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CHAPITRE V

EXPÉRIENCES POUR MONTRER LA YrTESSB DB TRANSPORT DE l'électricité ET DE LA COMMOTION ÉIJSCTRIQVE. — ESSAIS DE LEMONNIER EN FRANCE. — EXPÉRIENCES DES PHYSICIENS ANGLAIS MARTIN FOLCSBS, CAVENDISn ET BEVIS. — MODIFICATIONS APPORTÉES A LA BOUTEILLE DE LEYDE. — EXPÉRIENCES DIVERSES DE l'ABBÉ NOLLET. — BEVIS CHANGE LA DISPOSITION DE CET APPAREIL ET LUI DONNE SA FORME ACTUELLE.

Reprenons la suite des expériences qui furent exécutées en France, en 1746, avec la bouteille deLeyde. L'instantanéité de la commotion, et par conséquent Tétonnante vitesse de rélectricité, était le phénomène qui avait frappé le plus vivement les esprits. Des expériences furent donc entreprises, à cette époque, pour essayer de mesurer la vitesse de transport de Tagent physique qui occasionne ces effets.

Lemonnier, de l'Académie des sciences, fut l'auteur des premières recherches entreprises dans ce but. Dirigées avec beaucoup de sagacité, elles mirent en évidence la prodigieuse vitesse avec laquelle l'électricité se transporte d'un point à un autre.

Lemonnier commença par répéter les expériences de l'abbé Nollet sur la transmission du choc électrique à travers une chaîne composée d'un grand nombre de personnes; mais il les varia et les étendit singulièrement.

Dans ses premiers essais, Lemonnier forma un cercle de personnes qui, au lieu de se tenir immédiatement par la main, se joignaient par des chaînes de fer, longues de trois ou quatre toises. Quelques-unes de ces chaînes traînaient à terre, d'autres plongeaient dans l'eau d'un baquet, d'autres enOn étaient enroulées autour de quelques grosses pièces de fer. En appliquant les conducteurs de la bouteille aux deux extrémités de cette espèce de

MACHINE ÉLECTRIQUE

cercle, toutes les personnes ressentirent le choc électrique sans que le fluide parût aucunement détourné par le sol ni par Teau.

Lemonnier répéta la même expérience en employant, au lieu de chaînes, un fil de fer long de près d'une lieue. Une partie de ce fil de fer traversait un pré, dont T herbe était mouillée par la rosée ; une autre était portée sur une palissade de charmille et s*en roulait autour de plusieurs arbres , enfin une partie assez considérable traînait dans une terre nouvellement labourée : malgré tous ces obstacles, l'électricité passa le long du fil de fer, et excita une commotion violente dans les bras d'une personne placée à l'extrémité de la chaîne.

« Voyant, dit Lemonnier, que l'électricité passait avec tant de liberté au travers des hommes et des métaux^ lors môme quMIs n'étaient pas portés sur des corps électriques de leur nature, je crus qu'il serait fort possible d'éiectriser aussi une grande masse d'eau. J'en fis d'abord l'expérience dans un baquet^ que Je remplis entièrement; Je pris de la main droite une bouteille bien électrisée, dont J'afais eu soin de recourber le fil de fer ; Je plongeai le doigt de la main gauche dans l'eau du baquet, et Je plongeai ensuite l'extrémité recourbée du fil de fer précisément yis-à-vis de l'endroit où J'avais le doigt de la main gauche. Je pris garde à ce que ni mon doigt ni le fil de fer ne touchassent au bord du baquet; aussitôt Je ressentis le coup dans les bras et dans la poitrine, comme dans l'expérience de Leyde.

« J'ai répété ensuite cette expérience sur le bassin du Jardin du Roi et sur celui des Tuileries. J'étendis par terre une chaîne de fer le long de la demi-circonférence de ces bassins, et Je pris garde à ce que cette chaîne ne trempflt pas dans l'eau. Proche d'une de ses extrémités, Je fis flotter une broche de fer fixée verticalement à un large morceau de liège, de manière que cette broche, traversant le liège, s'enfonçait d'un pouce ou deux au*dessou8 de la superficie de l'eau ; un observateur se plaça à l'autre extrémité de la chaîne, la prit dans sa main gauche et plongea la main droite dans l'eau ; Je pris aussi d'une main l'autre extrémité de la chaîne et une bouteille électrisée de l'autre ; Je l'approchai de la broche de fer qui flottait sur l'eau : aussitôt l'électricité passa au travers de l'eau du bassin, et nous ressentîmes chacun un coup dans les deux bras.

« Quoique cette expérience n'eût rien qui ne l'accordât à merveille avec la petite théorie de la

ligne qui unit le fil de fer et le corps de la bouteille. J'avoue que J'eus de la peine à croire que cette masse d'eau fût réellement devenue électrique ; Je croyais plutôt que la commotion que nous avions ressentie venait de ce que notre électricité se perdait dans l'eau, comme celle d'un homme qui est porté sur des gâteaux de résine se perd lorsqu'on fait sortir des étincelles de son corps, sans que celui qui les tire devienne pour cela électrique ; mais l'expérience suivante, fluc J'ai faite exprès pour m'en éclaircir, ne me permit pas de douter que l'eau du bassin n'eût réellement reçu et transmis l'électricité.

« Je pris deux baquets pleins d'eau, que J'éloignai l'un de l'autre d'environ quatre pieds ; Je fis mettre entre eux une personne qui plongeait une main dans chacun des baquets. Je mis aussi un doigt dans l'un, et Je présentai le fil d'une bouteille électrisée à un morceau de fer qui nageait sur un liège dans l'autre baquet; aussitôt il se fit une explosion, et la personne qui avait les deux mains plongées dans l'eau ressentit la commotion dans les coudes comme à l'ordinaire. Or, puisque cette personne a ressenti la commotion, il est évident que l'eau a réellement été électrisée, et partant que l'électricité a aussi passé, au travers de l'eau du bassin des Tuileries, dans l'expérience que j'ai rapportée tout à l'heure.

« Il est donc constant que la matière électrique qui s'élance de la bouteille passe très-librement au travers des corps non électriques, même sans qu'ils soient portés sur ceux qui ont celle propriété de leur nature, et qu'elle se manifeste dans ces corp- d'une manière très-sensible (1). ■

Lemonnier essaya ensuite d'estimer la vitesse de propagation du fluide électrique. A l'aide d'excellentes montres à secondes, il s'efforça de reconnaître si Ton pouvait saisir un intervalle de temps appréciable entre le moment de la décharge d'une bouteille de Leyde et celui de la commotion éprouvée par des personnes placées à une grande distance de l'appareil.

Ses premières expériences avec une montre à secondes, eurent lieu au Jardin des Plantes, au moyen de fils de fer d'une longueur de 200 et de 450 toises qui faisaient le tour des deux grandes allées du jardin. Mais Lemonnier ne put obtenir, en opérant ainsi, des résultats satisfaisants. Bien que l'électricité lui semblât avoir franchi la longueur

(1) Mémoires de mathématiques et de physique de tÀca" demie royale des sciences de Paris pow 1746, p. 4S0-4&2.

des fils dans riniervalle d*une seconde, il hésitait, avec raison, à accorder confiance à ce chiRre, qu'il n'avait obtenu qu'un certain nombre de fois dans dix-sept expériences consécutives.

Il résolut donc de continuer les mêmes recherches, avec un fil de fer beaucoup plus long, et en suivant une méthode plus exacte que celle de l'emploi des montres.

Dans un vaste enclos qui appartenait au couvent des Chartreux, Lemonnier disposa deux fils de fer parallèles, longs chacun de 9S0 toises et distants entre eux de quelques pieds. Ces deux fils faisaient le tour de l'enclos et revenaient à leur point de départ ; de telle sorte que leurs extrémités venaient aboutir à l'endroit même où se trouvait placée la bouteille de Leyde. Un observateur, placé en ce point, tenait dans chaque main une des extrémités de ce fil conducteur. 11 établissait ainsi, à l'aide de son corps, une communication au moyen de laquelle pouvait se faire la décharge de la bouteille. Placé de cette manière, cet observateur pouvait apercevoir l'étincelle , qui partait de la bouteille au moment où un autre opérateur déchargeait cette bouteille en l'approchant du point de départ du double fil conducteur qui parcourait l'enclos. Il pouvait donc juger si le coup qu'il ressentait dans les bras, venait après l'explosion de l'étincelle, ou en même temps.

Tout étant préparé de cette manière, Lemonnier prit dans sa main droite,' la bouteille, et de sa main gauche, il approcha peu à peu de l'extrémité de ce fil la bouteille de Leyde électrisée.

Quand l'étincelle partit, l'observateur placé à l'extrémité du conducteur, ressentit la commotion, au nfioment même où il voyait briller la lueur de cette étincelle (1).

Ayant répété l'expérience en tenant luimême les deux fils, et faisant décharger la

(1) Mémoires de mathématiques et de physique de VAea" demie royale des sciences de Paris pour 1746, p. 456-4S7.

bouteille par son aide, Lemonnier obtint les mêmes résultats.

Il la fit répéter aussi par un grand nombre d'autres personnes, et chacun tomba d'accord que Ton ne pouvait saisir aucun intervalle appréciable entre la lumière et le coup, et que par conséquent l'électricité parcourait sans une succession reconnaissable un espace de 9S0 toises, c'est-à-dire près d'une demilieue.

« Il aurait été facile d'observer^ dit Lemonnier^ uo « quart de seconde s'il y avait eu cet intervalle entre « la lumière et le coup ; d'où il résulte que la vitesse « de la matière électrique, lorsqu'elle paicooit uo « fil de fer, est au moins trente fois plus grande que « celle du son (i). ■

En ne concluant rien au delà des résultats fournis par l'expérience, Lemonnier restait fidèle aux principes rigoureux qui doivent guider dans les sciences d'observation; mais il n'était pas difficile de prévoir que les mêmes essais, exécutés sur des distances plus considérables, donneraient une idée bien plus élevée encore de la vitesse de transport de l'électricité.

Les observations qui venaient d'être faites en France pour la première fois, concernant la rapidité de propagation du fluide électrique, furent continuées par les physiciens anglais, qui les poussèrent jusqu'à de trèsgrandes distances. Ces recherches eurent beaucoup d'éclat et même de majesté.

Plusieurs membres de la Société rayak de Londres^ entre autres Martin Folckes, qui en était alors président, Cavendish et Bevis, se réunirent pour procéder à ces expériences, dont la direction fut confiée à Watson.

Les premiers essais qui furent exécutés les 14 et 18 juillet 1747, eurent pour but de transporter le courant électrique à travers la Tamise, en employant l'eau de ce fleuve comme une partie de la chaîne conductrice. A cet effet, on plaça près de Westminster,

(1) Mémoires de mathématiques et de physique detÂe^demie royale des sciences de Paris pour 1746, p. 4S7,

MACillNE ÉLECTRIUUE.

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Fig 214. — Expérience faite en 174 7 sur la Tamise par Martin Folcles, Cavondîsli ot CovU près du pont dfl Londre*

pour apprécier la viteBst» de rélectriciiô.

une bouteille de Leyde chargée. Un ftl de fer communiquait avec la garniture inté* rieure de cette bouteille; Fextrémilé libre de ce iil conducleur attacbéc à la bouteille, était ieuue dans la main d'un observaltur qui, placé au bord de la rivière, tenait, de Tautrc main, une baguette de fer.

Cet observateur trempa sa baguette de fer dans la rivière^ pendant qu'un autre, placé en regard de Tautre côté de Teau, trempait pareillement sa baguette dans la rivière d'une main, et tenait de Tautre main un fil de fer dont TexIrL-mité pouvait être mise en contact avec le conducteur de la bouteille.

En établissant la communicalion entre Us garnitures intérieure et extérieure de la bouteille de Lejde, et faisant ainsi pai tir la décharge, la commotion électrique se fit sentir au même instant aux deux observateurs séparés par la Tamise.

Ainsi Je fluide s'était transmisen franchissant successivement le corps du premier observateur, l'eau de la Tamise, le corps du second observateur placé de Tautre côté de l'eau, ol le fil que ce dernier tenait dans la main.

On réussit, dans une de ces expériences, à enflammer des liqueurs spirilueuses à Taide du courant électrique qui avait traversé la ri* vière.

Rien ne peut donner une idée de la sur* prise, mêlée d*incrédulilé,qui accueillît Fannonce de ce fait. Personne ne pouvait ci'oire à ce phénomène extraordinaire d'un feu qui allait allumer de resprit-de-vin, après a\oir traversé la rivière.

Une seconde série d'expériences com meriça le 24 juillet 1747 à Siock-Newingion, près de Londres. On établit un conducteur d'environ 2 mille anglais de longueur j qui était

formé en partie par Feau de la Tamise, en partie par un fil de fer. Cette expérience fut faite en deux points. Dans F un, la longueur du fil de fer disposé sur la terre, était de 800 pieds, et Ton avait pris dans la Tamise une étendue de 2 milles anglais. Dans Tautre point, la distance par terre était de 2 milles, anglais et 800 pieds, et par eau, de 8 milles. L'électricité se transmit tout aussi bien que dansPexpérience faite près du pont de Londres.

Ensuite, au lieu d*enfoncer les baguettes de fer tenues par Tobservateur, dans Teau de la rivière, pour établir la communication, on les appliqua simplement en terre, à une distance de 20 pieds de Teau. L'expérience eut le même succès ; et Ton reconnut ainsi que la terre humide, au moins jusqu'à une certaine distance, peut transmettre, aussi bien que l'eau, le fluide électrique.

Le 28 juillet, cette expérience fut répétée avec le même résultat, bien que les observateurs qui devaient enfoncer la baguette dans la terre se trouvassent chacun à ISO pieds de l'eau.

On essaya alors de reconnaître si le terrain sec laisserait passer aussi facilement le fluide électrique que la terre humide. L'expérience eut lieu, le 6 août 1747, à HighburyBam, au delà à'Islington. Bien que l'un des observateurs fût placé dans une sablonnière sèche, à cent pas de distance de la rivière, la commotion électrique fut ressentie comme auparavant.

On voulut reconnaître enfin, si le choc électrique pourrait se faire sentir dans un terrain sec, à une distance double de celle à laquelle on venait de le transmettre, et comparer en même temps, s'il était possible, les vitesses respectives de l'électricité et du son.

Le 14 août 1747, on s'établit, pour procéder à cette expérience, sur la montagne de Shooter. Le fil de fer communiquant avec la baguette tenue par l'observateur, était d'une longueur de près de 7 milles. Il était soutenu dans tout son trajet sur des bâtons bien secs

qui faisaient l'office de corps isolants. Le con* ducteur qui communiquait avec la bouteille de Leyde, avait près de 4 milles de longueur et se trouvait également soutenu sur des bâtons préalablement séchés au four, afin de mieux assurer leur isolement : une distance de 2 milles séparait les deux observateurs. On tira un coup de fusil au moment de l'explosion de la bouteille, et les observateurs tenaient leurs montres à la main pour remarquer le moment où ils sentiraient le coup. Mais on ne put noter aucun intervalle appréciable entre la détonation et le choc électrique.

Une dernière expérience fut encore exécutée pour essayer de reconnaître avec plus d'exactitude la vitesse de l'électricité.

LeS août 1748, les expérimen tateurs se réunirent une dernière fois sur la montagne de Shooter. On convint de former un circuit électrique de 2 milles de longueur, en faisant faire au fil conducteur différents détours dans la campagne ; le milieu de ce circuit se trouvait dans une maison où était placée la bouteille de Leyde, avec un observateur qui tenait à chaque main un des deux bouts, lesquels avaient de chaque côté 1 mille de longueur.

Dans cette disposition, qui reproduisait celle adoptée par Lemonnier, on pouvait observer avec exactitude l'intervalle entre le moment de la décharge de la bouteille de Leyde et celui de la commotion éprouvée.

« L'expérience prouva^ ditPrieslIey, que la vitesse « du passage de la matière électrique dans toute la « longueur de ce fil, qui avait i2,276 pieds de Ion- « gueur, était initantant^e (t). »

Ces curieuses expériences excitèrent, parmi les électriciens de l'Europe, beaucoup de surprise et d'admiration. Dans une lettre adressée à ce sujet àWatson, Musschenbroek lui écrivait, avec la magistrale emphase de quelques savants de cette époque : Magnificentissimis tuis experimentis superasti conatus omnium I

(1) Histoire de télectrkiié^ 1. 1, p. 203.

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{Par la magnificence de vos expériences vous avez surpassé les efforts de tous.) »

De tels résultats redoublèrent Fardeur des physiciens. On varia beaucoup la manière d'exécuter Terpérience de Leyde. Nollet, en France, y procédait de beaucoup de façons différentes. Il montra en 1747 que cette expérience peut se faire très-bien avec un yase de verre qui ne contienne ni eau ni métal, mais qui soit seulement vide d'air : Tespace vide d'air existant dans la bouteille lui servait de garniture intérieure (1).

Cette expérience, qui a été répétée plusieurs fois de nos jours, réussit parfaitement ; elle donne une décharge électrique d'une grande intensité. L'appareil nécessaire pour l'exécuter, existait encore, il y a peu d'années, dans le cabinet de physique de la Faculté de méderine de Paris. La bouteille fut brisée, penjlant une leçon du cours de M. Gavarret, par la force de la décharge.

Nollet exécutait quelquefois la même expérience, en employant deux personnes au lieu d'une seule, pour exciter l'étincelle. Ces deux personnes étaient séparées par un tube de verre rempli d'eau, dont elles tenaient chacune une extrémité. Nollet voulait montrer ainsi, d'une manière plus frappante, le phénomène lumineux de l'étincelle.

« Lorsque Texplosion se fait, dit Nollet^ et que les deux corps animés ressentent la secousse^ le tube intermédiaire qui les unit brille d'un éclat de lumière aussi subit et d'aussi peu de durée que le coup qui saisit les deux personnes appliquées à celte épreuve ; n'est-il pas tout à fait possible qu'on verrait en nous la môme chose si nous étions transparents comme le verre et l'eau (2)7 »

U aimait encore à montrer la même manifestation de la lumière électrique par une expérience assez bizarre.

« Au lieu du tube plein d'eau, si les deux personnes qui font l'expérience se présentent mutuellement un œuf cru l'une à Fautre à la distance de quelques lignes, au moment de la conmiotion, si

(1) Mémoirei de l'Académie des sdeneei pour 1747, p. 24.

(2) Leçons de physique expérimentale, i, VI, p. 473.

c'est dans la nuit ou dans un lieu obscur» on voit étinceler l'extrémité de chacun des deux œufs, et tous les deux paraissent également remplis de lumière (1). »

Nollet montrait enfin que la forme de l'appareil est indifférente pour exécuter l'expérience de Leyde. Il obtenait la décharge électrique en se servant, au lieu de bouteille, d'une simple capsule de verre ou d'une jatte contenant de l'eau (2).

Ces diverses modifications apportées à l'expérience de Leyde commençaient, quoique bien lentement, à préparer l'explication théorique du phénomène singulier que personne n'était encore en état d'approfondir.

C'est ainsi que M usschenbroek reconnut que l'expérience de Leyde échouait toujours quand les parois extérieures de la bouteille étaient humides, fait qui explique, comme nous l'avons dit plus haut, l'erreur qu'il avait commise lui-même en déclarant -juc le verre d'Allemagne était le seul propre à exécuter sa célèbre expérience.

En Angleterre, Watson découvrit que la ténuité du verre augmentait le choc électrique et que l'intensité de la décharge était indépendante de la force de la machine électrique qui servait à la provoquer. En multipliant ses expériences, Watson reconnut encore que l'intensité de la décharge augmentait proportionnellement avec l'étendue de la surface du verre.

Un autre expérimentateur anglais. Devis, modifia très-avantageusement les dispositions primitives de la bouteille de Musschenbroek, et lui donna la forme que nous lui connaissons aujourd'hui. Il avait reconnu, à force de varier l'expérience, que l'énergie de la décharge augmentait avec les dimensions de la bouteille, mais nullement en proportion de la quantité d'eau qu'elle renfermait. Il conjectura donc que, dans le phénomène, encore inexpliqué , de la bouteille de Leyde, l'eau

(1) Leçons de physique expérimentale^ t. VI, p. 474.

(2) Ibidem, p. 486, flg. 22.

ne remplissait d*autre rôle que celui de conducteur. Comme Feau ne jouit qu'à un assez faible degré de la propriété de conduire le fluide électrique, et qu'elle le cède beaucoup sous ce rapport aux différents métaux, Bevis pensa que Teffet électrique serait augmenté si Ton remplaçait Feau par un métal. U plaça donc dans la bouteille, de la grenaille de plomb au lieu d'eau, et Fexpérience fit Toir que l'emploi d'un métal pour former la garniture intérieure de l'appareil augmentait considérablement l'efiet électrique.

. La grenaille de plomb employée par Bevis fut remplacée plus tard par des feuilles d'or, métal non oxydable et meilleur conducteur. C'est encore le même physicien qui eut ridée d'envelopper à rexiéricur la bouteille de Leyde d'une feuille métallique. Bevis avait compris que la main de l'opérateur qui tenait la bouteille, remplissait l'office d'un conducteur de l'électricité. En enveloppant la bouteille d'une feuille d'étain jusqu'à une certaine hauteur, on rendait la partie externe de l'appareil beaucoup plusconducirice. On pouvait alors placer la bouteille sur une table ou sur un support de bois, sans qu'il fût nécessaire de recourir aune personne pour la tenir. Ces deux changements apportés par Bevis à la forme de la bouteille de Musschenbroek ajoutèrent beaucoup à l'intensité de ses effets, et cet instrument prit ainsi la forme définitive qu'il a conservée jusqu'à nos jours.

Chacun sait que la bouteille de Leyde consiste aujourd'hui, comme le montre la figure 24S en un vase de verre enveloppé à l'extérieur d'une feuille d'étain B, Bouteuicde Leyde. jusqu'à une certaine distance du goulot. Elle contient à l'intérieur des feuilles d'or, et se termine par un conducteur en laiton, T, recourbé en crochet à son extrémité libre. Ce crochet sert à la

mettre en communication avec la source d'électricité, c'est-à-dire avec la machine électrique , comme le montre la figure 246.

Une chaîne de fer attachée , au moyen d'un crochet C, au dessous de la bouteille, sert à faire écouler dans le sol l'électricité de nom contraire à celle qui se condense à l'intérieur.

Bevis eut encore, le premier, l'idée de construire une baiierie électrique. Il réunit trois bouteilles de Leyde, qu'il fit communiquer entre elles, à l'aide de fils de fer partant de l'intérieur de chacune d'elles. Il fit également communiquer les garnitures extérieures de ces bouteilles par une chaîne métallique qui traînait sur le sol.

Ainsi fut construite- la première batterie électrique que Franklin, comme nous le verrons bientôt, imagina aussi de son côté, sans avoir eu, nous dit-il, connaissance de cet appareil de Bevis.

Pig. 246.— fioateltie de Leytfe en commooieaUoo iv«t k machine électrique.

Fig. 247. — Carreta dleelrlqne.

Mettant à exécution l'idée de Bevis, Watscm construisit ensuite de puissantes baiieria

électriques^ en employant de très-grandes bouieilles de verre mince, nommées Jarres, qu'il remplissait de feuilles d'argent.

Oe obtint avec ces batteries, des effets électriques d'une grande puissance. La décharge d'une batterie composée de dix h douze jarres suffisait pour tner des animaux d'une assez grande taille.

Tous ces résultats prouvaient avec évidence que les effets de la bouteille de Musschenbroek dépendaient, nonde l'intensité de la source qui fournissait réiectricité, c'est-àdire de la macbinc électrique, mais bien de T. I.

C'est ce que Ton désigne aujourd'hui sous le nom A' expérience du carreau fulminant.

Celte expérience est représentée p«ige 472 (fig. 247), un carreau de verre fail d'un cadre de bois est garni sur ses deux faces d'une lame d'étain, dont l'une entourée au moyen d'un prolongement métallique c, est en communication avec le cercle de bois par un anneau et une chaîne métalliques A. Pour charger ce condensateur ^ on fait communiquer la lame d'étain de la face supérieure avec une machine électrique et l'anneau avec le sol, au moyen de la chaîne. La condensation de rélectricité s'effectue à travers la lame de verre. Quand on réunit au moyen d'un excitateur les deux lames métalliques, il en résulte une forte décharge.

Telle est l'expérience qui servit à Bcvis à prouver que Tintensité de la décharge d'une bouteille de Leydc dépend de l'étendue de la surface sur laquelle est déposée rélectricité, et non de Fintensité de la source d'électricité.

Cependant, ces diverses remarques ne fournissaient encore que des lumières bien incertaines pour expliquer le phénomène de la bouteille de Leyde. Depuis un an, les expériences, les faits acquis, s'étaient multipliés singulièrement, mais la théorie n'avait pas fait un pas. On avait varié et perfectionné la construction de cet instrument sans pouvoir encore hasarder la moindre explication de ses effets. L'empirisme seul avait appris à donnerauxpiècesdela bouteillede Musscbenbroek la place qu'on leur assignait. On savait bien qu'il fallait, pour exécuter l'expérience, placer un corps non conducteur de l'électricité entre deux surfaces conductrices; mais quel rôle physique remplissait chacun des éléments de cet appareil, on l'ignorait encore d'une manière absoli^e. Il fallait que cet appareil traversât les mers, pour aller trouver au sein du Nouveau-Monde le philosophe ingénieux, le rigoureux observateur, qui devait éclairer d'une lumière subiteetinattendue une malière dont tous les physiciens de l'Europe

avaient été impuissants à dissiper l'obscurité.

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