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donner issue au dehors à l'air comprimé; puis, lorsque le piston A recule, en faisant l'aspiration, il découvre à son tour un orifice latéral, ^, pour la rentrée d'air, et le piston B s'arrête.
Le porte-fleuret. S, fixé au piston B, est une tige carrée qui traverse librement une petite roue d'engrenage, J, à laquelle le moteur donne un mouvement rotatif, par un autre engrenage conique. La roue dentée, J, transmet, h son tour, au porte-lleuret. S, qui glisse dans le trou carré de cette roue, son mouvement rotatif, et par conséquent, à la barre de mine, T.
L'appareil est accompagné d'une pompe foulante à eau, comme celle que portait la perforatrice Mans, pour arroser les trous pendant le forage.
Cette machine travaillait, en 1855, près de Chambéry. Ses effets étaient merveilleux : elle frappait 250 à 300 coups par minute, et perçait, en dix minutes, des trous profonds de 33 centimètres dans le granit, et de 50 centimètres dans le calcaire.
Les préoccupations de M. Bartlett l'empêchèrent de donner suite à ces idées nouvelles.
Il aurait été, du reste, bien difficde de faire manœuvrer une machine à vapeur à l'intérieur d'un tunnel qui était sans communication avec l'extérieur par un ciel ouvert : la vapeur rejetée par le cylindre de la machine aurait bientôt rempli la galerie, et rendu impossible le travail des ouvriers. Excellente pour les travaux cà ciel ouvert, la machine perforatrice de M. Bartlett ne pouvait donc s'appliquer, telle quelle, à ceux du tunnel des Alpes.
Deux ans avant les essais de M. Bartlett, c'est-à-dire dans le second semestre de 1853, trois ingénieurs sardes, MM. Sommeiller, Grandis et Grattoni, élèves de l'Université de Turin, avaient déposé une demande de brevet pour une machine qu'ils avaient imaginée, et qui était destinée à appliquer la force des chutes d'eau à la compression de l'air. Ils donnaient à cet appareU hydraulique le nom de bélier compresseur.
C'est pour la première fois que les noms des trois ingénieurs sardes à qui l'on doit l'exécution du percement du mont Cenis, apparaissent dans notre récit. C'est donc ici le lieu d'esquisser leur biographie. Et comme Sommeiller, Grandis et Grattoni vont toujours de compagnie; comme ils sont inséparables dans leur œuvre, ainsi qu'ils le furent dans leur affection et dans leurs rapports de travailleurs, nous réunirons ces trois physionomies, qui paraissent n'en faire qu'une seule, tant on a l'habitude de les trouver ensemble. Dans l'histoire du tunnel des Alpes, et dans la pensée publique, ils vont toujours trois par trois, comme Oreste et Pylade allaient deux par deux, et les fils d'Aymon quatre par quatre.
loo LES NOUVELLES COiNQUÉTES DE LA SCIENCE
Germain Sommeiller naquit, en 1815, aux environs de Bonneville, petite ville que l'on traverse en allant de Genève à Chamonix.
Inconnue jusqu'à la fin du dernier siècle, la vallée de Chamonix n'était qu'une belle et tranquille solitude, jusqu'au moment où elle fut signalée à la curiosité et à l'attention des savants par les célèbres Voyages dans les Alpes d'Horace Bénedict de Saussure. Bientôt, les curieux affluèrent, pour visiter cette longue et majestueuse vallée, que domine le colosse du mont Blanc, ainsi que les superbes glaciers qui l'accompagnent. Aujourd'hui, la vallée de Chamonix est le rendez-vous des touristes du monde entier.
Il est sans doute peu de nos lecteurs qui n'aient fait le voyage de Genève à Chamonix. Ce n'est donc que pour rappeler leurs propres impressions que nous allons décrire ce que le touriste rencontre lorsqu'il se rend de Genève à la vallée de Chamonix.
On part de Genève, par une belle matinée d'été, et la modeste diligence ou, l'aristocratique calèche, vous emporte hors des faubourgs de cette ville savante, hospitalière et souriante. On jette un dernier regard de regret et d'adieu sur les eaux bleues et calmes du lac Léman, et l'on gravit une pente douce qui conduit à un plateau peu élevé au-dessus de Chêne-Thonex. On a déjà sous les yeux, estompé à l'horizon, le tableau de la chaîne du mont Blanc, et sur un plan plus rapproché, la montagne du Môle. A l'extrémité du village de Chêne-Thonex on franchit les limites du canton de Genève, et on se trouve en Savoie. La vue s'étend à chaque tour de roue. La montagne des Voirons, les monts Salèves, changent d'aspect, de distance en distance. Plus loin, derrière les monts Salèves, une chaîne de plateaux élevés, les Bornes, se relient aux montagnes du Faucigny.
Une demi-heure après, on est à Contamines, village qui se prolonge, sur près d'une demi-lieue, entre la rivière de l'Arve et la montagne du Môle. En face du Môle s'élève le mont Brezon ; et sur un plan plus éloigné oh aperçoit les monts Vergis, qui présentent une longue suite de sommités inaccessibles.
Au delà de Perrine, on admire les belles ruines du château de Faucigny, qui couronne le sommet d'un rocher escarpé, et qui a donné son nom à la province de Savoie dont Bonneville était autrefois la capitale. Longeant alors la rive droite de l'Arve, qui descend du mont Blanc, on arrive à Bonneville, bâtie à la base méridionale du Môle, sur la rivière de l'Arve.
C'est à Bonneville que l'on commence à bien apercevoir le profd de la chaîne du mont Blanc, qui se dessine mieux encore quand on est arrivé à Sallanches. .le n'oublierai jamais le spectacle splendide que [m'ofïrit la vallée de Sallanches, lorsque j'arrivai, pour la première fois, à ce point de la route de Chamonix. Sallanches est, assurément, le lieu le plus favo-
rablepoiir contempler, à une distance convenable, le panorama de la chaîne du mont Blanc, et surtout pour jouir de l'effet de son illumination au coucher du soleil. A Bonneville la vue est moins distincte, par l'interposition de collines qui dérobent une partie du panorama. Mais si, à Bonneville même, on gravit quelques pentes du Môle, et que l'on domine ainsi le pays, la chaîne du mont Blanc se dégage avec la plus grande netteté.
Au sortir de Bonneville, quand on se dirige vers Sallanches, pour continuer sa route vers le mont Blanc, on entre dans une longue vallée, qui est l'une des plus belles de toute la région des Alpes, car les pâturages s'y mêlent à des cultures variées, et les sapins dessinent leur verdure, comme une lisière animée et vivante, autour de ces séduisantes perspectives qu'encadrent les monts Brezon et Saxonnez.
C'est dans un coin de cette heureuse vallée, dans le village de Saint-Jeoire en Faucigny, que naquit Germain Sommeiller, qui devait s'illustrer par la direction et l'exécution pratique du tunnel du Fréjus. Ses parents étaient de pauvres cultivateurs, qui vivaient sur leur petit domaine ; de sorte que l'enfant grandit et se développa dans celte pure atmosphère des champs, qui fortifie le corps et repose l'esprit.
Ayant atteint l'âge des études, le jeune Savoisien fut confié aux soins de l'abbé Ducrey, qui dirigeait le collège de Mélan. Le jeune homme était d'un caractère ardent et quelque peu rebelle à la discipline scolaire ; mais l'abbé Ducrey était un bon prêtre et un homme intelUgent, qui, sans faire violence au caractère de son élève, sut lui inspirer l'amour du bien et le goût du travail.
Germain Sommeiller quitta le collège de Mélan, pour aller, au collège d'Annecy, se préparer aux études techniques qu'il voulait faire à l'Université de Turin. Il paraît que les frais de collège furent payés par sa sœur, qui dut sacrifier sa petite dot, dans ce but généreux.
■ Après un séjour assez court au collège d'Annecy, Germain Sommeiller se rendit à Turin, en 183o, léger d'argent, mais confiant dans l'avenir, grâce à sa ferme volonté de parvenir.
Il avait perdu, à quinze ans, son père et sa mère, et il avait de jeunes frères, dont il était le seul soutien. Sa sœur, demeurée sans fortune, habitait à Saint-Jeoire.
Malgré sa pauvreté, il songea un moment à entrer au barreau, car il avait pour l'art de la parole de grandes dispositions. Heureusement, ses idées ])rirent une autre direction, à la suite d'une sorte de comparaison et de balance qu'il établit entre la valeur relative des sciences et des lettres. Le procédé est assez curieux pour être cité.
Notre étudiant cultivait les sciences, et la géométrie en particulier.
en même temps que les lettres. Après avoir travaillé pendant trois jours un chapitre de géométrie, il récapitula mentalement ce qu'il avait appris. Puis il lut et relut, pendant le même intervalle, quelques chants de VEyiéide. Alors, comparant les notions qu'il avait acquises, par ces trois jours de mathématiques, à ce qui avait pu lui rester de la lecture du poème latin, il trouva que l'avantage était incontestablement du côté de la géométrie. Ce résultat lui inspira une détermination énergique : il renonça aux classiques, à la littérature, au barreau, et il s'adonna exclusivement aux sciences. Bientôt il posséda le-diplôme d'ingénieur.
A vingt-neuf ans, Germain Sommeiller vivait du produit de leçons de mathématiques qu'il donnait aux étudiants de Turin, pour les préparer aux examens des armes savantes.
La fréquentation de ces futurs héros lui inspira le goût du métier militaire. Il demanda à subir les examens nécessaires pour être admis, comme sous-lieutenant, dans l'armée piémontaise. Mais un an s'écoula sans que sa demande eût été même examinée.
Fatigué d'attendre, il accepta la proposition qui lui fut faite par un chef de service du ministère de l'Intérieur, d'entrer, comme employé, dans ce ministère, où l'on était occupé, en ce moment, à créer un corps nouveau dans l'administration : celui du génie civil. Il devint donc employé du ministère de l'Intérieur, à trente sous par jour.
Bientôt distingué par ses supérieurs, il fut attaché au bureau de la direction des postes, au même ministère, aux appointements de mille francs par an.
Il y avait alors, à l'Université de Tiu'iii , un professeur de physique et de mécanique, d'un réel mérite, le professeur IgnazioGiulio. Le gouvernement sarde avait chargé Giulio d'envoyer quelques jeunes ingénieurs du pays à l'usine de Seraing, en Belgique, pour s'y mettre au courant des nouvelles acquisitions de la science, concernant l'emploi de l'air comprimé comme force motrice. Giulio, qui avait remarqué le jeune Sommeiller, pendant ses études à l'Université de Turin, songea à lui, pour le voyage de Belgique. Il le fît venir, l'interrogea, et, trois jours après, Germain Sommeiller partait pour l'usine de Seraing. Il était accompagné de deux autres jeunes ingénieurs, Grandis et Genesio.
On sait que l'usine de Seraing est pour la Belgique ce qu'est pour la France le Creuzot, c'est-à-dire un établissement modèle, par son étendue, la perfection de ses procédés et la parfaite organisation de tous ses services. Une fois à Seraing, Sommeiller s'appliqua avec ardeur à profîter des nombreux enseignements pratiques qu'il avait sous les yeux. Il fit des
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progrès assez rapides pour que le gouvernement sarde le rappelât, et le fît entrer dans le corps d'ingénieurs secondaires et de conducteurs de
travaux, que Ton recrutait, en vue de la création du chemin de fer de Gênes à Turin, la première voie ferrée que l'Italie ait possédée, celle dont nous