CHAPITRE IV
PROGBÈS RÉALISÉS EN GALVANOPLASTIE. — TRAVAUX DE M. BOURBOUZE. — LES REPRODUCTIONS ARTISTIQUES DE 51. JUNKER. — MOULAGE A CIRE PERDUE. — LES NOUVEAUX BAINS DE M. THIERCELIN. — MÉTALLISA- TION DES PIÈCES ANATOMIQUES, DES CHARBONS POUR PILES, ETC.
L'art de la galvanoplastie, si modeste à ses débuts, à cause des manipulations délicates auxquelles devaient s'astreindre les opérateurs, est devenu aujourd'hui une industrie assez pratique pour que les résultats n'en soient jamais douteux.
SUPPLÉMENT A LA GALVANOPLASTIE.
C'est par une modification dans la composition des bains employés autrefois, et par une série d'ingénieuses observations pratiques, qu'on en est arrivé à supprimer le tour de main^ qui était tou jours, comme jadis en photographie, le facteur le plus important, quoique le plus difficile à connaître.
C'est M, Bourbouze, le savant constructeur d'appareils de physique, préparateur des cours de physique à la Sorbonne et à l'Ecole de pharmacie de Paris , qui a contribué , pour la plus large part, aux progrès réalisés par la galvanoplastie, dans ces dernières années. C'est à lui que l'on doit d'avoir découvert comment se comporte dans un bain galvanique la surface d'un corps à métalliser. M. Bourbouze nous a appris que sans toucher au métal que l'on veut recouvrir d'un autre métal plus précieux, il est possible d'obtenir, ad libitum^ un dépôt adhérent ou non adhérent.
Si l'on veut, par exemple, reproduire directement une planche de cuivre, et s'assurer d'une facile séparation ultérieure, il suffit de plonger la planche dans le bain avant d'établir le courant.
La légère couche d'oxyde qui se produit presque instantanément, avant que commence le dépôt, suffit à produire la nonadhérence.
Pour avoir, au contraire, un dépôt adhérent, comme celui d'argent sur des couverts de laiton, il suffit d'établir le courant, en même temps que l'objet est plongé dans le bain; c'est-à-dire en ayant la précaution d'attacher d'avance le conducteur à la pièce à argenter.
Cette simple remarque est d'une importance fondamentale en pratique; elle donne, en effet, le moyen le plus commode de manœuvrer à sa guise le métal dissous.
L'idée si ingénieuse de M. Bourbouze méritait d'être citée comme un des plus heureux perfectionnements que la galvanoplastie ait reçu dans ces dernières années.
Un autre perfectionnement à signaler dans ce Supplément, c'est le moulage des pièces à terre perdue.
On sait que les moules employés en galvanoplastie sont ordinairement en stéarine ou en plâtre, en gélatine ou en gutta-percha, matière très propice à ce genre d'opération, parce qu'elle est inattaquable parles acides, et, pour ainsi dire, inaltérable.
Jusqu'ici, les moules en gutta-percha ne s'obtenaient que de deux manières : soit par la pression mécanique, au moyen d'un levier ou d'une presse à vis, soit par pression manuelle. Aujourd'hui, et suivant un procédé nouveau dùàM. Pellecat, conseillera la Cour d'appel de Rouen, on se sert, pour le moulage des objets, non plus de gutta-percha ramollie dans l'eau chaude, à la température de -|- 60 à -f- 70°, mais de gutta fondue, que l'on coule sur le modèle, et qui en reproduit très exactement les plus petits détails.
Encouragé par les résultats qu'il avait obtenus avec la gutta liquide, M. Pellecat se demanda si l'on ne pourrait pas faire directement, sur le modèle en terre du sculpteur, ce qui avait si bien réussi sur le plâtre et sur le métal. Pour s'en convaincre, il fit exécuter parmi jeune artiste un bouquet de fleurs très fouillées, présentant à dessein, des reliefs saillants et des creux profonds. Il coula sur ce bouquet de la gutta-percha liquide, et quand celle-ci fut bien refroidie il plongea son moule dans l'eau. La terre se détrempa peu à peu, et après l'avoir enlevée, il eut la satisfaction de voir qu'on pouvait, en opérant ainsi, supprimer les moulages successifs de plâtre et de gulta, qu'on était jusqu'alors obligé de faire pour obtenir le dépôt galvanoplastique.
Le procédé de moulage, dit à cire ■perdue, consiste en ce que l'artiste façonne luimême le modèle en cire, matière très duc-
Fig. 401. — Objets reproduits par le procédé Pellecat.
tile et très propre à rendre les plus petits détails. Quand le modèle est achevé, on le recouvre de barbotine^ boue demi-liquide, composée d'argile délayée dans un mélange d'eau et de lait. On applique la barbotine au pinceau sur le modèle en cire, de manière à la faire pénétrer dans toutes les finesses du modèle. A mesure qu'une couche est sèche on en applique une autre, puis on renforce le tout, avec du plâtre, de manière à donner une résistance suffisante aux parois du moule. On introduit alors le modèle ainsi préparé dans une étuve : la cire fond et s'écoule par des trous pratiqués à cet effet. Alors on coule le métal
dans ce moule, et l'on a ainsi une reproduction parfaite de l'original.
Le moulage à cire perdue qui était très employé au xvi' siècle, est aujourd'hui abandonné, parce que, s'il a l'avantage de reproduire du premier jet, l'œuvre de l'artiste sans que l'on ait à y ajouter aucune retouche ou ciselure, il est assez dangereux, en ce sens que, par le moindre accident, on peut détruire l'œuvre mêmede l'artiste, qu'il faut entièrement refaire, car il n'en reste rien.
Le moulage à cire perdue ne pouvait s'appliquer à la galvanoplastie tant qu'il fallait employer la pression pour prendre l'empreinte : le modèle original aurait coui'u
SUPPLÉMENT A LA GALVANOPLASTIE.
Fig. 40"2. — Vase orufuientô reproduit par le procédé Juucker.
tfop de dangers. Mais grâce au procédé de M. Pellecat, qui étend la gutta-percha au pinceau, comme on le faisait autrefois avec la barbotine^ ce procédé n'offre plus de dangers. On peut même opérer sur des moules en terre, sans faire aucun usage de la cire. La gutta-percha n'est aucunement altérée par l'eau, tandis que la terre se délaye. Il suffit donc de laisser séjourner le moule dans l'eau, puis de laver et de faire sortir l'eau et la terre par des trous pratiqués à cet effet. Le moule ainsi obtenu est sans aucun défaut, et donne une reproduction parfaite par la cuve galvanoplastique.
Nous représentons dans la figure 401 des objets reproduits par la galvanoplastie au moyen du moulage par le procédé Pellecat.
La reproduction des objets d'histoire naturelle, de pièces vivantes, pour ainsi dire, avait été tentée avant 1870, et nous en avons cité de curieux spécimens dans notre Notice sur \?igalvanoplastie.\jQ.vi^s\ intéressant, de la reproduction des objets naturels, a été perfectionné récemment par un artiste habile, M. Juncker.
M. Juncker obtient, par le procédé qu'il nomme galvanotypie, les ornementations les plus variées, en même temps que les plus artistiques, en métallisant des feuilles, des fleurs ou des fruits.
Dès qu'un dépôt assez résistant, quoique très mince, est obtenu par les procédés ordinaires, M. Juncker détruit la matière organique qui a servi de moule, et il la rem-
GO
place par un alliage fusible. Mais auparavant, les fleurs et les fruits sont groupés d'une façon gracieuse autour d'un vase métallique approprié, et le tout est argenté par la méthode électro-chimique ordinaire.
Fig. 403. — Branche de vigne reproduite par le procédé Juuclier.
Il est évident qu'un semblable travail exige surtout une grande habileté de main, et un goût éclairé ; mais les produits obtenus, tout en constituant de belles œuvres d'art, dont aucune ciselui'e ne saurait atteindre la perfection, permettent de vulgariser, en les mettant à la portée de tous, des créations artistiques. Elles sont d'aulant plus dignes
d'intérêt que leur ensemble est une très exacte reproduction de la nature.
La galvanotypie diffère du recouvrement d'un objet par la galvanoplastie, en ce que l'on n'est plus en présence d'un type déformé ou fragile, selon que le métal déposé par la pile est de forte ou de mince épaisseur, mais bien devant une masse pesante, rigide, sonore comme le bronze, conservant les puretés et la forme du modèle, et de plus, n'exigeant aucime retouche, pouvant se modeler et se river comme les métaux, et propre, dès lors, à tout emploi décoratif.
M. Juncker ne fait pas connaître le procédé particulier, ou le tour de main qu'il emploie. Nous ne pouvons donc donner à ce sujet des explications plus complètes, et nous nous contenterons de montrer, dans les figures 402 et 403, la reproduction d'un vase ornementé et d'une branche de vigne par les procédés de cet opérateur.
Un électricien déjà connu par d'autres travaux, M. Thiercelin, Ingénieur des Arts et Manufactures, s'est attaché à mettre à la portée de tous, amateurs, comme industriels, la reproduction des œuvres d'art, au moyen de l'appareil galvanoplastique simple.
Ayant remarqué que le cuivre se déposait en poudre rouge, au lieu de former une couche tenace, toutes les fois que le bain était trop acide, et non pas, comme on le prétend généralement, lorsque le covirant a trop d'intensité, M. Thiercelin eut l'idée de chercher, pour alimenter le bain, un sel de cuivre capable d'absorber l'acide sulfurique, au fur et à mesure de sa formation ; de telle sorte qu'on pût galvaniser dans un liquide à peu près neutre.
Ce sel est le carbonate de cuivre, qui se décompose peu à peu, en laissant dégager de l'acide carbonique, tandis que l'acide sulfurique du sulfate employé, se répand dans le bain, par suite de la mise en liberté du cuivre métallique.
SUPPLÉMENT A LA GALVANOPLASTIE.
Le carbonate de cuivre est d'un prix peu élevé. On le place dans un petit sachet, qui trempe dans le liquide, et l'on obtient ainsi, à coup sûr, des dépôts magnifiques de cuivre rosé, qui se conserve indéfiniment, sans que sa surface éprouve la moindre oxydation au contact de l'air.
On voyait à l'Exposition de 1878, une belle collection de reproductions galvanoplastiques d'objets naturels, dus à M. Thiercelin. Entre autres spécimens intéressants, on remarquait des pièces anatomiques, recouvertes d'abord de cuivre, puis détruites après coup, laissant une empreinte des plus fidèles et des plus commodes pour l'étude de l'anatomie.
Ce genre de reproduction permettrait de doter nos musées et nos grandes écoles pratiques de pièces anatomiques bien plus exactes que tous les modèles en cire actuellement en usage.
Il est possible, d'ailleurs, de peindre le cuivre avec des couleurs appropriées, mais en couches assez minces pour ne point altérer la finesse des détails.
La perfection que l'on peut atteindre dans ce genre de travail est telle que des étoffes de soie recouvertes de cuivre, laissent voir le grain de la trame, avec une netteté aussi grande que sur l'étoffe elle-même.