CHARYBDE
Si l'on compare l'état présent du gouffre de'
( i8i ) Charybde avec la description effrayante qu'en^ donnent tous les anciens auteurs , poètes , histo* riens ou philosophes , il paraîtra probable que quelque bouleversement a pu produire près de cet endroit des cavernes énormes qui reçoivent les eaux dans un bras du courant, et les rejettent ensuite dans l'autre. Homère et Virgile disent qu'il engloutissait et vomissait alternativement tout ce qui en approchait : aujourd'hui la mer ike parait pas y avoir de mouvement extraordinaire, et les vaisseaux y passent aisément. On ne saurait cependant révoquer en doute , que , du temps de Virgile , le Charybde offrait un phénomène- terrible. Sans cela, ce poète, malgré la licence qu'il aurait cru pouvoir se permettre en cette quaUté, aurait-il dit qu'Ënée et sa flotte aperçurent de fort loin ses effets, et qu'ils gagnèrent sur-le-champ le large pour l'éviter ? Hélénus aurait-il pris tant de peine pour le précautionner contre ce gouffre dangereux? Enfin lui aurait -il conseillé de faire plutôt tout le tour de la Sicile que de le passer ? D'ailleurs le» termes effrayans dont on se sert pour peindre le Charybde , dans les voyages d'Enée et d'Alcide ^ ne sont-ils pas les preuves irréfragables des périls auxquels on s'exposait en ne l'évitant pas? Les descriptions que font Strabon , Sénèque et Salluste , de ce gouffre , quoique plus faibles que celles des poètes, n'en confirment pas moins l'opinion que nous osons émettre sur la diminusk>n progressive que chaque siècle a du appor-'
( i8^) tev à ce détroit , ainisi qu'aux dangers qu'il pre'^ sentait.