‹ Les merveilles de la science, ou Description populaire des inventions modernes (volume 5)Chapitre 28 sur 136 · EMPLOIS MILITAIRES DES EXPLOSIFS · texte numérisé non relu

EMPLOIS MILITAIRES DES EXPLOSIFS

Dans l'armée, la dynamite est le seul explosif adopté. La dynamite sert aujourd'hui à deux usages : l°pour le chargement des obus, 2° pour la destruction rapide d'obstacles de nature diverse.

Chargement des obus. — Dans la lutte au jourd'hui engagée entre le navire cuirassé et le canon, entre le rempart et l'obus, c'est la poudre qui joue le rôle essentiel. A force d'augmenter la puissance de nos grosses pièces d'artillerie de terre, de côte et de marine, nous sommes arrivés à d'étranges contradictions : nous fabriquons des plaques de blindage, qui ont 50 centimètres d'épaisseur; mais nous possédons des canons de 100 tonnes, dont les projectiles trouent ces mêmes plaques ; l'Italie a même fait construire, par l'usine Krupp, des canons de 121 tonnes, qui sont destinés à la défense des côtes. Marchera-t-on indéfiniment dans cette voie vertigineuse? Continuerons -nous à faire des canons dont chaque coup revient au prix de 1000 à 2000 francs? C'est ce que nul ne saurait dire aujourd'hui : le problème paraît même insoluble.

Il est naturel que l'on ait pensé à utiliser

la dynamite et quelques autres explosifs pour charger des obus, qui, en éclatant, démoliraient et les cuirasses métalliques des navires et les murs mêmes de l'intérieur des forts, ainsi que les talus de terre.

Dès 1874, les Italiens avaient un obus-torpille, qui pesait 75 kilogrammes, et qui contenait 8 kilogrammes de substance explosive. Ce projectile était lancé par l'obusier rayé de 22 centimètres, se chargeant par la bouche. A l'usine Krupp, on étudiait, presque à la même époque, un obus à fusée, en acier, à faibles parois, et qui, pour un poids total de 21 kilogrammes, renfermait 14 kilogrammes de poudre. D'autre part, l'usine Gruson, à Buckau (Allemagne), fabriquait des obus avec disques de poudre comprimée, où le feu se propageait à la fois dans tous les sens. On n'avait songé jusque-là qu'à concentrer Faction brisante de la poudre : l'heure de la dynamite allait sonner.

Et quand on connaît les effets formidables produits par des pétards de dynamite isolés, déposés près d'une voie ferrée, ou sous un pont en pierre, on est tout surpris que l'artillerie n'ait pas pensé plus tôt à se servir de la dynamite pour emplir ses projectiles, et pour centupler leur puissance de destruction. C'est qu'il y avait deux sérieuses difficultés : d'abord, charger l'obus, et le transporter, sans s'exposer à des éclatements prématurés, dont les conséquences devaient être désastreuses; puis, régler la fusée de l'obus de telle façon qu'il ne fît explosion qu'au moment propice. Or, quel est le moment propice? Il faut quel'obus, avantl'explosion, ait pénétré profondément dans le talus du fort que l'on se propose de détruire, dans le mur que l'on cherche à démolir» S'il éclate à la surface de l'obstacle, il ne détermine que des dégâts insignifiants.

En Allemagne, en Italie, en Russie, l'artillerie se sert de bouches à feu courtes, qui se rapprochent des mortiers; et elle emploie des obus d'un poids énorme, qui sont

SUPPLÉMENT AUX POUDRES DE GUERRE

remplis de coton-poudre comprimé et humide. L'obus décrit alors une trajectoire parabolique ; il tombe presque verticalement, s'enfonce dans le sol, et éclate, en soulevant, avec une violence incomparable, la terre, les pierres, tout ce qu'il heurte sur son passage et qu'il a laissé au-dessus de son parcours.

Les Américains ont imaginé, pour tirer des obus chargés de dynamite, le canon pneumatique, imité du canon accélérateur de Lymann-Haskcll, et qui se compose d'une succession de poches, communiquant avec l'âme du canon par une gorge cylindrique. Ces poches sont emplies de dynamite, qui s'enflamme par les gaz surchauffés, au fur et à mesure du passage du projectile. On obtient ainsi une accélération de vitesse constante, jusqu'à ce que le projectile soit sorti du canon, et l'on évite que la charge de dynamite fasse explosion dans l'âme de la pièce.

L'accélération constante, c'est l'idéal de l'artilleur, et le fait est qu'aux premières expériences, un de ces projectiles, lancé par un canon Withworth, traversa, à 1 80 mètres de la bouche à feu, une plaque en fer, de 127 millimètres d'épaisseur. Après avoir accompli ce quasi-prodige, l'obus parcourut encore 115 mètres, sans dévier de sa trajectoire primitive.

Le 17 octobre 1885, au fort Lafayette, dans le port de New-York, on essayait un canon de 8 pouces, long de 18 mètres, formé par quatre parties en fer forgé, réunies par des tresses et des boulons, disposé sur un support métallique évidé, et que l'on pointait à l'aide d'un appareil à air comprimé. C'est aussi l'air comprimé qui, contenu dans huit réservoirs, remplace la poudre et qui, chaque réservoir s'ouvrant l'un après l'autre, produit une accélération constante. Quant au projectile, il consiste en un cylindre en laiton, de 1 mètre de longueur, terminé par une pointe conique, et en un sabot en bois,

long de 1 mètre 30, faisant l'office de culot. Le culot dirige le projectile pendant son parcours. Cet obus renferme 40 kilogrammes de gélatine explosive ;la cartouche d'inflammation est à base de dynamite, et c'est une fusée percutante qui met le feu à la cartouche.

Le premier projectile lancé, dans ces conditions, parcourut 2000 mètres, et ne fit pas explosion. On n'avait cependant pas perdu son temps, puisqu'il était démontré que le tir des obus chargés à la dynamite n'offrait pas des difficultés insurmontables.

Le 28 novembre suivant, on tirait trois obus chargés de gélatine explosive, dont l'un franchit 4000 mètres et tomba dans l'eau; les deux autres firent explosion au fond de la mer, en projetant des gerbes, dont la hauteur dépassait 80 mètres.

Il «Hait donc établi que l'on pouvait lancer des obus chargés de gélatine explosive, qui produisaient des effets prodigieux. Il ne restait, par conséquent, qu'à perfectionner le mode de chargement de ces obus, et à chercher la forme de canon qui convenait le mieux pour les lancer.

En réalité, le problème se posait en ces termes : Envoyer un projectile contenant une forte dose de substance explosive, sans que le choc provoqué par l'inflammation de la charge détermine une explosion prématurée. Il existe deux solutions à ce problème : ou bien, employer des pièces courtes, à trajectoire très peu tendue, à charge très faible, et remplir de substances explosives des sortes de bombes ; ou bien se servir des canons nouveaux, où la charge ne s'entlamme que progressivement, et où l'on n'a pas à craindre un à-coup assez violent pour causer l'explosion de la dynamite.

Les ingénieurs et les officiers américains ont adopté la seconde de ces solutions, sans avoir toutefois réussi, au moins jusqu'à présent, à construire un canon réellement susceptible d'être mis en batterie. En

France, en Russie, en Italie, en Allemagne, c'est l'autre solution qui a prévalu, c'est-àdire que l'on a conservé les obusiers ordinaires et chargé les obus avec la dynamite. Pourquoi ?

D'abord, parce que les poudres progressives n'ont pas fourni des résultats satisfaisants. C'est en vain qu'au Bouchet, no tamment, on s'est efforcé de perfectionner la poudre prismatique; on n'est pas arrivé à la certitude, et en pareille matière, le doute n'est même pas admissible. Supposons qu'on se soit trompé, que la charge s'enflamme brusquement; l'obus, qui contient assez de dynamite pour faire sauter une portion de rempart, éclate dans l'àme de la pièce; le canon est rompu, et ses morceaux sont projetés tout à l'entour, en tuant les canonniers. Voilà de terribles accidents, dont nul n'oserait assumer la responsabilité.

En Allemagne, on a fabriqué des obus de 21 centimètres, que l'on charge de cotonpoudre. Ces projectiles sont en acier, à parois minces. D'après le général belge Brialmont, ils contiennent 26 kilogrammes de pyroxiline humide et comprimée. Quand l'obus est chargé, on y introduit de la paraffine fondue, destinée à boucher les interstices et à empêcher la dilatation de l'eau qui entre dans la composition de la pyroxiline. Au centre de la partie supérieure de l'obus, on place une charge de coton-poudre, munie d'une capsule de fulmi nate de mercure .

Des expériences ont été faites, avec ces projectiles, au polygone de Kummersdorf, et aux environs de Cosel. Le polygone de Kummersdorf a été construit en 1878, par les soins et aux frais de l'usine Krupp; c'est le polygone le mieux aménagé qui existe en Europe.

Les obus dont nous parlons, pénétrèrent à 4 mètres de profondeur, dans les terres sablonneuses de ce polygone, et creusèrent un entonnoir de 4 mètres 80 de diamètre, sur 2 mètres 40 de profondeur. Les officiers

de pionniers allemands avaient édifié une voûte en pierres, d'une épaisseur d'un mètre, protégée par une couche de sable de 3 mètres : tes obus entrèrent dans la voûte, et la détruisirent !

A Cosel, l'artillerie allemande s'exerça à battre enbrèche des fortifications déclassées i les obus de 21 centimètres chargés de pyroxiline percèrent des voûtes maçonnées recouvertes d'un mètre de béton !

Contre les coupoles cuirassées, l'action de ces projectiles fut moins considérable : l'obus éclatait en touchant la coupole, et ne produisait guère que l'effet d'un obus chargé de poudre ordinaire. A ce propos, le général Brialmont exprimait l'opinion que les substances explosives n'agissent pleinement que lorsqu'elles sont en contact intime avec l'obstacle à détruire.

Mais si l'obus glisse sur une coupole métallique sans effets destructeurs, il exerce, au contraire, des ravages prodigieux quand il vient à rencontrer les fondations, en granit ou en béton, des tourelles.

En Russie, l'artillerie a essayé d'utiliser la helloffite, substance inventée par MM. Hcllhoff et Gruson, et qui paraît être une dissolution de nitro-benzine dans de l'acide azotique concentré. C'est un liquide rougeâtre, épais, corrosif et très instable, que l'on utilise, comme la nitro-glycérine, én la mélangeant avec une base inerte. Alors elle résiste aux chocs, à l'action du feu, et ne détone plus que sous l'influence d'une capsule chargée de fulminate de mercure; on peut donc la transporter d'un endroit à un autre, sans courir un danger quelconque. Seulement, la helloffite est tellement volatile qu'on est obligé de l'enfermer dans des vases hermétiquement clos; enfin, il suffit qu'elle soit mélangée avec de l'eau, pour qu'elle perde aussitôt ses qualités. On ne doit donc songer à l'utiliser que pour l'artillerie de terre ; elle ne rendrait aucun service pour les défenses sous -marines.

SUPPLÉMENT

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