LE MONUMENT
Près de l'hôtel de la compagnie des Indes et du pont de Londres , dans une petite rue nommée Fish-'Slrçet-Hill , s'élève une colonne d'ordre dorique à laquelle on a donné le nom de Monument, Sa hauteur est de 202 pieds , et son diamètre de i5 : c'est en mémoire d'un incendie qui consuma , en 1666 , la surface de 436 arpens , contenant 40 rues, i3,2oo maisons, la cathé-
(68) drale de Saint-Paul, 89 églises paroissiales, 6 chapelles consacre'es , la plupart des e'difices publics , et 5o salles servant aux assemblées des corps et me'tiers. Ce fut cinq ans après cet effroyable désastre, que le chevalier Christophe Wrcn commença la construction de cette colonne célèbre , qui ne fut terminée que 16 ans après. Les meilleures pierres de Portland y ont été employées. Posé sur un piédestal carré , de 4© pieds de haut sur 2 1 de circonférence , ce monument est surmonté d'une belle urne en bronze doré. En dedans est un grand escalier de marbre noir , formé de 145 marches, chacune haute de six pouces, et large de 10 et demi. Du coté de la nie qui aboutit au pont , et à l'ouest de la plinthe , le panneau du piédestal est orné d'un emblème très bien exécuté en relief, qui représente la destruction et la restauration de la cité , en 166G. Mais l'objet qui frappe le plus , est la figure d'une femme qui est l'emblème de la cité de Londres , et derrière laquelle on aperçoit des maisons en proie aux flammes. Elle est assise sur des ruines , dans l'attitude de la plus profonde douleur , la tête penchée sur son sein , ses cheveux en désordre , sa main négligemment posée sur son épée , et le bonnet de la liberté à ses cotés. Entre elle et les flammes , on voit le Temps qui la soutient et la console ; à sa' droite est une jeune femme qui la touche légèrement d'une main^ tandis que, tenant de l'autre un scep^ tre ailé , elle l'invite à kJver les yeux , et à re-
(69) garder l'Abondance et la Paix portées sur des nuages. La première tient la corne qui la caractérise , et Tautre la branche de palmier. Une ruche , emblème de l'industrie et de l'assiduité , à l'aide desquelles on surmonte tous les obstacles , est à ses pieds. Derrière la figure du Temps , sont plusieurs groupes de xitoyens qui applaudissent aux efforts qu'il fait pour relever la figure principale. Au-dessous, et au milieu des ruines , est un dragon servant de support aux armes de la cité , et s'efforçant de la défendre avec ses griffes ; vis-à-vis la cité, et sur un terrain élevé, on voit Gliarles II , vêtu à la romaine , le front ceint de lauriers, le bâton de commandement en main : il paraît s'approcher de la figure désolée , et ordonne à trois figures élevées dans les airs de descendre à son secours. La première est la Science ; sa tête est ailée , et des groupes d'enfans forment des danses autour d'elle. Sur sa main est la Nature , désignée par la multitude de ses mamelles. La seconde est l'Architecture, tenant d'une main un plan , et de l'autre une équerre et un compas. La troisième est la Liberté , agitant l'air de sa main , et exprimant sa joie à l'agréable perspective de voir le rétablissement de la cité. Derrière le roi , est son frère , le duc d'Ywk , tenant d'une main une guirlande pour couronner la cité , au moment où elle parait se relever , et de l'pitre , une épée pour la défendre. La Justice et la Force : la première tient une couronne , et l'autre un lion qu'elle gouverne
( 70) av€c des rênes. Dans une espèce de grotte pratiquée sous le terrain pavé où est le roi , on aperçoit r£nvie , rongeant un cœur , et exhalant des vapeurs infectes de sa bouche. Enfin , sur la partie supérieure de la plinthe , des maçons et d'autres ouvriers, travaillent à des maisons, indiquent la reconstruction de la cite'. Au nord et au sud, sur les panneaux sont des inscriptions latines , dont Tune exprime le désastre , et Fautre la réparation.