CHAPITRE V
LES ACCIDENTS DES SONDAGES* — OUTILS QU'ON EMPLOIE POUR Y REMÉDJER. — RACCROCHEUKS. — ARRACHE-SONDE.
Bien des accidents viennent entraver l'opération des sondages ; on n'en finirait, point si l'on voulait les énumérer tous. Il en est même qui surviennent en dehors de toutes les prévisions, et qu'il serait conséquemment impossible de consigner d'avance. D'après cela, sans vouloir entreprendre une tâche qui serait oiseuse autant qu'ingrate, nous nous bornerons à donner quelques exemples des accidents les plus fréquents, et à décrire les outils qu'on emploie pour y remédier.
Comme le sondeur ne peut se flatter d'arriver sans encombre à la fin de son travail, il doit prendre ses précautions en prévision des accidents possibles. 11 doit noter scrupuleusen ^nt les dimensions des moindres pièces qui descendent dans le puits, et en prendre même le dessin coté. S'il n'agit point ainsi, il demeure dans une grande incertitude sur la nature et les proportions de l'instrument qu'il doit employer pour le retrait des tiges ou des outils brisés. Il est même exposé à en laisser des fragments dans le trou de sonde, croyant avoir tout remonté.
Lorsqu'un outil ou une tige se rompt pendant le travail, il est rare que les Oliviers ou les contre-maîtres exercés ne s'en aperçoivent pas immédiatement. Alors on marque sur la sonde, au ras du sol, un trait indiquant la profondeur atteinte au moment de la rupture, et l'on connaît ainsi le point précis où l'on doit descendre l'outil raccroeheur, pour saisir la partie restée dans le trou.
Les deux outils arrache-sonde les plus fréquemment employés sont la cloche à vis et la caracole.
; La cloche a vis [fig. 360) est un tronc de cône A, fileté à l'intérieur et évidé en B pour l'expulsion des débris qui pourraient s'y introduire. Plus étroite au sommet que le corps de la tige cassée, elle est plus large à la base que les emmanchements de la même tige. Supposons que l'outil rompu que l'on cherche se tienne à peu près verticalement dans le trou de sonde ; il suffira d'adapter la cloche à vis au bout de la portion retirée, et de la descendre jusqu'à ce qu'elle vienne coiffer la tige brisée. Si Ton imprime alors un mouvement de rotation à cet outil, la partie filetée, A, se vissera fortement sur le bout cherché, et le remontera, quel que soit son poids.
Pour faire descendre jusqu'à l'obstacle cet outil chercheur, on le visse au moyen de la partie filetée, G, à l'extrémité de la première tige de sonde.
Dans le cas où le diamètre du trou de sonde serait beaucoup plus grand que celui de la cloche, il y aurait à craindre que celle-ci
Fig. 360. — Cloche à vis.
ne passât à côté de la tige brisée sans la rencontrer. On y ajoute alors un entonnoir en tôle, représenté dans notre dessin par les lettres CDEF, suffisamment large pour emprisonner la tige, dans quelque endroit du puits qu'elle se trouve. Çet entonnoir est coupé obliquement à sa partie inférieure, de manière à déplacer facilement le morceau en souffrance, s'il est appliqué contre les parois du forage. Si ce morceau est court et incliné dans le trou, l'entonnoir agit encore efficacement pour le redresser et le faire prendre par la cloche.
Lorsque la tige cassée est couchée obliquement dans le trou du forage, et que son extrémité supérieure est engagée dans une excavation latérale, il est impossible de la repêcher directement à l'aide de la cloche à vis ; on se sert alors de la caracole.
LES PUITS ARTESIENS.
L'instrument que Ton désigne ainsi se compose d'une forte tige, terminée inférietirement par un fer à cheval, qui yient prendre la tige sous l'un de ses épaulements, et la soulève ainsi jusqu'au haut du trou de sonde, si les circonstances sont favorables, c'est-à-dire si la partie située au-dessus de l'épauiement saisi n'offre qu'une médiocre longueur. Dans le cas contraire, il est probable que cette partie butterait contre toutes les saillies des parois, et empêcherait le retrait de la tige. On substitue donc la cloche à vis à la caracole, dès que celle-ci a ramené la tige dans Taxe du trou de sonde.
Nous représentons ici deux modèles de caracole [fig. 361 et 362). Cet instrument est
Fig. 361 et 362. — Caracoles,
fréquemment employé, à cause de la simplicité de sa construction et de l'avantage qu'il possède de pouvoir être retiré, lorsque la prise a été mal faite. Il est vrai que cet avantage constitue, en même temps, un inconvénient, puisqu'en raison même de son dépla-
cement facile, la caracole laisse quelquefois échapper l'objet saisi. Aussi ne l'emploie -t-on, dans bien des cas, que pour préparer le tra* vail de la cloche à vis.
Pour retirer une tige qui ne présente aucune saillie, on se sert de la cloche à deux galets^ dont le principe est celui-ci: deux galets poussés l'un vers l'autre par des ressorts, et laissant entre eux un espace dans lequel s'engage la tige. Lorsqu'on soulève l'instrument, les galets mordent la tige, et l'étreignent d'autant plus vigoureusement qu'elle résiste davantage. La cloche à deux galets est utilement employée dans les sondages de grand et de moyen diamètre. Dans la figure
Fig. 363. — Cloche à deux galets,
qui représente cet outil, les galets sont indiqués par les lettres T,T, et la tige par la lettre R.
La cloche à clapets est fondée sur un principe analogue. Au lieu d'être prise entre des galets, la tige se trouve pincée entre
deux clapets. Cet instrument doit avoir un grand diamètre pour offrir des conditions suffisantes de solidité.
Pour ramener une cuiller arrêtée au fond du forage, on n'a besoin que d'un crochet simple ou double, attaché,soit à la sonde, soit à une corde.
- Si une corde s'est rompue et que l'instrument qu'elle soutient n'ait pas pénétré profondément dans le trou de sonde, on retire facilement le tout, au moyen d'une espèce d'hameçon qui s'accroche dans une boucle du cordage et la retient d'autant plus fortement que la traction exercée est plus considérable (fig. 364)o
Fig- 364. Fîg. 365.
Hapieçon pour retirer une corde. Gi'eule de brochet.
" Inutile d'insister sur le fonctionnement de la gueule de brochet {fig. 365); il est suffisamment expliqué par le dessin; Cet instrument sert pour le retrait des lames de trépan ou «•mires objets analogues. L'écartement des
deux branches dentelées, à l'état de^repos, est nécessairement moindre que l'épaisseur delà pièce à remonter: sans quoi le pinçage ne se ferait pas.
Dans la pince à vis, une vis se termine inférieurement par un cône, qui appuie en dee» cendant sur une branche pour forcer l'extrémité de cette branche à se rapprocher de l'extrémité de l'autre branche. Il suffit donc de tourner la vis dans un certain sens pour pincer la tige ou l'outil à repêcher. Pendant la descente, un ressort tient écartées les deux branches de l'instrument.
La pince à vis est d'une exécution difficile, et, de plus, elle coûte cher à établir ; c'est pourquoi on lui substitue souvent la pince à encliquetage {fig. 366). Celle-ci se compose de deux tiges de fer faisant ressort et soudées en C à la tige ^droite, A. Une bagus, D, les enserre, et, glissant de haut en bas, comme la virole d'un porte-crayon, les contraint à se rapprocher pour saisir l'objet cherche. Les dentelures qu'on remarque sur les deux branches ont pour but d'empêcher la bague de remonter, lorsque la pièce à retirer oppose une grande résistance.
Le taraud est réservé pour les grandes profondeurs, lorsque le diamètre du sondage, devenu trop petit, ne permet plus l'introduction des instruments précédents. On descend alors une mèche, surmontée d'un taraud^ c'est-à-dire de la pièce d'acier qui est employée dans les ateliers mécaniques pour exécuter les pas de vis femelles. On perce un trou de mèche, dans le bout de la tige ou de l'outil cassé; ensuite le taraud y pénètre, trace quelques filets, et ramène l'objet.
Dans leur chute au fond du sondage, les tiges et les outils, non-seulement se brisent en plusieurs morceaux, mais se déforment, d'une manière plus ou moins sensible, et les instruments raccrocheurs doivent être modifiés en conséquence. Mais comment connaître les nouvelles formés affectées par les
LES PUITS
objets perdus? En allant prendre leur empreinte au fond des puits.
Pour exécuter cette opération, on se sert
Fig. 366. — Pince à encliquetage.
de la cloche avis que nous avons représentée plus haut [ftgt 360) garnie de son entonnoir, dans lequel on introduit la matière à empreinte. Cette matière se compose, soit de suif, soit d'un mélange de cire et de suif, soit d'argile plastique, pétrie avec du chanvre haché. Les choses étant convenablement disposées st la surface d'empreinte présentant une légère convexité, on descend lentement la cloche; dès qu'un petit contact a eu lieu, on
relève la sonde et on examine l'empreinte. Si Ton ne se trouve pas suffisamment renseigné, on recommence jusqu'à ce qu'on ail une connaissance suffisante des modifications subies par les pièces tombées ; on peut alors procéder avec assurance à la confection des outils raccrocheurs.
Nous terminerons là le chapitre relatif aux accidents qui se produisent pendant les opérations du sondage. Il y aurait encore beau: coup à dire sur ce sujet; mais nous devons savoir nous renfermer dans les limites que comporte cette Notice.