‹ Les merveilles divines dans les âmes du purgatoireChapitre 25 sur 62 · FIN DE LA PRKMIF.RE PARTIE · texte numérisé non relu

FIN DE LA PRKMIF.RE PARTIE

SECONDE PARTIL

Si heriefecois, erit gratia in bonis tiiis viulta benefac justo, et invenies retribulioite ma gnam : Si vous faites du bien, vus bienfaits vous altireror.t fie grandes grâces. Soulagez le juste, et vous trouverez une belle récompense. (Kccli. XII, 2.)

Comme les motifs supérieurs que nous venons de développer, le zèle pour La gloire de Dieu, la compassion pour les âmes saintes du purgatoire, et autres de ce genre, peuvent n'avoir pas assez de force sur certaines personnes qui ne s'émeuvent guère que de ce qui les touche directement, il me semble bon de retracer maintenant les grands avantages attacbds à cette dévotion. C'est, en effet, placer à usure aussi haute que sainte, et il n'y a guère pour des chrétiens d'oeuvre plus profitable. Un docteur estimé, le savant jésuite Martin de Roa, dit que les satisfactions que nous appliquons aux vivants ressemblent à des richesses confiées à un vaisseau sur la mer. Car, pour suivre son raisonnement, bien que nous n'en perdions jamais le mérite devant Dieu, il y a troj) souvenf risque de naufrage en ce qui touche au résultat. Celle vie est une navigation trcs-périlicuse, où le vent de la

tentation nons submerge fréquennment dans quelque péché, et ainsi se perdent, relativement du moins, les biens que nous entendions procurer au prochain. Ce que nous ne disons pas, assurément, pour détourner qui que ce soit de la prière pour les vivants. Cependant, il faut bien convenir qu'au contraire ce que l'on fait en faveur des défunts ne court point un semblable risque ; pour eus comme pour nous, rien n'est perdu. Pour eux, puisque nos suffrages satisfont à la divine justice et acquittent leur dette jusqu'à ce qu'ils soient introduits au ciel. Pour nous, en ce que toute âme ainsi délivrée devient là-haut notre avocate et notre protectrice. Et non-seulement ce patronage commence de leur part aussitôt après leur délivrance; il date du purgatoire môme. Ces âmes, qui ne peuvent prier pour elles-mêmes, obtiennent de grandes grâces pour les autres. Tel est l'enseignement exprès do deux illustres théologiens, le cardinal Dellarmin etSuarez. Voici les propres paroles de celui-ci (/r. iv, ciisl. 47, 5, n, 4) li Ces âmes sont saintes, chères à Died ; la charité les porte à nous aimer, et elles savent, au moins d'une manière générale, à quels périls nous sommes exposés, quel besoin nous avons du secours divin. Pourquoi donc ne prieraient-elles pas, alors môme qu'elles souffrent pour leur propre compte? C'est ce qui nous arrive à tous ici-bas, puisque, débiteurs envers le Ciel, nouî n'hésitons pas néanmoins ^intercéder pour le prochain. Les saints patriarches qui étaient dans le sein d'Abraham priaient pour les vivants, ainsi que l'Ecriture nous l'apprend de Jérémie et du grand-prêtre Onias. » Les âmes du purgatoire sont en grâce avec Dieu, elles sont ses enfants bien-aimés : il les écoute donc et les exauce. S'® Calheriuc de Bologne assure que, quand elle désirait

(jtielque grâce, elle s'adressait à ces âmes et l'obtenait; elle va plus loin, et déclare qu'elle a été exaucée ainsi dans des choses où elle avait inutilement supplié les >aints.

Si les âmes souffrantes ont ce pouvoir dans leur renve, on conçoit qu'il grandit encore après qu'elles - itit couronnées dans la gloire éternelle. Il n'y a pas à douter que les premières faveurs qu'elles demandent alors à l'infinie miséricorde ne soient pour ceux qui leur ont ouvert les portes du paradis, et elles ne cesseront point de prier toutes les fois qu'elles les verront en quelque péril ou en quelque besoin. Dans les désastres de fortune, les maladies, les privations extrêmes, les persécutions, les accidents de tout genre, elles seront leurs vigilants gardiens. Leur zèle grandira avec lés intérôts de l'àme : victoire sur les tentations, acquisition des vertus, assistance à l'heure de la mort, délivrance des peines de l'autre vie. Le cardinal Baronius, dont l'autorité est grave, raconte qu'une personne très-pieuse se trouva horriblement tourmentée par les démons, au moment delà mort; elle vit tout à coup le ciel s'ouvrir et des milliers de défenseurs voler à son secours, en promettant qu'ils lui assureraient la victoire. Emue de cette protection miraculeuse, elle demanda à ses défenseurs inattendus qui ils étaient. « Nous sommes, répondirent-ils, les âmes que vos suffrages ont tirées du purgatoire. Nous venons vous rendre la pareille, en vous conduisant directement de ce pas au paradis. » En entendant ces paroles, la malade expira doucement, la sérénité sur le front et l'allégresse dans le cœur.

Et quand môme, par une impossible supposition, ces âmes tomberaient dans un ingrat oubli de leurs bien-

faiteurs, l'infiuie rniséricordo de Dieu se chargerait ellemême du souvenir et de la récompense. La voix de rinlerct'ssion dirait encore avec Uuth : « Fncint vobiscum Uominus sicnt fecislis cum morluis : Que le Seigneur agisse envers vous comme vous avez agi envers les morts. » Jésus a engagea sa parole qu'il exercerait la miséricorde envers les miséricordieux : Miséricordes misericordiam consequentur : comment donc ne la témoignerait-il pas tout spécialement à ceux qui intercèdent pour ses enfants aimés et prédestinés? Aussi, le séraphique saint Bernardin a-t-il écrit qu'il y a plus de mérite à faire quelque bien à l'une de ces âmes qu'à en faire dix fois autant en faveur d'un vivant, lors même qu'il serait prisonnier, malade, tourmenté do la faim. En effet, Ir bien est en proportion du besoin que l'on soulag(% et ic' quelles nécessités ! quelle extrémité pressante 1 Le grand S. Thomas d'Aquin (Supp., p. m, quest. 71, art. 4) enseigne la même chose, et S. Ambroise dit de son côlé» dans son livre des Offices, que tout ce qu'on offre par charité pour les défunts se change en mérite pour nous, et que uous le retrouvons au centuple après la mort : c Omne qiiod dcfunctis impendilur, in nostruin tanderr merilum commuta tiir, et illud post morlem. ccntuplum rccipimus duplicalum, •

Ml^ MERVEILLE.

GRAND rÉCHEPR DÉLIVRÉ PAR UNE AME DD PCRGATOIRE.

Protector factus es mihi, et liberdsli corpm meum à peidilione : Vous êtes devenu mon jirotecteur, et vous avez délivré mon corps de la perdition, (Eccli. li, 3.)

La U ine du ciel, mère des miséricordes, s'est servie (lins d'une fois des âmes du purgatoire, soit pour convcrlir des péclieurs, soit pour délivrer ses dévots serviteurs de périls mortels. Dans une ville du royaume d'Aragon en Espagne, un seigneur avait épousé une dame en possession de. tous les avantages de la nature et de la piété que Ton peut souhaiter dans celle dont on fait la coinpHgne intime de sa vie. L'extraordinaire beauté de celte jeune femme frappa les yeux d'un autre cavalier, qui avait aussi pour lui des dons singuliers, et qui se mit à la poursuivre, à lui adresser la parole, à lui faire la cour. Elle, aussi craintive et aussi chaste que chrétienne, s'ingéniait à éviter ces rencontres, que le soupirant multipliait, au contraire, autant qu'il le pouvait, à la promenade, dans le monde, à la porte môme et sous les fenôlres de la maison. La chose ne demeura point secrète, et le bruit en vint aux oreilles du mari. La jalousie monte aussitôt à son cœur; il redoute quelque trahison, veille le jour et la nuit, et, quoiqu'il n'aperçût dans son épouse aucune correspondance à cette passion, il lui semble qu"il n'aura de repos' qu'en ôlant la vie à l'importun rival.

Un matin donc, il prétexte une affaire et part ponr une maison de campagne qu'il possédait à quelque distance de la ville, accompagné de sa femme et d'un seul domestique. Le soir venu, il appelle celle-ci dans un cabinet retiré, ferme la porte à double tour, et, tirant de sa poche un pistolet chargé, menace de la tuer à l'instant si elle n'obéit à tout ce qu'il va lui commander. Troublée, effrayée, la pauvre femme promet de se soumettre sans hésiter. Alors il prend une feuille de papier la pose devant elle et lui ordonne d'écrire sous sa dictée C'était une invitation au jeune homme de venir la trouvez dans ce lieu, pendant l'absence de son mari; que telle nuit, à telle heure, il verrait une échelle dressée contre les murs du jardin, qui le conduirait jusqu'à une fenêtre, par où il entrerait en sûreté. La lettre écrite, elle est conQée au domestique, avec ordre de la remettre au destinataire en main propre et secrètement, comme si elle venait de sa maîtresse. Le serviteur s'acquitta exactement de la commission, qui remplit de joie l'imprudent jeune homme. Il lut et relut la lettre, le baisant avec transport, conmie un insensé; puis,rheure venue, il prend seshabits de campagne, monte sur un bon cheval, annonce qu'il va faire un tour de promenade et se met en route.

Il allait rapidement, au grand galop du cheval, lorsqu'il eut à traverser un lien oh plusieurs condamnés étaient suspendus à la potence, suivant la coutume d'Aragon. On laissait ainsi les cadavres exposés quelque temps, afin d'inspirer de la terreur aux bandits. Cett( vue lui rappelant qu'il n'avait point, ce jour-là, récit( le rosaire, comme il en avait l'habitude malgré ses tristes débordements, il commença à s'acquitter de ce tribut de dévotion envers la Mère de Celui qu'il était sur le point

LU* MERVEILLE. il \

de gri<''vement offenser, et il le Gt en faveur des âmes de ces malheureux suppliciés, pour lesquels sans doute personne ne pensait à intercéder. La récompense ne se fit pas attendre.

Une voix forte lui cria : « Arrêtez, cavalier, n'allez pas plus avant! » Il regarde autour de lui, ne voit que les cadavres et donne do l'éperon à son cheval. !.a noême Yoix recommence : « Arrêtez, vous dis-je, n'allez pas plus loin 1 • La peur lui était inconnue; il descend et se met à chercher, parmi ces hideux restes, à moitié mangés par les corbeaux, s'il n'y avait pas quelque condamné vivant encore. En effet, d'une des potences descend cette supplication : « Cavalier, je vous prie, par pitié, de couper cette corde qui m'étrangle. » Touché de compassion auUint que surpris, il donne un coup d'épée à ce lien, et le corps tombe à terre, d'oiîi il se relève ; et voilà un homme plein de vie, qui se répand en remercîments, et proteste qu'il ne quittera plus son bienfaiteur, son sauveur, qu'il le servira comme un esclave. Le jeune aventurier refusa tout net cette offre de reconnaissance, et déclara qu'il voulait aller seul. — « Mais, reprit l'autre, ignorez-vous qu'un danger extrême vous attend au bout de votre course, qu'il y va pour vous de la vie même I Je veux vous délivrer. Laissez-moi vous marquer ma reconnaissance. » Se voyant ainsi découvert, notre cavalier ne fit plus d'objection. Il remonta à cheval et prit son nouveau compagnon en croupe. Ils ne tardèrent pas à apercevoir la maison ; l'échelle était préparée. Le jeune homme voulait s'y risquer tout de suite. — « Non pas, dit son compagnon ; je soupçonne quelque machine, et, si vous m'en croyez, vous me laisserez monter le premier, afin que je m'assure de tout. Donnez-moi seule-

ment votre chapeau et votre manteau. » Quand il les eut, il s'élança à l'échelle et pénétra par la fenêtre entr'ouverte. Au môme instant on entendit un cliquetis d'armes, des menaces, des cris de colère, et au bout de quelques secondes, un corps frappé de coups d'épc'e tombait au pied du mur. Il se releva cependant et dit au jeune homme stupéfait: < Vitel vite 1 à cheval, el sauvons-nous! » Lorsqu'ils furent à quelque distance: — i Avez-vous maintenant, dit le compagnon, vu et compris la belle réception qu'on voulait vous faire? Le mari vous attendait tout bonnement pour vous tuer à coups de dague. Et, dites-moi, s'il avait réussi, oh serait allée votre âme? Rendez donc grâces à la Mère des miséricordes, qui vous a délivré à cause de votre Gdélité à dire le saint rosaire chaque jour. Vous devez aussi bénir les âmes du purgatoire : car vous avez obtenu la délivrance de quelques-unes, alors que vous étiez en état de grâce, et elles vous le rendent aujourd'hui. Eh bien! changez de vie, et apprenez à craindre Dieu. »

Comme il finissait cette exhortation, ils étaient revenus au lieu des potences. L'inconnu descend de cheval, se rattache au gibet, et déclare qu'il a été envoyé miraculeusement de l'autre vie pour ce qu'il vient de faire, et qu'il retourne où Dieu l'appelle. Une minute après, ce n'était plus qu'un cadavre.

Quant au jeune homme, il est à peine besoin de dire dans quels sentiments il rentra chez lui. Son cœur tout bouleversé n'eut point de repos qu'il n'eût fait à Ditu le sacrifice entier de sa vie; il se dévoua pour le reste de ses jours à la pénitence et aux œuvres de piété, et il J devint un modèle de sainteté, aussi empressé à se mor- l tiûer et à gagner les âme? au bien, qu'il avait autrefois i

recherché les plaisirs et compté pour rien le salut des

autres.

(V. J. de AUoza, Calum stel. Maries, 1. m, ch.' 3, ex. 60.)

LIIl« MERVEILLE.

DÉFUNTS BÉPONDANT AUX PRIERES QU ON FaIT POUR EUX.

Per Ulam, defunctut adhiic loquitur : Grâce à sa foi, tout mort qu'il est, il parle encore. {Hebr. XI, 4.)

Si c*est une détestable pratique, flétrie par l'Ecriture- Sainte, de se servir de la magie pour interroger les morts, comme nous le lisons de Simon-le-Magicien et de la pythonisse dont il est question au premier livre des Rois, il est au contraire très-louable de réciter pour eux des prières, auxquelles on les a entendus plus d'une fois répondre. L'histoire est riche en traits de ce genre. C'est ainsi qu'on raconte du saint évoque Bristano, qui avait pour les âmes du purgatoire une extrême dévotion, priant exactement pour elles chaque jour au saint sacrifice, disant des messes de Requiem toutes les fois que les règles liturgiques le permettaient, se levant la nuit pour aller faire oraison sur leurs tombes dans les cimetières, où il récitait en leur faveur les psaumes de la pénitence, accompagnés de nombreuses supplications, que dans une de ces circonstances, comme il achevait le Requiescanl in pare, il distingua clairement une foule de roix qui répondaient du sein de la terre : Amcnî amen! imen !

Le bienheureux François de Fabriano, de l'ordre des Frères Mineurs, fut témoin d'un semblable miracle. Il avait coutume d'appliquer en suffrage aux défunts ses œuvres de dévotion et de pénitence, unies aux mérites de Jésus sur la croix. Sa compassion pour eux était si grande, qu'il ne pouvait pas même arrêter sa pensée sur les tourments expiatoires de l'autre vie; il frémissait et tremblait, comme si cette image allait le faire mourir, Aussi, avait-il une ferveur peu commune en priant poui eux, particulièrement au saint autel. Un jour, il terminait une messe de Requiem par la post-communion Fidelium Deus omnium condilor, etc., suivie de la formule qui remplace Vile, Missa est : Requiescaîit inpace : on entendit dans toute l'église, alors presque déserte, un concert de voix qui répondaient en chœur: Amen! Ce que le saint religieux interpréta comme un cri de joie des âmes délivrées par l'auguste Victime qu'il venait d'immoler.

S. Grégoire de Tours rapporte quelque chose de plus admirable encore. Au diocèse de Bordeaux, dans un bourg dont il donne le nom, deux vénérables prêtres vinrent à mourir presque au même moment, après une vie extrêmement édifiante. Ils furent ensevelis dans la môme église, quoique à des endroits différents, et aux deux extrémités de la nef. Or, pendant que le clergé, partagé en deux chœurs, chantait l'office (l'historien ne dit pas si c'était celui des morts), on entendit très-clairement la voix des deux défunts unie à celle des chantres, l'un d'un côté, l'autre de l'autre; et cela avec tant d'harmonie, une si parfaite suavité d'organe, que les assistants y prenaient un grand plaisir. On fut persuadé que Dieo permettait I ce miracle pour faire connaître que ses serviteurs lui adressaient leurs dornières supplications »«Rïit de monter

au ciel, et en même temps pour affermir la foi de nos ancêtres, qui à cette époque étaient convertis depuis peu. Qu'on juge combien il y avait de charme pieux à écouter ces âmes bienheureuses redire le psaume i Lœlaliis sum : Je me suis réjoui à la pensée que nous irions dans la maison du Seigneur. »

(V. J. Bagatt:*, De admlr. oriis christiani, 1. H, chap. 1; S. Grégoire, De glor. confessor., cbap. 47.)

LIV» iMERVEILLE.

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