PHOTOGRAPHIE
Depuis la publication de notre Notice sur la Photographie, dans les Merveilles de la science (1), une véritable révolution s'est opérée dans la pratique de cet art. Un procédé nouveau, le procédé au gélatino-bromure d'argent, est venu détrôner la plupart des anciens modes opératoires. Les plaques au gélatino-bromure d'argent, que l'on trouve toutes préparées dans le commerce, et qui s'influencent à sec, ont remplacé les plaques que le photographe devait péniblement préparer avec le collodion humide ou l'albumine. Et ce procédé réunit tant de conditions surprenantes — une promptitude de pose inouïe et une simplicité d'exécution extraordinaire, — qu'aujourd'hui, on ne voit guère chez les photographes de profession, comme entre les mains des amateurs, que la plaque sèche gélatino-bromurée, ou le papier négatif au gélatino-bromure. Cet engouement, disons-le, va même trop loin ; car l'ancien procédé" des négatifs au collodion humide est bien préférable au gélatino-bromure, quand on veut obtenir des
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S. T. II
œuvres irréprochables, sous le rapport de la finesse et de la précision.
Quoi qu'il en soit, le procédé au gélatinobromure, où le temps de pose est réduit à quelques secondes, et le développement de l'image à quelques minutes, a eu pour résultat de donner à la photographie un élan sans pareil. Aujourd'hui, tout le monde peut devenir photographe. Non seulement le voyageur, mais toute personne, peut se donner la distraction charmante de cet art ; et les dames elles-mêmes s'y adonnent, sans crainte de tacher leurs doigts, ou d'afficher des prétentions savantes. Tandis qu'il fallait autrefois des semaines pour copier une vue, un monument, pour achever un portrait et en tirer des épreuves positives, aujourd'hui ces opérations se font, pour ainsi dire, à la vapeur, en d'autres termes, d'une manière instantanée, pour la pose, et extrêmement rapide pour le développement et le fixage. Plus de ces interminables préparatifs, qui décourageaient d'avance les plus patients praticiens ; plus de perte de temps, dans le travail de l'atelier. Tout est rapide, au plus haut degré, et c'est ce qui a déterminé la
vulgarisation de la photographie, devenue un instrument usuel pour l'artiste, et un délassement sans pareil pour l'oisif et l'amateur.
Cette méthode remplace aujourd'hui le dessin, dans une foule de cas. Les ingénieurs, les architectes, s'en servent pour le lever des plans topographiques, pour les projets de construction, les modèles de charpente et d'échafaudage, etc. Quand on construit une pile de pont, un navire, un appareil mécanique, une maison ou un édifice, il est plus commode de prendre, chaque semaine, la photographie de la situation actuelle du travail, que de dresser d'interminables états. Aucune infidélité n'est à craindre avec le dessin pris par l'instrument optique et chimique.
Dans les travaux de l'art militaire, les officiers du génie prennent, par la photographie, les levers de plans des fortifications et des constructions diverses, des ponts, des batteries, des pièces d'artillerie, etc. Ils peuvent en avoir plusieurs exemplaires, et les distribuer dans les ateliers, quand cela est nécessaire, le tout presque sans frais.
Aucun dessin de paysage ne se fait plus à la chambre claire, qui nécessitait tant d'adresse et d'application. La plus mauvaise photographie est préférable au plus habile croquis relevé à la chambre claire, instrument dont l'usage est même ignoré de la nouvelle génération d'artistes. On est trop heureux de pouvoir, par une opération de quelques minutes, conserver, le souvenir des sites, des motifs de paysage ou de végétation, etc., pour s'inquiéter d'une autre méthode.
Les industries de l'ameublement, c'est-àdire les ébénistes, les tapissiers, qui faisaient exécuter autrefois des gravures très coûteuses, pour faire connaître à leurs clients les modèles de meubles, tapis, décorations, étoffes, etc., réalisent une économie consi-
dérable en faisant photographier leurs ouvrages. Il n'est pas jusqu'aux modistes et couturières qui n'aient recours à ce moyen, pour faire connaître leurs costumes.
Enfin, le touriste et le voyageur résistent bien difficilement aujourd'hui au désir de fixer, par une opération commode et rapide, le souvenir de ce qu'ils ont vu.
La photographie est donc entrée maintenant dans le domaine public ; elle est devenue comme une nécessité du temps. La profession de photographe a ainsi perdu de son privilège : elle peut être exercée par tout le monde, sauf, hâtons-nous de le dire, l'habileté spéciale que quelques opérateurs doivent à ]a pratique assidue de leur art, et au sentiment artistique qui leur appartient, et justifie leurs succès.
Dans le Supplément que l'on .va lire, et qui a pour but de faire connaître les progrès de tout genre réalisés par l'invention de Daguerre et de Niepce, depuis 1870, environ, jusqu'au moment présent, nous nous attacherons à décrire, avec exactitude, tous les procédés aujourd'hui en usage dans les ateliers, pour l'exécution de l'art multiple qui nous occupe.
Nous commencerons par la description du procédé au gélatino-bromure d'argent, qui a été la cause déterminante de la diffusion générale de la photographie dans les masses. Et comme ce procédé a conduit à créer un matériel particulier, tant pour l'obtention de l'épreuve négative, que pour le tirage des positifs, nous aurons à décrire les procédés nouveaux de tirage des épreuves positives, c'est-à-dire le tirage au charbon, au sel de fer et au sel de platine.
Les applications de la photographie, déjà si nombreuses, se sont singulièrement acerues^ dans ces dernières années. L'exposé de ces nouvelles applications nous permettra d'initier nos lecteurs, à bien des fait»
SUPPLÉMENT A LA PHOTOGRAPHIE
originaux, et encore peu connus de la généralité du public.
Voici, d'après les considérations qui précèdent, quelle sera la distribution des matières de ce Supplément :
1° Description du procédé au gélatinobromure d'argent, en ce qui concerne la préparation de l'épreuve négative obtenue sur glace (pose, développement et fixage) ;
2° Description du procédé au gélatinobromure d'argent, en ce qui concerne la préparation de l'épreuve négative obtenue sur du papier recouvert de gélatino-bromure, et donnant, au lieu de glace, une pellicule souple de gélatine (pose, développement et fixage) ;
3° Description des procédés pour le tirage des épreuves positives, qui n'ont pas été exposés dans notre Notice des Merveilles de la science, c'est-à-dire tirage des épreuves positives au charbon, au sel de platine et au sel de fer.
Passant aux applications nouvelles de la photographie, nous étudierons successivement :
1° Les applications de la photographie aux sciences naturelles. Ici se placent la photographie instantanée et ses étonnants résultats, la manière de procéder pour obtenir l'image des corps en mouvement, ainsi que les appareils à employer dans ce but;
2° Les applications de la photographie aux sciences physiques et naturelles (microphotographies, enregistreurs photographiques, etc.);
3° L'application de la photographie à l'astronomie, c'est-à-dire la manière d'obtenir l'image photographique des corps célestes (étoiles, planètes, comètes, satellites et soleil), branche nouvelle de la science et de l'art, qui a fini par amener le commencement d'exécution, par une commission internationale, d'une Carte du ciel par la photographie ;
4° Les applications récentes de la photographie à l'art de la gravure, c'est-à-dire les moyens de remplacer la main de l'artiste, ou le burin du graveur, par la chambre noire ou l'objectif, art multiple et nouveau, qui comprend le gillotage, la photogravure directe, la photolithographie, la photoglyptié, et la gravure photographique en creux;
5° Certaines applications nouvelles de la photographie, telles que la photographie en ballon et la photographie instantanée en voyage.