‹ Les merveilles du nouveau Paris--Chapitre 102 sur 144 · LA CHARITÉ · texte numérisé non relu

LA CHARITÉ

la Bûcherie. C'est dans cette annexe que se trouve la salle des morts, où on transporte ceux du bâtiment principal par un pont couvert jeté sur le petit bras de la Seine.

Il se faisait dans cette salle, vers 1830, un assez grand commerce occulte de têtes, de bras, de jambes, etc., entre les infirmiers d'une part, les étudiants, les dentistes, les fabricants de squelettes articulés de l'autre. Un beau râtelier humain s'y vendait jusqu'à 100 francs; pour le reste, les prix variaient suivant la plus ou moins grande abondance de la marchandise. Un jour, la femme d'un jeune et riche propriétaire des environs de Paris apprend que son mari, grièvement blessé en duel, a été transporté à l'hôtel- Dieu. Elle accourt éplorée : son mari était mort; elle réclame le corps; on le cherche ; il a disparu, et cependant la date de la mort ne remonte pas à plus de quatre heures. La jeune femme se plaint, menace; on fait une enquête, et l'on découvre que le cadavre réclamé a été vendu à un jeune chirurgien nommé V..., tout nouvellement pourvu de son diplôme. Ce dernier avoue avoir fait cette acquisition; mais il ne peut restituer le cadavre, dont il n'a conservé que le squelette. Il témoigne à la jeune veuve tous ses regrets; il prodigue les paroles de consolation ; on entre en arrangement : il est convenu que le détenteur du squelette le fera articuler et qu'il le tiendra ensuite à la disposition de la veuve. Quelques jours après il faisait à cette dernière une visite de remerciment. A cette visite en succèdent plusieurs autres; les consolations vont leur train, et, au bout d'un an, la veuve inconsolable épousait son consolateur, qui est aujourd'hui en assez grand renom et qui conserve précieusement les deux maris de sa femme.

La Charité, reconstruite en partie dans ces dernières années, a subi d'importantes modifications.

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