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ÉCLAIRAGE PAR L'ARC VOLTAIQUE

L'éclairage par l'arc voltaïque résulte de la décharge, s'opérant au sein de l'air, d'un courant électrique, entre les deux pôles conducteurs, composés de charbon de cornue de gaz, matière conductrice de l'électricité

et peu combustible à l'air, en raison de son énorme cohésion.

Cependant, quelque faible que soit la combustibilité à l'air des charbons de cornue de gaz, ces charbons s'usent forcément, par la combustion ; delà, la nécessité de les rapprocher, pour maintenir constante la longueur de l'arc éclairant.

Le maintien de l'égalité de longueur de l'arc voltaïque, s'obtient par deux moyens très différents :

1° Par des régulateurs mécaniques;

2° Par la disposition spéciale supprimant tout régulateur mécanique, c'est-à-dire par la bougie Jablochkoff.

Régulateurs de Parc électrique. — L'arc électrique résultant de l'étincelle électrique jaillissant entre deux conducteurs de charbon, au sein de l'air, est en usage aujourd'hui dans un grand nombre de villes des deux mondes, tant pour l'éclairage des rues et places publiques, que pour celui des ateliers et des manufactures. L'avantage de ce système, c'est de produire une lumière très intense, avec une faible dépense d'électricité. Son inconvénient c'est que le mécanisme régulateur est sujet à des dérangements, quand il n'est pas fondé sur des principes de physique rigoureux, et construit par d'habiles fabricants.

Une perte d'électricité très sensible se constate si l'on compare l'intensité du courant produit par les machines dynamo-électriques et son intensité quand il est parvenu aux bornes de la lampe. Cette perte est de 30 pour 100 environ: mais il faut, à ce que l'on assure, l'accepter, car il est reconnu que sans la perte résultant de la résistance métallique intercalée entre la machine productrice d'électricité et les charbons éclairants, la lumière serait désagréable, irrégulière, et sujette à de fréquentes extinctions.

Nous avons décrit, dans les Merveilles de la science, le régulateur Serrin, le meilleur des appareils de ce genre. Mais il a un in-

convénient, c'est qu'il ne peut être placé qu'isolément dans le circuit, c'est-à-dire qu'il ne peut servir à alimenter qu'une seule série de lampes : il est monophote, comme disent les électriciens qui aiment à parler grec.

Les régulateurs polyphotes, c'est-à-dire pouvant être disposés en série, sur des conducteurs de faible section, par de multiples dérivations d'un même courant, sont aujourd'hui très nombreux. Ce serait une tâche aussi fastidieuse qu'inutile que de faire connaître ici les centaines de régulateurs mécaniques, on électro-mécaniques, qui sont en usage dans les deux mondes. Forcé de faire un choix, nous nous bornerons à signaler les appareils les plus en vogue. Ce sont les régulateurs Gramme, et Cance pour la France ; le régulateur Siemens, pour l'Allemagne; et le régulateur Thomson- Houston, pour l'Amérique.

Il importe, avons-nous dit, que les régulateurs puissent s'installer sur un même circuit voltaïque, de manière que les lampes puissent fonctionner indépendamment les unes des autres. Les lampes dites différentielles, résolvent cette difficulté.

Les lampes différentielles les plus connues sont celle de Gramme et celle de M. Siemens, de Berlin.

Dans la lampe différentielle, c'est un électro-aimant qui, comme dans les régulateurs Foucault et Serrin, fait descendre le charbon supérieur. Seulement, cet électroaimant n'est pas placé, comme dans les lampes Foucault et Serrin, sur le courant principal. C'est une dérivation de ce courant qui anime l'électro-aimant. De cette manière, lorsque l'arc électrique s'allonge, la dérivation de l'électro-aimant devient plus forte; l'électro-aimant entre en action, et rapproche les charbons. Ce n'est donc plus, comme dans la lampe Serrin, l'intensité du courant total qui règle la marclie des

SUPPLEMENT A L'ART DE L'ECLAIRAGE

charbons, mais bien la résistance électrique de l'arc lumineux lui-même. Et comme la

Fig. 319. — Vue extérieure du régulateur Gramme et de son globe.

résistance de l'arc n'influe nullement sur le courant, comme les foyers sont indépendants les uns des autres, on peut disposer plusieurs foyers sur un même courant.

Nous représentons dans la figure 319 le régulateur Gramme dans son aspect extérieur; dans la figure 320, sa vue en perspec-

Fig. 320. — Régulateur Gramme (Vue perspective).

tive, et dans la figure 321, la coupe du même appareil.

Dans la lampe différentielle de Gramme, comme dans celles du même genre, le charbon supérieur est fixé aune crémaillère, qui

engrène avec un rouage, lequel embraye avec une seconde crémaillère. Si l'arc électrique s'allonge, la bobine de dérivation le fait re-

Fig. 321. — Régulateur Gramme (Coupe).

culer et attire son armature, en déclenchant le rouage qui permet à la crémaillère de descendre.

Le refoulement des charbons est produit par un autre électro-aimant. C'est

ce que montrent les figures 320 et 321.

Le charbon supérieur est attaché à une tige FD, se terminant par une crémaillère, liée à une traverse, C, qui n'est autre chose que l'armature d'un électro-aimant doubl e, A A. La même armature fait partie d'un cadre EGEC, formé de la traverse supérieure C, de deux tiges verticales EE, et d'une traverse inférieure G, qui servent de porte-charbon négatif. Deux ressorts antagonistes, R, R, tendent à maintenir la traverse C, et, par suite, l'ensemble du cadre, éloigné des pôles de l'électro-aimant AA.

Le courant électrique arrive par la borne marquée du signe -j-, il sort par la borne marquée du signe — après avoir traversé l'électro-aimant AA. Tant que le courant électrique n'est pas établi, les deux pointes des crayons, «, sont en contact et pressés l'un contre l'autre, par l'effet des ressorts antagonistes, RR, dont on peut régler la tension à volonté. Quand on établit le courant, l'électro-aimant AA est actif et surmonte la puissance des ressorts. Alors, la traverse C est attirée et s'abaisse; le cadre ECEG s'abaisse également, les charbons s'écartent, et l'arc lumineux jaillit entre leurs pointes, a.

Le rapprochement des crayons, au fur et à mesure de leur usure, est produit par un second électro-aimant, B, d'une faible énergie. L'armature, I, de cet électro-aimant, B, est fixée à l'une des extrémités d'un levier, L, lequel, maintenu par un ressort antagoniste, U, oscille autour du point V, et est muni, à l'autre extrémité, d'une petite lame MS, recourbée à angle droit, et servant à embrayer le volant à ailettes d'un mouvement d'horlogerie, H. La tige, D, dont l'une des faces est taillée en crémaillère, engrène avec la roue principale du mouvement d'horlogerie, H ; de sorte que la lame S, en empêchant le volant de tourner, empêche la tige D de descendre et tous les rouages du mouvement de défiler.

SUPPLÉMENT A L'ART DE L'ÉCLAIRAGE

Si l'arc dépasse une longueur déterminée, l'intensité du courant principal diminue, et celle du courant dérivé augmente. Alors, l'armature I, de l'ectro-aimant B, se trouve attirée par l'électro-aimant B, et la crémaillère descend ; ce qui a pour effet de rapprocher les charbons.

La lampe différentielle Gramme présente uneautre disposition particulière, qui donne aux mouvements des charbons une amplitude extrêmement faible, et, pour ainsi dire, imperceptible ; ce qui permet d'obtenir une lumière très fixe. Quand l'armature de l'électro-aimant B (fig. 321) a dégagé le rouage, elle rompt, en même temps, le courant dérivé en MN. Dès lors, l'attraction cesse, le rouage se trouve de nouveau embrayé et le charbon cesse de descendre. Mais aussitôt le courant dérivé se rétablit et peut produire un nouvel effet d'attraction, et ainsi de suite. Gommé nous le disions, la distance des charbons est ainsi réglée par des mouvements extrêmement faibles et la lumière est d'une grande fixité.

Le régulateur construit par M. Siemens, de Berlin, est fondé sur ce principe qu'un cylindre de fer placé dans un solénoïde, ou aimant creux, monte ou descend dans la cavité intérieure du solénoïde, selon les variations d'intensité du courant.

Comme la représente le schéma de la figure 322, le porte-charbon x est fixé à l'extrémité d'un levier y, y', mobile autour du point 6, et dont l'autre bout est relié à un barreau de fer doux ZZ'. Ce barreau pénètre dans l'intérieur des deux bobines A etB, c'est-à-dire d'un solénoïde. La bobine A est à fil très fin, reliée en dérivation sur les bornes de l'appareil; la bobine B est à gros fils, placés sur Je circuit de l'arc lumineux. Suivant les variations de résistance de l'arc lumineux, l'attraction de l'une ou de l'autre de ces bobines est prédominante, et attire le noyau ZZ', en produisant le rapproche-

ment ou l'écartement des charbons, auxquels ce système est lié par l'intermédiaire du levier mobile y, y'.

Fig. 322. — Schéma du régulateur Siemens.

On voit dans la figure 323, la coupe du régulateur différentiel Siemens. Le barreau de fer doux, S, traverse les deux aimants creux, ou solénoïdes, TT, RR. Le solénoïde, TT, est composé de fils fins très résistants, le solénoïde, RR, de gros fils, n'offrant presque aucune résistance.

Le courant électrique arrive au régulateur par la borne L, et se partage entre les deux bobines R et T; la plus grande partie passant dans le solénoïde R et le porte-charbon supérieur L, traverse l'arc et le portecharbon inférieur et quitte l'appareil par la borne M ; l'autre partie traversant le solénoïde T, s'échappe par la même sortie M.

Le courant principal traverse donc l'arc, qui lui oppose une résistance variable selon la distance des charbons. Les bobines attirent le barreau de fer doux, avec une intensité qui dépend de celle du courant et du nombre de tours de fils. Le barreau monte et descend, dès lors, par une série de mouvements dépendant uniquement de la résistance de l'arc lumineux. Quand les charbons

s'écartent trop, la résistance de l'arc lumineux augmente en proportion, et l'action du solénoïde T s'accroît, et le barreau est déplacé vers le haut. Si, au contraire, la résistance de l'arc diminue, c'est le solénoïde R qui devient prépondérant, et le mouvement

Fig. 323. — Régulateur Siemens.

inverse se produit. Si l'on .règle convenablement le support des résistances des solénoïdes, l'équilibre du barreau sera indépendant des variations d'intensité du courant total : il ne dépendra plus que du rapport des courants principal et dérivé ou, ce qui revient au même, de la longueur de l'arc.

Tel est le principe du régulateur différentiel, ou de la lampe différentielle Siemens. Dans la figure 323 on voit les principaux organes auxquels on vient de faire allusion.

La tige supérieure, Z, porte, à l'aide de la pince, a, le charbon positif, g ; une traverse, b, porte le charbon négatif, n. La traverse b est fixe, de sorte que le foyer lumineux descend pendant toute la durée de la marche de l'appareil.

La lampe à régulateur Cance est aujourd'hui très répandue, en raison de sa simplicité. Son organe essentiel est une vis sans fin, verticale, qui peut tourner moyennant le mouvement d'un écrou, qui fait corps avec le porte-charbon du pôle positif.

Quand le courant électrique traverse l'appareil, les deux solénoïdes, ou aimants creux, placés sur le circuit de l'arc, et contenant un barreau de fer doux, attirent le barreau, qui est relié à une traverse supérieure. La traverse vient buter contre l'écrou supérieur et le maintient immobile ; ce qui empêche la vis de tourner et le charbon supérieur de descendre. Lorsque l'arc augmente de longueur, l'attraction des solénoïdes, et par suite, la pression sur l'écrou, diminuent, et la vis tourne, en produisant le rapprochement des charbons.

Ce mécanisme est, en quelque sorte, un frein électrique ; il possède une grande sensibilité et donne une fixité remarquable à la lumière.

On voit ces différents organes sur la figure 324 qui donne la coupe du régulateur Cance. Sur la vis centrale, V, se meut un écrou, A, faisant corps avec le porte-charbon positif, BB'. L'écrou, A, tend à descendre par son propre poids, et, comme les deux tringles latérales, CC, l'empêchent de tourner, il communique, en descendant, un mouvement de rotation à la vis V, laquelle est maintenue entre les deux plateaux de l'appareil.

A la partie supérieure de la lampe se trouve un second écrou, D, reposant sur une embase, E, fixée à la vis, et un plateau, F, soutenu par les noyaux en fer,

SUPPLÉMENT A L'ART DE L'ÉCLAIRAGE

ou armatures, GG, des solénoïdes, II, H.

Les fils de ces solénoïdes sont en communication avec le circuit principal; ils re-

Fig. 324. — Coupe du régulateur Cance.

çoivent tout le courant alimentant l'arc lumineux.

Les ressorts antagonistes, RR, sont fixés à la partie inférieure des noyaux en fer, GG, et au moyen d'une vis de réglage au plateau inférieur de la lampe.

Voici comment fonctionne l'appareil. Dès que le courant traverse les solénoïdes, les

tiges de fer, GG sont poussées contre le plateau, F, et le soulèvent. Le plateau presse sur l'écrou supérieur, et l'entraîne dans son mouvement ascensionnel ; ce qui fait tourner la vis de droite à gauche. La rotation de lavis détermine à son tour l'élévation de l'é-

Fig. 325. — Régulateur Cance.

crou A et du porte-charbon supérieur B, B', ce qui donne naissance à l'arc lumineux.

Si l'arc s'allonge et devient très grand, l'intensité du courant diminue, et les tiges GG, sollicitées par les ressorts RR, pressent moins fortement contre le plateau F ; ce qui permet à la vis de tourner de gauche à droite, et à l'écrou de descendre, avec les pièces

qui en dépendent. Les charbons se rapprochent, et l'arc prend les mômes dimensions qu'avant l'écartement.

La figure 325 représente l'ensemble du régulateur Cance.

Bougie Jablochkoff. — L'invention de la bougie électrique, faite en 1876, par M. Jablochkoff, fut, avons-nous dit, dans l'historique, la cause déterminante de l'adoption générale de l'éclairage par l'arc électrique. En effet, ce système, si nouveau et si original, supprimait tout appareil mécanique coûteux, et exigeant pour son maniement, des personnes instruites. Le premier ouvrier venu pouvait allumer et surveiller les lampes. En réunissant plusieurs lampes sur un même support automatique, ou chandelier automatique, comme on l'appelle, on se procurait l'éclairage d'une soirée entière, sans que l'on eût à s'en occuper.

Le succès de cette invention fut donc grand et rapide. En 1878, l'avenue de l'Opéra, à Paris, fut éclairée tout entière par des bougies Jablochkoff. L'Hippodrome, plusieurs théâtres, et de grands magasins, comme ceux du Louvre, l'adoptèrent, en même temps.

On voit dans la figure 326, la splendide installation de bougies Jablochkoff dans la vaste enceinte de l'Hippodrome de Paris, faite dès les premiers temps de l'invention du savant russe.

Cependant, cette belle création n'a pas eu le développement commercial qu'elle promettait, et qu'auraient pu lui assurer ses inestimables qualités. C'est que les régulateurs qu'elle avait pour mission de détrôner, se sont , depuis son apparition , singulièrement perfectionnés et multipliés. Les bougies électriques ont conservé la place qu'elles avaient prise dès le début, dans quelques théâtres, et dans les grands magasins. Elle se sont introduites dans de nouvelles usines, mais elles sont loin d'avoir suivi la progres-

sion, toujours croissante, des régulateurs.

On leur reproche de coûter un peu plus cher que les simples charbons (ce qui est assez naturel) et d'exiger, à lumière égale, une force motrice supérieure à celle que demandent les régulateurs. Il faut noter encore que l'éclat et la couleur de la lumière sont sujets à des variations qui fatiguent la vue, et peuvent donner lieu, tantôt à des extinctions, tantôt à des accroissements subits d'intensité lumineuse, avec apparition de feu rougeâtre, et projection de parcelles de charbon incandescent. Enfin, leur intensité n'est que de 40 à 100 becs Carcel, dépassée, aujourd'hui, par la plupart des éclairages à arc munis d'un régulateur.

Il faut remarquer, d'ailleurs, que la bougie Jab'lochkoff exige l'emploi des courants alternatifs, qui ne sont point nécessaires dans l'éclairage par les régulateurs. En effet, on sait que les charbons placés aux deux pôles du courant, s'usent inégalement, que le charbon du pôle positif s'use deux fois plus vite que celui du pôle négatif. C'est précisément, d'ailleurs, sur l'idée de faire usage de courants alternatifs, c'est-à-dire d'un courant se distribuant tantôt à l'un, tantôt à l'autre pôle, pour parer à l'inconvénient de l'usure inégale des charbons, que repose le principe de l'invention des bougies Jablochkoff. Mais l'usage des courants alternatifs nécessite un appareil d'inversion qui n'est pas nécessaire dans l'éclairage par le courant continu.

Tels sont les avantages et les inconvénients de la bougie Jablochkoff; et ainsi s'explique que cette invention remarquable et qui fut si justement admirée, à l'époque de son apparition, n'ait pas vu confirmer par la suite les grands espoirs qu'elle avait fait naître. Les gens de finance, qui étaient restés froids à l'égard de l'éclairage électrique, à ses débuts, se jetèrent avec ardeur dans l'exploitation de la découverte du physicien russe ; et de là partit le mouvement général

SUPPLÉMENT A L'ART DE L'ÉCLAIRAGE

des capitaux qui vint patronner l'éclairage perdit rapidement toute sa valeur finanélectrique. Seulement, la spéculation ne cière ; tandis que l'éclairage électrique par réussit qu'à demi. La bougie Jablochkoff les régulateurs, se développait rapidement,

avec l'appui des capitalistes de toute l'Europe.

La Société Jablochkoff' , formée pour l'ex-

ploitation de l'invention du physicien russe, obtint de la ville de Paris l'éclairage de l'avenue de l'Opéra, et elle effectua cet éclai-

rage, avec un éclat et un succès remarquables, pendant l'année 1878. Cette innovation fut très remarquée pendant l'Exposition universelle de 1878, mais, après l'expiration de cette concession, le contrat avec la ville de Paris ne fut pas renouvelé, et le gaz reprit sa place sur cette grande voie publique.

Un mot sur la fabrication et le mode d'emploi delà bougie électrique, que nous représentons dans la figure ci-dessous.

Les charbons généralement employés ont

Fig. 327. — Bougie et chandelle Jablochkofl'.

4 millimètres de diamètre. La matière isolante qui les sépare, se nomme colombin.

La substance servant de colombin a été plusieurs fois modifiée; car elle doit réunir différentes propriétés. Il faut qu'elle isole bien à froid, et qu'à la température de l'arc

voltaïque, elle devienne assez conductrice pour donner passage au courant, afin de limiter celui-ci à l'extrémité seule des charbons. La matière doit se consumer exactement, au fur et à mesure de l'usure de ces mêmes charbons. Il faut enfin qu'elle ne laisse pas d'espaces vides dans son intérieur, j ce qui produirait des extinctions de lumière. |

Le kaolin fut la première substance dont { M. Jablochkoff fit usage. On lui substitua, | plus tard, un mélange de sulfate de chaux I et de sulfate de baryte, qu'on moule très j facilement.

Les deux charbons étant toujours séparés par une matière isolante interposée, pour que l'allumage puisse se faire, il faut I que les deux pointes de charbon soient mises j préalablement en communication électrique. Dans ce but, on roule l'extrémité de la bougie dans du charbon ou du coke en pou- j dre ; la chaleur du courant électrique ; brûle le charbon, et l'arc prend ainsi nais- j sance, pour continuer ensuite, aux dépens j du colombin.

Comme les bougies sont d'une faible Iongueur, elles ne suffiraient pas à l'éclairage j d'une soirée. De là la nécessité de placer [ plusieurs bougies sur un même support, j" Pour rendre ce moyen pratique, il faut que I le remplacement d'une bougie consumée par une bougie neuve, se fasse automatique- j ment, c'est-à-dire sans qu'on ait besoin de toucher à la lampe, pendant sa marche

Tel est le but du chandelier automatique de M. Jablochkoff.

Le chandelier automatique Jablochkoff j porte six bougies, tenues chacune dans une pince à ressort, dont les branches sont iso- i lées et communiquent avec les fils du courant voltaïque. Il est fondé sur le principe j suivant. Toutes les bougies reçoivent à la fois le courant ; celle qui offre le moins j de résistance, ou le plus de conductibilité, brûle la première, et elle brûle jusqu'à j extinction. Celle-ci étant usée, le courant

passe dans celle qui offre le moins de résistance, et ainsi de suite, pour toutes les bougies ; ce qui assure l'éclairage de la soirée.

Nous représentons dans la figure 328 le chandelier Jablochkoff à dérivation. Il est caractérisé par l'emploi d'un fil métallique

Fig. 328. — Chandelier Jablochkoff à dérivation.

qui tend un ressort et maintient un mécanisme, dont les deux positions extrêmes correspondent au passage du courant :

1° dans une bougie ; 2° dans la bougie suivante. La dérivation se produit lorsque, la première bougie étant visée, la flamme est venue brûler le fil.

Cependant, avec le chandelier à simple dérivation, il arrive souvent que le courant passe trop vite d'une bougie à l'autre, qu'il les allume en partie toutes, et n'en consume aucune en entier ; ce qui produit des interruptions d'éclairage, et même une extinction totale.

Ce système, simple en théorie, fonctionnant assez mal dans la pratique, on a cherché d'autres chandeliers automatiques.

Dans les magasins du Louvre, à Paris, on fait usage du chandelier automatique de M. Clariot, qui repose sur le même principe que celui du chandelier automatique de la Société Jablochkoff, mais qui présente de meilleures dispositions pour introduire successivement les bougies neuves dans le circuit.

Un constructeur étranger, M. Bobenrieth, a imaginé un chandelier automatique, que l'on considère comme supérieur au précédent. Son principe, c'est d'augmenter considérablement la résistance électrique des amorces des bougies, en la portant, au lieu

Fig. 329. — Chandelier Bobenrieth.

de 15 ohms, à 20 000 et même 100 000 ohms. Grâce à ces grandes différences de résistance, les bougies s'allument à coup sur.

La figure 329 représente le chandelier Bobenrieth.

Le support est à six pinces : trois intérieures et trois extérieures. Les premières sont en communication avec une rondelle métallique, A, et toutes les pinces exté-

rieures, au contraire, sont isolées, au moyen d'un disque de porcelaine. Le disque central porte six petites tiges métalliques, reliées avec les six pinces intérieures, au moyen d'anneaux en plomb, que l'on place au moment même où l'on garnit le chandelier de bougies.

Quand le courant arrive, il traverse toutes les bougies, et allume la moins résistante : cette lampe se consume jusqu'à ce que l'anneau de plomb sur lequel elle repose, se fondant par l'effet de la chaleur qui vient l'atteindre, supprime son contact avec le disque central, et l'isole ainsi du circuit. Le courant allume alors la bougie de moindre résistance, et ainsi de suite.

En ce qui concerne la fabrication des bougies électriques, nous dirons que chaque bougie se compose de deux baguettes cylindriques, de charbon de cornue de gaz, de 4 millimètres de diamètre, et de 25 centimètres de longueur, et d'un colombin, ou lame isolante, qui sépare les crayons dans toute leur longueur, enfin de deux douilles de cuivre de 45 centimètres de hauteur, dans lesquelles s'emboîtent les deux crayons.

Le colombin aujourd'hui employé se compose, comme il a été dit plus haut, d'une partie de sulfate de baryte et. de deux parties de plâtre. Ce mélange se volatilisant au fur et à mesure de la combustion des charbons, donne une lumière régulière.

Le mélange de plâtre et de sulfate de baryte est additionné d'eau, pour former une pâte, que l'on étend sur une plaque de marbre, et que l'on découpe à l'aide d'un outil approprié, de manière à lui donner transversalement la forme d'une lame concave sur ses deux champs ; on la sèche enfin à l'étuve.

Il ne reste qu'à introduire le colombin entre les crayons, et à serrer les douilles en cuivre qui doivent maintenir cet assemblage. On coupe l'extrémité du colombin de façon qu'elle soit de 1 /2 centimètre

au-dessous des pointes des crayons, et on trempe l'extrémité de la bougie dans un mélange composé d'eau gommée, de coke et de plombagine, qui doit sei'vir, comme nous l'avons dit, à produire l'allumage.

Quelquefois, on recouvre de cuivre chaque bougie ; ce qui en augmente un peu la durée. On opère ce cuivrage par la galvanoplastie. Les bougies ordinaires durent deux heures lorsqu'elles sont cuivrées, et dix minutes de moins lorsqu'elles ne le sont pas. Malheureusement, le cuivrage ôte de la fixité à la lumière.

Pour éviter la casse ou la dislocation des éléments, on dispose les bougies dans des cadres en carton, garnis de feutre, que l'on place les uns sur les autres, dans une caisse en bois.

Les bougies de 4 millimètres donnent une intensité de quarante-cinq becs Carcel, lorsque l'intensité est mesurée, les deux crayons étant de face ; et de quarante becs, lorsqu'ils sont mesurés de profil.

Si on entoure les bougies d'un globe opalin, l'éclairage diminue d'intensité, selon le diamètre du globe et sa nature. Les globes, dont on fait généralement usage, entraînent une perte de lumière de 20 pour 100.

Les bougies de 6 millimètres, dont on se sert dans plusieurs magasins, ainsi que pour l'éclairage des phares, des quais et des ports, donnent une intensité lumineuse de quatre-vingts becs Carcel, lorsqu'on mesure cette intensité de face, et de soixante-treize becs Carcel, lorsqu'on la mesure de profil.

La production annuelle des bougies Jablochkoff est, pour la France seulement, de 1 500 000. C'est l'éclairage des phares et des ports qui en consomme la plus grande partie.

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