CHAUDIÈRE COLLET
Dans la chaudière Belleville, chaque élément, formé de deux files verticales voisines
SUPPLÉMENT A LA MACIIIiNE A VAPEUR.
Fig. 10. — Chaudière Collet (coupe longitudinale).
de tubes superposés, constitue un serpentin. La vapeur qui se forme dans les diverses parties de la longueur de cet appareil doit parcourir un long chemin, pour se rendre au collecteur épurateur de vapeur. La longueur de ce serpentin peut atteindre jusqu'à 40 mètres. Ce long circuit, à faible section transversale, produit vme notable résistance au dégagement de la vapeur, et amène un entraînement d'eau considérable.
C'est pour atténuer ces inconvénients que M. Belleville a imaginé son collecteur épurateur de vapeur, et son rêgidateur automatique d'alimentation d'eau.
Pour éviter les inconvénients qui résultent de l'entraînement d'eau, M. Collet, constructeur de Paris, a adopté un système plus simple. Nous donnons dans la figure 10 une coupe de ce générateur.
L'appareil évaporatoire est composé à' éléments, indépendants les uns des autres, et formés, chacun, de deux files verticales de sept tubes vaporisateurs, A. Le faisceau tubulaire est placé au-dessus de la grille, sous une inclinaison d'environ 9 pour 100 vers l'arrière. Les tubes pénètrent, à l'avant, dans un collecteur commun, vertical, C, de section rectangulaire, en fonte malléable, et chacun d'eux s'emmanche à
l'arrière dans une boîte, V, carrée à l'extérieur, également en fonte malléable. Ces pièces en fonte moulée doivent être fabriquées avec le plus grand soin, vérifiées et éprouvées avec la dernière rigueur.
Un boulon, D, D (fîg. 11), presse contre leurs sièges les bouchons., E, de l'avant et de l'arrière, en même temps qu'il assure les deux joints des extrémités du tube. On emploie pour les joints des bovichons une rondelle d'amiante trempée dans l'huile au moment du montage.
Le collecteur représenté dans la figure 1 1 , par les lettres C, C, est divisé en deux parties par une cloison verticale, dans biquelle s'engagent des tubes, B,B, en tôle mince agrafée, concentriques aux tubes vaporisateurs, A, et un peu moins longs que ces derniers.
Revenons à la figure 10, qui donne une coupe du générateur Collet. Les quatre collecteurs communiquent avec un réservoir cylindrique, G, placé au-dessus. L'alimentation d'eau se fait dans ce réservoir à l'aide d'une pompe, ou d'un injecteur,
Chaudière Collet (montage des tubes).
de manière à y entretenir le niveau de l'eau à la hauteur de l'axe. Tout le faisceau tubulaire baigné par les gaz chauds venant du foyer est ainsi rempli d'eau, ce qui n'a pas lieu dans le générateur Belleville. Le réservoir (fig. 40) porte un niveau d'eau, N, une soupape de sûreté, M, et un manomètre, L. Du réservoir, l'eau descend dans les collecteurs en avant de la cloison, et entre dans les tubes intérieurs, pour gagner le fond des tubes vaporisateurs, A.
La vapeur engendrée chemine dans l'espace annulaire compris entre les deux tubes, débouche en arrière de la cloison, dans les collecteurs, et monte dans le réservoir. Comme on le voit dans la figure 12, il se forme deux courants inverses, séparés par une cloison, et qui ne peuvent ainsi se gêner mutuellement. Cette circulation est activée par réchauffement plus intense de la partie extérieure.
Du réservoir, G (fig. 10), la vapeur descend par le tuyau, 1, dans un groupe, H, de 16 tubes horizontaux, placés à la partie su-
SUPPLÉMENT A LA MACHINE A VAPEUR
périeure du fourneau La vapeur circule dans ces tubes, où elle se sèche et se rend au robinet K, de prise de vapeur. Les boîtes N, de l'arrière des tubes, reposent simplement les unes sur les autres et forment ainsi une cloison sur toute la hauteur du faisceau tubulaire.
On voit que le générateur Collet ne comporte pas les nombreux accessoires combinés par M. Bclleville : coUecteur-épurateur de vapeur, régulateur automatique d'alimentation, régulateur automatique de combustion. Le but de ces dispositifs, dans les chaudières Belleville, est de combattre les inconvénients provenant de la très faible quantité d'eau qu'elle contient, et de la très petite surface offerte au dégagement de la vapeur. Dans la chaudière Col-
let, la quantité d'eau et la surface du dégagement de la vapeur sont, grâce au réservoir, beaucoup plus importantes.
Mais si l'adjonction d'un réservoir d'eau et de vapeur permet toutes ces simplifications, elle entraîne une conséquence, dont il faut tenir compte.
Une chaudière qui contient un assez grand volume d'eau chaude et de vapeur, sous pression, ne peut pas être, théoriquement, considérée comme absoUmientinexplosible.
Le réservoir n'étant pas exposé au feu ne présente pas, sans doute, de grandes chances d'accident; mais en cas d'explosion, celle-ci serait plus dangereuse qu'avec un appareil exclusivement tubulaire.
Cette remarque s'applique, d'ailleurs, à toutes les chaudières multitubulaires
Fig. 13. — Groupe de chaudières Collet.
que nous allons décrire, et qui sont, toutes, pourvues d'un réservoir d'eau et de vapeur.
Nous représentons, dans la figure cidessus, l'installation de trois générateurs Collet d'une production de 7,500 kilos de vapeur à l'heure.
CHAUDIÈRE DE NAEYER
La chaudière de Naeyer, comme la chaudière Collet, supprime, par sa construction, les entraînements d'eau qui ont lieu dans la chaudière Belleville. Elle contient une masse de liquide assez considérable, et par suite, elle réunit aux avantages des chaudières niultitubulaires ceux des chaudières à bouilleurs. Nous donnons une perspective de cette chaudière dans la figure 14.
Le lecteur remarquera ici les mêmes
organes que dans les chaudières précédentes.
Et d'abord, des tubes générateurs, A, disposés au-dessus d'une grille, G. Les gaz de la combustion, au lieu de s'échapper par la partie supérieure de la chaudière, sont obligés, par une chicane^ C, de suivre le chemin indiqué par la flèche, et ils s'écoulent par un carneau souterrain, dont on voit l'entrée en F. De petites portes, permettent d'agiter, avec un ringard, le combustible sur la grille. De grandes portes, P, P, forment le devant de la chaudière. En s'ouvrant, elles permettent de voir d'un coup d'oeil tout l'intérieur du générateur, et d'en nettoyer les diverses parties.
On remarquera encore un réservoir d'eau et de vapeur, M. Le ttihe collecteur d' alimentation d'eau, B, est relié à ce réservoir par un tuyau vertical. Le réservoir, M, porte un dôme de prise de vapeur, D, ainsi que deux
SUPPLÉMENT A LA MACHINE A VAPEUR
Fig. 14. — Chaudière de Naeyer (vue perspective).
soupapes de sûreté, S, S'. Il est mis en communication avec un manomètre métallique m, et avec la partie supérieure d'un niveau d'eau, E, qui est relié, par sa partie inférieure, avec le tube collecteur d'alimentation d'eau B.
Il convient de signaler encore le mur en briques réfractaires, a, appelé autel, le cendrier, K, plein d'eau, et ses deux portes ^, t. De petites voûtes séparent le réservoir, M, de la fumée et des gaz de la combustion.
Ce qui donne son cachet à ce système de chaudière tubulaire, c'est la disposition spéciale des tubes. Nous en donnons un dessin de détail dans la figure 15. Ce dessin
est une coupe des tubes à leur extrémité antérieure et des boîtes de raccord qui les relient.
Ces tubes, comme le montre la coupe suivant AB, sont disposés en quinconce. Ils sont reliés deux à deux, horizontalement, par des boîtes, 6', h", etc., et verticalement, par des boîtes B, B', B", etc. Il est facile de reconnaître que la vapeur qui se sera formée dans le tube t' montera dans le réservoir supérieur, en suivant le chemin l'I, 2 2', 3'3,etc., en passant successivement dans les boîtes b, B, b\ B', b\ B", etc. Les boîtes b et B sont reliées entre elles au moyen de bagues en fer, à emboîtement conique et à
Fig. 15. — Chaudière de Naeyer (montage des tubes).
joint précis. Ce j oint est parfaitement étanche à sec, sans interposition de caoutchouc, de mastic, ni d'aucune matière quelconque.
Chacune des boîtes de communication est maintenue au moyen de deux boulons à marteau, t\ etc.
L'ensemble des tubes 1,1'; 2,2'; 3, 3'; etc., forme une série. Chaque chaudière se compose d'un nombre plus ou moins grand de séries juxtaposées, communiquant chacune, à leur extrémité inférieure, avec un collecteur d'alimentation, B, placé au bas et à l'arrière de la chaudière (fig. 14). Ce collecteur sert à la répartition de l'eau dans les différentes séries de tubes, ainsi qu'à la purge de la chaudière. Les tubes sont inclinés de l'avant à l'arrière, dans le but de favoriser la circulation, et de faciliter le dégagement rapide de la vapeur, laquelle, au fur et à mesure de sa production, se rend directement par les boites b B, b' B', au réservoir supérieur M (fig. 14).
Nous donnons, dans la figure 16, une coupe longitudinale de la chaudière de Naeyer. Le lecteur y remarquera un appareil additionnel qui n'était pas représenté sur la figure 14, et qui s'appelle le réchauffeur d'eau d' alimentation.
Cet appareil se compose d'un certain nombre de tubes disposés en quinconce,
comme ceux du générateur, et dans lesquels l'eau d'alimentation circule en serpentant de bas en haut, c'est-à-dire en sens inverse de la marche des gaz chauds, qui suivent alors le chemin indiqué par les flèches. Cette disposition permet de dépouiller les gaz de la plus grande partie de leur chaleur, et de ne les laisser échapper dans le tuyau de la cheminée qu'à 100° environ, seulement elle exige un très fort tirage, c'est-à-dire une cheminée très élevée.
Nous pouvons, à l'aide de la figure 16, décrire le fonctionnement de l'appareil dit réchauffeur d'eau d'alimentation.
Voyons, pour commencer, de quelle manière se fait l'alimentation d'eavi.
Comme dans la chaudière Belleville, le système adopté débarrasse presque complètement l'eau des sels calcaires qu'elle renferme.
L'eau venant de l'appareil d'alimentation (pompe, injecteur, etc.) arrive en T, dans un tube horizontal. De ce tube, elle passe dans le serpentin, R, chauffe par les chaleurs perdues des gaz provenant de la combustion du charbon, et elle y acquiert une température de -i- 80" à + 90". Elle sort du serpentin par le tube J, et se rend dans le réservoir supérieur, M, où elle est injectée
SUPPLÉMENT A LA MACHINE A VAPEUR
dans le courant de vapeur. L'eau, portée alors brusquement à une température de + 140° à 4- 130% laisse précipiter, à l'état
pulvérulent, les sels calcaires qu'elle contient.
L'eau, ainsi purifiée, se rend au collecteur
d'allmentalhn, B, par l'intermédiaire d'un , mouvement du liquide dans le réservoir est tuyau de trop-plein, V, placé à l'arrière du j très lent, leur décantation s'opère presque réservoir. complètement. Ils se réunissent, sous forme
Quant aux dépôts calcaires, comme le
de boue, dans un décanteur spécial, d'où
l'on peut facilement les retirer, à l'aide d'un robinet de purge, sans être obligé d'arrêter le générateur.
Du collecteur d'alimentation, l'eau se répartit dans le faisceau tubulaire, en montant dans les boîtes, de l'arrière des tubes.
Le problème de la production de la vapeur sèche est résolu, dans les chaudières de Naeyer ; car aussitôt que la vapeur se produit dans les tubes bouilleui's, elle se dégage immédiatement à l'extrémité antérieure de chacun d'eux, et gagne, par les boîtes, le réservoir supérieur.
Il n'y a donc pas entraînement d'eau. De plus, dans le collecteur de vapeur. M, des dispositions intérieures foi"cent la vapeur à faire un long parcours, et l'amènent toujours parfaitement sèche au dôme, où se fait la prise de vapeur.
Des regards, munis de portes, sont pratiqués dans les parois latérales de la chaudière, et permettent le nettoyage de différentes parties. On voit ces portes dans les dessins pittoresques que nous donnons des installations diverses des chaudières de Naeyer. Ces portes servent également à introduire entre les tuyaux une lance à vapeur, qui chasse la suie en très peu de temps. Cette opération peut se faire pendant la marche.
Les chaudières peuvent être construites avec ou sans réchauffeur d'eau d'alimentation. Sans réchauffeur, les chaudières laissent échapper les gaz à + 200 ou + 223°. Cette chaleur peut être utilisée de manière à augmenter le rendement en vapeur, par le réchauffeur d'eau d'alimentation., qui dépouille les gaz de la combustion de la presque totalité de leur chaleur, et ne les laisse échapper qu'à -i- 100°; on obtient alors une vaporisation de 10 litres d'eau par kilogramme de charbon brûlé.
Il existe une belle installation des générateurs de Naeyer dans les caves de l'Hôtel de ville de Paris. Cette installation
qui a été faite en 1884, par MM. Geneste et Herscher, sert à fournir la vapeur nécessaire pour le chauffage, et pour les machines à vapeur actionnant les machines dynamo-électriques, les ventilateurs, etc.
Mais pour comprendre les multiples emplois de la vapeur engendrée dans les soussols de l'Hôtel de ville, il est nécessaire d'entrer dans quelques explications sur le système, assez compliqué, qui produit le chauffage et la ventilation simultanés, dans le vaste monument de la municipalité parisienne.
L'installation de l'aération et du chauffage, à l'Hôtel de ville de Paris, est basée sur le principe de la ventilation mécanique, opérée au moyen de machines à vapeur placées dans le sous-sol. La force mécanique de la vapeur est transmise par des câbles électriques aux ventilateurs.
La place des ventilateurs n'est pas arbitraire, elle dépend de la situation des pièces, couloirs, escaliers, salles, grandes ou petites, dans lesquelles il faut envoyer de l'air. La transmission de la force par l'électricité qui permet de distribuer à distance le mouvement aux ventilateurs disposés dans les divers étages a rendu ici un grand service.
L'insufflation de l'air se fait dans les bureaux du rez-de-chaussée, les bureaux du service financier, les salles du Conseil municipal, le cabinet du Préfet et de son service, les salons et les grandes salles de fêtes.
Pour les locaux du sous-sol, la ventilation se fait par aspiration. Dans les étages supérieurs, les bureaux sont ventilés par appel.
L'Hôtel de ville est chauffe à la vapeur, au moyen de générateurs multitubulaires et inexplosibles, placés dans les sous-sols. La vapeur est conduite directement dans les combles; elle est ramenée aloi's aune pression insensible, par des appareils de descente
SUPPLEMENT A LA MACHINE A VAPEUR
spéciaux, et distribuée en circulant toujours par l'effet de la gravité.
Pour assurer la parfaite indépendance du fonctionnement des surfaces de chauffe, on a établi, à la sortie de chacune d'elles, un purgeur deau coiulensée et d'air. De môme, à l'entrée de chaque surface de chauffe, on a placé un robinet, pour en régler ou en arrêter la marche. A la sortie du purgeur, les eaux de condensation vont se réunir dans un collecteur commun, et sont conduites dans un réservoir placé dans la chambre des générateurs de vapeur.
Les surfaces rayonnantes, placées dans les locaux mêmes à chauffer, sont situées près du sol, au bas des parois refroidissantes et notamment des parties vitrées.
Le chaulTage et la ventilation étant indépendants l'un de l'autre, il y a deux séries de surfaces de chauffe : les unes envoient de l'air chaud, les autres de l'air à une température modérée pour la respiration.
Une disposition très économique permet de réduire le chauffage au minimum, en rappelant l'air des salles, loi'sque ces locauxT ne sont pas occupés ou qu'on ne les ventile pas.
Pour réaliser cette grandiose installation, il a fallu établir 10 générateurs de vapeur, représentant une surface de chauffe de 800 mètres carrés; 2 moteurs à vapeur; 3 machines électriques primaires, et 40 moteurs électriques, actionnant directement les ventilateurs.
Cette organisation, si minutieuse et si compliquée, échappe à l'œil du visiteur. On pevit la comparer au réseau artériel et au réseau veineux du corps humain, le premier représentant l'arrivée de l'air pur, le second l'appel de l'air vicié : le tout caché dans la profondeur de nos oi'ganes et inaccessible aux regards.
Mais nous, curieux par nature et par profession, nous avons pris une connaissance exacte de cet intéressant ensemble, et si chacun de nos lecteurs veut suivre notre exemple, l'usine souterraine de l'Hôtel de ville n'aura plus de mystères pour lui.
Si donc le lecteur veut bien, ainsi que nous l'avons fait, demander au secrétariat des travaux publics de l'Hôtel de ville, sitvié au deuxième étage, une carte-permission pour visiter les caves renfermant les salles des machines et chaudières, il aura la satisfaction de connaître un des plus curieux établissements mécaniques de la capitale.
Avec la carte délivrée au secrétariat, et sous la conduite d'un employé de la ville, en casquette et livrée bleues, traversons la deuxième cour, et prenons, à droite, un petit escalier, à marches de pierre qui, bien qu'étroit et tournant, est parfaitement praticable, et nous arriverons à la grande salle que représente très exactement la figure 18. Comme on le voit, c'est une longue pièce voûtée, qui ne l'essemble guère aux chantiers ordinaires de l'industrie mécaniques, noirs, enfumés et boueux, car elle est aussi bien tenue qu'un salon, et de larges baies latérales y projettent un très beau jour.
Comme le représente notre dessin, il y a deux groupes de cinq chaudières chacun, ayant un réservoir de vapeur commvm, d'où la vapeur s'échappe, pour aller remplir, en plusieurs directions, ses différents offices.
Les chaudières portant les numéros 1, 2, 3, 8, 9 et 10, servent à produire la vapeur qui chauffe les galeries, salons, bureaux, etc., de l'Hôtel de ville. C'est, en effet.
comme nous l'avons dit, un courant de vapeur d'eau qui est l'unique moyen de chauffage de ce vaste édifice.
L'eau de condensation de la vapeur, qui a parcourûtes nombreux tuyaux servant au chauffage, descend par un conduit commun dans un réservoir, dont on peut voir une partie sur notre dessin, près de la porte d'entrée, au fond de la salle. Cette eau encore chaude, reprise par une pompe, retourne aux chaudières.
La vapeur fournie par les chaudières numéros 4 et 7 sert : 1° à actionner les petites machines à vapeur qui font agir les pompes destinées à refouler l'eau de la ville dans les mêmes chaudières ; 2° à actionner les machines à vapeur qui produisent la ventilation des différentes salles et galeries de l'Hôtel de ville.
Arrêtons-nous sur cette dernière partie de l'installation mécanique qui nous occupe, car nous allons y trouver une particularité du plus grand intérêt scientifique.
Les ventilateurs disposés dans chaque salle, pièce ou galerie de l'Hôtel de ville, se composent d'ailettes portées sur un axe mobile, qui tourne par une transmission de la force à distance, produite par l'électricité C'est une très curieuse application pratique du principe du transport électrique de la force.
On voit sur notre dessin et près des baies éclairantes le volant de deux machines à vapeur, du système compound^ de la force de 7 à 8 chevaux-vapeur, faisant tourner une machine dynamo-électrique Gramme, qui produit un courant électrique. Un fil isolé recueille ce coiu'ant, et en se ramifiant, il va distribuer l'électricité aux petits appareils dynamo-électriques qui font corps avec les ventilateurs.
Chaque ventilateur proprement dit est, en effet, une petite machine dynamo-électrique réceptrice, animée, grâce à un fil conducteur, par la machine productrice placée
SUPPLÉMENT A LA MACHINE A VAPEUR
dans la salle inférieure, et qui engendre, comme nous l'avons expliqué, le courant primitif.
Dans un petit cabinet attenant àla grande salle, et au([uei on accède par quelques marches, une série de résialances rhéostatiques
sert à modérer et à activer l'intensité du courant, selon les besoins. Un simple levier parcourant un cadran, semblable aux an-
ciens cadrans des télégraphes électriques, permet de modifier à volonté la force du courant. L'ingénieur placé dans ce petit
cabinet est averti, par un appareil spécial, de l'état du courant, et il le modère ou l'accroît, selon le cas.
Voilà, assurément, ime des plus intéressantes applications du transport de la force par l'électricité.
Les chaudières numéros 5 et 6, dont nous n'avons encore rien dit, servent à actionner les machines à vapeur qui produisent le courant électrique destiné à alimenter les lampes électriques à incandescence, le seul moyen d'éclairage qui existe à l'Hôtel de ville.
Si, en effet, vous quittez la salle des chaudières, et que vous gravissiez, aumilieu de cette salle, un escalier de quelques marches, vous vous trouverez dans une belle pièce voûtée, à l'aspect architectural, mais quelque peu sombre, qui renl'erme les machines à vapeur et les machines dynamoélectriques productrices du courant destiné à fournir l'éclairage.
Il y a deux machines à vapeur, du système conipound^ construites par MM. Weyher et Richemond, de Pantin, et du type de celles que nous décrirons dans un des chapitres suivants, en traitant des nouvelles machines à vapeur à grande détente.
Les deux machines à vapeur, système compound, sont chacune de la force de 60 chevaux-vapeur. Elles actionnent un appareil dynamo -électrique Edison, de 500 lampes, que nous aurons à décrire, quand nous traiterons des machines dynamo-électriques, dans le Supplément à r Électro-magnétisme.
Le courant électrique fourni par les deux appareils dynamo -électriques Edison est recueilli par un gros fil conducteur, qui va le distribuer aux lampes à incandescence.
Tels sont les multiples emplois de la vapeur produite par les cinq groupes de générateurs réunis dans la salle des chaudières.
Cette belle installation est due à MM. Geneste et Herscher, les ingénieurs -construc-
teurs de Paris, bien connus par leurs nombreuses entreprises de chauffage et de ventilation, et elle leur fait le plus grand honneur.
C'est également à MM. Geneste et Herscher qu'est due l'installation des chaudières de Naeyer et les différents emplois de la vapeur, à l'Ecole centrale des arts et manufactures de Paris.
L'installation de l'Ecole centrale est pareille à celle de l'Hôtel de ville, mais de moindre importance.
La figure 19 représente les deux chaudières de Naeyer de l'Ecole centrale, la première étant vue en coupe, pour montrer les rapports du foyer et du réservoir d'eau et de vapeur.
Les chaudières de Naeyer servent, comme celles de l'Hôtel de ville, au chauffage des différentes pièces de l'Ecole, à leur ventilation et à l'éclairage électrique.
Les deux générateurs fournissent de la vapeur à deux machines de MM. Weyher et Richemond, qui actionnent des dynamos Gramme et Edison, pour le service des lampes à incandescence, destinées à éclairer les amphithéâtres des cours. Ces machines dynamos servent également à transmettre la force à distance, et à actionner, sous les combles de l'Ecole, de petites machines dynamoélectriques réceptrices, qui mettent en mouvement des ventilateurs.
La vapeur produite par les chaudières est, en outre, utilisée pour le chauffage des différentes parties de l'édifice, et pour le service des laboratoires. Ces générateurs I sont placés en dehors de l'Ecole, dans une ' cour vitrée placée en contre-bas de l'entrée des élèves ; de sorte qu'en cas d'explosion d'un tube, la vapeur lancée n'amènerait aucun accident.
La figure 20 représente une installation de chaudières de Naeyer faite à Anvers,
SUPPLÉMENT A LA MACHINE A VAPEUR
pour le service des machines hydrauliques des nouveaux quais.
Les détails dans lesquels nous entrés, à propos des chaudières de
somnies Naoyer,
pour l'Hôtel de ville de Paris et l'École Centrale de la même ville, nous dispensent
de décrire l'installation de l'usine hydraulique d" Anvers.
Nous avons fait connaître, avec les chaudières Belleville et Collet, les chaudières
inexplrosibles ou multitubulaires construites en Finance, et avec les générateurs de Naeyer,
SUPPLÉMENT A LA MACHINE A VAPEUR
les chaudières belges. Nous ferons connaître i décrivant celles de MM. Babcock et Mailles chaiidières inexplosibles américaines, en I cox, de Pittsburg (Pennsylvanie).
La figure ci-dessus donne une coupe de la moyen de passages verticaux, avec un réchaudière de MM. Babcock et Wilcox. servoir cylindrique supérieur, contenant de
Cette chaudière se compose d'un fais- l'eau et de la vapeur, et à l'arrière, au point
ceau tubulaire incliné, communiquant, au le plus bas de la chaudière, avec un collec-
leur. Les communications ou passages sont des boîtes en fonte, d'une seule pièce, pour chaque série verticale de tubes, dans lesquelles ces derniers sont emmanchés par une de leurs extrémités.
Le faisceau tubulaire est constitué par l'assemblage d'un certain nombre de ces séries verticales, ou éléments^ et grâce à la forme en serpentin des boîtes de communication , les tubes représentent un quinconce , dans l'assemblage
Fiff. 22.
général, c'est- à dire que chaque
série horizontale de tubes se trouve au-dessus des espaces vides de la série précédente.
C'est ce que montre la figure ci-dessus, qui donne la coupe d'un élément.
Ces éléments sont en communication avec le réservoir d'eau supérieur, et avec le collecteur inférieur, au moyen de tubulures courtes, de manière à éviter l'emploi de boulons, et à laisser un passage libre entre les différentes pièces.
La fonction du collecteur est de recevoir les dépôts calcaires précipités pendant l'évaporation , lesquels sont extraits, au repos, ou en marche, au moyen dun robinet disposé à cet effet.
Le foyer est placé au-dessous de la partie inclinée du faisceau tubulaire; la flamme et les produits de la combustion sont obligés, par des chicanes, de s'élever à
travers une partie de la longueur du faisceau tubulaire, jusqu'à une chambre de combustion triangulaire, qui existe au-dessous du réservoir cylindrique, puis de descendre à travers la deuxième partie de cette longueur, et enfin de remonter à travers la troisième partie, avant de passer définitivement à la cheminée.
L'eau chauffée dans les tubes a une tendance à s'élever vers leur extrémité supérieure; et d'autre part, le mélange d'eau et de vapeur, étant d'une densité moindre que l'eau du réservoir supérieur, monte par les boîtes, dans ce réservoir, où la vapeur se dégage. L'eau, refoulée à l'arrière, redescend aux tubes, en produisant ainsi une circulation continue.
La prise de vapeur se trouve à la partie la plus élevée du réservoir cylindrique supérieur, vers l'arrière de la chaudière, afin que la vapeur se soit bien séparée de l'eau, avant d'être utilisée.
D'après les constructeurs, la chaudière qui vient d'être déci-ite fournit 9 à 10 kilogrammes de vapeur d'eau pour 1 kilogramme de houille brûlée.
Nous pourrions faire connaître beaucoup d'autres systèmes de chaudières mutitubulaires, construites en différents pays; mais
IIIIIIIIIIIIIII lllllllllllnin
llllilllllllllllilllll
liiiiiiiiiiiiii
Coupe d'un élément de la chaudière Babcock et Wilcox.
SUPPLÉMENT A LA MACHINE A VAPEUR
ces générateurs ne diffèrent que par des particularités secondaires de ceux que nous avons décrits, et les expliquer en détail serait nous exposer à des redites. Contentons-nous d'établir que les chaudières inexplosibles constituent un progrès fondamental dans l'emploi de la vafjeur, progrès qu'il était essentiel de mettre en relief dans ce Siipplémeiit.