‹ Les merveilles du nouveau Paris--Chapitre 59 sur 144 · PALAIS DE JUSTICE · texte numérisé non relu

PALAIS DE JUSTICE

la rue du llarlay, le quai des Orfèvres et la rue de la Sainte- Chapelle.

11 comprend dans son enceinte la préfecture de police et le Conciergerie.

Ce palais était autrefois l'habitation des rois de France, sous le nom de palais de la Cité. Les fondations remontent au temps des Romains, qui construisirent un château sur le même emplacement. Les rois de la première race occupaient alternativement le palais de la Cité et celui des Thermes, qui était alors situé dans la campagne. Saint Louis y établit des constructions nouvelles; on lui doit la Sainte-Chapelle, dont on admire l'architecture gothique. Ce fut sous le règne de Henri II que ce palais cessa définitivement d'être la demeure des rois, pour devenir le siège du Parlement. En 1776, un incendie dévora presque tout l'édifice. Il fut reconstruit sur les plans de plusieurs architectes, notamment : Moreau, Desmaisons, Couture et Antoine. La principale cour est fermée par une grille qui passe pour un chefd'œuvre de serrurerie.

La façade donnant sur la cour du Mai est l'œuvre de Des maisons : elle est ornée de quatre belles colonnes doriques et surmontée d'un dôme quadrangulaire; on y arrive par un perron de trente-sept marches. Deux arcades latérales communiquent, l'une avec la Conciergerie, l'autre avec le tribunal de simple police. Ces constructions remontent à

Le Palais de justice, curieux au point de vue de l'art, parce qu'on y retrouve les vestiges de l'architecture aux divers siècles de notre histoire, n'offre pas dans son ensemble de style propre ; il semble que chaque âge y ait jeté sa pensée et imprimé son cachet.

Sous la domination romaine et jusqu'à Charles V, il avait l'aspect d'une forteresse.

Des travaux fort importants ont été entrepris en L850,

sous la direction de M. Leduc, architecte, et sont encore continués aujourd'hui.

Les galeries affectées à la police correctionnelle sont remarquables par leur heureuse disposition architecturale plus que par le style.

La salle des Pas-Perdus est l'une des galeries les plus célèbres par son antiquité et par les souvenirs historiques qu'elle rappelle. D'énormes piliers doriques supportent les voûtes de deux nefs parallèles ; Jacques Debrosses la construisit sous Louis IX; on y voyait alors la fameuse table de marbre.

On montre encore le gros pilier où les plus fameux avocats délivraient leurs consultations. Un monument y a été élevéàMalesherbes, défenseur de Louis XYI. La salle des Pas-Perdus fut longtemps le rendez-vous des nouvellistes politiques.

A droite, c'est la Conciergerie (V. page 208), cette grille au-dessus de laquelle on lit : Maison d'arrêt, et où veille un garde de Paris, a vu passer bien des malheureux. C'est de là qu'avant 1830 sortaient les condamnés à mort pour aller à l'échafaud; c'est par cette grille que, le 20 novembre 1815, se sauva M. de Lavalette, déguisé avec les vêtements de sa femme.

Au bas du grand escalier, la célèbre comtesse de la Mothe fut marquée et fouettée ; de là elle fut enfermée à la Salpêtrière, d'où elle se sauva. On prétend que la sœur qui facilita sa fuite lui dit en la voyant prête à sortir :

« Faites en sorte de ne pas vous faire remarquer. »

Le jeu de mots est cruel à la fois et joli, mais nous n'en affirmons pas l'exactitude.

La première pierre du palais de la Bourse fut posée, le 24 mars 1808, dans l'emplacement de l'ancien couvent des Filles-Saint-Thomas, rue Yivienne.

Les travaux furent suspendus en 1824, et ne purent être

achevés qu'en septembre 1824. ("/est à Brongniart qu'on doit le plan de ce monument; il en poursuivit la construction jusqu'en 1813; mais il mourut, et Labare fut chargé de l'entier achèvement et de l'aménagement intérieur.

Le palais de la Bourse ne représente pas un monument spécialement affecté à une réunion de commerçants.

Lorsqu'on l'entreprit, on demanda à l'architecte un plan grandiose, digne de la capitale du monde, qui commandât l'admiration par la puissance de l'idée autant que par le goût artistique.

On ne peut contester que l'architecte n'ait réalisé une œuvre pure, digne d'être comparée aux plus beaux monuments de l'art antique.

La Bourse représente une sorte de temple grec périptère, d'ordre corinthien, entouré de . soixante-quatre colonnes, dont quatorze sur les façades et vingt sur les côtés; elles sont élevées sur un soubassement de 2 met. 50, et elles ont une hauteur de 10 met., avec un diamètre de 1 met. L'édifice a 72 met. de long sur 50 de large. Les colonnades offrent un promenoir.

La Bourse se tient au rez-de-chaussée, dans une salle magnifique, placée au centre de l'édifice; sa longueur est de 32 met. et sa largeur de 18; elle reçoit la lumière par la voûte vitrée; elle peut contenir deux mille personnes. La voûte est ornée de peintures en grisaille, de Meynier et d'Abel Pujol, qui représentent des bas-reliefs d'une grande saillie et produisent une illusion parfaite. Au premier étage se trouvaient autrefois les salles du tribunal de commerce, et aux étages supérieurs les divers greffes. Le tribunal de commerce et la Bourse affectée aux opérations commerciales s'étouffant mutuellement dans ce monument, devenu trop étroit par l'affluence des commerçants et des justiciables, il fut décidé que le tribunal consulaire serait transféré dans un autre monument, en face du Palais de justice.

C'était en 1820 , on construisait la Bourse dont une partie des frais était à la charge des commerçants de Paris. Les travaux n'avançaient que bien lentement; les matériaux encombraient les rues avoisinantes et en faisaient un réceptacle d'immondices qui causaient un grand préjudice aux boutiques de ces parages. Ils pétitionnèrent longtemps inutilement; une dernière supplique au roi eut enfin du succès ; elle se terminait ainsi :

« En définitive, Sire, on nous fait payer la Bourse qu'on ne nous donne pas, et l'on nous empêche de vivre. Nous venons demander à Votre Majesté la bourse ou la vie. =

Peu de jou,rs après, le nombre des ouvriers de la Bourse était quintuplé.

Sur la place de la Bourse était, un peu avant 1830, le café des Nouveautés, près du théâtre de ce nom, café et théâtre du Vaudeville aujourd'hui. Là se rencontraient souvent plusieurs journalistes, qui fréquentîient aussi un gai cabaret en plein champ, près du Petit-Mont-Rouge, portant pour enseigne : Au Moulin de beurre, et tenu par la mère Saguet, connue de tous les viveurs de Paris. Un matin la mère Saguet arrive au café des Nouveautés, dont ses habitués avaient souvent parlé devant elle; elle reconnaît plusieurs de ces derniers qui déjeunaient ensemble. « Bon ! fit-elle en s'asseyant sans façon ; je tombe bien. Vous allez me dire ce qu'est devenu votre camarade, le plus petit, celui qui a !a langue si bien pendue. — Je sais, ditMalitournequi achevait de ronger l'os d'une côtelette, c'est de X... que vous voulez paner. Eh bien, ma bonne mère, il est ministre. — Ça doit être une bonne place, ça? — Mais oui, assez bonne : cent cinquante mille francs d'appointements.... Est-ce qu'il vous doit quelque chose? — Dix-huit francs dix sous, mon petit, un dîner à trois.... tout vin cacheté.... cacheté vert, vous savez.... de celui qui vous a si bien tapé la dernière fois

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