‹ Les merveilles de la science, ou Description populaire des inventions modernesChapitre 8 sur 104 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

PKJll'KCTtONNKliENTS APt'OHTtS A LA MAC II INC UE NPWCO- MEN. — PBOÛBfeS DE LA rUYSiQUË TOUCHANT LA THEORMî D£ LA CHALEUR. — DÊCOUVKttTE OU THEHItOlia"RE. — TRAVAUX un. BLACK SUR LA CBALECR LATENTE KT LA VAPORISATION.

La pensée qui nous guide dans cette notice, c'est de montrer que la création des différents

orpnnrs Ao la machine à vapeur, fui toujours la conséquence et Tapplication des découvertes théoriques successivement réalisées dans la science. On a vu qu'avant Tinstitution de la physique moderne, rien de ce qui ressemble à la machine à vapeur n'avait été ni n'avait pu être conçu. Mais dès que la physique commence à essayer ses premiers pas,dès le moment où les découvertes de Galilée, de Pascal et d'Otto de Guericke ont marqué ses brillants débuts, on voit ces faits passer immédiatement dans la pratique, et le génie de Papin s'en emparer,pouren tirer des applications mécaniques parla création d'un nouveau moteur. Cette liaison étroite qui se fait remarquer entre la situation de la science et les progrès de la machine à vapeur, deviendra plus sensible et plus évidente encore à mesure que nous avancerons dans l'histoire de ses perfectionnement?. Nous allons voir une période déplus de soixante ans s'écouler sans apporter aucune amélioration aux principes mécaniques concernant l'emploi de la vapeur d'eau. L'explication de ce fait paraîtra fort simple, si l'on considère que, dans ce long intervalle, la théorie de la chaleur resta complètement stationnaire. Les physiciens, tout entiers à l'étude nouvelle et si remplie d'attrait, des phénomènes électriques, n'avaient pas encore abordé Vcxnmvn des faits qui se rapportent à la chaleur. Ce n'est que vers l'année 1700 que les théories de la va[»orisation, de la condensation et du ch?jn;rement d'état des corps, furent établies par Joseph Black. Aussi, durant cette suite d'années qui s'étend depuis la constnjction de la première machine atmosphérique par .Neweomen, jusqu'aux travaux de Black, en 1700, Thi^^toire de la machine a vapeur n'offre-trelle a ^i^nal':r que de» per- (odionncments apportée a la partie exclulivemcnt in^iï:anique de^ appareiU. Tout ce qui concerna U- prin'ip': d .'tion de la iiuichine rcftte ^nt»'r/mM,i ^o d'hof*, d*: oih

Itl Vm de m^iohfî^f 'U qi** Ique* mol».

Le premier perfectionnement apporté au mécanisme de la pompe à feu, est dû à une circonstance qu'il est assez curieux de connaltre.Dansla machine telle que Newcomenravait construite, les deux robinets destinés, l'un à donneraccèsà la vapeur, l'autre à introduire Teau de condensation dans l'intérieur du cylindre,8'ouvraientetsefermaientàlamain.Uu ouvrier, et souvent un enfant, étaient chargés d'exécuter cette opération, et quelles que fussent leur habitude ou leur adresse, on ne pouvait ainsi obtenir plus de dix à douze coups de piston par minute; en outre, la moindre distraction de la part de l'apprenti, non-seulement retardait le jeu de la machine, mais pouvait compromettre son existence.

En 1713, un enfant chargé de ce soin, contrarié, dit-on, de ne pouvoir allerjouer avec ses camarades,imaginaunmoyendese soustraire à cette sujétion forcée. Il avait remarqué que l'u n des robinets devait être ouvert au moment oii le balancier a terminé sa course descendante, pour se fermer au commencement de l'oscillation opposée : la manœuvre du second robinet était précisément l'inverse. Les positions du balancier et du robinet se trouvant ainsi dans une dépendance nécessaire, l'enfant reconnaît que le balancier lui-même pourrait servir à ouvrir et à fermer les robinets. Son plan est aussitôt conçu et mis à exécution. Il att'iche a chacun des robinets deux ficelles de longueur inégale, et après de longs tâtonnements, il fixe leur extrémité libre à des points convenablement choisis sur le balancier; de telle sorte qu'en s' élevant ou s'abaissant par faction de la vapeur, le balancier ouvrait ou fermait lui-même les robinets au moment nécessain;. La machine put ainsi marcher sans surveillant, et l'apprenti s'en alla triomphaleni(jnt rejoindre ses camarades.

La tradition nous a conservé le nom de cet utile parrîHseux, de ce paresseux de génie : il s'appelait iiumphry Potter.

i,e mécanicien Heighton substitua aux fi- %\v^\iM^ du jeune Potter une tringle de fer ver-

MACHINE A VAPEUR

ticale ; c*est la partie de la machine de Neweomen que Ton voit représentée sur la figure 37 (page 71), par les lettres QQ, c'est-à-dire le plug-frame. C'est en i 7 i 8 que Beighton établit à Newcastle une machine de Newcomen dans laquelle, pour la première fois, Touvrier chargé de faire manœuvrer les robinets fut remplacé par une tige métallique suspendue au balancier et qui exécutait cette opération à Taide de chevilles disposées sur des points convenables de sa longueur. La machine put alors donner quinze coups par minute ; mais ridée première de charger le balancier d'exécuter ces mouvements revient à l'apprenti dont le nom est acquis à la postérité.

En 1758, le mécanicien Fitz-Gerald fit connaître, dans les Transactions philosophiques^ le moyen de transformer le mouvement vertical de la machine atmosphérique en un mouvement rotatoire, grâce à un système de roues dentées et par l'addition d'un volant destiné à régler le mouvement.

L'emploid'unflotteur,imaginéparBrindley, versl760,pourrégulariserrentréedereau d'alimentation dans les chaudières, est un utile perfectionnement qu'il est bon de signaler ici.

Nous aurons terminé la revue des principales modifications apportées aux différentes pièces de la pompe à feu, si nous ajoutons que, dans plusieurs machines qu'il fut chargé de construire, l'ingénieur Smeaton parvint à perfectionner beaucoup la fabrication des pistons et des cylindres, et qu'il réussit de cette manière à éviter les pertes considérables de vapeur qu'occasionnaient les machines antérieures. D'importantes modifications apportées à la construction des chaudières et à la disposition du foyer, permirent enfin d'économiser une certaine partie du combustible. Nous ne dirons rien des perfeotionnements introduits par Smeaton dans la pompe de Savery, car cette dernière avait déjà presque partout cessé d'être en usage.

On le voit pourtant, de toutes ces utiles modifications apportées à la machine atmosphé-

rique, aucune ne touchait au principe même de son action, c'est-à-dire à la manière de mettre en jeu la force élastique de la vapeur. La machine de Newcomen, avec son énorme balancier et l'excessive consommation de combustible qu'elle exigeait, continuait de fonctionner en conservant l'ensemble des dispositions imaginées soixante ans auparavant par le serrurier de Darmouth. C'est que la théorie générale de la chaleur et les théories particulières de la vaporisation et de la condensation, qui en sont la conséquence, étaient encore à créer tout entières. Les premiers linéaments de la théorie du calorique ne furent tracés que vers Tannée 1694, par la main de Guillaume Amontons. Ce physicien ingénieux et modeste, qui eut, comme on le verra dans le cours de cet ouvrage, le mérite de découvrir le principe de la télégraphie aérienne, est, en effet, l'auteur des premières vues raisonnables que l'on ait conçues sur la nature et les effets de la chaleur; c'est à lui que revient l'honneur d'avoir substitué une opinion sérieuse, fondée sur l'observation et l'expérience, aux divagations de l'ancienne physique concernant ces phénomènes.

Amontons émit le premier cette idée, vraie et profonde, que les divers états de la matière, solide, liquide et gazeux, sont dus à l'existence, dans les corps, d'un fluide impondérable, qu'il désigna sous le nom de calorique. Par diverses expériences, exécutées avec la précision que pouvaient comporter les moyens d'observation deson époque,ilconstatalesefiets de dilatation que provoque, dans les corps, l'ao* cumulationdu calorique. Il reconnut que l'air échauffé augmente de force élastique, et découvrit ce fait important, que l'eau se maintient à une température invariable quand elle a atteint le terme de son ébullition. En un mot, il procéda le premier, par la voie de l'expérience , à l'examen des phénomènes calorifiques.

Cependant un obstacle capital empêchait la théorie ûe la chaleur de s'établir sur des

bases solides. Pour qu'une branche quelconque des sciences physiques puisse se constituer, se perfectionner ou s*étendre, il ne suffit pas qu'elle possède un certain nombre de faits; il faut encore que ces faits puisant être rapprochés et comparés entre eux; il faut que les actions, une fois produites, puissent être soumises à la mesure. Or, les phénomènes relatifs à la chaleur n'étaient alors susceptibles d'aucune comparaison, car les physiciens ne possédaient encore aucun instrument de mesure. A la vérité, il existait depuis un siècle, un petit appareil désigné sous le nom de thermomètre; mais c'est à tort qu'il portait ce nom, car il ne pouvait servir en aucune manière à mesurer et à comparer les différentes températures des corps. Il permettait seulement d'apprécier une différence de température entre deux corps inégalement échauffés.

Les instruments qui nous servent à rechercher les lois de la nature étaient entachés, à leur origine, d'imperfections que l'on a vues successivement disparaître devant les résultats de l'expérience. A l'exception du baromètre, qui conserve encore les dispositions que lui assigna Torricelli, tous les instruments d'observation ou de mesure physique, tels que le télescope, le microscope, la machine pneumatique, la machine électrique, la pile de Volta, etc., ont dû subir un très-grand nombre de transformations avant de recevoir la forme qu'ils présentent de nos jours. Le thermomètre offre particulièrement un exemple de ce fait. Il a fallu deux siècles de travaux pour porter cet instrument au degré de perfection qui le distingue aujourd'hui.

On a revendiqué en faveur d'un grand nombre de savants la découverte du thermomètre. François Bacon, Fludd, Drebbel, Sanctorius, Galilée , Van Helmont n^ême, ont été successivement honorés du titre d'inventeurs de cet instrument. Les idées insuffisantes et vagues qui présidèrent à sa con-

struction primitive, au xni* nède, ne \ talent guère d'être disputées entre des savaali d*un tel ordre. Rien ne ressemble moins à on appareil de mesure que le thermomètre donl les physiciens du xvu* siècle ont fait nsag*.

Le premier de ces instruments, qui puill avoir été construit par le Hollandais CSopnélius Drebbel , se composait d'un simple tube de verre rempli d'air, fermé à son trémité supérieure, et plongeant, par extrémité ouverte, dans un petit flacon qui contenait de l'eau-forte étendue d'eau. SelM» la température extérieure, et par l'effet de la dilatation de l'air enfermé dans le tube, le liquide montait ou s'abaissait dans le tube. L'instrument était muni d'une échelle divisée en parties égales. Mais sa graduation, qui n'était fondée sur aucun principe déteiw miné, ne fournissait aucune indication comparable.

Un membre de l'Académie del Cimente^ de Florence, perfectionna, vers le milieu du xvu* siècle , cet instrument grossier, sans réussir à rendre ses degrés comparables.

Le thermomètre de l'Académie del Ci-mento consistait simplement en un tube de verre purgé d'air et rempli d'alcool coloré. On le portait dans une cave et Ton marquait d'un trait le point où s'arrêtait le liquide; les portions du tube situées au-dessus et au-dessous de ce trait étaient ensuite divisées en 100 parties égales. Avec une division aussi arbitraire, ces instruments ne pouvaient s'accorder entre eux. Deux thermomètres construits suivant cette même méthode, parlaient, chacun, une langue différente. Cependant la physique se contenta, durant un demi-siècle, de cet instrument grossier (1).

(1) Dans ses expériences sur le digesteur^ Papio ne 9% servit Jamais du Uiermomètre. Pour évaluer la température de la vapeur qui remplissait Tappareil, il se contentait de laisser tomber une goutte d*eau sur le couvercle da digesUur; le nombre de secondes que cette goutte d*eaa employait à s'évaporer lui servait d*indice eomparaUf et de moyen de mesure pour déterminer approximativement la température de la vapeur (Voyes Manière d'amollir Itê et, p. 11.)

C'est un physicien de Pise, Renaldinij professeur à Padoue, qui reconnut le premier la nécessité de bannir d 11 thermomètre toutes les mesures vagues et arbitraires adoptées jusque-là, et qui proposa de choisir, pour établir la graduation de rinstroment, àe^ poinis fixes que Ton pût retrouver en toute occasion.

Peu de temps après, Nev^^on mit à exécution ridée que le professeur de Padoue n'avait réalisée que d'une manière incomplète* L'illustre physicien donna^ en 170!, dans les Transactions philmophiques^ la description du premier thermomètre à indications comparables. Le liquide employé par Newton pour la mesure de la chaleur, était r huile de lin. Les points fixes adoptés pour sa graduation étaient la température du corps humain pour le terme supérieur, et pour le point inférieur, le point oii s'arrêtait Fbuile au moment de sa congélation, que l'on pro-

voquait en plongeant l'instrument dans de la neige. L'intervalle entre ces deux points fixes était divisé en douze parties, et la division prolongée au delà de ces deux limites. Le point d'ébullition de Teau correspondait ainsi au degré 34, celui de la fusion de Fétain à 72, etc. Newton détermina, à l'aide de cet instrument, plusieurs termes de température dont la connaissance importait à la physii|ue.

Cependant la faible dilatation de l'huile par 'action de la chaleur, et sa congélation aune température modérée, rendaient incertain et délicat remploi du thermomètre de Newton. C'est ce qui détermina Amontons à chercher un agent thermométrique plus sensible aux influences du calorique. Dans cette vue, le physicien français construisit un thermomètre à air. Le point fixe de cet instrument fut déterminé par la température de l*eau bouil-

lante, qu'Amontons avait reconnue le premier comme un terme constant.

Mais cet instrument présentait , dans la pratique, toutes les difRcultés qui se rattachent à l'emploi du thermomètre à gaz,et qui dépendent surtout de la dilatation trop considérable que les fluides élastiques éprouvent par Faction de la chaleur. Il exigeait la correction de la hauteur barométrique, et de plus, comme il avait au moins quatre pieds (i *,299) de long, il était assez difficile à manier , à cause de son poids et de sa fragilité.

Le problème de la construction d'un thermomètre comparable, exact, sensible et commode, présentait, on le voit, des difficultés de plus d'un genre. Cène fut qu'en 1714 qu'il fut à peu près résolu par un fabricant d'instruments de Dantzig, nommé Gabriel Fahrenheit.

Dans ses premiers thermomètres , l'artiste allemand avait adopté l'alcool comme liquide thermométrique; mais il eut plus tard l'heureuse idée de choisir le mercure. Ce métal, employé comme agent de mesure pour la chaleur, réunit en effet toutes les conditions désirables. 11 n'entre en ébullition qu'à une température très-élevée, et peut servir, par conséquent, à mesurer la chaleur dans des termes fort étendus ; — il ne se congèle qu'à une température qui ne se présente jamais dans nos régions; — enfin, et c'est là le point capital pour son application comme agent thermométrique, il se dilate uniformément, c'est-à-dire que son augmentation de volume est exactement proportionnelle, au moins dans une échelle très-étendue, à la quantité de calorique qu'il reçoit. Les points fixes choisis par Fahrenheit étaient l'ébullition de l'eau pour le terme supérieur, et pour le terme inférieur, le point auquel l'instrument s'arrêtait quand il le plongeait dans un mélange de sel ammoniac et de neige, mélange dont il n'a jamais fait connaître, d'ailleurs, les proportions relatives. L'intervalle qui séparait ces deux points était divisé en 212 parties, de telle sorte que le point de la congélation

de l'eau correspondait à 32 degrés, celui de la température du corps humain à 96 degrés, celui de l'ébullition de l'eau à 212 degrés. La plupart de ses thermomètres n'étaient pas gradués au delà de 96 degrés (1).

Le thermomètre de Fahrenheit fut immédiatement adopté en Angleterre et en Allemagne, où il est encore en usage aujourd'hui. En France, on se servit de préférence du thermomètre construit, vers 1730, par Réaumur, qui choisit pour les deux points fixes, le terme de la glace fondante et celui de TébuUition de l'eau, et divisa l'entre-deux en 80 parties égales.

Enfin Celsius, professeur à Upsal, construisit, en 1741, le thermomètre que l'on comiait aujourd'hui sous le nom de thermomètre centigrade ou de Celsius. Il divisa en 100 parties égales l'intervalle entre les deux points fixes de la glace fondante et de l'ébullition de l'eau (2).

La physique possédait enfin un instrument qui permettait de mesurer les phénomènes calorifiques. On pouvait donc aborder l'étude

(1) Celte division en 2t2 parties, en apparence assez arbitraire, avait été adoptée par Fahrenheit parce qu*il avait trouvé par expérience que 11,124 parties de mercure, en volume, chauffées depuis le terme 0 Jusqu*à l'eau bouillante, se dilatent au point d'en constituer alors it,33G, c'est-à-dire de présenter une dilatation de 212 parties en volume.

(2) C'est le physicien Celsius qui détermina les physiciens à abandonner, pour la graduation du thermomètre, la considération du volume de la liqueur enfermée dans Tinstrument, et à s'en tenir aux points fixes sans avoir égard à la dilatation du liquide qu'il contient Fahrenheit et Réaumur avaient, au contraire, établi la division de leur instrument en comparant la grandeur de chaque degré à la masse totale du liquide renfermé dans le réservoir. Ainsi, chaque degré de l'échelle du thermomètre à alcool de Réaumur indiquait que la liqueur s'était dilatée d'un millième de son volume à zéro, et chaque degré du thermomètre de Fahrenheit représentait une dilatation de 1/212. Un Genevois, nommé Ducrest, avait émis cette idée une année avant Celsius ; mais le point fixe qu'il avait choisi était fautif, puisqu'il Tavait déterminé en plaçant simplement Tinstrument dans les caves de l'Observatoire de Paris. En choisissant pour le terme Ole point de la glace fondante, Celsius donnait à son thermomètre un point fixe qui réunissait tous les avantages possibles par la certitude de ce terme, par sa constance et par la facilité de le reproduire en toute occasion. C'est donc au physicien suédois qu'il convient de faire honneur de la perfection que le thermomètre présente de nos jours.

MACHINE A VAPEUR

des lois de la chaleur avec des moyens rigoureux d'observation, et, grâce à leur emploi, la théorie du calorique ne tarda pas à se constituer.

C*est au physicien écossais Joseph Black, professeur à Funiversité de Glascow, que revient rhonneur d'avoir fondé la théorie générale de la chaleur. Après avoir confirmé par l'expérience la vérité de l'opinion d'Amontons touchant la cause de l'état physique des corps, Joseph Black créa, par une suite d'observations et démesures précises, la théorie du calorique latent et celle du calorique spécifique. La première de ces théories était appelée à jeter la plus vive lumière sur les phénomènes qui accompagnent la vaporisation des liquides et la condensation des vapeurs. Elle se résume dans l'expérience suivante exécutée par Black en 1762.

Si l'on prend i kilogramme d'eau à la température de 79 degrés et i kilogramme d'eau à la température de zéro degré, et qu'on les mêle, le thermomètre, plongé dans ce mélange, indique SS^'jS, c'est-à-dire la moyenne entre les températures des deux liquides mélangés à poids égaux. Mais le résultat sera tout autre si, au lieu d'employer de l'eau liquide à zéro degré, on emploie de la glace, c'est-à-dire de l'eau présentant toujours la température de zéro degré, mais offrant la forme solide.

Quand on mêle, en effet, i kilogramme de glace à zéro degré et 1 kilogramme d'eau chauffée à 79 degrés , on observe que la glace se fond et que le mélange tout entier devient liquide. Mais si l'on prend la température du mélange, on reconnaît qu'au lieu d'être, comme dans l'expérience précédente, la moyenne entre les deux températures, elle est seulement de zéro degré. Les 79 degrés de chaleur que renfermait le kilogramme d'eau ont ainsi disparu sans laisser de traces; seulement la glace s'est fondue, et le mélange a pris la forme liquide. Que conclure de ce fait remarquable? C'est que le kilogramme de glace a

dû absorber, pour se fondre, les 79 degrés de chaleur qui ont disparu, et que cette quantité de calorique a été employée à déterminer sa fusion, puisque la température n'a pas varié. Ainsi! kilogramme d'eau solide a besoin pour se liquéfier, d'absorber 79 degrés de chaleur. En d'autres termes, 1 kilogramme d'eau liquide diffère d'unméme poids d'eau solidifiée, en ce qu'elle contient 79 degrés de chaleur de plus que cette dernière.

Mais cette chaleur n'est pas appréciable à nos organes; elle n'est pas accusée par le thermomètre : elle est latente. C'est pour cela que Black, et avec lui tous les physiciens modernes , donnent le nom de chaleur latente à cette quantité de calorique qui n'affecte pas le thermomètre, et qui est nécessaire pour provoquer le changement d'état des corps (1).

Les phénomènes qui s'observent pendant le passage d'un corps de l'état solide à l'état liquide, se reproduisent quand un liquide passe à l'état de vapeur. Pour se vaporiser, tous les liquides ont besoin d'absorber une quantité déterminée de calorique. Aussi la vapeur d'eau à 100 degrés differe-t-elle de l'eau liquide à la même température, en ce qu'elle renferme une quantité considérable de calorique dissimulé, ou latent, qui la maintint à l'état de fluide élastique. En effet, lorsque la vapeur d'eau se condense, elle rend subitement libre tout le calorique latent qu'elle contenait, et cette quantité est très-considérable, puisque l'on a reconnu que 1 kilogramme de vapeur d'eau à la température de 100 degrés met en liberté, en revenant à l'état liquide, une quantité de calorique suffisante pour porter à l'ébuUition 5*",38 d'eau à zéro.

Telles sont les simples et grandes vérités mises en évidence par les expériences de Joseph

(1) Quand Teaa se congèle, elle met en liberté sa ehileur latente. On peut, en effet, constater par Texpérience, qu^en se solidifiant,! kilogramme d^eau à léro degré, abandoooe 79 degrés de chaleur.

Black, et entièrement ignorées avant lui. On comprend sans peine de quelle utilité était la connaissance de ces faits pour le perfectionnement des machines mises en jeu par la force élastique de la vapeur. C'est avec leur secours qu'il fut permis, dès ce moment, de calculer la quantité de chaleur mise en liberté par la condensation d'un volume donné de

tig. \0. — Joseph Black.

vapeur daus le cylindre de la machine de Newcomen, d'expliquer les phénomènes qui accompagnent cette condensation, d'apprécier la force élastique de la vapeur à différentes températures ; en un mot, d'étudier, par la voie de l'expérience, un grand nombre d'éléments pratiques qui jouent un rôle dans les effets de cette machine.

Les découvertes de Black concernant le catorique spécifique^ c'est-à-dire la quantité de chaleur nécessaire pour élever d'un même nombre de degrés un poids donné des différents corps, apportèrent à l'étude théorique de la machine à vapeur des éléments d'un ordre nouveau et de la même importance.

Joseph Black, l'un des physiciens les plus remarquables du siècle dernier, n'a presque

rien imprimé. Si l'on en excepte deux mémoires insérés dans les Transaciians phiioêo^ phiques^ le seul témoignage écrit qu'il nous ait laissé de ses travaux se réduit à son traité intitulé : Expériences sur la magnésie^ la ehmux vive et les substances alcalines. Professeur depuis l'année 17B4 à l'université de Glaacow, Joseph Black se contentait d'exposer dans tes cours le résultat de ses recherches. C'est ainsi que sa théorie du calorique latent fut déTeloppée chaque année, à partir de 1763, devant, les élèves qui se pressaient à ses cours.

Parmi les personnes qui suivaient à cette époque, les leçons de Joseph Black, se trouvait un jeune ouvrier mécanicien que la protection de l'Université venait de tirer d'une position embarrassante. Appartenant à une famille honorable d'Ecosse, ruinée par de mauvaises spéculations commerciales, il avait été forcé de renoncer à la carrière des sciences pour la* quelle il avait manifesté, dès son enfance, des dispositions extraordinaires. A l'âge de seise ans, ses parents l'avaient mis en apprentissage I à Greenock, sa ville natale, dans un petit ate- , lier où Ton exécutait des compas, des cadrans ; solaires, et quelques appareils de physique. Quatre années après, on l'avait envoyé à Londres, chez un constructeur d'instruments de navigation. Mais la faiblesse de sa santé et une grave maladie qu'il avait contractée en travaillant pendant toute une journée d'hiver près de la porte de l'atelier, l'avaient obligé de quitter Londres. Pour essayer les effets de l'air natal, il était revenu en Ecosse, et s'était rendu à Glascow avec l'intention d'y exercer la profession de constructeur d'appareils de mathématiques. Mais la corporation d'arts et métiers de la ville, s'appuyant sur d'antiques privilèges, s'était obstinément opposée à ce qu'il ouvrit à Glascow le plus humble atelier. Le jeune artiste se trouvait donc dans une situation assez pénible, lorsque l'Université intervint en sa faveur, et, pour terminer la difficulté, lui accorda le titre de son constructeur d'appareils de physique. Elle lui permit d'où*

vrir une petite boutique dans yn local de ses bàtiiiR^nts, H fut convenu que, tout en s'occupanl de réparer ou de construire les appareils de l'université, il pourrait travailler pour le public aux divers objets de sa profession. Li nom qui futinscritsurrhumble enseigne desa pauvre boutique était alors profondément inconnu, mais il ëlaîl destiné à traverser les siècles : c*étaît celui de James IVad,

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