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LES MOTEURS A GAZ ET A PÉTROLE

Il faut reconnaître que la génération présente est singulièrement favorisée, en ce qui concerne les petits moteurs, surtout si l'on compare les ressources dont elle dispose aujourd'hui, avec celles d'autrefois. Je me rappelle les insignifiants moteurs dont on se servait, au temps de ma jeunesse, pour les travaux agricoles : le vieux cheval de labour, attaché, les yeux bandés, au manège du moulin d'olives; — le cheval des marais de la Camargue, qui venait dépiquer les gerbes de blé, en les foulant de son sabot de corne, et qui écrasait autant de grains qu'il en séparait d'intacts; — l'homme de peine, qui, chez le potier du village, tournait la manivelle, pour façonner les tuyaux de drainage ou les briques.

Dans les villes, le cheval et l'homme étaient les seuls moteurs de la petite industrie, et ces moteurs vivants travaillaient huit heures par jour, pour se reposer seize heures. Quel changement aujourd'hui! On a, dans les

s. T. II.

campagnes, la locomobile, qui accomplit, avec une économie et une promptitude extraordinaires, tous les travaux agricoles, grâce à des appareils mécaniques singulièrement perfectionnés, et le moteur à pétrole, si on se méfie de la vapeur.

Les petits industriels n'ont, dans les villes, que l'embarras du choix, pour actionner leurs métiers, leurs tours, leurs scies, leurs presses typographiques, leurs ascenseurs, etc., etc. Ils ont la pression des eaux, qui, à Paris, à Lyon, à Londres, etc., fournit une énergie, souvent considérable. Ils ont des machines à vapeur, à marche rapide, occupant la place la plus petite possible, et accomplissant un travail continu, d'une grande puissance. Ils ont l'air comprimé, qui, par de savantes méthodes, leur est envoyé dans une canalisation cachée sous le pavé des rues, qui peut actionner, dans l'atelier, toutes sortes de mécanismes, et qui entre également chez

l'ouvrier en chambre, pour l'exécution des plus minimes travaux. Ils ont encore le moteur électrique. Partout où il existe une canalisation d'électricité pour l'éclairage, une simple prise de courant, une dérivation, suffit, et le moteur électrique, qui est gros comme le poing, fait une besogne importante, sans bruit, sans danger, sans nécessiter de courant d'eau refroidissante. Ils ont enfin le moteur à gaz, de toutes forces, depuis un quart de chevalvapeur, jusqu'à 50 chevaux.

De tous les moteurs dont dispose aujourd'hui la petite industrie, le moteur à gaz est plus répandu. Les avantages pratiques et l'économie qui sont l'apanage de la machine à gaz, expliquent sa grande diffusion actuelle. Ces avantages ressortiront suffisamment des considérations et des chiffres qui vont suivre.

Comparons le prix du travail obtenu de l'homme employé à faire tourner une manivelle, avec celui que l'on obtient en employant un moteur à gaz, particulièrement le moteur horizontal Otto, que nous prendrons pour type, dans ce parallèle.

La journée d'un homme employé à faire tourner une manivelle, se paye, dans tous les pavs industriels, au moins 3 francs 50. Seulement, un ouvrier ne peut travailler sans interruption; il se repose fréquemment, et ces repos absorbent un temps, qui réduit la journée à un effectif réel de sept heures. L'heure absolue de travail d'un manœuvre employé à faire tourner une manivelle, revient donc à 50 centimes.

Un moteur à gaz horizontal Otto, de la force d'un demi-cheval-vapeur, équivaut à la force de quatre hommes, et pour produire cette force, le moteur consomme 650 litres de gaz par heure. En évaluant à à 40 centimes (ce qui est un chiffre élevé), le prix du gaz, on voit qu'un moteur d'un demi-cheval, développant la force de quatre

hommes, dépenserait, environ 20 centimes de gaz par heure, c'est-à-dire 30 centimes de moins que l'homme de peine tournant la manivelle, tout en produisant un travail quadruple. Mais comme il suffit de produire, avec le moteur à gaz, le quart de cette force, pour représenter le travail d'un homme, la dépense de gaz se réduirait à 80 ou 100 litres de gaz par heure (auxquels il faut, toutefois, joindre 300 litres de gaz, qui est la consommation régulière et constante, pour faire marcher le moteur à vide). La dépense totale pour produire, par heure, la force équivalente à celle d'un homme, sera d'environ 400 litres de gaz, c'est-à-dire le prix de 16 centimes.

On dépensera donc seulement 16 centitimes par heure, avec le moteur à gaz, au lieu de 50 centimes que l'on est obligé de dépenser en employant l'homme comme moteur.

Le moteur à gaz Otto procure donc une économie de 70 à 75 pour 100 sur l'homme employé à tourner une manivelle, même en supposant le gaz coûtant 40 centimes le mètre cube, prix excessif, car, dans beaucoup de villes, il se réduit à 20 centimes, et il est à Paris de 30 centimes.

Comparons maintenant le prix de revient du travail obtenu au moyen d'un cheval attelé à un manège, à celui que l'on obtient en employant un moteur à gaz horizontal, que nous supposerons tou jours du système Otto.

Nous ferons d'abord remarquer que la force effective d'un moteur à gaz d'un chevalvapeur, équivaut à peu près à la force de deux chevaux ordinaires. Par suite, le prix d'achat du moteur à gaz étant à peu près le même que celui de deux chevaux ordinaires, à force égale, le moteur à gaz n'est pas plus coûteux d'acquisition que le moteur animé.

Mais la dépréciation annuelle subie par

SUPPLÉMENT AU MOTEUR A GAZ

un cheval est très considérable, et l'animal est, en outre, exposé à toute sorte d'accidents, maladies et mortalité, qui exposent son propriétaire à des pertes considérables.

Le moteur à gaz, au contraire, ne s'use que d'une manière insignifiante, et sa durée est, pour ainsi dire, indéfinie.

Au point de vue du premier établissement, l'avantage reste, en définitive, au moteur à gaz.

Examinons maintenant la dépense journalière occasionnée par un cheval :

fr. c.

18 livres de foin, coûtant. ... » 54 Sa 19 litres d'anourriture ( voinecoû- > 2 fr. 12

exige J tant. ... 1 08 paille, ycompns litière ... » 50 La ferrure — l'impôt — l'entretien

des harnais coûtent 0 fr. 50

Le temps de l'homme qui le soigne, représente au moins. ... 0 fr. 50 La location ou l'intérêt de la valeur des bâtiments, de l'écurie et du local où est installé le manège, représente au moins. . . 0 fr. 50 Ce qui donne pour le prix de revient d'une journée de cheval. 3 fr. 50 Mais le cheval n'étant utilisé au maximum que 300 jours par an, à cause des chômages occasionnés par les dimanches, les fêtes ou autres circonstances, il faut répartir la dépense de 65 jours de chômage sur les 300 jours de travail effectif. Nous aurons donc 65x3 fr. 50 = 227 fr. 50 à diviser entre 300 jours ; ce qui

représente par jour 0 fr. 75

Le prix total d'une journée de travail d'un cheval est, ainsi, de . 4 fr. 25

La durée du travail d'un cheval attelé à un manège, ne peut être supérieure à huit heures par jour. Ces huit heures de travail effectif coûtant 4 francs 25, l'heure revient à 50 centimes environ.

Or, un moteur à gaz horizontal, de la force d'un cheval-vapeur, qui est équivalent, comme nous l'avons dit, à la force de deux chevaux ordinaires, ne dépensera qu'un mètre cube de gaz à l'heure — soit (en admettant pour le gaz le prix de 40 centimètres le mètre cube) 40 centimes par heure, au lieu de 50 que coûte l'heure du cheval attelé au manège.

On obtiendra ainsi une force double, tout en dépensant 10 centimes par heure de moins.

Si l'on ne fait produire à ce même moteur à gaz que la force équivalente à celle du cheval attelé au manège, il ne dépensera que 600 à 700 litres de gaz à l'heure, c'està-dire environ de 25 à 30 centimes.

Le moteur à gaz procure donc une économie de 50 pour 100 sur le travail produit par un cheval attelé à un manège.

Une comparaison importante à faire, c'est celle du prix de revient du travail du moteur à gaz avec celui de la machine à vapeur.

Le prix d'un moteur à gaz est environ le même que celui d'une machine à vapeur bien établie et de force correspondante.

Quant à l'entretien, la machine à vapeur donne lieu à des réparations fréquentes, qui sont nécessitées presque toutes par la chaudière. Le moteur à gaz, n'ayant pas de chaudière, et son mécanisme étant plus simple que celui de la machine à vapeur, l'entretien en est beaucoup plus facile, et ne donne lieu qu'à peu de réparations.

Le moteur à gaz est donc, sous ce rapport, beaucoup plus économique.

En ce qui concerne l'installation, la machine à vapeur nécessite, en général, des constructions spéciales. Si elle est du type

demi-fixe ou locomobile, ces constructions sont moins importantes; mais il faut, dans tous les cas, construire une cheminée coûteuse, et la fumée de cette cheminée motive toujours les plaintes des voisins et amène des désagréments.

Une machine à vapeur ne peut s'installer qu'au rez-de-chaussée ; le local qui se trouve au-dessus, s'il en existe, ne peut être utilisé que pour des ateliers, à cause du bruit de la machine et de la chaleur qu'elle répand.

Ces inconvénients disparaissent avec le moteur à gaz, qui peut s'installer à la cave, comme à tout étage, et qui fonctionne sans donner de fumée.

Dans le cas de changement de domicile, le moteur à gaz n'exige que le déplacement de quelques tubes de conduite de gaz et d'eau, et il se transporte comme tout autre meuble. Le déplacement d'une machine à vapeur entraîne toujours, au contraire, à cause de la cheminée, des frais considérables ; et si la machine à vapeur n'est pas du type locomobile, il faut faire la dépense de constructions particulières, pour l'établissement de la chaudière et du moteur sur de nouvelles et solides fondations.

Les avantages généraux, sous le rapport de la commodité et de l'usage pratique, sont donc en faveur du moteur à gaz, comparé à la machine à vapeur.

Quant à la dépense, l'avantage n'est plus assurément du côté du moteur à gaz. La machine à vapeur, grâce aux perfectionnements qu'elle a reçus, entre les mains de Corliss et des ingénieurs qui ont réalisé les divers types à grande détente, à savoir les machines compound, avec les formes dites tandem, h pilon, etc., fournissent actuellement l'énergie motrice avec une économie extraordinaire, contre laquelle le moteur à gaz ne saurait avoir la prétention de lutter.

Il importe, toutefois, de faire remarquer que le parallèle du prix de revient du moteur à gaz et de la machine à vapeur, pour

être possible, ne doit pas porter sur le travail continu de l'une et de l'autre. Dans la plupart des cas, et surtout dans les petites localités, le travail que l'on demande au moteur à gaz n'est pas continu; il ne s'opère qu'à des périodes souvent assez espacées. Par exemple, pour les tirages des journaux, le moteur à gaz ne doit marcher que quelques heures, et s'arrêter ensuite. Dans les brasseries, dans les fabriques, d'eaux gazeuses, dans les fonderies et dans beaucoup d'autres industries, l'action du moteur est intermittente. Si ce moteur est une machine à vapeur, il n'en faut pas moins conserver et payer un mécanicien, toute la journée, pour la faire marcher au moment voulu ; il faut chauffer à l'avance la ebaudière, la maintenir en pression, pendant le temps où l'on ne travaille pas. Par suite, la dépense de la machine à vapeur est presque aussi considérable que si on la faisait fonctionner utilement toute la journée.

Avec le moteur à gaz, au contraire, la dépense est réduite au strict nécessaire pour la force réellement utilisée, et l'on obtient alors une économie réelle sur la machine à vapeur.

Nous ajou terons que la machine à vapeur ne peut être conduite que par des ouvriers spéciaux; enfin, qu'elle entraîne nécessairement un certain désordre. Le charbon, les cendres, produisent une poussière noire, qui, agglutinée parla vapeur huileuse qui s'échappe des divers joints ou robinets, engendre une malpropreté inévitable.

Le moteur à gaz est toujours prêt à marcher. Il suffit d'en approcher une allumette, pour le mettre en action, et une fois qu'il est en marche, on n'a plus à s'en occuper.

La propreté la plus grande peut régner autour du moteur, puisqu'il n'y a plus ni charbon, ni fuites de vapeur, et que les organes de la machine sont disposés de façon que les huiles de graissage sont recueillies dans des réservoirs spéciaux.

Le moteur à gaz peut être établi dans le plus luxueux magasin, comme dans un atelier.

Nous avons dit, dans les Merveilles de la science (1) que l'invention du moteur à gaz est due à un mécanicien français, d'un grand mérite, M. Lenoir, et décrit l'appareil que l'on doit à cet ingénieur. Le moteur

Fig. 430. — M. Otto.

Lenoir a suffi pendant vingt ans aux besoins de l'industrie, mais des perfectionnements considérables ont été apportés, de nos jours, à cet appareil. Le perfectionnement fondamental qu'il a reçu est dû à un constructeur de Cologne, M. Otto, qui le fît connaître en 1878. Après le succès universel du moteur Otto, un grand nombre d'ingénieurs, français et étrangers, ont créé d'autres types, qui en diffèrent plus ou moins, et qui ont

(1) Tome IV, pages 682-688.

chacun leurs avantages particuliers. Ce Supplément sera donc consacré :

1° Au moteur à gaz Otto, de beaucoup le plus répandu ;

2° Aux machines à gaz différant du moteur Otto.

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