CHAPITRE PREMIER
l'artillerie française depuis 1870 jusqu'en 1875, — fabrication des premiers canons se chargeant par la culasse, avantages de ce système. — le général de reffye et le colonel lahitollë r précurseurs du colonel de bange. — descrip- TION DES CANONS DS 7, DE 5 ET DE 95. — SYSTEME D'OBTURATION DES CANONS DE 90 ET DE 95.
Dans les Merveilles de la science (1), nous avons exposé la découverte, faite par le général Treuille de Beaulieu, de la rayure des canons, artifice qui vînt modifier de fond en comble les conditions de la tactique moderne, en augmentant, dans des proportions extraordinaires, tout à la fois la portée des pièces et la précision de leur tir. Malheureusement, le général Treuille de Beaulieu n'eut pas le loisir de poursuivre ses études, et de doter la France d'un puissant matériel d'artillerie. Il avait eu fort à. faire pour lutter contre l'obstinée résistancedes partisans de la routine et du statu quo..
(1) Tome TII, page 432 {L'artillerie ancienne et moderne).
SUPPLÉMENT A L'ARTILLERIE MODERNE
D'ailleurs, pour que l'emploi des rayures portât tous ses fruits, il était indispensable de doubler, voire même de tripler, la charge de poudre, et par conséquent, d'employer, pour la fabrication des canons, un métal plus résistant, plus dur que le bronze, dont nous avions jusqu'alors fait exclusivement usage. Ce métal, on le connaissait, c'était l'acier; seulement, nous ne savions pas fabri-
Fig. 130. — Le général Treuille de Beaulieu.
quer des blocs d'acier assez volumineux, assez épais, pour qu'on pûty forer une pièce, et ce secret, l'Allemagne le possédait depuis de longues années. L'usine Krupp avait pu fournir à l'armée prusienne, avant 1866, et de 1866 à 1870, aux armées de Bavière, du Wurtemberg, de la Saxe et du grandduché de Bade, des pièces en acier rayées, qui se chargeaient par la culasse, et dont la portée n'était pas inférieure à 6 000 ou 7000 mètres.
L'artillerie française, momentanément
distancée, fit les plus remarquables efforts pour regagner le temps perdu. Pendant Tannée terrible, à l'heure où les Allemands marchaient sur Paris, de Reffye installait des ateliers, à Nantes d'abord, ensuite à Tarbes, et il livrait à nos armées improvisées des canons de 7, qui se chargeaient par la culasse.
L'œuvre de Reffye a été appréciée par un bon juge en fait d'artillerie. Le 30 décembre 1883, à l'inauguration du buste de Reffye, à Tarbes, le général Tricoche, qui représentait, à cette touchante cérémonie, le Ministre de la guerre, s'exprimait en ces termes :
« Les admirables travaux de Reffye sur les canons à longue portée venaient à peine d'aboutir quand la guerre fut déclarée. À cette heure suprême, Reffye se multiplie. Il presse fiévreusement l'achèvement de ses mitrailleuses, les porte luimême à nos troupes, déjà en marche vers la frontière, et enseigne à nos soldats surpris le maniement de ces engins redoutables. Puis, il dote nosjeunes armées d'un matériel plus puissant que celui de l'ennemi, et leur permet ainsi de continuer cette lutte héroïque qu'on peut appeler la lutte pour l'honneur du nom français. »
Après la guerre de 1870-1871, 3e matériel d'artillerie était insuffisant pour notre armée réorganisée. Il fallait se hâter, car une nouvelle guerre paraissait alors imminente. De Reffye se remet à F œuvre. En 1874, il crée, à Tarbes un grand atelier de construction. En moins de deux ans, il arme nos batteries. Toutes les pièces qui avaient été fabriquées pendant l'hiver de 1870-1871, à Paris ou en province, furent soumises à des essais de tir, et provisoirement affectées à l'armement de nos régiments d'artillerie.
Il serait difficile d'imaginer le spectacle confus qu'offrait alors notre artillerie. Certaines pièces de 7 étaient rayées de droite à gauche, d'autres de gauche à droite. Chaque régiment se composait de batteries de 7, de batteries de mitrailleuses, de batteries de canons Withworth, et même de batteries de
canons de 4, 8 ou 12, qui dataient d'avant la guerre, et qui se chargeaient par la bouche. Peu à peu, "de Reffye remit de l'ordre clans ce chaos. Aux affûts en bois, trop lourds, peu mobiles et difficiles à réparer, quand ils étaient brisés, il substitue des affûts en fer. Les pièces de 7, qui avaient été fabriquées trop à la hâte, et qui étaient réellement défectueuses, reçurent un frettage, qui permit de les employer. Enfin, de Reffye fabriqua, pour les batteries à cheval, un canon de 5, d'un système analogue au canon de 7, mais plus léger.
Le général de Reffye est mort à Versailles, le 3 décembre 4880.
Entré à l'Ecole polytechnique en 1839, il fut nommé chef d'escadron d'artillerie en 1867, après quatorze ans de grade de capitaine.
Il s'occupait avec beaucoup d'ardeur de métallurgie. Un jour, le général Favé le présente à l'Empereur, qui lui donne l'autorisation de faire exécuter, en secret, aux frais de l'Etat, une pièce d'artillerie absolument nouvelle. Les premières expériences eurent lieu, toujours en secret, devant le comité d'artillerie, puis devant l'Empereur : la mitrailleuse était inventée.
Ce nouvel engin de guerre introduisait un principe tout nouveau dans l'artillerie. Jusque-là on ne pouvait lancer la mitraille qu'à 300 ou 400 mètres, et la nouvelle portée du fusil rayé la rendait vaine* De Reffye inventait un canon qui projetait les balles à 2000 mètres, et il rendait très juste le tir de cette mitraille. Il pouvait, presque instantanément, envoyer à la fois, à l'aide d'une simple manivelle, vingt-cinq balles, ou les lancer par saccades.
On a dit que les mitrailleuses n'ont pas rendu tous les services qu'on en attendait. Mais a-t'on oublié la bataille de Gravelotte, où les Allemands étaient fauchés par centaines, sous les coups de cet instrument meurtrier? Tout ce que l'on peut prétendre, c'est
que la mitrailleuse étant maintenant connue et employée dans les armées de tous les pays, n'a plus rien qui constitue un avantage particulier à une seule nation; mais cela n'enlève rien à la valeur de cet engin de guerre, considéré en lui-même et dans les applications judicieuses que peut en faire un bon général.
Le canon de 4, que nous avons décrit. dans les Merveilles de la science, avait fait merveille dans la campagne d'Italie, à cause de la rayure, disposition alors toute nouvelle et inconnue aux autres nations. Ce canon ne conserva pas sa supériorité en 1870, pendant la guerre franco-allemande. C'est alors que de Reffye inventa le canon de 7, qui, d'un avis unanime, est l'égal du canon prussien.
Le mauvais destin qui nous poursuivait dans cette guerre fatale voulut que le canon de Reffye ne fût pas encore adopté. On reconnut pourtant ses avantages, et pendant l'investissement de Paris, le canon de Reffye de 7 fut fabriqué en grande quantité. De Reffye, envoyé à Indret, par le gouvernement de la Défense nationale, confia son secret au colonel Potier, qui dirigea, pendant le siège, à l'établissement Cail, la fonderie de ses canons. Tous les Parisiens présents au siège se souviennent de ces formidables pièces.
Nous représentons dans la figure 131 , une batterie d'artillerie servie, a?;x remparts, par la garde nationale, et qui se composait d'un canon de 7, se chargeant par la bouche, et d'une grosse pièce d'artillerie de forteresse, se chargeant par la culasse, que l'on avait eu le temps de faire entrer dans Paris.
A Nantes ou plutôt à Indret, de Reffye dirigeait la fabrication de ses canons, qui devaient reconstituer notre artillerie perdue. Dans l'espace d'un mois plus de 300 mitrail- . leuses et près de 400 canons de 7 furent envoyés à l'armée de la Défense nationale.
A la conclusion de la paix, le lieutenant-, colonel De Reffye fut nommé commandeur
Fig. 13 ï. -
Batterie d'artillerie servie par les gardes nationaux, pendant le siège de Paris.
de la Légion d'honneur; mais ce n'est qu'en 1873 qu'il fut fait colonel, et général en 1878.
L'Etat lui avait confié la direction de la fabrique d'armes et de canons de Tarbes. Là il continuait à perfectionner ses pièces d'artillerie.
Les énormes canons de rempart à pivot qui servent à nos frontières de l'Est c'est-àdire nos canons d'avant-garde, sont des canons de de Reffye.
Doué d'un ardent patriotisme, le général de Reffye avait été cruellement affecté dos désastres de sa patrie. L'éloignement dans lequel le gouvernement de la République l'a obstinément tenu des postes militaires où ses talents auraient été si utiles contribua à abréger ses jours, car il était très impressionnable et ressentait vivement les injustices ou la défaveur. Une chute de cheval qu'il fit à Tarbes accéléra sa lin, qui était
bien imprévue, car il est mort à cinquante neuf ans.
La mort de ce général, qui fut un grand savant et, en même temps, un grand patriote,passa presque inaperçue. Le gouvernement de la République ne s'associa, par aucun concours imposant, aux regrets que toute la France militaire ressentait de sa perte. C'est que de Reffye ne fut pendant sa vie qu'un modeste et laborieux officier, et que l'on ne voulut jamais consentir à oublier que c'était l'Empereur Napoléon III qui avait le premier discerné son mérite.
Nous disons que de Reffye prit part aux études du nouveau canon dit de 95 miîli^ mètres.
C'était en 1880 ; on apprit, en France, qtie1 les puissances étrangères se préoccupaient d'augmenter le calibre de leurs pièces d'artillerie de campagne, afin d'obtenir des effets?
plus puissants dans le tir contre les abris, tels que maisons, palissades, retranchements de fortification passagère* On voulait marcher dans la même voie. Heureusement, un officier d'artillerie d'une grande valeur, le colonel de Lahitolle, soumettait, presque aussitôt, aux commissions d'expériences de Tarbes, de Bourges et de Calais, un canon, du calibre de S millimètres, qui sembla
Fig. 132. — Le général de Reffye.
parfait, fut vite adopté et destiné à l'armement de trente-huit batteries.
Chaque corps d'armée reçut deux de ces batteries, dites batteries de position, et destinées à la destruction des obstacles, et en cas de défaite, à la protection de l'armée en retraite.
Ces pièces, c'est-à-dire celles de Reffye et celles du colonel de Lahitolle, ne sont plus en service aujourd'hui, mais on les conserve dans nos arsenaux, et elles seraient utilisées, lors de la mobilisation, pour l'ar-
mement d'un certain nombre de régiments territoriaux, en particulier pour l'armement des batteries territoriales qui font partie des troupes chargées d'assurer la défense mobile des places fortes. A ce titre, il convient de les faire connaître.
Nous commencerons par décrire le canon de 7 du général de Reffye.
Le canon de 7 est en acier, du calibre de 85 millimètres ; il pèse 620 kilogrammes, et lance, sous une charge de 1 120 grammes, un obus de 7 kilogrammes, avec une vitesse initiale de 390 mètres et une portée de 5 800 mètres.
Voici quelles sont les prineipales dimensions du canon de 7 :
Longueur totale de la bouche à feu 2m,012
" Longueur de la volée. . lm,099
Longueur de la partie frettée 0m,865
Longueur des tourillons. 0m.,90
Longueur de la chambre de la gargousse. 0^,242
Longueur de la chambre du projectile. . . 0m,156
Nombre des rayures
Largeur des rayures 0m,013
Longueur de la partie rayée lm,468
Prix approximatif de la pièce 5,000 fr.
Le canon est formé d'un tube en acier, dont la partie postérieure est renforcée par sept frettes. Le mécanisme de fermeture de la culasse du canon de 7, tel que le représente
Fig. 133. — Culasse du canon de 7 de Reffye.
la figure ci-dessus, se compose d'une vis intérieure, à filets trois fois interrompu s, et d'un volet mobile, B, qui supporte la vis. Le pointeur servant ouvre de gauche à droite le volet, qui tourne autour de sa charnière; il uitro-
SUPPLÉMENT A L'ARTILLERIE MODERNE
duit successivement l'obus et la gargousse ; puis il repousse le volet contre la tranche A de la culasse, et quand la vis est parvenue à l'extrémité de sa course, il fait faire à la manette de la manivelle un sixième de tour, pour fermer la culasse. Mais, cela fait, la culasse n'est pas hermétiquement fermée, comme dans les canons qui se chargent par la bouche. Il reste des fissures, qui donneraient passage aux gaz de la poudre, et provoqueraient ainsi une déperdition considérable de force vive. C'est pour cette raison que le tir des canons se chargeant par la culasse exige l'emploi d'un obturateur.
L'obturateur des canons du système de Reffye fait partie de la gargousse.
La gargousse du canon de 7 (fig. 134) se divise en trois parties : la douille A, les rondelles B, B', B", et le culot G,
Fig. 134. — Gargousse du canon de 7 (1/4 de grandeur
.naturelle}.
La douille est un cylindre en fort papier recouvert de fer-blanc; les rondelles de poudre, qui sont au nombre de 5, pèsent chacune 224 grammes et sont composées de poudre ordinaire MC30. Le culot G consiste en un godet en laiton, dont la partie inférieure forme des bourrelets. Au moment où rétoupille enflammée met le feu à
s. T. II.
la charge contenue dans les rondelles, la pression des gaz, qui tendent à s'échapper par l'arrière comme par l'avant, repousse sur l'orifice de la gargousse la tête d'un petit rivet dont la présence rend alors, de ce côté, toute fuite de gaz impossible. En même temps, le culot se dilate ainsi que la douille ; les bords du culot se joignent aux parois de la chambre, et le cylindre de ferblanc, qui sert d'enveloppe à la douille, s'appuie sur le couvre-joint, de telle façon que l'obturation de la culasse est à peu près complète.
Ce système d'obturation offre un grave inconvénient. La douille et le culot de la gargousse restent, après que le projectile est parti, dans la chambre de la gargousse. Il suffit, au début du tir, de rouvrir la culasse avec une certaine force pour en extraire tout naturellement ces débris ; mais, dès que la pièce s'échauffe, ces débris demeurent littéralement collés aux parois ; il faut les retirer, et c'est du temps perdu.
Le canon de 7 tire un obus ordinaire, un obus à double paroi, un obus à balles et une boîte à mitraille.
L'obus ordinaire est en fonte, de forme cylindrique et ogivale à son extrémité antérieure. Il est garni, sur son pourtour, de deux cordons de plomb, qui pénètrent dans les rayures du canon, et assurent au projectile un mouvement de rotation autour de son axe. Vide, cet obus pèse 6% 425 grammes. On l'emplit avec 350 grammes de poudre, et on l'arme avec une fusée Budin (voir le chapitre VII).
L'obus à balles renferme 58 balles en plomb; il pèse 7k,870 grammes. Quant à la boîte à mitraille, elle ne diffère pas de la boîte à mitraille du canon de 90, que nous décrirons au chapitre suivant.
Le canon de 5 de Reffye, du même système que le canon de 7, était destiné aux batteries qui accompagnent la cavalerie. Il
Fig. 135. — Fermeture du canon de 95 (culasse â demi fermée, vue de droite).
devait donc posséder des qualités supérieures de mobilité et de légèreté. Voici les principales données sur cette pièce :
Calibre 0»,075
Poids de la pièce 460 kil.
Poids du projectile . 4k,850
Vitesse initiale 417 met.
Portée de la pièce 0,400 mèt.
Longueur de la pièce ~ met.
Longueur de la volée tm,205
Longueur de la partie frettée 0m,865
Longueur de la chambre de la gargousse. 0m,228
Longueur de la chambre du projectile.. . . 0m,ï26
Nombre des rayures ■- . H
Le mécanisme de fermeture est le même que celui du canon de 7. L'obus ordinaire, qui pèse 4k,440, est pourvu d'une charge de poudre de 210 grammes.
Arrivons au canon de 95, du colonel de Lahitolîe, qui remplaça le canon de Reffye.
Faisons remarquer, avant d'aller plus loin, la différence de dénomination des pièces d'artillerie construites de nos jours, avec les noms adoptés antérieurement pour les mêmes pièces. Les canons dits ■ de 7 et de 5, dont nous venons de donner la description, tiraient leurs noms du poids du projectile qu'ils lançaient : canon de 7 ou de 5 veut dire : pièce lançant un boulet ou un obus du poids de 5 ou de 7 kilogrammes. Dans les nouvelles bouches à feu, les dénominations sont empruntées au diamètre intérieur de la pièce : canon de 95 signifie canon ayant 95 millimètres de diamètre intérieur, à la bouche.
Cela posé, disons que le canon de 95 du colonel de Lahitolle est en acier, rayé à gauche, avec 28 rayures. Il pèse 700 kilogrammes, et tire, avec une charge de 2k,100, un obus qui pèse 10k,900, avec une vitesse initiale de 443 mètres et une portée de 6500 mètres.
Par son poids, qui serait un gros inconvénient pour une marche à allures vives, par sa portée considérable, ce canon était naturellement désigné pour le service des places fortes. On peut dire que le canon de 95 est maintenant le canon de campagne des garnisons de nos forteresses.
Au premier abord, cette définition a l'air d'un paradoxe. Que l'on se reporte aux sièges de Belfort et de Paris, où l'assiégé prit l'offensive, et vint attaquer l'assiégeant jusque dans ses tranchées, et l'on comprendra que ce paradoxe sera plus tard une vérité.
Le corps proprement dit du canon de 95 est formé d'un tube en acier et de six frottes. Voici ses données principales :
Longueur du canon de 95 2m,500
Longueur de la volée lm,530
Nombre des rayures 28
Longueur de la partie rayée lm,931
Poids de la pièce. 70G kilos.
Prix approximatif de la pièce 6,000 fr.
La fermeture de ce canon ne mérite pas de description spéciale. Nous nous contenterons de la représenter par le dessin de la figure 135, Mais le système d'obturation,
Fig. 136. — Obturateur du canon de 95 "millimètres, de Bange, avec sa tête ttmbiJe (demi-coupe et demi-plan)
(Échelle 1/4.)
quoique imparfait, est aussi original qu'intéressant.
A parler franc, l'obturateur de Range, que nous allons décrire, est celui du canon de Lahitolle. M. de Range, le créateur de nos canons de campagne actuellement en service, n'a fait subir à l'obturateur imaginé par le colonel de Lahitolle que de très légères modifications.
Comme on le voit dans la figure 136, un canal cylindrique e traverse, suivant son axe, le corps de vis AR. Une pièce en acier, appelée tête mobile, terminée à . son avant par un champignon CC, est logée J dans ce canal, qui est occupé par une longue j tige /, g, h. La tête mobile elle-même est percée d'un trou de lumière, D, dont le diamètre est d'environ S millimètres, et qui sert au passage de la flamme qui jaillit de l'étoupille et qui met le feu à la charge de poudre. Sur là tige de la tête mobile est placé l'obturateur proprement dit, p, s, terminé par une galette cylindrique m, faite d'un mélange d'amiante et de suif, et renfermée dans une enveloppe en toile, flanquée, sur ses deux faces, de plaques d'étain appelées coupelles. Le mélange d'amiante et de suif contenu dans l'obturateur, dont on voit la coupe en m, est fait dans les proportions de
65 d'amiante pour 35 pour 100 de suif. 11 est percé d'un trou, pour le passage de la tige de la tête mobile. Le pointeur servant met le feu à la charge, au moyen de l'étoupille ; le champignon de la tête mobile est violemment ramené en arrière, sous l'influence de la pression exercée par les gaz de la poudre ; la galette d'amiante et de suif, comprimée, se dilate, et s'appuie, sur tout son pourtour, contre les parois de la culasse. Dans ces conditions, .toute issue est fermée aux gaz ; ils ne peuvent plus s'échapper que par l'âme de la pièce, en portant, par conséquent, tout leur effet sur le culot du projectile. Il n'y a presque pas de déperdition de force vive. Au cours d'un tir prolongé, l'obturateur cesse parfois de fonctionner convenablement; on sait alors que la galette est. échauffée et ramollie, et qu'il est urgent de lui restituer toutes ses propriétés en la plongeant, pendant quelques instants, dans un seau d'eau froide.
Tel est l'obturateur découvert par le colonel de Lahitolle, et qui fut adopté par le colonel de Range, pour ses diverses bouches à feu.