CHAPITRE V
LES PETITS MOTEURS ÉLECTRIQUES. — LE MOTEUR ÉLEC- TRIQUE DEPREZ. — LE MOTEUR ÉLECTRIQUE TROUVÉ. — • LE MOTEUR GRISCOM. — LE MOTEUR ÉLECTRIQUE DE MÉRITENS. — LE MOTEUR ÉLECTRIQUE AYRTON ET FERRY.
L'une des premières machines dynamoélectriques construites par M. Gramme (1875) est une réceptrice, d'une forme spéciale, qui peut fonctionner comme petit mo-
teur électrique. Elle est munie de quatre balais et de quatre pièces polaires entourant l'anneau, comme dans la dynamo Gramme octogonale^ que nous avons décrite dans le Supplément à l Électro-magnétisme (1). Mais son usage, à ce point de vue, n'a pas pris d'extension.
En 1879, M. Marcel Deprez a imaginé une forme très commode de petit moteur, que nous représentons ici (fig. 390). C'est une bobine Siemens, A, montée longitudinalement entre les branches parallèles d'un aimant en acier, B, et que l'on fait tourner au moyen d'une manivelle. Mais son commutateur, C, étant en deux parties, a le défaut de présenter un point mort. Ce défaut a été corrigé par l'emploi de deux armatures en avance de 90 degrés l'une sur l'autre; de telle sorte que l'une étant au point mort, l'autre fût en pleine action. Quand la machine est mise en action, elle fait tourner l'arbre.
M. Trouvé a supprimé les points morts que présente le moteur Deprez, en modifiant légèrement la forme du noyau de la bobine Siemens. La courbe extérieui'e de ce noyau n'est plus un arc de cercle ayant son centre sur l'axe ; elle est limitée par un arc excentrique, de manière qu'en tournant, sa surface approche graduellement de celle du pôle magnétique.
(1) Page 433.
SUPPLÉMENT AU MOTEUR ÉLECTRIQUE
Fjg.391. — Petit moteur électrique Trouvé. Fig. 392.— Petit moteur électrique Griscom.
Dans le moteur Trouvé^ l'aimant naturel dont fait usage M. Marcel Deprez est remplacé par un électro-aimant. La bobine Siemens se meut entre les pôles de l'électroaimant, qui est excité par le courant luimême. De cette façon, on peut faire varier l'énergie électrique obtenue, entre des limites éloignées, sans que les intensités magnétiques de l'organe fixe et de l'organe mobile cessent de demeurer dans la relation voulue.
L'armature est placée entre les pôles mêmes de l'électroaimant, et non plus parallèlement à ses brandies.
La figure 391 représente le moteur électrique Trouvé, contenu dans une caisse, en bois, D. a, a. est l'électro-aimant fixe;
Fig. 393. — Petit moteur électrique de M. de Mériteus
/est la bobine mobile, et E le bâti en fonte qui supporte le tout.
Un petit moteur très commode et qui s'adapte aux machines à coudre, a été imaginé en Amérique, par M. Griscom. Ce moteur que nous représentons dans la figure 392, est très répandu aux Etats-Unis et en Europe. Il se compose d'une simple armature Siemens, en double T, dont les pôles, légèrement excentrés, sont bombés vers le milieu. Cette bobine se trouve entièrement renfermée dans l'inducteur. Les noyaux métalliques des électroaimants sont en fonte malléable ; ce qui en rend la fabrication très économique, sans influer sur le fonctionnement de l'appareil,
car la force coercitive de la fonte est à peu Griscom donne des résultats satisfaisants, près aussi faible que celle du fer doux.
Malgré ses faibles dimensions (il n'est Un autre type de moteur représenté figure
pas plus gros que le poing), le moteur 393 a été inventé par M. de Méritens, qui
Fig. 394. — Petit moteur électrique Ayrtoa et Perry.
emploie une armature OU anneau, tout à fait compactes et très légers, servant en même
semblable à celui du moteur Griscom, mais temps de bâti à la machine.
qui la monte entre des électro-aimants très D'après des expériences précises, le mo-
Fig. 3'Jô. — Petit moteur électrique Ayrtou et Perry actiouuaut un ventilateur.
teur électrique de M. de Méritens, qui ne pèse que 32 kilogrammes et demi, produit une force de trois quarts de cheval-vapeur, avec un rendement de 50 p. 100.
MM. les professeurs Ayrton et Perry, de Londres, ont imaginé un moteur électrique,
très compacte, et d'une puissance considérable, relativement à son poids. La figure 394 représente l'induit et Vinducteur de cette machine. L'armature, A, estfixe, etl'électroaimant, F, se meut à l'intérieur. Celui-ci est du type de la simple bobine Siemens, à
SUPPLÉMENT AU MOTEUR ÉLECTRIQUE
double T, dont nous avons parlé dans le Supplément à V électro -magnétisme . L'armature est un anneau allongé, du genre Pacinotti, à dents en saillie, entre lesquelles sont roulées les bobines élémentaires. Cet anneau est formé de disques plats en tôle douce dentelée. Les balais tournent avec l'électro-aimant et le collecteur est fixe.
Nous représentons dans la figure 396, le moteur électrique de M. Ayrton et Perry actionnant un ventilateur.
Tels sont les principaux moteurs électriques, c'est-à-dire les petites machines dynamo-électriques réceptrices pouvant fonctionner comme agents moteurs, pour la production de petites forces. Leur usage n'est point, toutefois, à dédaigner, puisque l'un d'eux, comme le moteur Ayrton et Perry, donne, comme nous l'avons dit, un rendement de 50 pour 100.
La question préalable des petits moteurs électriques étant éclaircie, arrivons au grand fait de l'application de la réversibilité des machines dynamo-électriques, pour le transport, à toutes distances, des forces naturelles ou artificielles.