AÉRATION DU TUNNEL
Les trois causes principales qui tendaient à vicier l'air dans les travaux intérieurs du Gothard, étaient la présence des ouvriers, la combustion des lampes et les explosions.
Des brigades d'ouvriers se relevaient successivement, à différentes heures du jour ou de la nuit. Le nombre moyen de ceux qui stationnaient en même temps dans un des côtés du tunnel, était de 400, 11 fallait donc un système d'aération qui introduisît, à chaque instant, la quantité d'air frais que consommaient ces 400 ouvriers et 400 lampes, soit, par heure, 2,200 mètres cubes.
Il fallait, de plus, renouveler, à chaque explosion, une quantité d'air, estimée à 100 mètres cubes pour chaque kilogramme de dynamite consommé; et comme la consommation correspond à une moyenne de 12 kilogrammes et demi de dynamite par heure, il fallait, pour y parer, 1,250 mètres cubes, soit en totalité 6,450 mètres cubes et air frais par heure.
Les quatre turbines qui travaillaient sans interruption à chaque extrémité du tunnel, pouvaient (quand l'eau ne manquait pas), en actionnant quatre groupes de pompes Colladon, aspirer, comprimer et refouler dans les profondeurs du souterrain, 8,000 mètres cubes d'air par heure. Cette quantité, qui dépassait d'un tiers le volume reconnu nécessaire à l'aération, était répandue à l'intérieur par le jeu de vingt à vingt-quatre machines perforatrices, et par des robinets d'aérage espacés sur la conduite d'air principale.
Dans le fond du tunnel, c'est-à-dire dans la galerie de direction et aux abatages, l'air vicié était refoulé à l'arrière par l'arrivée de l'air frais, qui se versait en abondance aux fronts de taille, etl'aérage ne laissait rien à désirer; mais là où le tunnel, élargi, offrait de nombreuses cavités et une grande variété dansles travaux d'élargissement ou de maçonnerie, il se produisait des remous, et il devenait impossible d'empêcher le mélange de l'air frais avecl'air vicié.
L'entreprise du tunnel du mont Saint-Gothard, voulant mettre ses ouvriers dans les meilleures conditions d'aérage et de salubrité, à Airolo et à Gœschenen, fit établir, dans chacune de ces localités, très près des entrées, un puissant appareil d'aspiration, destiné à soutirer l'air vicié accumulé sous la voùtc,