AUTRES EMPLOIS DE LA DYNAMITE, EN TEMPS DE GUERRE
— DÉVOUEMENT HÉROÏQUE DES LIEUTENANTS POL ET BEAU. — DESTRUCTION DES MURS, DES ARBRES, DES PONTS, DES VOIES FERRÉES AU MOYEN DE LA DYNAMITE.
— LA DESTRUCTION DU PONT DE FONTENOY, EN 1870, APRÈS LA RETAITE DE SÉDAN. — MANIÈRE D'ENFLAMMER LA DYNAMITE POUR LA DESTRUCTION DES OBSTACLES.
Sous quelle forme la dynamite est-elle employée, pour la destruction des obstacles, en temps de guerre ? La dynamite s'emploie, dans ce but, en charges allongées et en charges concentrées : en charges allongées, pour l'ouverture des brèches, pour abattre de très gros arbres ; en charges concentrées, s'il s'agit de percer des créneaux dans un mur, défaire sauter des piliers de pont, d'en-
foncer des portes et des barricades, enfin de rendre un chemin impénétrable à l'ennemi.
Dans les charges concentrées . les pétards de dynamite sont réunis dans des caisses, que l'on place dans un trou pratiqué sous l'obstacle ; dans les charges allongées, ces pétards sont disposés bout à bout et maintenus dans cette position, à l'aide de baguettes ou de cordeaux de ficelle. Il y a tout avantage à creuser, si l'on peut, un trou, qui fera l'office de fourneau de mine ; mais cette opération n'est pas toujours d'une exécution aisée.
Le pétard de dynamite employé dans l'armée est de forme prismatique ; son enveloppe est métallique. L'amorce qui s'y trouve implantée est de forme cylindrique.
Le pétard est long de 130 millimètres et haut de 33 millimètres. Sur chaque fond est fixé un tube, destiné à recevoir l'amorce. L'orifice extérieur de ce tube est fermé par un ruban de fil. Le tout est recouvert de papier. Nous représentons dans la figure 106 le pétard de dynamite réglementaire dans l'armée.
\J amorce fulminante dont on fait usage est une grosse capsule en cuivre, contenant un gramme et demi de fulminate de mercure. Pour amorcer, on prend un morceau de cordeau de mineur (bickford) de 1 mètre à lm,50 de long; on introduit l'une de ses extrémités dans le pétard; on serre l'entrée du tube avec une pince, de manière à y produire un étranglement qui
l'empêche de sortir. Alors on découvre l'orifice du tube d'amorce, et on y introduit la capsule fulminante fixée à l'extrémité du cordeau de mineur.
Pour mettre le feu à la dynamite, on fend, avec un couteau, l'extrémité libre du cordeau de mineur, on engage dans la fente un morceau d'amadou, on l'allume et on se retire.
Les pétards de dynamite s'appliquent, avons-nous dit, en charges allongées ou concentrées.
Nous représentons dans la figure 107 un pétard de dynamite fixé à la porte d'un fort.
On enfoncé au milieu de la porte un pic de terrassier, en le disposant comme le montre notre dessin, et on suspend au fer du pic la dynamite en charge allongée. Le cordeau de mineur étant mis en rapport avec la charge de dynamite, on enflamme le pétard à distance, au moyen d'un exploseur électrique et d'un fil conducteur du courant de la pile.
Le 18 janvier 1871, sur le plateau qui fait face au mont Valérien, l'armée française attaquait les Prussiens, retranchés derrière l'interminable mur du château et du parc de Buzenval. Précédé d'un large fossé, crénelé, que défendaient d'habiles tirailleurs, ce mur était à peu près infranchissable. Il existait, tout à l'extrémité, une porte, que nos artilleurs avaient essayé de défoncer à coups de canon. La porte avait cédé en partie, et nos soldats donnaient l'assaut; cependant elle tenait bon encore. Un lieutenant du génie, l'héroïque Beau, se jette danslamêlée, et, suivi d'un sapeur, il va, malgré une pluie de balles, placer un pétard de dynamite sous la porte. Il n'eut pas le temps d'y mettre le feu. Le lieutenant et le sapeur tombèrent presque aussitôt, criblés, chacun, de plus de vingt balles (1).
(1) Les camarades de Beau ont fait placer son buste dans la salle d'honneur du collège de Bourg, où il avait fait ses premières études.
Au Sénégal, en 1 881 , un lieutenant d'artillerie de marine, Pol, renouvela cet exploit. Une colonne de soldats français, commandée par le colonel Borgnis-Desbordes, faisait le siège du fort de Kita ; l'entrée du fort était fermée par une porte massive, en bambou; les obus pénétraient dans la porte et traversaient le bois, mais ils ne pratiquaient pas de brèche. Le lieutenant Pol s'avance jusqu'au pied du fort, il installe deux pétards de dynamite sous la porte, y met le feu... mais il tombe. Quand les soldats, qui s'étaient précipités sur ses pas, et qui, par la brèche, enfin ouverte, avaient pénétré dans l'intérieur du fort, eurent rapporté l'héroïque officier à l'ambulance, il était mourant ; les indigènes l'avaient percé de coups de lances. Le colonel Borgnis-Desbordes le décora sur son lit de mort.
On voit, par ces deux exemples, combien il est utile de posséder des chargements de dynamite convenablement préparés pour une inflammation rapide. A la guerre, la bravoure ne supplée pas toujours à l'insuffisance du matériel et de l'armement.
Revenons aux procédés employés pour l'inflammation de la dynamite. Quand les détachements militaires ne possèdent pas d'outils, pelles, pioches, pour creuser un trou de mine, ou pour forer une pierre, on a recours à la méthode dite des charges successives. Pour cela, on fait détoner une faible charge de dynamite tout contre l'obstacle à détruire. En faisant explosion, cette première charge creuse un logement pour la seconde charge, qui, elle-même, provoque la destruction définitive de l'obstacle.
Pour mettre le feu aux pétards de dynamite, il est trois procédés différents. On peut, ainsi qu'il a été dit plus haut, allumer directement la mèche de mineur qui communique avec l'amorce, et se retirer; il faut alors avoir soin d'entourer de pulvérin l'ex-
Fig. 107. — Pétard de dynamite, en charge allongée, fixé à la porte d'un forti
trémité de la mèche. Si cette mèche n'est pas assez longue pour la sécurité du, soldat, on taille un morceau d'amadou, long d'environ 5 centimètres ; on l'introduit dans la fente d'une feuille de papier, on place sur
Fig. 108. — Un moine, pour l'inflammation de la mèche des pétards.
la feuille dupulvérin, et l'on enflamme l'amadou, qui se consume en 2 minutes et demie, met le feu au pulvérin, et par son inter-
médiaire, â la mèche du pétard de dynamite. Ce morceau d'amadou est désigné sous le nom singulier de moine (fig. 108).
La feuille de papier, A, est maintenue sur le sol, au moyen de quatre pierres ; le morceau d'amadou, B, est en contact, par sa base, avec le pulvérin, C, et ce dernier en rapport avec la mèche, D, aboutissant au pétard de dynamite.
Le second procédé présente moins de dangers. On appelle cordeau de mineur, ou bickfort, une double enveloppe en fils de chanvre roulés en spirales et en sens contraire, dans l'axe de laquelle on a versé de la poudre. La longueur du bickfort est d'environ 5"à6 mètres. D'habitude, son diamètre est de 5 millimètres, et sa vitesse de combustion d'un mètre, en 90 secondes. Les soldats, ou les ouvriers, ont donc le temps, après avoir allumé le bickfort, de se mettre
à l'abri avant que le pétard fasse explosion.
L'étincelle électrique est le troisième moyen servant à enflammer les pétards de dynamite. Il suffît de mettre en contact les extrémités des deux fils conducteurs, reliés chacun à l'un des pôles d'une pile, pour produire le courant électrique, et déterminer l'explosion de l'amorce fulminante que contient le pétard.
Ce procédé exige de minutieuses précautions. En effet, si le contact des deux fils a lieu par accident, avant que les ouvriers ou les soldats se soient éloignés, l'explosion se produit, et de terribles accidents sont alors inévitables. On signale tous les ans quelques faits de ce genre, soit dans les mines, soit dans les écoles régimentaires du génie.
Nous verrons, en parlant des emplois industriels de la dynamite, que les appareils servant à l'inflammation des mines par l'électricité sont aujourd'hui très perfectionnés et d'un usage très sûr.
Pour abattre des arbres, on emploie des charges circulaires et latérales. Dès que le pétard a fait explosion, l'arbre tombe.
Les Américains consacrent de grandes quantités de dynamite à la 'destruction rapide des immenses forêts vierges qu'ils font disparaître, pour les transformer en champs de labour et en pâturages.
Pour calculer le poids de dynamite à employer, on se sert de la formule suivante, qui n'est qu'approximative :
d désignant le diamètre de l'arbre et P le poids de dynamite.
On consomme moins de dynamite si l'on a soin de creuser un trou, de 4 centimètres de profondeur, perpendiculairement à l'axe de l'arbre, et de placer dans ce trou la cartouche de dynamite.
S'il s'agit d'abattre un mur, il est bon de pratiquer le long de sa base un trou de mine, prolongé jusqu'au milieu de l'épaisseur du mur. On dispose dans cette rainure une charge de dynamite, évaluée d'après la formule :
e désignant l'épaisseur du mur. Quand cette charge éclate, elle fait une brèche, dont la largeur totale est double de l'épaisseur du mur.
S'il s'agit de détruire des voûtes, le mieux est de disposer de chaque côté de la clef de voûte, et parallèlement, des pétards de dynamite, formant, comme nous l'avons dit plus haut, une charge allongée; ces pétards feront explosion simultanément .
En campagne, les troupes sont fréquemment arrêtées par des palissades, des palanques, des chevaux de frise ou des grilles en
SUPPLÉMENT AUX POUDRES DE GUERRE
fer. On se fraye un passage à travers tous ces obstacles, en les entourant d'un saucisson de pétards de dynamite.
Pour détruire les voies ferrées, on fixe solidement deux pétards, du poids de 100 grammes, contre les rails, entre les deux saillies et des deux côtés de la voie.
C'est ce que nous représentons dans la figure; 1 09 , qui donne en même temps le dessin exact, en élévation, de la forme d'un pétard de dynamite réglementaire dans l'armée.
L'explosion de ces deux pétards produit une brèche de 50 centimètres de longueur, et la circulation des trains est interrompue.
Cette brèche suffirait, en tout cas, pour amener le déraillement d'un train.
Si l'on veut obtenir une détérioration plus grave et détruire une grande portion de la voie ferrée, on
Fig. 110. — Pétards de dynamite placés pour la rupture d'un pont métallique.
A, B, pétards ; C, cordeau.
s'efforcent, en démolissant ainsi une ou deux arches, de créer une interruption du tablier du pont, de 20 mètres de largeur.
Nous représentons sur la figure 110 deux pétards de dynamite placés sur un pont métallique pour déterminer sa rupture.
En 1870, quand les armées allemandes étaient arrivées sous les murs de Paris, deux cents francs-tireurs, hommes résolus, partis de Langres, parvinrent, après une marche audacieuse à travers des lignes
ennemies, jusqu'au pont de Fontenoy, et ils réussirent à faire sauter deux arches de ce pont.
Ces braves soldats risquaient leur vie ; car si les ennemis les avaient découverts et faits prisonniers , ils auraient été immédiatement fusillés.
Ils réussirent dans leur hardi coup de main, et leur dévouement héroïque fut couronné par le succès.
fait exploser 30 ou 100 pétards, placés à 20 ou 30 mètres les uns des autres, et l'on recherche principalement les points où les rails décrivent des courbes, puisque la réparation des courbes d'une voie ferrée est beaucoup plus difficile que celle des parties en ligne droite.
S'il s'agit de couper des routes, 40 kilogrammes de dynamite suffisent pour démolir les remblais d'une route, sur une étendue de 20 à 30 mètres. On retarde, de cette manière, la marche de l'ennemi, surtout si l'on a affaire à de la cavalerie.
Pour détruire les ponts, les officiers dugénie font sauter les piles avec la dynamite, et
Quelle était la raison qui les poussait en avant ?
La ligne du chemin de fer de l'Est passe sur le pont de Fontenoy. C'est par cette voie ferrée que les Allemands faisaient venir, pour le bombardement de Paris, leurs canons de gros calibre, leurs obus, leurs poudres et leurs immenses approvisionnements. Le pont une fois détruit, les Allemands étaient obligés de faire transporter leur matériel et les vivres sur des voitures attelées de chevaux, ce qui était à peu près impossible.
La destruction du pont de Fontenoy, pendant la retraite de Sedan, a été racontée avec
de grands détails, dans l'ouvrage considérable que l'Etat-major allemand a consacré à l'histoire delà guerre de 1870-1871. Cette publication, jointe à des notes données par les officiers des francs-tireurs, a permis au général Thoumas de donner, en 1889, une relation exacte du coup de main exécuté le 22 janvier 1871 par le capitaine Coumès.
Nous trouvons le récit du général Thoumas résumé dans un journal de Paris, par un écrivain de mérite, M. de Saint-Hérem, à qui nous emprunterons cette analyse.
« Après Sedan, dit M. de Saint-Hérem, on avait formé à la Vacheresse, dans les Vosges, près de la petite ville de Lamarche, un camp retranché. On y installa un bataillon de mobiles du Gard, auquel on adjoignit bientôt une compagnie de francstireurs, qui prit la dénomination de francs-tireurs des Vosges. Cette compagnie, qui comptait environ trois cents hommes, était composée de soldats provenant de divers régiments qui, échappés du champ de bataille de Sedan, avaient été ralliés par quelques officiers. Le camp était placé sous l'autorité du commandant Bernard, qui avait sous ses ordres le capitaine Coumès.
« Pendant un ou deux mois on s'appliqua à réorganiser les petites troupes rassemblées au camp, et on fit contre les Allemands des expéditions souvent heureuses. Dans une de ces rencontres, le commandant Bernard, à la tête de trois cents combattants, sans canons, ni cavalerie, défendit la ville de Lamarche contre la landwher prussienne, et ne se retira qu'après trois heures de lutte. Les Allemands n'osèrent pas le poursuivre.
« Mais le commandant Bernard préparait une entreprise de grande portée : il songeait à couper les communications de l'ennemi en faisant sauter le pont de Fontenoy. De la Vacheresse à Fontenoy on compte 60 kilomètres. Il fallait franchir cette distance la nuit, en pleine neige, se glisser à travers de nombreux détachements allemands, s'emparer de Fontenoy, occupé par une garnison ennemie, établir une mine sous un des piliers du pont, assurer le bon fonctionnement de l'explosion, puis revenir au camp, en évitant d'être attaqué par les forces supérieures dont disposaient les Prussiens.
« L'opération fut longuement étudiée par le capitaine Coumès, qui, vêtu en civil, alla d'abord explorer la région à parcourir. Il s'agissait de traverser des bois, de contourner, dans le plus grand silence, des villages et des bourgs remplis de soldats prussiens, d'arriver à Fontenoy, avant le lever du jour afin de mieux surprendre l'ennemi, et au besoin, de
livrer combat dans cette petite localité, sans donner l'éveil à la garnison allemande de Toul, postée à quelques kilomètres.
« Au départ, presque toutes les troupes du camp se formèrent en colonne. Les francs-tireurs marchaient en avant, suivis, à courte distance, par les mobiles du Gard. Il y avait à franchir un espace dangereux, dans lequel on risquait d'être attaqué par plusieurs bataillons prussiens, accompagnés d'artillerie. Il faisait une nuit profonde, la neige tombait, amortissant le bruit des pas. On atteignit bientôt une région où les risques d'attaque étaient moins fréquents, et on renvoya les mobiles à la Vacheresse.
« La colonne qui poursuivit sa route comprenait les trois cents francs-tireurs. A deux cents mètres en avant, cheminait un petit peloton d'éclaireurs, chargé de pousser des patrouilles dans toutes les directions. Ce premier groupe était précédé par un homme en bourgeois, qui allait tantôt à pied, tantôt à cheval, tantôt en voiture, et qui, s'il avait été pris, aurait donné un signal, tout en se faisant passer auprès de l'ennemi pour un propriétaire des environs qui gagnait le village le plus voisin. L'homme était muni de deux lanternes, une blanche et une rouge au moyen desquelles il correspondait, dans l'obscurité, avec la colonne. Enfin, le premier peloton emmenait un chien de garde, dressé à reconnaître l'odeur des Prussiens et à aboyer.
« La première étape fut de quarante kilomètres, parcourus en partie dans les sentiers forestiers, où la neige avait un mètre de hauteur. Le matin on fit halte dans une grande ferme, où, par les soins du chef de l'expédition, un repas avait été préparé. Quelques assiettées de soupe aux pommes de terre, bien chaude, du vin, du café, une forte rasade de cognac, une pipe bien bourrée, rendirent du jarret à tout le monde. On reprit l'étape.
« Il y eut une seconde nuit de marche, sans autre ennui que la rigueur du froid, et le 22 janvier, à cinq heures du matin, la petite troupe entra dans Fontenoy.
«A Fontenoy étaient établis une cinquantaine de soldats de la landwher prussienne, principalement chargés de la garde du pont. La veille, le commandant prussien de Toul, averti, on ne sait comment, qu'il se préparait quelque chose, fit tirer deux coups de canon. C'était un avertissement convenu pour donner l'éveil aux Allemands de Fontenoy, et les prévenir de se tenir sur leurs gardes.
« Le chef des landwhériens de Fontenoy, sans trop savoir quel danger le menaçait, avait rassemblé son monde dans la gare. Un factionnaire était placé à la porte des salles d'entrée; les autres factionnaires, installés à une centaine de mètres de la gare surveillaient la place. Enfin, une sentinelle double se tenait à l'entrée du pont. Il semblait que les précautions fussent bien prises. Les Allemands
SUPPLÉMENT AUX P
OUDRES DE GUERRE.
massés dans la gare dormaient en laissant tomber la neige ou fumaient leurs interminables pipes de porcelaine, lorsque, cinq heures sonnant, le détachement du capitaine Coumès, se glissant par une rue de Fontenoy, déboucha sur la place de la gare.
« Il était interdit de faire feu; on devait aborder l'ennemi à l'arme blanche; et opérer en faisant le moins de bruit possible.
« La nuit était si épaisse que le factionnaire allemand eut quelque peine à apercevoir les francstireurs. Il entrevit d'abord une masse confuse, et il a déclaré depuis qu'il croyait voir devant lui une troupe de paysans se rendant à l'église. Tandis qu'il cherchait à bien distinguer ce qu'il regardait, deux coups de baïonnette le firent rouler dans la neige. Le capitaine Coumès, suivi de deux sousofficiers et d'une centaine d'hommes, s'élançait au pas de course sur la gare. Le second factionnaire fut tué. Les Allemands sautèrent sur leurs fusils et voulurent sortir, mais ils furent refoulés; d'autres groupes de francs-tireurs pénétrèrent dans la salle d'attente par les fenêtres. Une courte lutte à la baïonnette s'engagea, plusieurs Allemands furent blessés, d'autres se rendirent, le reste s'échappa et courut à Toul donner l'alarme.
« Aussitôt la gare prise, les francs-tireurs se portèrent vers le pont, tuèrent les deux sentinelles et, sans perdre une minute, disposèrent de la poudre le long d'un des piliers. Une explosion, entendue à plusieurs lieues à la ronde, fit sauter le pont. Il était temps, car il arrivait de Nancy un train chargé d'ennemis.
« La troupe du capitaine Coumès avait accompli sa mission. Les communications des Allemands étaient coupées; les approvisionnements destinés au siège de Paris devraient désormais faire un très long détour, pendant lequel ils étaient exposés à être enlevés.
« Les francs- tireurs revinrent sans être inquiétés au camp de la Vacheresse.
« Cette courte opération a été certainement un des beaux faits de guerre de la campagne. »
Si le pont de Fontenoy avait été coupé deux mois plus tôt, le siège de Paris n'eût commencé qu'au mois de décembre, le gouvernement de la Défense nationale aurait eu le temps de faire entrer dans Paris beaucoup plus de vivres, d'équiper, d'armer et surtout d'exercer tous les soldats improvisés de nos bataillons de la garde mobile et de la garde nationale ; et qui sait ce qui fût arrivé! Or, le fait est bien démontré, si après Sedan on ne fit pas sauter le pont de Fon-
s. T. II.
tenoy et les six tunnels des Vosges, pendant la retraite de l'armée commandée par le maréchal de Mac-Mahon, c'est qu'on ne disposait d'aucun moyen de transport pour amener de Paris quelques tonneaux de poudre! Nous n'éprouverions pas aujourd'hui les mêmes difficultés, il y a toujours de la place dans un fourgon, pour y loger quelques pétards de dynamite.
La dynamite est souvent employée dans l'armée, pour mettre hors de service une pièce d'artillerie de siège ou de campagne. Pour cela, on introduit dans l'âme de la pièce une charge de 500 grammes de dynamite, que l'on fait exploser.
Pour briser un canon, de manière à le réduire en blocs de fonte, faciles à transporter, on fait descendre la pièce dans une fosse, et on la cale, la bouche en haut. Ensuite on fait arriver dans l'âme (%. 111) deux charges de dynamite, attachées à une baguette en bois, la plus forte au fond, la plus faible à la hauteur des tourillons. On prend autant de grammes de dynamite qu'il y a de kilogrammes de métal du canon.
On met au fond les deux tiers de la charge, et un tiers au milieu. On remplit d'eau la pièce, et on ferme la bouche avec un tampon de bois, qui ne laisse passer que les fils électriques conducteurs.
C'est, en effet, avec l'étincelle électrique qu'il est préférable d'opérer l'inflammation de la charge.
Un exploseur électrique sert à déterminer l'envoi du courant dans l'amorce fulminante, que l'on a disposée au-dessous de la charge, ainsi que nous le représente la figure 111.
Le canon est brisé en 90 à 100 morceaux.
Au lieu de chercher à décharger les obus qui n'ont pas éclaté, il vaut mieux les détruire avec de la dynamite, qui brise l'enveloppe métallique, et fait brûler à l'air libre
la poudre de l'obus, ce qui ne présente aucun danger.
On opère sur trois obus à la fois : deux étant placés l'un près de l'autre et le troi-
Fig. 111. — Rupture d'un canon par la dynamite.
sième au-dessus. On tasse la dynamite dans l'intervalle qui existe entre les projectiles, de manière qu'elle soit bien en contact avec les obus qu'il s'agit de briser.