‹ Les merveilles de la science, ou Description populaire des inventions modernes (volume 5)Chapitre 3 sur 136 · A PHOTOGRAPHIE · texte numérisé non relu

A PHOTOGRAPHIE

Notons, en passant, que Ton peut, avec les glaces gélatino-bromurées, rendre avec une entière fidélité les tons de la nature. Tout le monde sait qu'en photographie le vert, le rouge et le jaune impressionnent faussement les surfaces sensibles : ces couleurs viennent en noir dans les épreuves positives. Au contraire, le bleu et le violet se traduisent en blanc. De là, sur les tableaux reproduits par la photographie, une traduction peu fidèle des couleurs du modèle, et d'autant moins fidèle que les couleurs sont plus .vives. Une robe jaune, par exemple, donne un ton bien plus vif sur l'épreuve photographique ; au contraire, une robe bleue, ou violette, paraît bien plus lumineuse sur l'épreuve que dans la nature. Dans l'uniforme du soldat français, le rouge paraît beaucoup moins vif que le bleu, ce qui est l'opposé des tons naturels.

Or, on a reconnu que certaines matières colorantes ajoutées au gélatino- bromure d'argent rendent exactement les couleurs jaune, rouge et verte. Telles sont Yorsine, Yêosine, la résorcine, la cyaninc, Yérythésine, Yazuline. On peut donc, en faisant usage de ces substances, être assuré de reproduire très exactement tous les tons d'un tableau. Il faut savoir seulement que les glaces ainsi préparées, sauf celles à l'azuline, ne se conservent que quelques jours.

Nous devons ajouter que, traitées de cette manière, les glaces exigent un temps de pose plus long que d'ordinaire.

On appelle isochromatiques les glaces qui ont reçu la préparation spéciale que nous venons de décrire.

Pour reproduire des tableaux, il est indispensable de faire usage de glaces isochromatiques, et si l'on n'en a pas sous la main, il faut savoir les préparer. La formule suivante a été donnée par MM. Mallmann et Scolick.

On laisse tremper la glace dans une solution aqueuse d'ammoniaque à 1 p. 100, pen-

dant deux minutes, puis on la plonge pendant une minute environ dans :

Eau 175 c. c.

Ammoniaque 4 c. c.

Solution d'érythrosine, à 1 p. 100. 25 c. c.

Egoulter, laisser sécher et exposer. La meilleure lumière pour la reproduction des tableaux est celle du pétrole.

Après cette digression sur l'avantage particulier que donnent les glaces gélatino-bromurées, de reproduire avec fidélité les tons de la nature, quand on leur ajoute les agents ci-dessus nommés [éosine, résorcine, etc.,) nous arrivons à l'objet de ce chapitre, qui est la description de la série d'opérations à exécuter pour obtenir une épreuve négative sur la glace recouverte de gélatino-bromure d'argent.

Il faut commencer par placer la glace dans le châssis négatif.

On appelle châssis négatif la planchette qui doit être substituée à la glace dépolie de la chambre noire, pour remplacer la surface sensible, c'est-à-dire la glace gélatinobromurée, sur laquelle doit se faire l'impression lumineuse. Pour cela, le côté intérieur

Fig. 2. — Châssis négatif, à volet.

du châssis, celui qui est destiné à s'ouvrir, pour exposer la glace à la lumière, est fermé, soit par un volet, qu'on rabat pendant la pose, soit par un rideau qui, en se déroulant, va se loger derrière le châssis. On voit dans la figure ci-dessus le châssis à volet, c'est-àdire le modèle principal de châssis en usage dans les ateliers.

Le châssis doit s'adapter assez exactement au devant de la chambre, pour ne laisser pénétrer aucune lumière à l'intérieur de cet

espace. On vérifie si cette condition est remplie, et si aucun rayon de lumière diffuse ne pénètre à l'intérieur, en fermant l'objectif, s'enveloppant la tête du voile noir, et regardant si l'intérieur de la chambre est complètement obscur. On découvre facilement, de cette manière, s'il existe un orifice qui laisse passer le jour. On ne doit placer le châssis dans sa coulisse, pour remplacer la glace dépolie de la chambre obscure, que quand on s'est bien assuré de l'absence de tout filet lumineux.

Quant à la chambre obscure elle-même, nous l'avons décrite, avec les détails suffisants, dans notre Notice des Merveilles de la science. Ses dispositions n'ont pas sensiblement varié depuis cette époque; seulement, l'emploi général du gélatino-bromure d'argent et la nécessité de fournir aux amateurs et aux voyageurs des chambres obscures de petit volume, ou de forme spéciale, ont amené à construire des appareils présentant quelques dispositions nouvelles, que nous allons faire connaître.

Fig. 3. — Chambre noire d'atelier à deux corps de soufflet carrés rentrant; deux châssis à rideau; deux planchettes d'objectif, pouvant se placer à l'intérieur de la chambre pour les instruments à court foyer; crémaillère de^rappel, pour la mise au point.

Les types divers de chambres noires que l'on construit aujourd'hui sont : la

Fig. 4. — Pied carré de la chambre obscure d'atelier.

chambre noire d'atelier, ou chambre universelle, et la chambre noire des voyageurs.

La chambre noire d'atelier, ou chambre universelle, se prête aux reproductions de toute sorte, au portrait, comme au paysage, grâce aux nombreux accessoires qui l'accompagnent.

La figure 3 représente la chambre noire d'atelier et la figure 4 le pied de cette même chambre. Ce pied est carré, et grâce au chariot mobile qu'il porte, on peut donner à la chambre noire toutes les positions et inclinaisons que l'on désire.

La chambre noire d'atelier est, généralement, de grande dimension, car elle peut atteindre un mètre de hauteur et sa longueur deux mètres, quand le soufflet est complètement tiré. L'objectif peut se placer sur un tube, qui s'avance à l'extérieur ou à l'intérieur de la chambre, pour augmenter ou diminuer sa longueur. Portée sur son pied, elle est installée à poste fixe, et c'est le mo-

SUPPLÉMENT A LJ

êi PHOTOGRAPHIE.

dèle que l'on déplace, au lieu de la chambre. La chambre noire de voyage (fig. o) diirère

E. PEIICHOT

Fig. 5. — Chambre noire de voyage, à deux corps de soufflet carrés de mêmes dimensions, chariot à rallonge, deux châssis à rideau; deux planchettes pour objectif, pouvant se placer également sur le cadre du milieu du soufflet pour les courts foyers ; crémaillère à double piguon, pour la mise au point.

peu, par sa structure, de la chambre d'atelier ; mais elle est de plus petite dimension

Fig. 6. — Pied de la chambre noire de voyage.

et portée sur un chevalet léger et mobile (fig. 6). C'est la chambre noire des touristes,

qui la font construire avec un certain luxe.

On voit sur les figures 7 et 8 un modèle de chambre noire universelle, ou chambre d'atelier, très répandu chez les photographes, et qui leur sert à toute sorte d'usages. Dans certains ateliers, cet énorme support peut rouler sur des rails.

Ce grand appareil sert dans les ateliers des graveurs et des administrations publiques, pour copier les cartes, réduire les dessins, les plans, etc.

Reprenons la suite de notre opération.

Nous avons placé les châssis à l'intérieur de la chambre noire, pour remplacer la glace dépolie, et nous avons ouvert le châssis, qu'il soit à volet ou à rideau, de façon que la surface sensible soit prête à être impressionnée par l'agent lumineux. Il s'agit maintenant de découvrir l'objectif, pour faire arriver la lumière sur la couche gélatino-bromurée que porte la glace fixée dans le châssis.

Autrefois, c'est-à-dire avant la découverte du gélatino-bromure d'argent, le photographe se contentait d'enlever à la main le couvercle, ou opercule, en métal, qui fermait l'objectif, et de le replacer, après le temps de pose voulu. Cette façon simple d'opérer n'est plus possible aujourd'hui que la pose est réduite à une ou deux secondes, et quelquefois à bien moins. Il faut se servir d'obturateurs mécaniques, qui découvrent et referment l'objectif d'une manière instantanée.

La création des obturateurs mécaniques présentait beaucoup de difficultés, car il fallait que le mécanisme pût produire, en une fraction de seconde, ce que la main faisait autrefois pour les poses prolongées. Le problème a été résolu de bien des façons, et il existe aujourd'hui plus de cent systèmes difïérents d'obturateurs mécaniques.

Nous allons décrire et représenter les modèles les plus répandus, en commençant par le plus simple de tous, l'obturateur dit à guillotine et à poire de caoutchouc.

Cet appareil, que nous représentons dans les figures 9, 10 et 11 , est formé d'une plaque métallique présentant une ouverture, rectangulaire ou carrée, qui vient tomber verticalement au devant de l'objectif de la chambre noire, quand on presse, à la main, une poire de caoutchouc, ajoutée à un long

tube de même matière. L'air comprimé venant de la poire de caoutchouc déplace un petit levier, qui fait tomber la guillotine, et la lumière ne peut impressionner la glace gélatino-bromurée que pendant le temps très court, où le trou de la plaque métallique la laisse arriver à l'objectif.

Fig. 9. — Obturateur Mendoza.

Fig. 10. — Obturateur à guillotine Fig. II. — Obturateur à guillotine simple. double.

Fig. 12. — Obturateur Londe et Dessoudeix disposé sur la chambre noire.

Fig. 13. — Obturateur stéréoscopique à objectif doublé de Londe et Dessoudeix.

La figure 12 représente l'obturateur de MM. Londe et Dessoudeix disposé sur la chambre noire, derrière l'objectif. Il se place sur la planchette de l'objectif, avec quatre vis. L'objectif est fixé, au moyen d'une planchette mobile, sur l'obturateur lui-môme.

La figure suivante montre un obturateur pour les vues stéréoscopiques, àécartement variable. Cet appareil se compose de deux petits obturateurs indépendants, qui fonctionnent dans le même sens, de bas en haut,

s. T. II.

afin de permettre la meilleure utilisation des rayons pour les premiers plans.

Ils glissent dans deux coulisses, ce qui permet un écartement variable, suivant qu'on le juge nécessaire.

Deux petits soufflets interceptent tout passage à la lumière.

Pour le stéréoscope, les deux appareils sont déclanchés en même temps, au moyen d'une poire unique et d'un tube à embranchement.

Veut-on s'en servir successivement, ce qui dans certains cas peut être précieux, on obtient ce résultat au moyen de deux poires : chaque appareil fonctionne alors comme s'il était seul.

Dans les figures 14 et 15 on voit l'obturateur Guerry à simple volet. La figure 16 donne le même appareil avec un volet double.

en avaut de l'objectif.

On voit dans la figure 17 X obturateur rapide de MM. Thury et Amey, pour les poses instantanées.

Fig. 15. — Obturateur Guerry à volet simple placé à l'intérieur de la chambre.

Cet instrument, placé entre les lentilles de l'objectif, au centre optique du système, se compose de deux lames métalliques

percées chacune d'une ouverture circulaire et marchant simultanément en sens inverse. Ainsi l'ouverture et la fermeture de l'objectif

Fig. 16. — Obturateur Guerry à volet double.

se font par le centre, en sorte que l'on profite de toute la lumière possible pendant le

Fig. 17. — Obturateur rapide Thury et Amey.

plus court espace de temps, condition essentielle pour de bonnes épreuves instantanées.

Parfaitement équilibré, il ne donne aucune trépidation, et peut fonctionner dans toutes

SUPPLÉMENT A LA PHOTOGRAPHIE

les positions. Son déclanchement est pneumatique.

L'obturateur Boca donne le moyen de mesurer exactement et automatiquement le

Fig. 18. — Obturateur Boca.

temps de pose, depuis \ /50 de seconde jusqu'à 5 secondes, par fractions de 1 /oO de seconde.

L'obturation se produit entre l'objectif et la chambre noire.

Le mouvement des volets se faisant de haut en bas pour l'ouverture, et de bas en

haut pour la fermeture, les premiers plans sont découverts les premiers et marqués les derniers ; leur pose est donc relativement plus longue.

Le déclanchement de l'obturateur est instantané. Il s'obtient sans produire d'ébranlement et sans réclamer aucune attention de la part de l'opérateur.

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