‹ Les merveilles du monde: ou Les plus beaux ouvrages de la nature ..., Volume 2Chapitre 123 sur 134 · LE FEU PERPETUEL · texte numérisé non relu

LE FEU PERPETUEL

Dans F Asie-Mineure , sur une des côtes de la Caramanie , on voit un phénomène curieux , auquel on a donné le nom de Feu perpétuel. C'est parmi les montagnes dont cette côte est garnie* qu'il s'offre à la vue.

( 329 ) AVangle intérieur d'un bâtiment tombé en ruines il y a une muraille tellement minée par le temps , qu'elle présente une ouverture d'environ trois pieds de diamètre, qui a la forme de la bouche d'un Tolcan. Une flamme dont la chaleur est vive, mais qui n'est accompagnée d'aucune fumée , s'élance continuellement de cette ouverture. Au milieu de cette flamme, et dans ce cratère en miniature, on aperçoit des arbrisseaux , des broussailles et des herbes sauvages en pleine végétation. Au bas de la montagne où cette masure est située, coule un petit ruisseau qui rafraîchit, féconde la terre , et la garantit de la stérilité que la chaleur de la flamme ne manquerait pas d'y répandre. Vainement chercherait-on quelque production volcanique dans la contrée environnante; mais, suivant une très ancienne tradition, tradition à laquelle les naturels du pays n'ajoutent cependant pas foi , il y avait jadis à une distance peu considérable une autre ouverture qui produisait le même effet. Quoi qu'il en puisse être , celle qui existe aujourd'hui est connue depuis un temps immémorial pour être uniquement un feu perpétuel, sans qu'aucune explosion se fasse jamais entendre, ni qu'aucune pierre , scorie ou vapeur nuisible , ne rende ce phénomène un objet de terreur pour ceux qui habitent le voisinage du lieu où il se manifeste , ou que la curiosité porte à le voir de près.

LES aiguilles-de<:léop^tre.

C'est le nom que l'on donne , à Alexandrie , à des obélisques placés sur rextrémité orientale du port du Levant , et tout près d'une grosse tour qu'on nomme la Tour ronde. Il y en a deux , l'un debout ,- et l'autre renversé ; tous les deux sont d'un granit rouge de tuile , et couverts d'bie'rOglyphes bien conservés sur quelques faces, et presque entièrement effacés sur d'autres. Il est vraisemblable qu'ils décoraient l'entrée du palais des Ptoléniées, dont on voit les ruines à quelques pas de là. Mais l'inspection de Tétat ahtuel de ces obélisques , et les cassures qui existaient lors même qu'ils ont été dressés dans cet endroit, prouvent qu'ils étaient déjà en fragmens à cette époque , et apportés de Memphis et de la Haute-Egypte : ils sont à eux seuls un monument.

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LE BOIQUIRA, OU LE SEhPENT A SONNETTES.

Ce reptil renferme un poison mortel , et , sans en excepter le naja , il n'est peut-être aucune espèce de serpent qui en contienne un plus

( 5â. ) actif. Sa longueur va quelquefois jusqu'à six piecls, et sa circonférence a alors dix-huit pouces. Sa tête aplatie est couverte , auprès du museau , de six écailles plus grandes que leurs voisines , et dispose'es sur trois rangs transversaux chacun de deux écailles. Ses yeux paraissent étincelans et luisent dans les ténèbres. Sa gueule , dont la peau peut s'agrandir lorsqu'il veut avaler une proie volumineuse , présente une grande ouverture. Sa langue , presque toujours étendue et agitée , est noire , déliée , partagée en deux, et renfermée en partie dans une gaine. De chaque côté de sa mâchoire , sous la peau qui la recouvre , sont les vésicules où le venin se ramasse. Des dents très aiguës , placées dans la partie supérieure et inférieure de cette mâchoire, servent à retenir la victime, tandis q.ue des crochets la serrent et l'imbibent de Tenin. Sa queue est terminée par un assemblage d'écaillés sonores qui s'emboîtent les unes dans les autres, et produisent un bruit sensible qu'on ne peut mieux comparer qu a celui du parchemin qu'on froisse^et qui peut être entendu à soixante pieds de distance.

Les mouvemens du boiquira sont infiniment rapides ^ en un clin d'œil il se replie encercle, s'appuie sur sa queue , se précipite comme un ressort qui se débande, tombe sur sa proie, la blesse, et se retire pour échapper à la vengeance de son ennemi : aussi les Mexicains le désignent-ils par le nom à*Ecacoalt, qui signifie lèvent.

On a dit <}ue le boiquira avait la faculté d'en-

( 33!x ) thanter ranimai qu'il voulait dévorer , et que , par la seule puissance de son regard , ïï le contraignait à s'approcher peu à peu , et à se précipiter dans sa gueule. On a même prétendu que rhomme n'était pas à l'abri de l'influence magique de ses yeux étincelans, et qu*au lieu de l'éviter , il se présentait à sa dent envenimée ; mais ce sont autant de fables auxquelles l'haleine empestée du boiquira a vraisemblablement donné naissance. La vérité est qu'à sa seule vue les animaux sont saisis d'un mortel effroi ; et il ne doit pas paraître extraordinaire qu'un voyageur surpris par un orage au milieu des ténèbres , apercevant dans l'obscurité les yeux étincelans du serpent à sonnettes, et le découvrant à la lueur des éclairs , qui agite sa queue et fait entendre son sifflement funeste, soit réduit à dey angoisses qui lui ôtent jusqu'à la force de fuir le danger qui le menace.

Le premier effet produit par le venin est une enflure générale : bientôt la bouche s'enflamme , la langue se gonfle d'tme manière effrayante ; une soif dévorante consume,, et tout ce qu'on fait pour l'étancher ne sert qu'à redoubler les angoisses de la plus horrible agonie. Les crachats sont mêlés de sang ; les chairs qui environnent la plaie se corrompent et tombent en pourriture ; et, si c'est pendant le temps de la canicule, on ne survit pas plus de dix minutes à la morsure. Mais ce qui ne laisse aucun doute sur la subtilité du venin du boiquira , c'est que , si , en l'excitant,

( 333 ) on parvient à ce qu'il se morde lui-même, il meurt en moins de douze minutes, et venge ainsi ses victimes , en tournant contre lui ses armes funestes.

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