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CHAPITRE XI

l'éclairage électrique dans les théâtres de paris, des départements et de l'étranger.

Le gaz employé pour l'éclairage des théâtres, a été reconnu comme une cause de tant d'inconvénients et de dangers, que sa suppression totale a été décidée partout. Aucune salle de théâtre ne se construit aujourd'hui, sans que l'électricité y soit introduite; et pour les anciens théâtres, on s'efforce, toutes les fois qu'on le peut, de substituer l'électricité au gaz.

Le gaz présente dans une salle de spectacle de notables inconvénients, et sur la scène, il expose à d'immenses dangers. Une grande quantité de décors, c'est-à-dire de toiles recouvertes de peintures, résinifiées par le temps, et inflammables comme des allumettes, sont accumulées dans les frises, où règne, d'ailleurs, une température pro-

digieusement élevée, qui accélérerait singulièrement la combustion des toiles.

Qu'un coup de vent vienne pousser un lambeau de draperie contre un des becs d'une herse, aussitôt tout s'enflamme. C'est ce qui arriva au théâtre de l'Opéra-Comique, en 1887. Les cintres étaient encombrés de toiles, au milieu desquelles montaient et descendaient, en se balançant, des herses, qui portaient cinquante à soixante becs de gaz allumés. Les portants et les fermes étaient garnis de tuyaux, donnant des jets de gaz. Partout les matières les plus inflammables étaient au voisinage du feu. Un bec de gaz embrasa une toile flottante , et telle fut la cause de la catastrophe qui fit un si grand nombre de victimes, et qui, terrifiant le public, détermina les autorités supérieures, en France et à l'étranger, à proscrire le gaz de l'intérieur des théâtres.

Dans la salle, le gaz, disons-nous, présente, non des dangers, mais de notables inconvénients. Pendant l'été, il provoque une chaleur étouffante, et en tout temps, il vicie sensiblement l'air. Nous avons montré que la combustion du g clZ -t cl l'intérieur des appartements, est une cause manifeste d'altération de l'air. Le même effet se produit nécessairement pour les salles de théâtres.

Pour se rendre compte exactement du degré de cette altération, il suffit de remarquer que la combustion d'un seul bec de gaz absorbe, par la formation de l'acide carbonique et de l'eau, autant d'oxygène que sept à huit personnes. Or, dans les salles de théâtre bien éclairées, on n'allume pas moins d'un bec de gaz par spectateur, et le plus souvent par deux spectateurs. L'air est ainsi appauvri en oxygène autant que s'il y avait dix fois plus de personnes dans la salle.

On a fait, en 1885, au Théâtre-Royal de la Cour, à Munich, des expériences, qui ont

permis de comparer les résultats de l'éclairage électrique et de l'éclairage au gaz, au point de vue hygiénique. Dans la salle complètement remplie de spectateurs et éclairée à l'électricité, la température ne s'élevait, pendant la représentation, que de -(-7°, 7 au parterre et de + 7°, 4 dans les galeries. Quand la salle était éclairée au gaz, la température s'élevait à +11°, 7 et à + 12°,8 dans les galeries. La quantité d'acide carbonique de l'air était, avec l'éclairage électrique, de 1,40 pour 100 au parterre et dans les galeries de 1,85; elle était de 2,61 et 3,28 pour 100 avec l'éclairage au gaz.

Si la combustion du gaz est incomplète, par suite d'un défaut de réglage des flammes, elles débordent, fument, et il se forme des produits accessoires, tels que l'acétylène, dont l'odeur est facile à reconnaître. Les particules de charbon qui ont échappé à la combustion, s'ajoutent alors aux poussières ordinaires, et s'introduisent dans les poumons.

Toutes ces causes d'altération, jointes à la respiration des spectateurs, finissent par rendre absolument malsain l'air d'une salle éclairée au gaz.

L'électricité, qui ne dépose, en éclairant, aucun corps étranger dans l'atmosphère de la salle, et qui ne peut communiquer l'incendie aux décors de la scène, est donc le plus merveilleux agent d'éclairage que l'on puisse rêver pour les théâtres.

Il serait superflu d'insister davantage sur une question au sujet de laquelle tout le monde est d'accord aujourd'hui. Il importe seulement de donner les règles générales de l'installation de l'éclairage électrique dans les salles de spectacle.

En premier lieu, on ne doit pas établir, à l'intérieur de la salle, des lampes à arc, en raison des fragments de charbon enflammé qui tombent souvent des bougies Jablochkoff, et qui peuvent devenir, pour

S. T. II

les spectateurs, une cause de panique. Il faut réserver les bougies électriques pour les façades, les terrasses extérieures, les escaliers, etc. Les becs à incandescence doivent seuls être placés dans la salle et les couloirs.

Le courant électrique qui alimente les becs, doit être produit loin du théâtre, et non dans ses sous- sols ou dépendances, comme on le fait trop souvent. L'usine mécanique doit en être éloignée autant que possible, et si une usine centrale est à peu de distance, c'est à cette source qu'il faut s'adresser. Les machines à vapeur et les générateurs sont, en effet, sujets à des accidents qui peuvent constituer un danger pour les théâtres.

Pour produire les effets variables d'éclairage de la scène et de la rampe, on se sert, comme dans les installations des maisons, de régulateurs à spires de maillechort, tels que nous les avons décrits et figurés (1). Les régulateurs, grâce à leurs résistances en maillechort, produisent toutes les gradations de lumière désirables, depuis la demiobscurité jusqu'à l'éclatante clarté. Si l'on veut diminuer l'intensité lumineuse des lampes à arc, sans les éteindre, on peut glisser, devant le globe, des écrans dont l'épaisseur et la couleur varient suivant les besoins. Pour faire l'obscurité complète, on éteint les foyers, et on les remplace par une résistance équivalente, afin de ne pas changer le régime de marche du moteur.

Nous énumérerons maintenant les théâtres qui possèdent aujourd'hui l'éclairage élec- ! trique.

La première introduction de l'électricité dans les théâtres de Paris, remonte à l'année 1878, époque à laquelle les bougies Jablochkoff commencèrent à populariser cet éclairage. L'Hippodrome reçut alors la

(1) Page 435, figure 354.

belle installation que nous avons déjà signalée. Dix ans après, l'électricité était employée dans une cinquantaine de théâtres, tant en Europe qu'en Amérique. Citons, à Paris, le Grand-Opéra, le théâtre du Châtelet, les Variétés et le Palais-Royal ; à Londres, les salles du Prince, Empire, Syrie et Haymarket ; à Bruxelles, l'Alhambra et la salle Molière ; à Milan, la Scala et la salle Philodramatique; à Saint-Pétersbourg, iAlexandra; à Anvers, le théâtre Flamand et le Grand-Théâtre; et peu après, les théâtres de Prague, de Brùnn, de Stuttgart, de Cologne, de Munich, de Carlsbad et de Magdebourg.

Les terribles incendies du théâtre des Arts, à Rouen en 4876, de Montpellier en 1879, de Nice en 1880, de Vienne (Autriche) en 1881, del'Opéra-Comique de Paris, en 1887, d'Exeter (Angleterre) en 1887, émurent profondément l'opinion publique. Les municipalités obligèrent alors les directeurs de théâtres à substituer l'éclairage électrique à l'éclairage au gaz.

La plupart des directeurs de Paris se mirent les premiers à l'œuvre, pour obéir aux nouvelles prescriptions.

Aujourd'hui, lés théâtres encore éclairés au gaz, ne sont à Paris, que des exceptions. L'Opéra, l'Opéra-Comique, la Comédie- Française, le Palais-Royal, le théâtre du Châtelet, le Vaudeville, les Variétés, l'Odéon, l'Eden, etc., sont éclairés par l'électricité.

Nous donnerons quelques détails sur les plus intéressantes de ces installations.

Le théâtre du Châtelet est entièrement éclairé à l'électricité ; le gaz en est complètement banni. La salle est garnie de lampes à incandescence. Il y a 4 lampes à bougies Jablochkoff, sur la terrasse qui surmonte la grande entrée du théâtre. Quand cela est nécessaire, des portants mobiles, munis de bougies Jablochkoff, sont mis en place, et allumés par un commutateur.

Une machine à vapeur, de la force de plus de 100 chevaux, est établie dans le soussol répondant au péristyle du théâtre, du côté de la place du Châtelet.

Le théâtre des Variétés avait fait, en 1 882- 1883, des essais d'éclairage électrique, au moyen des accumulateurs. Suspendus le 1er mai 1883,enraison des mauvaises affaires de l'entrepreneur, ils furent repris, trois ans après, à la suite de la catastrophe de l'Opéra-Comique, et le 1er juillet 1887, ce théâtre faisait sa réouverture avec l'éclairage électrique.

La machine dynamo-électrique, qui engendre l'électricité, sert à la fois à éclairer le théâtre des Variétés et quelques boutiques du passage des Panoramas, qui lui est contigu.

Cet ensemble d'éclairage se compose actuellement de près de 600 lampes à incandescence de Woodhouse et Rawson (de Londres), de 98 volts. La salle du théâtre comprend 90 lampes de 16 bougies ; la rampe, 44 lampes de 20 bougies; les cinq herses, 23 lampes, chacune de 12 bougies; les portants, 3 lampes, chacune de 20 bougies. Le reste des lampes se trouve réparti dans les couloirs, foyer, façade et loges d'artistes. Dans le passage des Panoramas, les cafés et magasins, comprenant, jusqu'à ce jour, environ 1200 lampes, sont éclairés par des lampes de 10 bougies.

Le courant électrique est produit par des générateurs de vapeur, du système Collet, produisant 1000 kilogrammes de vapeur chacun, par vingt-quatre heures. L'alimentation d'eau de ces chaudières est faite par une petite machine à vapeur.

Les chaudières envoient leur vapeur dans deux machines à vapeur à condensation, du système compound, de la force de 75 chevaux-vapeur, chacune.

Chaque machine à vapeur actionne directement, par une courroie, une machine dynamo-électrique Gramme, de 400 am-

pères et 110 volts, tournant à 625 tours par minute.

Une batterie d'accumulateurs, pour servir de secours, et pouvant alimenter 1200 lampes, est toujours prête à agir.

Une pompe sert à élever l'eau d'un puits, creusé à l'effet d'alimenter les condenseurs.

Toutes ces machines à vapeur et à électricité, installées dans les caves d'une maison de la rue Montmartre (n° 161), composent la petite usine centrale, dont nous avons donné la description et le dessin dans la figure 361 (page 445).

Le théâtre du Vaudeville est éclairé par l'usine centrale de la cité Bergère, appartenant à la Société Edison.

Depuis le mois de septembre 1886, le théâtre du Palais-Royal est entièrement éclairé par l'électricité. Tous les appareils, machines à vapeur, chaudières et machines dynamo-électriques, sont en double; et la moitié d'entre elles est toujours gardée en réserve, prête à remplacer l'autre, le cas échéant.

L'installation comporte 430 lampes à incandescence, dont 285 de 10 bougies, et 145 lampes de 20 bougies. Elles sont réparties sur cinq circuits différents, dont les extrémités aboutissent à un tableau de distribution, placé dans la salle des machines. Ces circuits desservent : le premier, le lustre de la salle, avec 165 lampes de 10 bougies; le second, la scène, avec 32 lampes de 20 bougies en verre dépoli sur la rampe, 100 lampes de 10 bougies sur les herses et 24 lampes de 20 bougies sur les portants; le troisième, les loges d'artistes et le magasin des costumes, et le quatrième, le vestibule d'entrée, l'escalier et les loges de la première galerie ; le cinquième circuit renferme une batterie de 27 accumulateurs et est destiné à fournir la lumière en cas d'arrêt accidentel des machines.

SUPPLÉMENT A L'ART DE L'ÉCLAIRAGE

La salle des machines est placée dans le sous-sol, au-dessous du péristyle. Elle com-

porte, comme nous l'avons dit, une double installation. Deux machines dynamo-élec-

triques Edison, marchant à 900 tours, et produisant chacune 55 volts, et 450 ampères, sont respectivement actionnées par deux

machines à vapeur à condensation, du système compowid, d'une force de 35 chevaux ; elles font 300 tours par minute, et sont elles-

mêmes alimentées par des chaudières inexplosibles Belleville.

INous représentons dans les figures 369 et 370, la distribution des fils électriques pour l'éclairage de la salle et de la scène du théâtre du Palais-Royal. Les légendes qui accompagnent la coupe verticale de la scène et de la salle, ainsi que le plan, donnent l'explication du réseau des conducteurs aboutissant aux différentes parties de la salle, de la scène et de l'administration.

Le théâtre de la Renaissance est éclairé, depuis le mois d'octobre 1887, par des globes Swann. La salle et la scène ont reçu un brillant éclairage, et la façade rayonne, chaque soir, d'un grand éclat.

L'électricité est fournie par une machine dynamo-électrique, actionnée par une machine à vapeur, installée dans une maison particulière de la cité Riverin (rue de Bondy). Ce même moteur sert à alimenter d'électricité le théâtre de la Porte-Saint- Martin.

Au théâtre de la Porte-Saint-Martin, l'électricité a remplacé partout le gaz. Scène, salle, couloirs, dessous, bureaux, loges d'artistes, etc., sont éclairés par des globes à incandescence Swann. Le total de l'éclairage est de 1600 lampes à incandescence. Les lampes dites de secours, elles-mêmes, sont alimentées par des accumulateurs, qui n'ont aucune relation avec l'éclairage général.

La rampe, les herses, les portants, sont à trois effets : feux blancs, bleus et rouges, qui se produisent automatiquement par la simple pression d'un bouton.

Dans la salle, le lustre se compose d'un grand réflecteur en bronze doré, contenant 210 lampes à incandescence.

En outre, entre chaque loge d'artiste, au premier étage, se trouve une lampe électrique, enfermée dans un globe de verre

dépoli, qui répand une lumière très douce et qui ne fatigue pas les yeux.

Comme il est dit plus haut, le courant électrique est engendré dans un immeuble de la cité Riverin, par une puissante machine à vapeur, et des machines dynamos, qui distribuent le courant électrique aux théâtres de la Renaissance et de la Porte- Saint-Martin.

C'est la Société Marcel Deprez qui a exécuté tous les travaux de cette installation.

C'est à la même source d'électricité, c'està-dire aux machines établies dans la cité Riverin, que s'alimente le théâtre de l'Ambigu, qui, le 26 novembre 1887, dans sa salle, restaurée et embellie, inaugura l'éclairage électrique. Toute l'installation, scène, salle, bureaux, couloirs, etc., est parfaitement entendue. Le lustre, en particulier, qui est placé à une grande hauteur, pour ne pas gêner la vue des spectateurs des galeries supérieures, est d'une parfaite élégance.

L'éclairage électrique du théâtre du Gymnase n'emprunte pas son courant électrique à l'usine à vapeur de la cité Riverin. La machine, de la force de 25 chevaux, est placée dans les dépendances du théâtre.

Nous en dirons autant de la Gaîté, qui, à la fin du mois de novembre 1888, inaugura un ensemble d'éclairage électrique parfaitement entendu. Il n'existe pas, au théâtre de la Gaîté, un seul bec de gaz.

N'oublions pas, dans cette revue, le Théâtre-Français. Ce théâtre subventionné, fut transformé par l'Etat, à la fin de l'été de 1888, sous le rapport de l'éclairage, par l'installation de l'électricité sur la scène et dans la salle. La source d'électricité est une machine à vapeur, de la force de 25 chevaux, installée dans l'usine centrale de la cour du Palais-Royal.

SUPPLÉMENT A L'ART DE L'ÉCLAIRAGE

Les Montagnes-Russes, situées sur le boulevard des Capucines, sont éclairées par l'usine Popp, qui envoie l'air comprimé, pour actionner une machine dynamo.

Les Menus-Plaisirs (boulevard de Strasbourg), depuis le mois d'octobre 1887, sont également pourvus de lampes à incandescence. Le moteur est une machine à vapeur.

Près de ce théâtre, l'Eldorado, simple café-concert, rayonne, chaque soir, des feux du nouvel éclairage ; et non loin de lui, un autre café-concert, la Scala, brille des mêmes feux.

L'éclairage électrique est venu ajouter aux merveilles du Grand-Opéra, une valeur nouvelle.

En 1888, à la suite d'essais de tout genre, qui duraient depuis cinq ans, l'éclairage entier de l'Opéra par l'électricité, fut réalisé par la Compagnie Edison.

Les 8000 becs de gaz, qui constituaient l'ancien éclairage, furent tous supprimés, et remplacés par 6131 lampes à incandescence, dont voici la distribution :

Lampes

Lampes

de 10 bougies.

de 16 boug

Salle et pavillon. . .

Foyer et escalier.. .

En outre de ces 6131 lampes, l'éclairage comprend 22 bougies Jablochkoff, pour le péristyle du théâtre et le plafond du grand escalier, et 8 lampes à arc, pour la loggia.

Pour fournir l'électricité à ces lampes à incandescence et à arc, on a installé des chaudières Belleville dans les sous-sols de l'Opéra, dont les vastes profondeurs se prêtent si bien à les recevoir.

Elles alimentent :

Une machine à vapeur Corliss, de 250 che-

vaux, tournant à la vitesse de 60 tours par minute ;

Une machine à vapeur Armington, de 1 00 chevaux, tournant à 300 tours par minute ;

Quatre machines Weyher et Richemond, de 140 chevaux, tournant à 160 tours par minute ;

Une autre machine Weyher et Richemond, de 40 chevaux, tournant à 85 tours;

Une machine Weyher et Richemond, de 20 chevaux, tournant à 100 tours ;

Ce qui représente une force de 970 chevaux-vapeur, pouvant facilement être portée, quand on le veut, à 1200.

La cheminée, qui a lm,36 de diamètre et 39 mètres de hauteur, est placée dans une cour intérieure.

Les chaudières produisent de la vapeur à 12 kilos de pression; mais comme elles sont situées à une distance de 60 mètres des machines, on a créé une canalisation spéciale de la vapeur, pour éviter toute cause d'arrêt. On a réuni au centre toutes les conduites de vapeur partant des chaudières, de façon à former une véritable boucle se fermant sur les chaudières. Par ce moyen, on dirige la vapeur dans la conduite de droite ou dans celle de gauche, ou dans les deux à la fois.

L'eau nécessaire à l'alimentation des chaudières et à la condensat ion de la vapeur des machines, est empruntée en partie aux eaux de la ville, et en partie à un puits creusé à 39 mètres de profondeur. Le débit de ce puits est de 65 mètres cubes à l'heure, avec une dénivellation de 6 mètres. L'eau est élevée par une pompe, qu'actionne une transmission électrique.

Chaque machine à vapeur, de 140 chevaux, actionne une machine dynamo, de 800 ampères.

On a ainsi quatre groupes de machines pouvant alimenter 1000 lampes chacune, et pouvant fonctionner séparément ou simultanément.

Fig. 372. — Régulateur des effets de scène, ou jeu d'orgue, à l'Opéra de Paris.

Nous donnons dans la figure 371 (page 477), la vue générale de la salle des machines de l'usine de l'Opéra.

Les machines à vapeur actionnent 94 dynamos Edison.

Le courant des dynamos est amené à un premier tableau de distribution, de 4 mètres de largeur, sur 1 mètre de hauteur. Au-dessus et au-dessous de ce tableau, sont placés quatre conducteurs, composés de grandes barres de cuivre, qui les relient à deux autres tableaux de distribution, de 3m,S0, sur lm,10, desservant les circuits du théâtre.

A l'aide de commutateurs, on peut envoyer le courant des machines dynamos dans les barres du haut ou dans celles du bas.

Nous représentons, dans la figure 372, le

régulateur des effets de scène, vulgairement nommé jeu d'orgue, qui sert à modérer l'intensité de la lumière des lampes de la salle.

On voit que les résistances sont montées sur des cadres a, a', a", placés perpendiculairement, le long du mur.

Les leviers que l'on voit sur notre dessin, sont portées, tous ensemble, par un arbre double, AA, de 4 mètres de long. Destinés à établir la communication électrique entre les résistances et le courant, ils sont munis d'un encliquetage qui permet de les embrayer à volonté sur une des roues qui sont calées sur chacun de ces arbres. On voit, au fond, l'homme qui seul suffit pour manœuvrer les leviers de tous les régulateurs, et régler ainsi l'intensité de la lumière.

De petites lampes à incandescence, semblables à celles de la salle, font apprécier le degré de l'éclairage.

On voit sur la figure 313 la distribution du courant électrique sur la scène de l'Opéra, pour l'éclairage des hei-ses.

En admettant que toutes les machines fonctionnent en même temps, on disposerait, à l'Opéra, d'une force de 950 chevauxvapeur, les machines dynamo-électriques ayant une capacité suffisante pour alimenter 7700 lampes (de la valeur de 16 bougies, de 0,75 ampère); mais, pour le service d'éclairage usuel, on allume seulement 5 000 lampes de la valeur de 40 bougies, et 1 000 lampes de 16 bougies chacune.

On voit, par les détails dans lesquels nous sommes entré, avec quelles proportions colossales est établi l'éclairage électrique, à l'Opéra de Paris. C'est la plus belle des installations électriques de théâtres du monde entier. Elle fait le plus grand honneur à l'ingénieur de la Compagnie Edison, M. Amédée Yernes, à qui on la doit.

En outre des théâtres dont nous venons de parler, plusieurs cafés-concerts et salles de réunion, à Paris, ont adopté l'éclairage électrique. Citons le cirque Oller (rue Saint - Honoré ), dont l'installation électrique est admirablement entendue, et peut rivaliser avec celle de l'Hippodrome. Des machines à vapeur, alimentées par des chaudières inexplosibles, actionnent d'excellentes machines dynamos, qui distribuent dans la salle une magnifique lumière.

Nous n'entreprendrons pas la description de ces dernières installations, pour ne pas répéter ce que nous avons dit à propos de divers théâtres. Qu'il nous suffise de rappeler que l'éclairage électrique, qui assure une sécurité absolue contre les chances d'incendie, qui, en été, donne un éclairage sans chaleur, et, en toute saison, laisse l'air inal-

téré, est déjà introduit dans la presque totalité des théâtres de Paris.

Nos grands théâtres de province n'ont pas attendu le signal venu de la capitale, pour adopter l'éclairage électrique. Marseille, Lyon, Bordeaux, Montpellier, Nîmes, etc., ont effectué, dès l'année 1886, cette utile modification de leur éclairage.

A l'étranger, le même mouvement s'est produit. A Madrid, par exemple, un ordre du gouvernement décrétait, au mois de juin 1887, l'installation de la lumière électrique dans ses salles de théâtre. L'Italie donnait, dans la Scala de Milan, un des plus beaux spécimens que l'on connaisse de l'éclairage d'un théâtre par l'électricité, et d'autres villes principales de la péninsule italienne suivaient cet exemple.

L'Angleterre, après le terrible événement d'Exeter, réformait, dans la plupart de ses salles de spectacle, son ancien éclairage. Bruxelles ne tardait pas à entrer dans la même voie, et les plus grands théâtres de l'Allemagne inauguraient à l'envi le nouveau système.

Ce serait tomber dans d'inutiles redites que d'examiner en détail les installations faites à l'étranger. Bornons-nous à dire que le mouvement consistant à substituer l'électricité au gaz, dans les théâtres, est universel, et d'ailleurs, pleinement justifié, car, nous le répétons, le seul moyen de prévenir l'incendie d'une salle de spectacle, c'est l'éclairage par l'électricité et la suppression totale du gaz.

Éclairage électrique des usines. — Les usines qui possèdent des machines à vapeur et des générateurs d'une grande puissance, peuvent consacrer une partie de leur force motrice à actionner des machines dynamos, et produire ainsi leur éclairage électrique à peu de frais. Celles qui ont pour force motrice une chute d'eau, peuvent également

SUPPLÉMENT A L'ART DE L'ÉCLAIRAGE

consacrer une partie de la puissance de ce moteur naturel, à actionner des machines dynamos, destinées à l'éclairage. Aussi est-ce dans les usines, manufactures et ateliers, que l'on vit se réaliser les premières applications économiques de la lumière électrique. Cet éclairage permet de continuelle travail la nuit ; ce qui est souvent un réel avantage, pour les ateliers. Ajoutez que les risques d'incendie sont totalement écartés, et que l'air conserve son oxygène, dans son intégrité.

L'éclairage par incandescence permet de disséminer de petites lampes dans les ateliers peu spacieux. Les lampes à arc à régulateur différentiel et les bougies Jablochkoff, conviennent pour les grands espaces, les halls des manufactures, les chantiers de construction, les gares de chemins de fer, etc.

Dans certains ateliers, comme les meuneries et les greniers à céréales, l'atmosphère est chargée de poussières ; et dans d'autres, comme les fabriques de papiers, il contient des vapeurs délétères. Les régulateurs seraient donc vite hors d'état de fonctionner. Les bougies Jablochkoff trouvent là leur place ; car on ne s'inquiète pas de la variation d'intensité lumineuse.

Les lampes à incandescence, quand elles sont employées, sont d'une puissance un peu élevée : de 16 à 20 bougies.

Dans beaucoup d'usines, on se sert d'une partie du courant électrique destiné à l'éclairage, pour actionner des transmissions de mouvements et manœuvrer des machines-outils.

Il serait complètement inutile de donner ici des exemples d'installation d'éclairage électrique dans les usines. C'est par milliers qu'on les compte aujourd'hui, et bientôt il n'existera pas une seule usine ou manufacture mue par la vapeur ou par une chute d'eau, qui ne soit pourvue d'un matériel pour la lumière électrique, et même pour la transmission de la puissance du moteur

à la manœuvre des machines-outils, à la ventilation, etc.

Éclairage des mines, des travaux souterrains et sous-marins. — Lorsque M. de Changy inventa sa lampe électrique ayant pour conducteur un fil de platine, sa première idée, en sa qualité d'ingénieur des mines, fut d'appliquer ce mode d'éclairage aux galeries des houillères. En effet, l'éclairage électrique paraît, dans ce cas, tout indiqué. Sans doute, la lampe du mineur, ou lampe de Davy, — bien entendu, avec les perfectionnements que lui ont apportés, de nos jours, Combes et tant d'autres ingénieurs, — a sauvé des milliers d'existences de mineurs, en les préservant de l'inflammation du grisou (gaz hydrogène bicarboné). Et pourtant, que d'accidents n'arrivent pas encore, par suite de l'imprudence et de l'insouciance des ouvriers, qui, malgré toutes les recommandations et menaces comminatoires qui leur sont faites, ouvrent leur lampe, pour voir plus clair, ou pour allumer leur pipe, et mettent ainsi le feu au terrible gaz? La catastrophe arrivée à Saint-Etienne, le 29 juillet 1890, au puits Pellissier (concession de Villebœuf) où 118 ouvriers perdirent la vie, par l'inflammation du grisou, est encore présente à la mémoire de tous. La lampe électrique, enfermée dans une ampoule de verre, sans communication avec l'air des galeries, et qui éclaire sans chauffer l'air, semble toute désignée pour remplacer la lampe de Davy.

Aussi les lampes à incandescence ontelles été installées dans quelques houillères, par exemple, dans celles de Blanzy (Loire) et de Rochebelle. Elles sont appliquées aux murs des galeries, des puits, des fronts de taille, des carrefours, des bureaux d'ingénieurs ou de chefs de chantiers. La machine productrice du courant électrique, est placée hors de la mine, et le fil conducteur descend au fond de la fosse, parfaitement isolé par un câble de plomb,

enveloppé d'un ruban de caoutchouc.

Nous avons sous les yeux un rapport de l'ingénieur en chef des mines de Blanzy, en date du mois de mai 1890, donnant les résultats de l'installation de l'éclairage électrique dans ces mines.

Ce mode d'éclairage a été appliqué, pour la première fois, au puits de Magny, en juin 1883 ; il n'a pas cessé, depuis cette époque, de fonctionner dans de bonnes conditions.

L'installation se compose d'une petite machine à vapeur, placée au jour, d'une machine dynamo-électrique Edison, d'un câble conducteur métallique, qui, partant delà dynamo, donne la lumière à 29 lampes à incandescence, d'une intensité de 10 bougies, et à 24 lampes, de 1 0 bougies, les unes et les autres servant àl'éclairage des recettes extérieures, des salles des machines et chaudières, des abords du puits, des bureaux des ingénieurs, etc.

Sur le conducteur principal s'embranche un câble, qui descend dans le puits, jusqu'à la profondeur de 321 mètres, et qui sert à l'éclairage des recettes extérieures, à ce niveau, au moyen de 8 lampes à incandescence, de 16 bougies chacune. Les abords des puits sont ainsi parfaitement éclairés, jusqu'à une distance d'une soixantaine de mètres, et l'arrachage du charbon se fait avec la même sécurité qu'au jour. Tout accident résultant de fausses manœuvres ou des chutes du personnel, est, de cette manière, rendu impossible. L'ouvrier va et vient, sans être obligé de s'éclairer avec sa propre lampe. Les manœuvres se font avec la plus grande sécurité et plus rapidement.

La réussite de l'éclairage du puits de Magny, à 321 mètres de profondeur, a déterminé l'installation du même éclairage au fond des puits Chagot et Saint-François, dans lesquels le mouvement est plus considérable, par suite de la profondeur de 334 mètres, où se fait l'extraction pour le

premier puits, et de 240 mètres, pour le second, chacune des recettes étant, pour le sortage, de 1200 chariots environ.

Ce mode d'éclairage a été trouvé, dans ces deux derniers puits, parfait, non seulement au point d'arrachage du charbon, mais sur d'assez longs parcours, dans les galeries d'accès.

« En résumé, dit le rapport de l'ingénieur en chef, l'éclairage électrique des mines de Blanzy pour les recettes et voies du fond, est très précieux pour la sécurité du personnel aux abords du puits, et la promptitude des manœuvres.

« Le cable qui descend dans les puits, est d'une composition spéciale, pour lui donner une grande résistance, et le soustraire aux chocs extérieurs qui pourraient le détériorer. »

Un accident très grave à redouter serait, en effet, l'écrasement du câble conducteur par un de ces éboulements de minerai ou de boisages, qui sont si fréquents dans les travaux d'extraction du charbon. Dans ce cas, les fils contenus dans le câble, se trouvant en contact, par le fait de cette rupture, le courant s'établirait entre eux ; toutes les lampes s'éteindraient, et, ce qui est plus grave, les fils conducteurs donnant passage à ce courant accidentel, pourraient s'échauffer, rougir et mettre le feu au grisou, s'il existait dans l'air des galeries.

Au lieu d'un câble conducteur distribuant la lumière à des lampes fixées aux parois de la mine, comme à Blanzy, on a souvent proposé de donner au mineur une lampe électrique alimentée, soit par une pile au bichromate de potasse [lampe Trouvé), soit par un petit accumulateur [lampe Stella). Mais une lampe électrique portative expose à un grand danger. Si elle se brise, elle peut, dit-on, enflammer le grisou. Sans doute, quand la clochette de verre d'une lampe électrique vient à se rompre par accident, le filament de charbon brûle à l'air, disparaît, et le courant électrique étant interrompu, la lampe s'éteint. Mais selon

beaucoup d'ingénieurs, le filament du chai*bon, même après son extinction, conserve, pendant cinq à six secondes, une température qui a été évaluée à 500° ; et à cette température le grisou mêlé à l'air, détonne. Le bris accidentel de la lampe électrique d'un mineur, pourrait donc mettre le feu à un atmosphère grisouteuse.

C'est en raison de ce dernier danger, que les propriétaires des houillères et les ingénieurs, en tout pays, en France, en Angleterre, en Allemagne, en Amérique, hésitent à introduire la lumière électrique à l'intérieur des fosses à charbon ; car, selon eux, la lumière électrique au fond des mines de houille, serait une cause perpétuelle de craintes, parfaitement fondées.

Il faut donc attendre de nouvelles recherches pour se prononcer sur l'opportunité de la substitution de la lumière électrique aux lampes portatives des mineurs, au fond des puits à charbon.

Si de grandes précautions sont nécessaires pour introduire la lumière électrique dans les houillères, on n'a pas à s'astreindre aux mêmes soins, quand il s'agit des mines métalliques, qui ne laissent jamais dégager le moindre gaz inflammable.

Dans les exploitations souterraines des divers minerais et des carrières de pierre, l'éclairage électrique par incandescence rend d'incontestables services, en éclairant des lieux profonds sans les échauffer, et sans vicier l'atmosphère, comme l'huile ou le pétrole, ce qui rend plus aisé le travail des hommes.

Quand on veut pénétrer sans danger, dans une atmosphère irrespirable, par exemple pour chercher une fuite de gaz, on peut se servir d'une lampe à incandescence, alimentée par une batterie, au bichromate de potasse. M. Trouvé a construit une lampe de ce genre, qui a été adoptée pour le

service d'incendie de la ville de Paris. La pile est contenue dans une gibecière, dont l'ouvrier est muni (fig. 374), et le fil aboutit à une lampe à incandescence, portée sur le front de l'opérateur, à l'aide d'une couronne de cuir (1).

On a imaginé récemment en Angleterre une autre lampe de sûreté contre les atmosphères suspectes. Elle est désignée sous le

Fig. 374, Éclairage, au moyen d'une lampe électrique, d'une atmosphère suspecte.

nom de lampe électrique Schanschieff. C'est une lampe Edison, alimentée par une pile au bisulfate de mercure, comme la] pile

(l) C'est cette même lampe électrique que M. Trouvé, à l'époque de la catastrophe de Saint-Étienne, a proposé d'appliquer a l'éclairage des houillères, de préférence à la lampe Stella, qui emploie des accumulateurs.

Marié-Davy, autrefois en usage, en France, pour les télégraphes de l'Etat.

La pile et la lampe sont portées sur une même boîte, que l'ouvrier tient à la main.

La lampe électrique Schanschieff est, en ce moment, à l'étude en Angleterre et en France; il est donc difficile de se prononcer sur ses avantages, comme sur ses dangers, en cas de rupture.

Dans les travaux souterrains et sous-marins, la lumière électrique a l'avantage d'éclairer avec beaucoup plus d'éclat que les lampes à huile, et de ne pas vicier l'air. Cet avantage est précieux dans le percement des longs tunnels. L'explosion de la poudre, employée pour faire sauter les roches, charge l'air de gaz irrespirables, lesquels éteignent souvent les lampes à huile, et en même temps, nuisent à la respiration des ouvriers. Avec les lampes électriques, rien de pareil à redouter.

Pour le fonçage des piles de ponts, qui se fait aujourd'hui au moyen de caissons pleins d'air comprimé, les lampes électriques ont leur place toute marquée.

L'éclairage des caissons se fait exactement de la même manière que celui d'une salle quelconque où l'on aurait disposé des lampes à incandescence. La machine dynamo est à l'extérieur, et le fil, bien isolé, descend dans les caissons qui servent à recevoir les ouvriers, occupés au creusement du sol. L'air n'étant pas vicié, les ouvriers travaillent plus longtemps sans souffrir de l'air comprimé. Enfin, le prix de revient de cet éclairage est peu élevé, bien que les mouvements des caissons provoquent d'assez fréquentes ruptures de lampes.

C'est avec cet éclairage que l'on a travaillé aux fondations du pont de la Tay, en Ecosse, et du pont de Forth, en Angleterre, terminé en 1889. Sur ce dernier chantier, les ingénieurs avaient créé une installation générale de lumière électrique, pour tous

les travaux, pendant la nuit. Il ne comprenait pas moins de 60 lampes à arc et 400 lampes à incandescence.

Dans les travaux qui furent exécutés, à la même époque, au port de l'île de la Réunion, on employa les piles Trouvé au bichromate de potasse, pour alimenter les lampes à incandescence.

Éclairage des ports et des phares. — La lumière électrique a rendu de grands services à la navigation, en permettant, pendant la nuit, l'entrée de certains ports, qui étaient autrefois inaccessibles dans l'obscurité. Au port du Havre, par exemple, les navires ne peuvent entrer qu'à l'heure de la pleine mer. Avant l'invention de la lumière électrique, les navires ne profitaient pas des marées de nuit, et ils étaient forcés d'attendre, dans la rade, le lever du jour. Depuis l'année 1881, dès qu'il y a marée de nuit, l'avantport, les jetées et les écluses sont éclairés par des projections électriques, une heure avant et deux heures après le moment de la pleine marée. Les paquebots transatlantiques pénétrent aujourd'hui dans le port du Havre, comme en plein jour. Ainsi que nous l'avons dit, cet éclairage est fait par des bougies Jablochkoff, alimentées par des machines dynamos Gramme.

On voit dans la figure 375 l'ensemble de l'éclairage électrique du port du Havre.

Éclairage des phares. — Quant aux phares, l'application de la lumière électrique à la projection lointaine des signaux et feux de tout ordre, s'est fort étendue de nos jours. Comme nous consacrerons plus loin un Supplément à notre Notice sur les Phares, des Merveilles de la science, nous renvoyons le lecteur à ce chapitre supplémentaire, pour tout ce qui concerne l'état présent de l'éclairage des phares par la lumière électrique.

Éclairage des navires. — La lumière

SUPPLÉMENT A L'ART DE L'ÉCLAIRAGE

électrique est installée aujourd'hui à bord des paquebots, des navires de commerce, des bâtiments cuirassés et des croiseurs.

Elle sert, dans les paquebots, à éclairer les salons et cabines des passagers.

On voit dans les figures 376 et 377 les

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lampes à incandescence employées sur l'Océanien, paquebot des Messageries maritimes. Ce sont des lampes Edison, de 12 bou-

gies, et des lampes Woodhouse et Rawson, de 20 à 40 bougies. Elles sont fixées sur des supports, en harmonie avec la décora-

tion de ce paquebot. Celles qui sont placées dans les salons, ont des globes dépolis; les autres sont en verre clair, et pour la plupart, enfermées dans des lanternes, munies de verres dépolis.

Les lampes à incandescence distribuées sur le pont, sont mobiles et installées comme l'indique la figure ci-dessous. Quant

Fig. 376. — Lanterne électrique servant à l'éclairage du pont de l'Océanien.

aux lampes des cabines (fig. 377), elles sont placées à cheval sur les cloisons, parce qu'elles servent en même temps à éclairer les petits couloirs extérieurs qui desservent les cabines.

Dans les soutes à bagages, les lampes sont placées dans des lanternes que protègent des grillages.

L'éclairage du paquebot Y Océanien, installé par MM. Sautter et Lemonnier, comprend 200 lampes à incandescence Edison, de 12 bougies, pour les salons, couloirs et cabines ; 21 lampes Woodhouse et Rawson, de 20 bougies, pour les grandes soutes à bagages et à marchandises ; 3 lampes Woodhouse et Rawson de 40 bougies, pour

les feux de route. Une lampe à arc, avec régulateur Gramme, est suspendue, quand cela est nécessaire, à une vergue, pour éclairer les abords des navires, ainsi que le pont, et pour opérer les chargements ou les déchargements.

Les machines dynamos Gramme sont actionnées par un moteur à grande vitesse. Elles peuvent alimenter jusqu'à 180 lampes,

Fig. 377. — Lampe électrique des cabines de l'Océanien.

de 12 bougies. Le soir, les deux machines sont mises en mouvement. Vers onze heures, un certain nombre de lampes étant éteintes et réduites à 157, une seule machine dynamo continue à fonctionner.

La machine à vapeur, qui est du système Mégy, marche à la vitesse de 750 tours par minute. Une pareille allure, avonsnous déjà dit, est excessive. Il est bon de ne pas donner aux machines actionnant des dynamos, des vitesses de plus de 350 tours

par minute.

C'est ce qu'ont pensé MM. Sautter et

Fig. 378. — Appareil de MM. Sautter et Lemonnier pour l'éclairage électrique des navires. (A, machine à vapeur et B, machine dynamo-électrique.)

Lemonnier qui, dans l'installation électrique du navire de l'Etat, Y Indomptable, ont construit une machine à vapeur que nous représentons dans la figure 378, et qui ne dépasse pas la vitesse de 350 tours par minute.

La machine à vapeur est du système compound, à pilon. Tous les organes sont facilement accessibles, même pendant la marche. Un régulateur de vitesse est porté par l'arbre moteur.

Le nombre des lampes varie nécessairement, selon le tonnage du bâtiment. Il y a 500 lampes sur les grands paquebots transatlantiques, comme la Bourgogne, la Bretagne, la Champagne. Les paquebots ordinaires et les croiseurs, ont, ordinairement, 300 lampes. Les torpilleurs de ports de mer n'en ont pas plus de 25.

Le type de lampe employé est celui de 10 bougies. Leur intensité suffit pour les

S. T. II

locaux bas et resserrés des navires. Pour les feux de signaux et de route, on emploie des lampes de 20 ou 30 bougies.

La lumière électrique ne sert pas seulement, à bord des navires, à éclairer leurs différentes parties intérieures. Sur beaucoup de bâtiments, on l'emploie encore à produire un grand faisceau lumineux, lequel, visible de très loin sur la mer, a pour but de le signaler, et d'éviter ainsi les abordages mutuels, le plus grand danger de la navigation actuelle. En éclairant la route par un foyer électrique assez puissant, on prévient bien des malheurs. C'est ce qui est aujourd'hui bien compris. Sur tous les grands paquebots, marchant avec l'effrayante vitesse qui leur est propre, des feux, à l'avant et à l'arrière, signalent au loin leur approche.

Dans un cas particulier, l'emploi d'un

feu électrique a permis d'abréger la longueur des voyages. Nous voulons parler de la navigation de nuit, dans le canal de Suez. Depuis l'année 1886, la Compagnie du canal de Suez a autorisé le passage des bâtiments de commerce, ou postaux, dans le canal, aux conditions suivantes: 1° le navire sera muni, à l'avant, d'un projecteur électrique, d'une portée de 1 200 mètres, et à l'arrière, d'une lampe électrique, capable d'éclairer un champ circulaire de 200 à 300 mètres de diamètre ; 2° une lampe électrique, avec réflecteur, sera placée sur chaque bord du navire.

Cette augmentation de matériel pour la production de lalumière électrique, est très facile pour tout navire qui emploie déjà la lumière électrique ; et grâce à ce "moyen, on effectue, pendant la nuit, en seize heures, la traversée du canal de Suez, qui demandait autrefois plus de quarante heures, par suite de l'interruption occasionnée par la nuit.

Ajoutons que la Compagnie du canal a installé sur la berge orientale, et vis-à-vis de chaque gare, plusieurs feux de direction, dans le but de faciliter la marche des vaisseaux.

Depuis que cette autorisation a été accordée, de nombreux navires se sont pourvus du matériel nécessaire, et traversent le canal pendant la nuit.

En résumé : augmentation de l'intensité de l'éclairage; — suppression des chances d'incendie ; — augmentation du bien-être des passagers, et facilité qu'on leur donne de tenir leurs cabines éclairées la nuit ; — suppression des soins d'entretien des appareils d'éclairage ; — moyen de créer, à l'avant et à l'arrière, un phare éblouissant, destiné à prévenir les abordages ; — tels sont les avantages multiples de l'emploi de l'électricité à bord des navires de diverses catégories. Il est donc à désirer que l'installation de cette lumière sur des bâtiments de

tout tonnage, devienne bientôt universelle.

Application de l'éclairage électrique à la guerre et à la marine militaire. — L'éclairage électrique, pendant les opérations des sièges, sert à produire, à l'aide des projecteurs du colonel Mangin, l'éclairage des positions ou travaux de l'ennemi, et à bord des navires, à promener des feux allongés pour déceler dans un vaste rayon la présence de torpilleurs ennemis. Nous avons, dans cet ouvrage, traité ces deux questions : la première, dans la Notice sur la Télégraphie optique (t. Ier, p. 494-502) la seconde, dans le Supplément aux Bâtiments cuirassés (tome II, page 333-335). Nous n'avons donc pas à revenir sur ces questions, et nous nous bornons à renvoyer le lecteur aux pages citées ci-dessus.

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