‹ Les merveilles de la science, ou Description populaire des inventions modernes (volume 3)Chapitre 65 sur 149 · LK PARATONNERRE GRENET · texte numérisé non relu

LK PARATONNERRE GRENET

On doit rapprocher du paratonnerre Melsens le paratonnerre de M. Grenet, le physicien auquel on doit le perfectionnement de la pile au bichromate de potasse.

On vient de voir qu'il existe actuellement deux systèmes de paratonnerres. L'un est construit avec des tiges! de fer aussi hautes que possible ; mais comitie le fer est peu conducteur et très oxydable, il entraine l'établissement de puits spéciauix, fort dispendieux, et une surveillance rigoureuse. L'autre supprime les grandes tiges, qu'il remplace par de nombreuses petites pointes de cuivre rouge, et il peut se placer sur toutes les toitures, même les plus légères. Il assure un écoulement certain à l'électricité atmosphérique. Par la disposition de ses conducteurs en forme do rubans et en cuivre rouge, il fait participer le bâtiment tout entier à la conductibilité, et constitue dans son ensemble un immense paratonnerre à grande surface ,

SUPPLÉMENT AU

PARATONNERRE

C'est ce dernier système que M. Grenet a )réconisé, sous le nom de « paratonnerre mur tous » et qui a été employé à peu de choses près, en 1887, à Greenoch (Angleterre), dans le nouvel Hôtel de ville, d'après les instructions du professeur Jamies.

L'installation du paratonnerre de M. Grenet comprend, en effet, des conducteurs en l'uban de cuivre rouge, de 23 à 30 millimètres de largeur, sur 2 ou 3 millimètres d'épaisseur; une série de petites pointes de même métal, placées sur les points élevés es bâtiments ; des bandes horizontales en cuivre reliées aux conducteurs principaux ; enfin une communication avec la terre établie à la fois par les canalisations métalliques souterraines de l'eau et du gaz, et par des plaques de cuivre rouge entourées d'une couche de coke et enfoncées dans le sol humide.

Le système de M. Grenet, qui est le plus simple et le plus économique, possède, en outre, l'avantage d'offrir la plus grande protection possible. Il n'étend pas son influence au delà du bâtiment sur lequel il est placé, et garantit cependant celui-ci d'une manière complète.

Dans les Instructions de l'Académie des sciences de Paris de 1867, et dans celles de la Commission municipale de Paris, en 1875, on préconise toujours les hautes tiges, parce qu'on leur accorde une sphère de protection proportionnelle à leur hauteur. L'expérience a cependant démenti bien des fois cette règle, et dans de nombreux orages, on a constaté que des tiges de paratonnerre n'ont pu protéger un espace d'un rayon égal à leur simple hauteur. Le fait s'est présenté notamment à la cathédi-ale de Bayeux. Cet édifice, de plus de 100 mètres de longueur, sur 40 mètres de largeur, est muni d'anciens paratonnerres, armés de neuf tiges, dont une est placée au sommet de la coupole, à une hauteur de plus de 85 mètres au-dessus du sol, et deux autres sur des

tours à des hauteurs de 75 mètres. Malgré ces conditions, l'édifice a été incapable de pi'otéger, à 40 mètres de distance, de petites constructions, qui ont été foudroyées à plusieurs reprises, et il a subi lui-même des décharges latérales, à une hauteur de 20 à 25 mèti'es au-dessus du sol.

he paratonnerre à petites et nombreuses pointes en cuivre rouge placées au-dessus des faîtages, et reliées, par des rubans de même métal, à toutes les parties métalliques du bâtiment, ainsi qu'à la terre, se recommande donc par la sûreté de ses effets, si la communication à la terre est établie d'une part avec une plaque de cuivre rouge installée dans de bonnes conditions, et d'autre part, avec les canalisations souteri'aines de l'eau et du gaz.

Le paratonnerre pour tous de M. Grenet a été l'objet, en 1888. d'un rapport approbatif à la Société' d'encouragement. Le rapporteur, M. Henri Becquerel, s'exprimait ainsi, à propos des installations de paratonnerre faites depuis plusieurs années, sous la direction de M. Grenet, par M. Mildé fils, constructeur à Paris :

" Ces installations, dit M. Henry Becquerel, méritent d'attirer l'attention de la Société, autant par les résultats obtenus que par les soins apportés pour satisfaire aux conditions d'établissement qui jusqu'ici ont été reconnues les meilleures pour les protections contre les dégâts de la foudre. Surplus de cent installations existantes depuis plusieurs années en France ou à l'étranger, M. Grenet n'a encore reçu aucun avis d'insuffisance de protection, des réclamations se fussent certainement produites en cas d'accidents, car, dans un excès de confiance, M. Grenet garantit l'eilîcacité de ses paratonnerres.

Lepoint caractéristique du système de protection employé par M. Grenet est la substitution de rubans de cuivre rouge aux conducteurs en barres de fer réglementaires.

En France, malgré les avantages que donne la bonne conductibilité du cuivre, en permettant de réduire considérablement le poids des conducteurs, on avait le plus souvent préféré l'emploi du fer, comme devant moins tenter la cupidité des malfaiteurs. Les conducteurs en cuivre de M. Grenet paraissent convenablement protégés contre la détérioration due à la malveillance.

Ces conducteurs sont dos rubans de cuivre rouge de 3 centimètres de largeur, de 2 millimètres d'épaisseur et d'une longueur indéfinie; ils s'appliquent(sans faire de saillie sensible) sur les toitures et sur les murs des bâtiments ; ils suivent tous les contours, peuvent être dissimulés par une couche de peinture, et enfin dans les points où l'on pourrait les atteindre, ils sont protégés par un tube méplat en fer galvanisé. Des agrafes spéciales, pour chaque partie des bâtiments, maintiennent les conducteurs, en permettantlejeu de la dilatation. Enfin la forme plate des conducteurs se prête également bien aux raccords, qui peuvent être faits par de larges surfaces soudées, favorables à la bonne conductibilité.

La flexibilité de ces conducteurs permet de satisfaire, d'une manière complète, aux dernières prescriptions de V Académie des sciences, et de relier électriquement, avec les condticteurs principaux, toutes les parties métalliques des édifices, planchers et conduites diverses.

Des précautions toutes particulières sont prises pour établir une bonne conductibilité avec le sol. Ces prises de terre sont des spirales plates, formées de 16 mètres de ruban et plongées horizontalement dans l'eau.

Un mètre de ruban pèse 500 grammes, alors qu'un mètre réglementaire en fer, ayant la même conductibilité, pèse 3 kilogrammes.

Les conducteurs en cuivre peuvent donc s'établir sur des toitures légères, sans nécessiter des frais spéciaux qu'entraîne l'établissement de conducteurs lourds tels que les barres ou câbles en fer.

La facilité de la pose a permis à M. Grenet de réduire le prix de son système de protection à la moitié, et parfois au tiers, de ce qu'il serait en emplo^'ant les conducteurs en fer. Mais cette économie, M. Grenet la réalise aussi, en supprimant ces grandes tiges et en les remplaçant par de très

courtes tiges en cuivre placées sur tous les points culminants des édifices.

Mais, dans l'état actuel de nos connaissances sur l'efficacité des divers systèmes de protection contre la foudre, on ne peut pas dire que les grandes tiges ne constituent pas une protection efficace, pour des bâtiments construits en bois et pierres. L'expérience acquise depuis un siècle a montré que chaque fois que la conductibilité a été bonne, la protection par les grandes tiges a été efficace.

Quoi qu'il en soit, il semble que M. Grenet a fait un emploi judicieux de toutes les ressources que lui donnaient les bâtiments qu'il a protégés, puisque, jusqu'ici, les protections qu'il a établies ont été efficaces.

A ce titre, le Comité prend en sérieuse considération les perfectionnements apportés par M. Grenet dans ses installations de protection contre la foudre. »

Pour terminer ce sujet, nous dirons qu'en Angleterre le système de paratonnerre le plus généralement adopté est celui de sir Snow Harris. Il ne comporte qu'une seule pointe, mais le conducteur est en cuivre, et affecte, dans toute sa longueur, la forme d'une bande plate.

En Allemagne, les paratonnerres ne diffèrent des nôtres qu'en ce que la tige est surmontée d'une boule, dont le rôle ne s'explique pas très bien, puisque l'électricité s'écoule plus rapidement par les pointes que par les surfaces arrondies.

FIN DU SUPPLÉMENT AU PARATONiXERRE.

SUPPLEMENT

A LA

Page 1