CHAPITRE IV
LE RENOUVELLEMENT DE L'ARMEMENT EN FRANCE. — LE FUSIL CHASSEPOT CÈDE LA PLACE AU FUSIL GRAS. — DESCRIPTION DE CE FUSIL.
Après ces considérations théoriques sur les raisons qui ont fait adopter le petit calibre et le mécanisme à répétition dans les fusils de guerre de toutes les nations, nous passons à l'exposé de l'état actuel de l'armement des troupes chez les différents peuples de l'Europe, en commençant par la France.
On a dit que les fusils à aiguille avaient déterminé la défaite des Autrichiens à Sadowa, en 1866, et l'on a ajouté que le canon Krupp avait été le facteur des victoires
prussiennes en 1870. L'une et l'autre de ces assertions sont peu exactes. Certes, le tir de l'infanterie prussienne causa de grands ravages dans les rangs de l'armée autrichienne à Sadowa (fig. 209), et l'artillerie allemande a joué un rôle considérable à Sedan, à Wœrth et même à Villersexel y mais croit-on que ces canons et ces fusils
Fig. 210, — Le général Gras,
auraient rendu les mêmes services entre les mains de soldats inexpérimentés? Aucun général n'oserait uniquement compter sur tel ou tel armement, pour assurer sa victoire. Le canon Krupp, comme le fusil à aiguille et le fusil à répétition, exigent une tactique spéciale de la part du chef de l'armée, et une instruction approfondie de la part des troupes. C'est ce que nous expliquerons plus péremptoirement quand nous aurons décrit les armes à feu portatives qui sont actuellement en service dans les armées d'Europe.
SUPPLÉMENT AUX ARM
Un général français écrivait en 1883 :
« Un fusil médiocre entre les mains de tireurs habiles et bien commandés produira, toutes choses égales d'ailleurs, des effets supérieurs à ceux d'une arme parfaite entre les mains de tireurs maladroits et mal commandés. »
Il n'en faut pas d'autre preuve que celle-ci :
En 1870, l'infanterie française était armée du fusil Cbassepot, qui était infiniment supérieur au fusil Dreyse ou Mauser, dont l'infanterie prussienne était pourvue.
Un écrivain allemand s'exprime à ce sujet en ces termes :
« Le fusil Chassepot portant très loin, l'infanterie allemande se voyait obligée d'ouvrir, elle aussi, le feu à des distances relativement considérables, et d'entretenir un feu plus vif qu'elle n'avait coutume de le faire. »
Seulement, nous n'avions pas assez préparé nos troupes, ainsi que leurs cadres, et la tactique des feux était alors à peu près à l'état de néant. C'est pour cela qu'en dépit de la supériorité de notre fusil Chassepot sur le fusil Dreyse ou Mauser, dont les Prussiens faisaient usage, nous n'avons eu que rarement l'avantage dans les batailles, les combats ou les sièges.
Aujourd'hui, la tactique a été forcément | . transformée. Les colonnes d'attaque profondes et larges ont été supprimées. Puisqu'on a le moyen de tirer vingt coups par minute, et de mettre cinquante balles sur cent dans le but, on est bien obligé d'adopter l'ordre dispersé, et de soustraire, en les éparpillant, les soldats au tir, trop bien réglé et trop fréquent de leurs adversaires. Cela est si vrai qu'à la bataille de Solferino, nous n'eûmes qu'un homme hors de combat pour 700 coups de fusil tirés par les Autrichiens, tandis qu'en 1870, on a eu un blessé pour 300 coups de fusil tirés par les Allemands.