol in-8. Deuxième édition. Paris, 1861.
deur du forage ; ces tiges ont rarement moins de 2 mètres de long. Elles se terminent, d'un
Fig. 340. — Tige de sonde,
côté, par un tenon, A, fileté sur la moitié de sa hauteur, et de l'autre, par une douille creuse, B, pourvue d'un pas de vis exactement sem-
LES PUITS ARTESIENS
blablê à celui du tenon correspondant. En ternies techniques, le tenon s'appelle un mâle^ et la douille une femelle.
Les tiges se vissent les unes sur les autres, en nombre suffisant pour atteindre le fond dû forage. On les ajoute l'une à l'autre à mesure que la profondeur augmente.
11 est de la plus haute importance qu'il ne se produise point de rupture entre les tiges ; aussi les emmanchements doivent-ils être en fer forgé, d'excellente qualité.
Chaque entrepreneur de sondages a ses types de tiges, classés par numéros, et qui, une fois adoptés, restent constamment semblables à eux-mêmes. Cette fixité dans les types est absolument nécessaire, car les sondeurs expédient souvent des équipages de sonde en province et à l'étranger, et lorsque, à un moment donné, les acquéreurs ont besoin de pièces de rechange, il faut qu'ils puissent se les procurer par la simple désignation d'un numéro. Le type qui porte ce numéro n'ayant pas varié, on peut être certain qu'un mâle fabriqué il y a vingt ans, s'adaptera parfaitement sur une femelle d'exécution toute récente.
Les tiges en fer ont l'inconvénient d'être très-pesantes ; aussi a-t-on cherché à leur en substituer de plus légères. On a d'abord essayé des tiges en fer creux, fixées les unes sur les autres au moyen d'emmanchements à vis, semblables à ceux des tiges ordinaires ; ces emmanchements sont eux-mêmes scellés dans les tubes par deux fortes clavettes rivées. Mais, sous l'influence de chocs réitérés et d'une pression considérable, quand on arrive à une certaine profondeur, ces tiges se fendillent, et l'eau y pénètre. On ne remédie qu'imparfaitement à ce défaut en garnissant l'intérieur des tiges en fer creux, de liège ou de bois de sapin.
On a également tenté de réunir la solidité à la légèreté en associant le bois au fer dans la confection des tiges, soit en plaçant le métal à l'extérieur, soit, au contraire, en inter-
posant des feuilles de tôle entre des madriers rassemblés par de bonnes rivures. Mais dans la pratique, les tiges en fer massif ont été reconnues supérieures à toutes les autres combinaisons*
Il est pourtant certaines circonstances où les tiges en bois présentent de grands avantages : c'est lorsqu'on doit traverser des terrains susceptibles de s'ébouler parle choc des instruments.
M. Kind, l'entrepreneur saxon, à qui l'on doit le puits de Passy, a le premier systématisé l'usage des tiges de bois. Il ne les a pas seulement appliquées dans des cas spéciaux, il a presque complètement abandonné les tiges en fer pour les remplacer par des tiges tout en bois.
Voici dans quelle circonstance fut résolue l'application des tiges en bois aux travaux de sondage.
M. Kind surveillait l'exécution d'un forage, lorsqu'un charpentier vint à laisser tomber son mètre dans le puits rempli d'eau.
« Encore un outil à retirer ! s'écria l'ingénieur Rôst, avec humeur.
— - Soyez sans inquiétude, répliqua l'ouvrier, mon mètre est en bois ; il remontera. »
En effet, peu de temps après, le mètre reparut, et rentra en possession du charpentier :
« Si nos tiges pouvaient revenir ainsi ! » murmura l'ingénieur.
— Elles reviendraient, si elles étaient en bois, reprit le chef du forage, Kind. »
Dès cet instant il fut convenu entre l'ingénieur Rost et le chef de forage Kind, que l'on substituerait les tiges de bois aux tiges de fer.
Les tiges de bois, avantageuses dans certaines conditions, présentent de sérieux inconvénients dans la pratique ordinaire. Elles n'opposent qu'une faible résistance à la torsion, se déforment facilement à de grandes profondeurs, et augmentent de poids en s'impréghant d'eau. De plus, elles se détériorent très rapidement en magasin, parce que la
dessiccation enlève au bois la plupart de ses qualités. Ajoutons que leur prix de fabrication est relativement assez élevé.
Nous aurons occasion de revenir sur les tiges en bois, lorsque nous parlerons des travaux du puits de Passy.
En général, et pour les forages dont la profondeur dépasse 50 mètres, il est bon que le poids de la sonde aille en décroissant de bas en haut. La lourdeur à la partie inférieure est une qualité ; dans les portions élevées, ce serait un défaut. Les tiges doivent donc être plus fortes au fond du puits que dans le voisinage du sol.
Après ces considérations relatives aux tiges de sonde, nous arrivons à la description des deux classes d'instruments propres au percement des deux grandes catégories de terrains que nous avons établies : ce sont les outils rôdeurs, et les outils percuteurs. Les premiers, destinés à manœuvrer dans les terrains tendres, agissent par rotation; les seconds agissent par percussion, ou par choc, car ils opèrent dans des terrains résistants.
Parmi les outils rôdeurs, nous signalerons les tarières, les langues américaines, les mèches anglaises, les alésoirs et les tire-bourre.
Les tarières sont employées pour le forage des argiles, des craies marneuses, etc., mais seulement à de petites profondeurs. Au delà d'une certaine limite, il vaut mieux se servir des instruments de percussion. On applique fréquemment les tarières pour aléser les trous de sonde, ainsi que pour remonter des débris et pêcher les fragments d'outils brisés.
C'est toujours à l'aide de la tarière que Ton commence un sondage dans les couches tendres.
La forme de la tarière varie selon la nature du terrain.
Quand la tarière doit servir à rapporter les débris, en même temps qu'à creuser le sol, elle est pourvue d'un talon qui empêche les
matières de retomber pendant l'ascension de l'instrument. C'est ce que représente la figure 341. A, est la partie filetée qui sert à visser l'outil aux tiges de sondage ; B, le talon de l'instrument; C, le corps de la tarière* La tarière, longue et toute droite que re^ présente la figure 342 est destinée à agir dans les terrains argileux. Elle en sépare des
Fig. 341. Fis- 342«
Tarière à talon. Tarière longue à talon.
fragments que les sondeurs appellent des carottes en raison de leur forme, et elle les remonte à la surface du sol, par simple adhérence de la motte de terre contre la cavité.
LES PUITS ARTÉSIENS
Les lanyues de serpent, ou langues américaines^ doDnent à peu près les mêmes résultats que les tarières; on emploie quel-
- Fig. 343. Fig. 344.
latigue américaine. Autre langue américaine.
.que fois alternativement les unes et les autres. Les figures 343 et 344 font voir que les lan-
gues américaines consistent en des lames coupantes, plus ou moins allongées et plus ou moins contournées en hélice.
La mèche anglaise sert utilement pour le passage d'argiles ou de marnes très-com-
Fïg. 345. Fig. 346.
Alésoir à une lame. Alésoir à deux lame».
pactes, ainsi que pour traverser certains obstacles qui se rencontrent accidentellement dans des terrains peu résistants.
Les alésoirs sont destinés à polir le trou fait par les tarières. MM. Degousée et Ch. Laurent s'expriment ainsi, dans leur ouvrage, au sujet des alésoirs :
« Les tarières et les langues de serpent servent quelquefois comme alésoirs, maïs il y a des cas où elles sont insuffisantes; par exemple, dans les terrains tendres en masse, mais contenant ça et là des plaquettes ou des rognons durs, la tarière ou le trépan qui les a traversés a souvent laissé de côté les parties dures, ou du moins n'a fait que les entamer, de sorte que la distance horizontale qui sépare ces irrégularités, prise à différentes profondeurs, n'est pas égale au diamètre du trou primitivement adopté. 11 est nécessaire, pour produire un alésage régulier, d'attaquer à la fois plusieurs de ces parties saillantes, et, pour cela, d'employer des alésoirs d'une grande longueur (1). »
Les alésoirs sont à une ou plusieurs lames. Nous représentons dans la figure 345 Talésoir à une lame, et dans la figure 346 Falésoir à deux lames.
Il est des alésoirs à quatre branches, possédant chacune une arête compacte. Ce dernier instrument, qui n'a pas moins de 6 mètres de longueur, est précieux en ce sens qu'on peut facilement augmenter ou diminuer son diamètre. Il a, en outre, l'avantage de ramener beaucoup de débris. Signalons enfin le trépan-alésoir à six lames.
On se sert du tire-bourre (fig. 347) pour retirer des cailloux roulés ou des outils qui se sont brisés par accident, dans le trou de sonde, quelquefois aussi pour traverser certains sables ; mais il est principalement utile pour extraire les gros rognons de silex qui se trouvent dans la craie. C'est un instrument à double ou simple hélice, en fer rond ou plat. Comme tous les autres instruments de ce genre, il est pourvu, à sa partie supérieure, d'un tenon fileté, A, qui s'adapte à la dernière tige du sondage.
Passons aux outils percuteurs, désignés sous les noms de casse-pierre, ou trépan. Les outils de cette classe sont spécialement
(l) Guide du sondeur, t. II, p. 114.
destinés à l'attaque des roches dures. On les utilise également pour traverser les sables secs ou argileux, les marnes et même certaines couches d'argile. Ils présentent les formes les plus variées.
A l'origine, le trépan consistait en une simple lame biseautée. Puis vint le trépan à deux tranchants perpendiculaires l'un à l'autre. En donnant de la longueur aux arêtes longitudinales, on a fait le trépan-alésoir à quatre arêtes {fig. 348). En multipliant le nombre des arêtes en les inclinant un peu
Fig. 347. Fig. 348. Fig. 349.
Tire-bourre. Trépan. Trépan bonnet de
prêtre.
vers le bas, on a obtenu le bonnet dé prêtre, ou étoile, figuré 'sous le n° 349.
On peut constater par l'inspection de ces deux derniers dessins, que tous ces instruments se fixent sur la maîtresse-tige au moyen de boulons, A. Or, dans le système de la percussion, ce mode d'emmanchement est mauvais; car sous l'influence de chocs répétés, les écrous se desserrent, et finissent par tbmber,
LES PUITS ARTÉSIENS
avec les boulons, au fond du trou, où il faut aller les reprendre ou les broyer. En outre la rigidité de la sonde est compromise, et le travail se fait dans de mauvaises conditions. C'est pourquoi, dans tous les outils mus par percussion, on a substitué le mode d'assemblage à vis au mode d'assemblage par des boulons. ,
Le trépan à oreille simple, autre forme de même outil, sert à enlever les aspérités qui subsistent dans un forage exécuté à l'aide des instruments qui précèdent, et qui résultent, soit de la nature difficultueuse du terrain, soit de l'inhabileté du sondeur.
Le trépan à oreilles doubles ne diffère du précédent qu'en ce qu'il comporte une oreille de plus. Ces oreilles présentent naturellement des arêtes coupantes.
Le trépan à oreilles doubles est formé par
Fig. 350. — Trépan à oreilles doubles»,
la combinaison de deux trépans de diamètres différents. Il est employé pour le percement j de roches extrêmement dures, lorsque le trou de sonde doit avoir une grande largeur, parce qu'alors on trouve avantage à forer
d'abord à un certain diamètre, à élargir ensuite le trou avec un outil d'un calibre plus fort.
On voit que le trépan à oreilles doubles remplit parfaitement le but cherché. II se compose {fig. 350) d'une simple lame pourvue d'une saillie, qui accomplit la première partie du travail et d'un fût à oreilles situé au-dessus. Les oreilles A, A' abattent la couronne laissée par le trépan simple et mettent le trou de sonde au diamètre voulu. Elles ont, en même temps, l'avantage d'assurer la verticalité constante de l'outil.
Le trépan à deux branches [fig. 35 1) est employé pour aléser un trou de sonde dans des terrains secs et tendres, comme les craies, les
Fàg. 351. — Trépan à deux branches.
schistes houillers, ainsi que pour dégager des débris qui l'entourent, un fragment d'outil resté au fond du puits. .
En principe, il est préférable que les instruments perforateurs soient faits d'une
seule pièce ; ils sont plus solides ainsi, et présentent, par conséquent, plus de sécurité. Quand ils atteignent de grandes dimensions, il peut cependant y avoir avantage à se départir de cette règle, et à fabriquer séparément le fût et la lame, qu'on réunit par un bouîonnage aussi immuable que possible. De cette façon une infinité de lames de grandeurs et de formes diverses peuvent s'adapter au même fût, ce qui donne à la fois simplicité et économie.
Comment s'opère la manœuvre d'une sonde quelconque, et en particulier, celle des instruments mus par percussion ? C'est ce qu nous allons examiner.
Pour un sondage de petit diamètre et de quelques mètres de profondeur seulement, il suffit d'un homme qui agisse directement sur la sonde, au moyen d'un bâton passé transversalement dans la partie supérieure de la tige. Mais dès que le forage atteint 8 mètres, il devient nécessaire d'employer une chèvre toute simple, composée de trois morceaux de bois de 3m à 3m,50 de longueur, réunis à leur sommet, et supportant une poulie, sur laquelle passe une corde, aboutissant, d'un côté, à la sonde, et de l'autre, à la main de l'opérateur.
Le sondage descend-il jusqu'à 15 ou 20 mètres, on emploie une chèvre mieux conditionnée, munie d'un tambour à double ma-
LES PUITS
nivelle, sur lequel s'enroule la corde après avoir passé sur la poulie.
De 20 mètres à 50 mètres, cette chèvre suffit encore ; mais elle doit être plus solide, les difficultés à vaincre étant plus grandes. On lui donne une hauteur de 5 mètres, ce qui donne Favantage de pouvoir augmenter la longueur des tiges, de diminuer par conséquent le nombre des emmanchements et de réduire le temps passé à les visser et à les dévisser. Le simple tambour à manivelle est remplacé par un treuil à engrenage, pourvu d'un encliquetage, qui permet de tenir la sonde en suspension, lorsque la nécessité s'en fait sentir.
C'est ce que représente la figure 352. Dans cette figure, B'BB'est le montant de l'échafaudage, D, le treuil qui, au moyen de la manivelle AA', déroule et enroule la corde C, et manœuvre ainsi la tige de sonde, E, dans le trou, H.
Au delà de 50 mètres, on se sert d'une chèvre à quatre montants, dont on règle les dispositions et la grandeur suivant la profondeur du sondage et la résistance du terrain.
Depuis longtemps, on a presque complètement renoncé aux cordages, dans la manœuvre des sondes : on les a remplacés par des chaînes, qui sont moins susceptibles de se briser. Les ruptures de chaînes sont, il est vrai, encore assez fréquentes ; mais, comme elles s'annoncent par des fentes dans la soudure des maillons, on peut les prévoir, si l'on a la précaution de visiter soigneusement les chaînes de temps à autre. Cette inspection est trèsessentielle, puisqu'elle peut prévenir de graves accidents.
Nous n'avons pas besoin de dire que la chaîne est toujours manoeuvrée, dans les sondages un peu profonds, par un treuil ou cabestan.
Ce treuil est simple ou double, selon l'effort à accomplir ; il se manœuvre directement par des hommes, ou reçoit son mouvement d'une machine à vapeur. , -
Le treuil est un des engins les plus usités de la mécanique ; tout le monde le connaît. Nous nous dispenserons donc de le décrire. Nous indiquerons seulement les additions quron y a apportées^pour produire la chute des outils percuteurs et broyer les roches dures.
Il y a deux systèmes principaux de battage pour le forage des puits artésiens : la came et le débrayage.
Dans le premier système, une came à deux ou trois dents est fixée sur le tambour du treuil, et communique un mouvement alternatif à la sonde, par l'intermédiaire d'une bascule, qui se trouve prise et lâchée successivement par chaque dent.
Le débrayage^ dont le mécanisme ne saurait être compris sans une figure explicative, consiste en ceci. Sur le tambour, R, du treuil, dont S et T sont le pignon et la roue, existe un manchon en fonte, A (fig. 353) fixé sur
Fig. 353. — Mode de débrayage pouf le forage des puits artésiens.
l'arbre et percé dans toute sa longueur de huit ouvertures. Ces ouvertures sont desti- .nées à recevoir les dents d'un autre manchon, mobile sur l'arbre dans le sens de sa longueur, mais tournant avec lui.
Nous représentons à part (fig. 354) le disque percé des huit ouvertures, et qui est enfilé sur Taxe de l'arbre R. Les mêmes lettres correspondent, sur celte figure, aux lettres de la figure 353. A est le disque, CC, les trous dont ce disque est percé. La corde de suspension étant solidement fixée au premier
manchon, on embraye au moyen du levier G {fig. 353), c'est-à-dire qu'en tirant horizonta-
Fig, 354. — Embrayage.
lement ce levier, on rapproche le second manchon, B, du premier, À, de manière à entraîner celui-ci dans le mouvement de rotation du tambour, par le fait des huit dents engagées dans les ouvertures C.
La corde s'enroulant alors sur le manchon, la sonde s'élève. Lorsqu'elle l'est suffisamment, on débraye, c'est-à-dire qu'on éloigne les deux manchons, A, B, en tirant en sens contraire au moyen du même levier G (fig. 353). Le manchon, devenu libre, est alors entraîné par le poids de la sonde en sens contraire de son mouvement précédent, la corde se déroule et la sonde retombe, par son poids, au fond du puits. Après le choc, on embraye de nouveau, et ainsi de suite.
Ce sont ces chocs répétés de la sonde, continuellement soulevée et retombante, qui creusent le trou du forage.
Pour éviter que le manchon, animé d'une grande vitesse, ne continue à tourner lorsque la chute est terminée et n'enroule la corde au rebours dé la première fois, on fait usage d'un contre-poids K {fig. 353) de 20 à 25 ki- . logrammes, qui se balance à l'extrémité d'une corde, également fixée au manchon, et qui est disposée de manière à s'enrouler lorsque la corde principale se déroule, et inversement.
Le système de débrayage s'emploie surtout dans les terrains tendres ou médiocrement résistants, et à des profondeurs de 100 ou 200 mètres, lorsque la sonde doit être élevée jusqu'à 1 mètre et même 1*,50. La came est
préférable pour le percement des roches dures, où les chocs doivent être très-multipliés et l'amplitude des oscillations peu considérable.
Les treuils les plus perfectionnés portent à la fois les deux systèmes, disposés de chaque côté du tambour. Le sondeur a ainsi la faculté de varier le mode de percussion suivant la nature des terrains qui se présentent.
Lorsque les outils de forage ont manœuvré quelque temps au fond du trou, ils y ont laissé des débris, provenant, soit de son action directe sur les couches successives, soit du fouettement des tiges contre les parois. Arrive alors l'opération qui consiste à enlever ces débris.
Les instruments de nettoyage et de vidange portent le nom de cuiller. Ils se composent d'un cylindre muni, à son extrémité inférieure, d'une soupape. Cette soupape est plane ou sphérique. Les cuillers ont, d'après cela, reçu le nom de soupape à clapet ou de soupape à boulet.
Ces deux sortes de soupapes sont affectées à des terrains différents. On emploie les premières pour remonter les vases et les débris de roches ou d'autres matériaux fortement unis par la cohésion ; on se sert plus particulièrement des secondes dans les couches sableuses.
La longueur des cuillers varie suivant la profondeur du sondage et la nature des terrains traversés. Quelques-unes mesurent jusqu'à 3 mètres et plus. Disons un mot des plus usitées.
La figure 355 représente une cuiller munie de la soupape à clapet, adoptée pour les petites profondeurs. Une sorte de tarière, B, termine le tuyau. Elle pousse le clapet, EF, quand elle a choqué le fond du trou. Ce clapet, qui est à charnière, est rivé, en F, au ftiyau, et est mobile dans sa partie ED, qui peut s'élever et s'abaisser, mais seulement au-dessous de la traverse HH. Lorsque le tuyau
LES PUITS ARTESIENS.
s'est chargé de débris, ce clapet se referme par son poids ; des lames de plomb qui le recouvrent, l'aident à se refermer.
La cuiller GB est introduite dans le trou du puits, en fixant au filetage de la sonde, A, un éperon de fer, B, auquel elle est rivée par des boulons.
Les soupapes, une fois ramenées au niveau du sol, se vident par le haut. Il suffit de dévisser la partie filetée, A, et d'incliner le tube au-dessus du tonneau qui sert à recevoir les débris.
11 est extrêmementimportant que les clapets ferment hermétiquement après la prise des débris. Sans cela la terre rapportée du fond retomberait pendant l'ascension de la soupape, et Ton perdrait son temps en voyages stériles. Dans certains terrains maigres, cette circonstance se présente assez souvent, en dépit des morceaux de plomb dont on a chargé les clapets. C'est pour cela qu'on a imaginé une tige DC [ftg. 356), qui se visse, d'une part, en bb^ sur la fourche du tuyau, et de l'autre, vient peser sur les clapets A, A, après avoir passé dans une tra- . verse de fer, E, qui la maintient solidement. Lorsque la cuiller est remplie, il suffit de faire descendre la tige CD pour fermer, sans retour possible, les clapets A, A.
La soupape à boulet est représentée ici (fifo 357). Elle sert à l'épuisement des sables.
Le siège du boulet est en fonte ; évidé coniquement en dessous, il a reçu le nom de coquetier, à cause de sa forme. Le boulet KL, repose sur l'arête CD; il peut s'élever jusqu'à la limite marquée par une bride, ou une traverse, K. A la base du tuyau et faisant corps avec le coquetier, est fixée une mèche de tarière, M, ou une langue américaine, trèscourte.
La cuiller munie de la soupape à boulet se manœuvre de la façon suivante*
On imprime par le jeu du treuil, à la sonde j a (fig. 357) un mouvement alternatif d'ascen- !
sion et de descente. Lorsqu'elle monte, les hommes la tournent lentement, en marchant
Fig. 355. — Cuiller Fig. 356. — Cuiller m"nie munie de la sou- d'une soupape à tige in-
• pape à clapet. térieure.
j au pas ; lorsqu'au contraire elle descend, ils ! Lui communiquent une impulsion très-ra-
pide. De cette façon la cuiller BM se remplit de sable/
Fig. 357. — Soupape h boulet.
Si l'on se contentait de roder doucement, comme avec les soupapes à clapet, on n'obtiendrait aucun résultat. Le boulet KL est
déplacé par l'entrée subite des terres provoquée par le choc de la base de la cuiller ou tarière M contre le fond du trou, et le tube se remplit de terre. Ensuite cette terre pesant sur le boulet, le fait abaisser et replacer sur son siège primitif. Dès lors, la cuiller étant bien fermée à sa base, les terres qui la remplissent ne peuvent plus en sortir, et sont ramenées au haut du trou, avec la cuiller.
Il y a avantage, dans certains sables fluides, à remplacer les tiges de fer qui portent la cuiller, par une corde en fil de fer ou en chanvre goudronné ; la vidange du trou de sonde se fait mieux par cette méthode.
On place quelquefois à la partie supérieure de la cuiller, un second clapet, que Ton relie au premier par une tige rigide, et qui a pour efiet d'obliger celui-ci à se fermer, de façon à empêcher la chute ou l'entraînement des débris par l'eau du forage.
Dans quelques cas, on peut avoir recours à un mode d'épuisement plus expéditif. On fait une injection d'eau dans le trou, au moyen d'une pompe aspirante et foulante. m Le tuyau de refoulement de l'eau descend jusqu'au bas du forage. On le munit d'une lance, et on le descend à proximité des sables qu'il s'agit de faire remonter à la surface. Par le jeû de la pompe, on envoie dans le fond du puits, un jet d'eau continu. Bientôt cette eau revient au haut du trou de sonde, entraînant les sables avec elle.
Cette méthode réussit toujours quand les matières à déblayer sont sableuses, ce qui malheureusement n'est pas fréquent.