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CHAPITRE III

LES LOCOMOBILES EMPLOYÉES AUX TRAVAUX DE CONS- TRUCTION ET DE TERRASSEMENT. — LES GRUES A VAPEUR. — LES EXCAVATEURS. — LES POMPES A INCENDIE. • — LES COMPRESSEURS DU MACADAM.

Dans les constructions des maisons et édifices, la locomobile fait l'office du manouvrier ou du cheval, pour préparer le mortier ou le béton nécessaire à la maçonnerie. Ujie locomobile fait tourner un arbre de couche, pourvu d'une large poulie (fig. 278). Une courroie, posée sur cette poulie, met en action le mécanisme au moyen duquel l'eau, d'une part, le ciment et la chaux, d'autre part, sont versés en proportions convenables, dans des vases d'un volume déterminé, et après s'être mélangés dans un baquet, sont soumis à l'agitation , pour composer un mélange intime qui constitue le mortier, ou ciment. Cet appareil accélère beaucoup le travail des maçons.

Fig. 279. — Locomobilc actionnant une pompe rotative.

Aujourd'hui, dans les chantiers de maçonnerie dune certaine importance, c'est une locomobile qui hisse les matériaux au niveau de chaque étage de la construction. Une courroie va de l'axe moteur de la locomobile à un arbre tovirnant, muni dune chaîne, pouvant s'enrouler et se dérouler autour de cet arbre, lequel élève les matériaux, pierre taillée, plâtre, pierre meulière, etc., jusqii'au niveau occupé par les travailleurs.

On voit dans la figure 278 l'installation d'un moulin à mortier, mû par une locomobile. Le moulin est formé d'une auge circulaire, dont le fond est constitué par une plaque tournante, sur laquelle travaillent deux meules.

La locomobile pourrait aussi bien commander l'ai'bre d'un malaxeur ou d'une bétonnière, munie de palettes.

Nous donnons figure 279 la vue d'une installation d'épuisement dans des travaux hydrauliques. La locomobile met en mouvement une pompe centrifuge, montée sur roues, afin d'en rendre le transport plus facile.

Les pompes à eau, qu'elles soient à pistons, rotatives ou d'un système quelconque, sont presque toujours actionnées par des locomobiles.Nousreprésentons(fîg. 280) une pompe à pistons, actionnée par une locomobile, de MM. Chaligny et Guyot-Sionnesl.

La pompe représentée sur cette figure comprend :

1° Une transmission, recevant le mouvement du moteur et le transmettant, par des engrenages intermédiaires, aux bielles pendantes; cette transmission, rassemblée sur une même plaque de fondation en fonte, est fixée à la margelle du puits ;

2° Deux pompes à pistons plongeurs, conjuguées, reliées entre elles par des plaques de refoulement et d'aspiration, avec un réservoir d'air et un coude de refoulement, d'une part, avec le tuyau d'aspiration, et le clapet de retenue d'autre part. Ces pompes sont fixées au fond du puits, sur des traverses en chêne. Les frottements au contact de l'eau sont en fer ou en foute sur bronze, afin d'éviter l'oxydation; les clapets sont en cuir ou en bronze. Les

Fig. 280. — Locomobile de MM. Chaliguy et Guyot-Sionnest, actionnant un jeu de pompes à pistoo.

pistons ont trois courses variables, correspondant environ à la moitié, aux trois quarts et à la totalité du débit nominal.

Dans les pompes de 6 mètres cubes, la commande peut se faire à la main ou par courroie; dans les pompes de 10 à 20 mètres cubes, les roues d'engrenage sont à denture de Cormier. Si la conduite de refoulement a plus de 50 mètres de longueur, il est prudent d'augmenter les dimensions du réservoir d'air, et d'adjoindre une soupape de sûreté, afin d'éviter les ruptures par coups d'eau.

3" Les tiges , pour une profondeur moyenne , sont en fer creux, de façon à

leur donner plus de légèreté, et en même temps plus de rigidité.

4° Le moteur à vapeur est du type locomobile. La chaudière est à foyer intérieur et carré, à tubos de laiton. Elle est indépendante de toute maçonnerie, pour éviter les dislocations que produisent les alternances de chauffage et d'arrêt. On peut, d'ailleurs, y brûler toutes sortes de combustibles, charbon, tourbe, menus bois, etc. Le mécanisme qui est horizontal, est d'un entretien très facile.

Dans toute élévation d'eau, la puissance du moteur devra être calculée sur le pied de 140 mètres cubes d'eau élevés en une

Fig. 281. — Mouton à vapeur de M. G. Lacour, de La Rochelle (élévation) (A) , coupe longitudinale (B) , coupe horizontale (C).

heure, à un mètre de hauteur, par un cheval-vapeur. En se basant sur cette donnée, un simple calcul de proportionnalité permet, dans toutes circonstances, connaissant le débit d'une source et la hauteur à laquelle doit être élevée l'eau, d'évaluer la force de la machine nécessaire pour conduire la pompe. Ce chiffre comprend l'excès de charge provenant des frottements des organes mécaniques, et ceux de l'eau dans une conduite verticale.

Pour les alimentations intermittentes,

Fig. 282. — Mouton à vapeur de M. G. Lacour, de La Rochelle.

l'emploi d'une machine locomobile ofTre l'avantage de pouvoir déplacer facilement le moteur resté libre pendant le chômage et de l'utiliser à d'autres travaux.

Dans les constructions sur pilotis, pour soulever le mouton qui doit enfoncer les pieux dans le fond des rivières, c'est une loco'mobile, amenée sur un radeau, qui élève le mouton, pour le laisser ensuite retomber de tout son poids. Il suffit, pour cela, de lâcher la vapeur dans l'air, en tirant m}

SUPPLÉMENT AUX LOCOMOBILES. 337

Fig. 283. — Grue automobile à vapeur, de Gaillard Iréres, du Havre.

îordon, qui fait ouvrir une soupape donnant ssue à cette vapeur ; ce qui permet à la masse lu mouton de tomber par son seul poids.

Nous donnons dans la figure 281 la vue, en ïlévation et en coupe, d'une sonnette à battre es pieux, construite par M. G. Lacour, de -la Rochelle.

Le bâti de l'appareil est foi-mé par une pyra- j nide en bois, à base triangulaire, dont une les faces est verticale, et porte les deux menants, qui servent à guider le mouton dans sa îhute. Ce bâti est porté par un chariot rouant, qui lui permet de se déplacer sur une /oie ferrée le long de la ligne suivant laquelle )n veut enfoncer les pieux. Le chariot porte igalement une chaudière à vapeur verticale.

Le mouton dont la figure 281 donne l'élé- /ation latérale (A), la coupe verticale (B) et me coupe horizontale (C), est constitué par line masse en fonte de grand poids. A, creuse î. l'intérieur, de manière à former une espèce le corps de pompe. Dans la tête du pieu à enfoncer est fixée une tige de fer, /, qui pénètre dans l'intérieur du mouton, et qui porte, à sa

partie supérieure, un piston, e. Le mouton peut prendre ainsi un mouvement de va-etvient de haut en bas et de bas en haut, en glissant le long du piston et de sa tige,/". A la partie supérieure du mouton se trouve un robinet à trois voies, g, qui peut mettre l'intérieur du mouton en communication, soit avec l'atmosphère, soit avec la chaudière à vapeur, par l'intermédiaire d'un tuyau flexible.

Si l'on vient à introduire la vapeur à la partie supérieure du mouton, parle conduit A, dans l'espace compris entre le piston e et le fond supérieur du mouton, comme le piston est fixe c'est le mouton B qui se soulève, le long de la tige /.

Quand, au moyen du robinet de manœuvre g, on ferme l'admission de vapeur /<, et qu'on ouvre l'échappement A, le mouton retombe, en vertu de son poids, et vient frapper sur la tète du pieu, qu'il enfonce d'une certaine quantité.

La chute maximum du mouton est naturellement égale à la longueur de sa cavité.

BIERVEILLES DE LA SCIENCE

m est une lumière destinée à limiter la course du mouton et à empêcher la rupture de l'appareil, au cas où on oublierait d'ouvrir l'échappement, lorsque le piston est arrivé à la partie supérieure de sa course. Quand la lumière m a dépassé le piston, la vapeur s'échapp )ar cette ouverture, et l'ascension du mouton est arrêtée.

Les grues à vapeur se voient fréquemment dans nos ports de mer et sur les quais

des fleuves et rivières des grandes villes, Sur la Seine, à Paris, elles fonctioinient continuellement. La force de la vapeur mise en jeu dans une locomobile, placée elle-même au bord de l'eau, élève hors du bateau les marchandises à décharger, et les transporte , soit sur le quai , soit sur les voitui'es, ou charrettes, qui doivent les emporter.

La figure 283 représente une grue, de petites dimensions, montée sur un chariot en

SUPPLÉMENT AUX LOCOMOBILES

fer, qui lui permet de se déplacer sur une voie ferrée. Cette grue dont on peut voir plusieurs spécimens en action sur les bords de la Seine, à Paris, est construite par MM. Gaillard fi-ères, du Havre.

La chaudière, qui est verticale et placée en porte à faux, sert de contrepoids, lorsque le grue est en charge. Un cylindre à vapeur actionne le treuil, sur lequel s'enroule la chaîne, qui passe sur la poulie, placée à la partie supérieure de la flèche. Un auire cylindre permet à la plate-forme de la grue, par l'intermédiaire d'un pignon et d'une crémaillère circulaire, fixée sur le chariot, de prendre un mouvement de giration autour de son axe.

La figure 284 représente une grue tour-

nante à pivot fixe et à flèche courbe, construite, comme la précédente, par MM. Gaillard frères, du Havre.

Gette grue, qui s'installe à demeure dans un atelier ou dans un magasin, est isolée du générateur de vapeur. Un cylindre, A, met en mouvement, au moyen du plateau manivelle, B, un premier arbre. G, qui, par des engrenages, fait tourner l'arbre du treuil de la chaîne. Gelle-ci est supportée, jusqu'à la partie supérieure de la flèche, par deux galets. G, G. Le mouvement de rotation de la grue s'effectue autour du pivoL P. Il est obtenu à l'aide d'un second cylindre à vapeur, d'un pignon R, et d'une crémaillère circulaire. S, solidaire du pivot.

La figure 2So représente une grue sem-

Fig. 286. — Diverses grues et dragues à vapeur.

SUPPLÉMENT AUX LOCOMOBILES

Fig. 287. — Diverses grues et dragues à vapeur.

blable à celle que nous avons représentée dans la figure 284, mais qui est montée sur un ponton flottant, en tôle, lequel vient se placer entre le quai et le bateau ; ce qui facilite le déchargement rapide des charbons, du sable et autres matières. Le pivot de la grue est monté directement sur le ponton, au lieu de l'être sur un chariot roulant.

Cette grue ne se distingue des autres que par la dimension de sa flèche, qui est beaucoup plus longue. Elle est, quelquefois, suivant les besoins, pourvue d'un propulseur à hélice, qui lui permet de se déplacer le long des quais, ou en rivière, et qui est actionné par la grue elle-même.

Les dragues et tous les engins de ce genre employés dans les grands travaux de terrassements peuvent être considérés, en quelque

sorte, comme des locomobiles actionnant directement un outil solidaire avec elles, puisque la chaudière, la machine et l'outil forment un ensemble qui peut se déplacer de lui-même. A^ous formons (pages 340 et 341) un groupe de la rémiion de quelques gruespontons, et de dragues à vapeur sur pontons sur un terrain fixe.

Uexcavateur Couvi'eux dont nous donnons le dessin dans la figure ci-dessus, et qui est construit à Paris par M. L. Boulet, est une véritable drague terrestre. Sur une voie ferrée placée le long de l'excavation, au bord supérieur du talus, se déplace un truc, porté par quatre essieux, et sur lequel sont montés Vélinde, E, ainsi que la flèche qui supporte l'extrémité de Vélinde^ et qui permet de faire varier son inclinaison, enfin la chaudière et la machine à vapeur V. Celle-ci

SUPPLÉMENT AUX LOCOMOBI LES

met en mouvement la chaîne à godets G, G, le treuil qui permet de relever l'extrémité de l'élinde, et enfin l'ensemble de l'appareil sur la voie ferrée.

Les godets de la chaîne viennent successivement entamer le talus, en y creusant une sorte de sillon; puis l'excavateur se déplace un peu le long de la voie ferrée, pour venir creuser un sillon voisin. Quand la tranchée est élargie, on déplace la voie de l'excavateur parallèlement à elle-même, et on recommence les mêmes opérations.

Derrière l'excavateur et sur une voie parallèle, circulent les wagonnets dans lesquels viennent se vider les godets de la chaîne qui se sont remplis de terre et de déblais.

\j excavateur universel que nous représentons dans la figure ci-dessus est un engin qui se prêle à l'exécution d'une tranchée ou à

la formation d'une cuvette quelconque, en attaquant le terrain par le bas. Cet appareil mécanique a l'avantage de permettre de creuser le sol de front, et d'avancer sans déplacer la voie sur laquelle il se meut. Il rejette les produits derrière lui, dans des wagons placés sur les voies mêmes oii se déplace l'excavateur.

Sur un truc porté par deux essieux, se j trouve une petite machine à vapeur, V, qui donne le mouvement d'avancement à l'enj semble et le mouvement de rotation à une ( couronne mobile M portée par des galets, et qui sert de base à toute la partie pivotante de l'appareil. Cette partie comprend un bâti massif, une machine avec sa chaudière, une flèche, une chaîne, un couloir, une élinde E et un treuil de soulèvement T.

Pendant le dragage, la partie pivotante

peut prendre un mouvement d'éventail, à droite et à gauche de l'axe des voies; ce qui permet à l'appareil de déblayer le terrain qui se trouve devant lui, à la largeur nécessaire. Elle peut même prendre une position perpendiculaire aux voies, si l'on veut travailler en élargissement.

Un ressort double placé à la partie supérieure de l'élinde, lui permet de remonter parallèlement à son axe, lorsqu'il se présente sous les godets un obstable insurmontable. L'élinde,qui s'est soulevée sousl'efTort, ^ redescend sous l'impulsion du ressort, et le 1 godet suivant vient piocher à son tour l'obstacle, jusqu'à ce qu'il ait cédé et soit entré dans un des godets. L'application de ce ressort évite les ruptures dans le mécanisme, lorsque la résistance d u terrain est anormale.

Les godets à déversement automatique ont l'immense avantage de pouvoir draguer dans les terrains les plus aggluti natifs, comme argile, terre glaise, sans que, pour cela, le cube des déblais extraits soit inférieur à celui obtenu dans de bons terrains, tels que gravier et sable. Ils permettent, en outre, d'augmenter le cube des déblais dragués dans tous les terrains en général ; et cela par le seul fait de l'augmentation de vitesse, que le déversement forcé du godet permet de donner à la chaîne dragueuse.

La construction des godets est très simple. Le dossier est mobile. Une came à deux tablettes est installée au centre du tourteau supérieur de la drague : chacune de ces tablettes, en tournant, vient alternativement pousser le dossier du godet, en lui faisant décrire un arc de cercle autour de son articulation supérieure. La came est calée sur l'arbre de telle façon que lorsque le godet se présente au-dessus du couloir, le dossier a fait sa course, et par conséquent, a complètement chassé, en dehors du godet, toute la matière qui y était contenue.

Deux taquets, disposés à l'intérieur du godet, limitent la course du dossier, et

l'empêchent de tomber par devant. Il conserve cette position jusqu'à ce que la résistance du terrain le force à reprendre sa place primitive.

MM. Ruston et Proctor, de Lincoln (Angleterre), construisent un appareil assez différent des excavateurs ordinaires et qui porte le nom de terrassier àvapew 290).

Le truc porteur est un châssis rectangulaire formé de poutrelles en fer très résistantes et fortement assujetties entre elles par des pièces transversales. Ce châssis constitue une plate-forme qui supporte les différents organes de l'appareil. Il est monté sur quatre roues à boudins, et muni de crics-supports, destinés à l'immobiliser et à supporter l'effort de la poussée, quand le terrassier est en action.

La machine et la chaudière sont verticales. Cette dernière, d'une force de dix chevaux-vapeur, est à tubes bouilleurs transvei'saux. La machine est à deux cylindres, à enveloppe de vapeur. En avant de la ma- I chine est boulonnée sur le châssis, une tour j composée de plaques en fer forgé, conso- I lidées par des poutrelles. A sa base se trouve un spacieux réservoir d'eau, destiné à alimenter la chaudière, tout en donnant de la stabilité à l'appareil. Cette tour porte une flèche en fer forgé.

L'outil excavateur est un godet formé par une épaisse plaque de fer munie d'une partie tranchante en acier, et armée de quatre pointes d'acier, qui séparent la terre et les pierres. Une porte, qui se referme automatiquement, et que l'on ouvre au moyen d'une corde, permet, quand il est plein, de vider le godet au-dessus des wagons.

Ce godet, fixé à l'extrémité d'un bras en bois de chêne, est porté par une chaîne de fer, que renfoi'ceut des plaques en fer. Il se meut entre les côtés de la flèche de la grue. Afin de donner plus ou moins de profondeur à l'entaille faite par le godet, on règle la

SUPPLÉMENT AUX LOCOMOBILES

longueur du bras aumoyon d'un engrenage à crémaillère relié, par une chaîne de Vau-

canson à une roue à main, actionnée par un homme, qui se tient à l'avant sur une

plate-forme circulaire construite au pied de la flèche de la grue.

Pour faire fonctionner le terrassier à valseur, on abaisse Je godet jusqu'à ce que son bras soit vertical. La machine à vapeur est mise en marche, et le godet est chassé en avant, de bas en haut, dans la terre, la profondeur de l'entaille étant calculée de manière que le godet se remplisse.

Lorsqu'il a repris sa position, la flèche de la grue est mue circulairement jusqu'à ce que le godet soit amené au-dessus de wagons qui circulent sur des voies situées à droite et à gauche de celle réservée au terrassier. On tire sur une corde agissant sur un loquet qui retient le fond du godet; celui-ci s'ouvre, etle contenu du godet tombe dans les wagons. Alors la flèche de la grue est ramenée à sa première position, pour une nouvelle entaille ; la porte du godet se ferme automatiquement, et celui-ci est prêt pour une nouvelle opération.

En fouillant, déchargeant et avançant continuellement, le godet peut se remplir de 50 à 75 fois par heure, et enlever de 500 à 800 mètres cubes de matières dures, par jour. Si les terres sont tendres il peut déblayer et charger en wagons jusqu'à f ,000 mètres cubes, en 10 heures de travail.

Une autre application importante de la locomobile coiisiste à l'utiliser pour actionner directement une pompe à eau faisant corps avec le moteur. C'est la création des puissantes pompes à incendie modernes qui a permis de combattre avec succès les incendies les plus redoutables, et leurs désastreux résultats, au milieu des nombreuses agglomérations d'habitations.

Aujourd'hui, toutes les grandes villes d'Europe et d'Amérique possèdent des pompes à incendie à vapeur, construites sur des types différents, mais qui ont été étudiées toutes avec le plus grand soin. Elles peuvent être transportées avec une excessive rapidité, à

la première alerte, sur le lieu du sinistre, et elles sont mises rapidement en pression, de manière à fournir un débit d'eau très considérable.

C'est en Amérique que les pompes à incendie à vapeur ont pris naissance. Le premier de ces appareils fut imaginé, vers 1860, par MM. Lee et Larned. En Angleterre, les premiers types furent créés par MM. Shand et Mason, et par M. Merryweather, de Londres.

La figure 291 représente une pompe à incendie à vapeur à deux cylindres, construite par MM. Merryweather. C'est une pompe à grande vitesse, conçue de manière à pouvoir fournir un travail énergique, tout en ofïront une grande légèreté.

Le bâti de la machine se compose de deux longerons en tôle fixés à la chaudière. Le poids est réparti également sur les quatre roues, de manière que la machine peut, sans aucun danger, être traînée avec rapidité, et qu'on peut, en toute sécurité, la faire passer par les mauvaises routes.

La machine à vapeur, complète en ellemême, est entièi*ement indépendante du bâti. Les cylindres, qui sont horizontaux, actionnent directement deux pompes, également horizontales, et dont les pistons sont reliés aux pistons à vapeur par des tiges d'acier. Les tiroirs sont commandés par un excentrique placé au-dessus des tiges de pistons.

Les deux pompes, fondues d'une seule pièce, sont en bronze. Les soupapes d'aspiration et de refoulement sont placées dans une chape, qui se trouv e elle-même au-dessous des cylindres, protégeant ainsi ces derniers contre les pierres et graviers, en suspension dans l'eau. La surface des soupapes est assez grande pour que, quelle que soit la vitesse à laquelle marche la machine à vapeur, les pompes s'emplissent complètement à chaque course, sans aucun effet nuisible. Les orifices d'aspiration et de refoulement de la pompe, sont munis de cloches à air en cuivre, dont l'une, celle du refoulement

Fig. 292 et bis. - Coupe verticale de la chaudière de la pompe à incendie de MM. Merryweather, de Londres

est pourvue d'un appareil spécial ayant pour but de maintenir à l'intérieur une constante quantité d'air, ce qui permet à la pompe de lancer un jet puissant et régulier.

Nous donnons dans les figures 292 et 2^2àis deux coupes de la chaudière à vapeur de cette pompe. Cette chaudière, qui est verticale, est pourvue d'une enveloppe d'eau, B, entourant le foyer, ce qui rend inutile l'emploi des briques rél'ractaires. La disposition des tubes à fumée, dont les uns (C,C) sont verticaux et les autres (D,D) horizontaux présente une grande surface de chauffe, tout en permettant une large circulation d'eau et un excellent tirage. Les joints boulonnés F, F, permettent de visiter l'intérieur de la

chaudière. K, est la grille du foyer, A.

Le mécanisme étant placé à l'avant de la chaudière, la porte du foyer est facilement accessible, de telle façon qu'on peut la chauffer pendant qu'on dirige la machine vers le lieu de l'incendie.

La figure 292 est une coupe verticale delà chaudière et la figure 292 bis une autre coupe verticale, prise à angle droit de la première.

La vapeur peut être produite en 3 minutes à partir de l'allumage. La pression de 6 kilogrammes peut être obtenue dans l'espace de 6 à 10 minutes, suivant la quantité d'eau contenue dans la chaudière ; et une fois at teinte, cette pression se maintient facilement.

L'alimentation d'eau de la chaudière se

SUPPLÉMENT AUX LOCOMOBILES

fuit, soit au moyen d'une pompe à action | principale ou dans un réservoir quelcondirecte, qui prend son eau dans la pompe I que, soit au moyen d'un injecteur installé

sur la chaudière, soit enfin au moyen d'un

robinet qui, lorsqu'il est ouvert, permet le total de la pompe à chaque course.

refoulement dans la chaudière du contenu

Cette pompe peut débiter jusqu'à 4,230 litres par minute, tout en donnant un jet unique de 52 mètres de hauteur, ou plusieurs jets dérivés, de hauteur moindre.

A la gare du chemin de fer de l'Est, à Paris on trouve plus de vingt de ces pompes anglaises.

La figure 293 représente une pompe à vapeur due aux mêmes constructeurs, c'està-dire à MM. Merryweather, mais n'ayant qu'un seul cylindre, et par conséquent une moindre puissance.

Plusieurs constructeurs français ont entrepris la fabrication des pompes à incendie à vapeur. Il faut citer d'abord la ville de Paris, comme ayant fait exécuter des pompes d'un grand débit et d'une grande facilité de transport.

C'est un ancien capitaine des sapeurspompiers de Paris, M. Thirion, qui a tracé le plan et fait exécuter les deux modèles de ces pompes actuellement en service à Paris. Un de ces modèles, de la force de 30 chevaux-vapeur, débite I,oOO litres d'eau par minute; l'autre, de la force de 40 chevaux, fournit 2,000 litres par minute.

La compagnie de Fives-Lille a récemment étudié le type d'une nouvelle pompe à incendie, qu'elle livre à différentes villes de la France et de l'étranger, et où l'on trouve réalisés divers perfectionnements importants.

Nous donnons, dans la figure 294, le dessin de cet appareil mécanique. L'ensemble de la pompe à vapeur est porté par un châssis hoi'izontal monté sur roues, avec ressorts et avant-train. La chaudière est fixée à l'arrière, entre les longerons du châssis.

L'appareil mécanique, formé de trois cylindres moteurs à vapeur et de trois corps de pompe à eau, est fixé entre les longerons, à l'avant de la chaudière, et tous les mécanismes sont disposés de façon à rendre les manœuvres promptes et faciles.

Au-dessus des cylindres à vapeur et des

pompes, le châssis supporte une caisse servant de siège au cocher et à quatre pompiers, et formant armoire, pour renfermer des pièces de rechange et l'outillage nécessaire au fonctionnement de la pompe.

Chaudière. — La chaudière est verticale, à tubes pendentifs, à circulation d'eau.

Elle se compose de deux parties, A et B, assemblées par des boulons ; la partie cylindrique, A, porte tous les appareils de sûreté, qui n'ont aucune liaison avec la partie B. Celle-ci est conique, à double paroi, de façon à former une mince enveloppe d'eau autour du foyer : elle porte la plaque et le faisceau des tubes à fumée. Un certain nombre de ces tubes partant de la plaque tubulaire et aboutissant aux parties basses de l'enveloppe du foyer, y établissent une circulation active de l'eau soumise à l'ébuUition. Des regards sont ménagés dans l'enveloppe extérieure en face des tubes de circulation, pour permettre de les tamponner au besoin. La partie cylindrique supérieure, A, de la chaudière porte aussi deux trous de bras, qui rendent accessible toute la surface de la plaque tubulaire, et permettent de tamponner ceux des tubes qui viendraient à fuir trop abondamment ou à se rompre. Grâce à cette disposition, on peut laisser tomber la pression, tamponner le tube défectueux et remettre la chaudière en pression, dans un espace de temps de 20 à 25 minutes.

A droite et à gauche de la porte du foyer se trouvent deux caisses à charbon. H, dont les fonds sont réunis par un marchepied, sur lequel se tient le chaufïeur, pendant le trajet de la pompe au lieu d'incendie.

Un injecteur, I, fixé à la partie arrière du châssis, à portée de la main du chauffeur, sert à l'alimentation de la chaudière, quand la pompe à vapeur ne fonctionne pas. L'aspiration de cet injecteur se fait dans une caisse à eau, G, placée à l'avant de la chaudière et suspendue au châssis.

Cylindre à vapeur moteur et distribution

de vapeur. — Les cylindres moteurs employés pour actionner les pompes à piston sont à action directe. La machine de Fives- Lille en possède trois, C, (7, C", disposés horizontalement et fixés à l'avant de la chaudière entre les longerons du châssis. Les tiges des pistons moteurs sont placées en prolongement de celles des pompes et les plongeurs de ces dernières sont reliés par des bielles à un arbre à trois manivelles, calées à 120 degrés. Cette disposition évite l'emploi des volants que l'on trouve dans quelques pompes à incendie.

Les tiroirs de distribution de vapeur sont placés à la partie supérieure des cylindres, dans une même boîte fermée par un couvercle unique dont le démontage peut se faire avec facilité et où la vapeur débouche en a par une conduite commune.

La distribution est à détente fixe, sans emploi d'excentriques ; le mouvement des tiroirs est obtenu à l'aide de leviers articulés sur un arbre transversal et prenant leur mouvement sur les tiges de pistons, (îe mécanisme est combiné de telle manière que la tige d'un piston commande le tiroir d'un autre cylindre, de cette manière les mouvements se produisent avec une régularité parfaite.

Pompes à eau. — Les trois corps de pompes à eau, D, D', D", sont fondus en bronze, d'une seule pièce. Toutes les trois sont à simple efTet à l'aspiration et à double effet au refoulement.

Les clapets d'aspiration des trois pompes sont fixes sur la table du tuyau commun d'aspiration et isolés par le cloisonnement des pompes. Les pistons sont formés d'un disque portant des clapets multiples et d'un plongeur dont la section est moitié de celle des corps de pompe. On a ainsi un refoulement constant pour une aspiration intermittente ; car, dans chacune des courses simples du plongeur, la moitié du volume d'eau aspirée par le piston se

î trouve refoulée. L'eau s'écowle toujours ainsi dans la même direction, de son entrée à sa sortie des pompes ; ce qui est une condition essentielle pour des pompes à mouvement rapide.

Tous les clapets sont en caoutchouc et s'ouvrent par soulèvement, et non par emboutissage. Des ressorts à boudin en laiton, agissant sur une platine métallique qui couvre presque toute la surface des clapets, assurent la fermeturehermétiquedeceux-ci, qui retombent sans chocs et sans bruit sur leurs sièges, et font donner aux pompes fonctionnant à une vitesse relativement grande, un volume d'eau très peu diff'ôrent du volume engendré par les pistons.

La réduction relative de la vitesse est évidemment une condition de bonne conservation des organes de la machine ; ce qui n'empêcherait pas, en cas de besoin, de demander à cette pompe un surcroît de débit.

Le tuyau de refoulement, commun aux trois corps de pompe, se divise en deux sorties d'eau, pour alimenter deux lances. Une valve, manœuvrable à volonté, au moyen d'un levier, permet d'ouvrir l'un ou l'autre des deux orifices ou les deux à la fois, mais elle ne peut, dans aucune position, fermer ensemble les deux orifices, ce qui écarte tout danger de rupture des pompes par un excès de pression.

Le conduit de refoulement porte un robinet à soupape, dont la boîte peut faire communiquer le refoulement avec l'aspiration au moyen de tubulures. En actionnant le volant de cette soupape à vis de rappel, on eu modifie, selon le besoin, le degré d'ouverture, de manière à régler le débit des pompes pour les lances, sans modifier l'allure de la machine. Une soupape de sûreté, qui a son siège dans la boîte de ce robinet à soupape, prévient tout excès do pression.

Deux réservoirs d'air sont placés, l'un

h l'aspiralion et l'autre au refoulement des pompes.

L'arbre à manivelles est porté par quatre paliers fondus avec les corps de pompes à eau. Toutes les pièces du mouvement sont ainsi solidaires les unes des autres; ce qui ne permet aucune perturbatiou dans les positions relatives de ces pièces.

L'un des trois corps de pompe porte une pompe alimentaire dont le mouvement est à la main du mécanicien, comme tous les autres organes de commande de la machine. L'aspiration de cette pompe se fait, soit dans la caisse à eau G de l'injecteur, soit sur le refoulement même des pompes principales, lorsque celles-ci fonctionnent.

Toutes les pièces en contact avec l'eau sont en bronze ou en cuivre, pour éviter l'oxydation.

Accessoires de la pompe à vapew. — La pompe est munie de tous les accessoires nécessaires à son fonctionnement. Les armoires de la caisse contiennent l'outillage à main de la chaudière, de la machine et des pompes.

Des supports fixés aux longerons du châssis, reçoivent, à droite et à gauche, entre les roues, six tuyaux d'aspiration en caoutchouc avec spirale intérieure d'une longueur de 14 mètres environ. Deux lances courtes sont placées verticalement de chaque côté du siège du cocher; deux autres lances, plus longues, sont attachées horizontalement, de chaque côté du coffre, sous les planchettes formant le marche-pied du siège des pompiers.

A l'avant, sous le marchepied du cocher, sont suspendus deux tuyaux de refoulement, enroulés, ayant chacun 20 mètres de longueur, qui sont vissés, à l'avance par leurs raccords sur les tubulures de sortie d'eau, de sorte que ces tuyaux, une fois déroulés, sont immédiatement prêts au service.

Eclairage. — L'éclairage de la pompe est fait par quatre lanternes à réflecteurs à bougies, dont deux, de grande dimension, sont placées à droite et à gauche du siège du

cocher, et deux, de plus petite dimension, éclairent la partie arrière de la chaudière et ses accessoires.

L'emploi de l'huile a été écarté à cause des inconvénients qu'il présente, par suite de l'épaississement de l'huile après un certain temps d'inactivité.

A partir du moment où le feu est placé sous le foyer, l'aiguille du manomètre se meut après 4'o0, et la pression est de 5'', au bout de 9'45".

Avec une hauteur d'aspiration de 2™, 80, la pompe de Fives-Lille fournit un jet qui, verticalement, atteint une hauteur de 40 mètres. Avec une hauteur d'aspiration de 6", 50, elle fournit un jet horizontal de 45 mètres. A la vitesse de 215 tours, par minute, le débit peut atteindre 2,048 litres d'eau par minute. A la vitesse normale de 190 tours, il atteint encore 1,804 litres.

Une des applications de lalocomobile que nous devons consigner dans ce Supplément, c'est le compresseur à vapeur pour l'empierrement des routes, parce que nous en avons fait mention dans les Merveilles de la Science (i).

Nous avons dit que ce volumineux et puissant appareil a été construit, à Paris, pour la première fois, par M. Ballaison, et nous en avons donné un dessin. Le compresseur à vapeur a été beaucoup perfectionné depuis cette époque. M. Gellerat, à Paris, l'a considérablement amélioré, ou, pour mieux dire, l'a entièrement transformé.

Nous donnons, dans la figure 295, la vue extérieure, dans la figure 296 la coupe longitudinale du côté gauche, dans la figure 297 le plan de la transmission du mouvement aux rouleaux, et dans la figure 298 la vue en bout du dernier modèle de compresseur à vapeur de M. Gellerat.

Le compresseur à vapeur se compose (fig. 295 et 296) d'un châssis très robuste, sur lequel sont établies les caisses à eau et à

(I) Tome I, page 422.

charbon, la chaudière, la machine motrice et la transmission.

Ce châssis s'appuie, au moyen de ressorts, sur les bouts des essieux autour desquels tournent les rouleaux. Les essieux sont fixés, par l'une de leurs extrémités, dans une plaque de garde. Cette extrémité de l'essieu porte un renflement sphérique, qui est emprisonné dans la partie évasée d'une boîte en fer, dénommée boîle à coulisse et qui fait partie de la plaque de • garde. L'autre extrémité des essieux est libre, et peut se déplacer dans le sens horizontal, avec les ressorts, pour les besoins de la direction courbe.

La chaudière est tubulaire et toute semblable à celle d'une locomotive.

Sur le corps de la chaudière se trouvent(fig. 296) un dôme de vapeur. A, placé au-dessus du foyer, et deux cylindres, B, horizontaux, placés côte à côte, dont les pistons actionnent, au moyen de manivelles calées à 90 degrés, un arbre D, sur lequel est monté un volant V.

La distribution de vapeur s'opère facilement, au moyen de deux paire?

d'excentriques et de deux coulisses de Stephenson.

Un arbre oblique E trans-

SUPPLÉMENT AUX LOCOMOBILES

met le mouvement de l'arbre moteur d4. \ à vapeur est placé du côté gauche de I à un troisième arbre horizontal, F (fig. 296 machine. Un volant a, muni d' et 297) situé en dessous du châssis. Enfin cet

arbre F met en mouvement deux pignons ce (fig. 297) qui agissent au moyen de chaînes de Galle GG' sur deux arbres, fixés dans les rouleaux, paralèlement à leur axe, et qu'on appelle tocs. Le bout saillant du toc pénètre dans un coussinet spécial qui se meut entre deux des bras des roues RR' qui porte la chaîne de Galle. Ce coussinet peut glisser dans le sens de son axe.

qui coïncide avec un rayon fie la roue, en même temps qu'il peut osciller autour de cet axe.

L'ouverture' du coussinel qui reçoit h; bout du toc^ est évasée dans le sens

du rayon de la roue, de façon à permettre les légères trépidations de l'essieu dans cette direction ; par l'intermédiaire du toc, la roue porte-chaînes conduit parfaitement le rouleau, quelle qu'en soit la position. L'appareil de direction du compresseur

une poignée, commande un arbre vertical b, qui, par transmission d'angle, commande à son tour un arbre horizontal d, e, fileté, en sens inverse, des deux côtés. La vis de

direction rapproche ou écarte deux écrous rattachés aux bouts libres des essieux par des tirants, suivant que l'on veut faire tourner le véhicule dans un sens ou dans l'autre.

Chaque machine doit être conduite par deux hommes, un machiniste et un fila te.

Pour graisser, il faut suspendre la marche , ces deux ouvriers étant indispensa- ;\\\\\\\\\\\\\\\VV bles pour assurer la direc-

Fig. 298. — Locomobile cyliudreuse des chaussées, (Système Gellerat.) Vue en bout.

tion. En leur adjoignant

un chauffeur, le graissage peut se faire presque entièrement en marche, et il en résulte une économie sérieuse.

Les compresseurs à vapeur sont établis d'après trois types pesant respectivement 30 tonnes, 25 à 27 tonnes et 18 tonnes

Ces trois types ont été jusqu'ici employés par la ville de Paris.

Le compresseur dont nous donnons les vues perspectives et les coupes est du deuxième type. Voici ses dimensions principales :

Surface de chauffe totale 26"", 40

Diamètre des cylindres 0°',230

Course des pistons 0™,360

Diamètre des rouleaux 1"',450

Longueur des rouleaux l",62o

Poids à vide.. . . 22 à 24 t.

Poids moyen en charge 2o à 27 t.

Vitesse moyenne de marche sur chaussée à cylindrer 4 kil.

Le cylindrage des chaussées effectué par le compresseur à vapeur, donne à la surface de la chaussée une forme parfaite, en même temps qu'il lui assure une longue durée.

Ce résultat est l'effet combiné d'un poids et d'une vitesse considérable. Sur les chaussées liaisonnées par le rouleau à chevaux, autrefois en usage, l'empierrement n'est solidifié que sur une croûte de très mince épaisseur, et presque toujours par l'emploi de matières d'agrégation en excès. Il suffit alors de quelques charrois pesants pour y creuser des ornières, qui désagrègent la chaussée et la détruisent rapidement.

Au point de vue de la rapidité du travail, la vitesse ordinaire des compresseurs est de trois et demi à quatre kilomètres par heure, en cours de cylindrage, et de quatre à six kilomètres par heure, sur une chaussée en bon état d'entretien.

Les rouleaux mus par les chevaux parcourent au plus 2,200 mètres par heure, lorsqu'ils effectuent un long trajet; mais si leur parcours est peu étendu, leur vitesse réduite — temps d'arrêt pour le retournement compris — n'est que de 1,631 mètres par heure. Cette vitesse moyenne résulte d'observations nombreuses.

Les vitesses moyennes des deux engins comparés sont donc entre elles comme neuf et quatre. Cette supérioi'ité de vitesse,

combinée avec le poids des compresseurs à vapeur, lequel est double, triple ou quadruple de celui des rouleaux à chevaux, permet d'exécuter rapidement, — c'est-àdire en une séance de six à huit heures, au plus, — des travaux de cylindrage qui exigeraient trente-six à quarante heures par l'ancien procédé.

Un rouleau compresseur à vapeur de 27 tonnes, peut, dans une journée de 10 heures, cylindrer 400 mètres de longueur, sur une route de 5 mètres de largeur, empierrée avec une épaisseur de 0°',10 à 0°,15, soit 2,000 mètres de surface.

Cette rapidité de travail a pour conséquence nécessaire une grande économie, mais cet avantage n'est pas le seul. On a constaté, dans Paris, que les chaussées liaisonnées par les compresseurs à vapeur ne nécessitent pas un renouvellement de l'empierrement aussi fréquent que lorsqu'elles étaient consolidées par les rouleaux à chevaux. Telle chaussée qui, par l'ancien' mode, devait être rechargée tous les six mois, dure au moins un an, et quelquefois dix-huit mois, sans réparation, lorsqu'elle a été cylindrée, dans de bonnes conditions, parles compresseurs à vapeur. Cette longue durée s'explique par la plus grande homogénéité de la couche solidifiée, et par l'emploi d'une moindre quantité de matières d'agrégation.

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