‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecsChapitre 107 sur 251 · Callimaque, Hymnes^ V, 70-i3o · texte numérisé non relu

Callimaque, Hymnes^ V, 70-i3o

LES IDÉES ET LES PERSONNAGES Il3

de son temps, on reconnaît qu'il a eu sans cesse présents à Tesprit les ordres ou les desseins de Ptolémée Philadelphe ; il faut donc savoir découvrir les pensées secrètes qui se cachent entre les lignes. Mais il y a aussi des passages où nous n^avons aucun effort à faire pour retrouver dans ces poèmes l'histoire contemporaine ; rejetant tous les voiles, elle s'y fait jour hardiment au milieu du récit épique *. 11 en est de même chez Ovide : son esprit est si bien tendu vers Rome, et d'une façon si constante, que par instants il s'échappe brusquement de la société des héros grecs et revient d'un bond aux sept collines. II n'a pas la patience d'attendre le quatorzième chant ; il faut qu'il les revoie de temps en temps, comme si l'Olympe même était pour lui un lieu d'exil. Parfois une comparaison lui permet de franchir la distance ; l'attentat de Lycaon contre Jupiter lui rappelle le meurtre de Jules César ; le maître du monde vient à peine de châtier le sacrilège, qu'il reçoit des dieux des protestations de dévouement, comme Auguste en a reçu de ses concitoyens après la mort du dictateur^. Cadmus a tué le serpent de Thèbes ; des dents du monstre semées en terre naissent des guerriers qui sortent lentement des sillons ; « ainsi, aux jours de fête, quand s'élève la toile du théâtre, on voit paraître les personnages qu'elle représente ; d'abord ils montrent le visage, puis peu à peu le reste du corps, jusqu'à ce que, se déroulant par un mouvement lent et continu, ils apparaissent tout entiers et posent les pieds sur le bord de la scène ^. » Orphée, entouré par les Ménades qui vont le mettre en pièces, ressemble au cerf assailli par une meute dans une chasse de l'amphithéâtre*. Le sang de Pyrame jaillit de sa blessure comme l'eau que laissent échapper les fentes d'un tuyau de plomb ^. En général les vieux poètes grecs décrivent au moyen des comparaisons ce qui est éternel dans la nature ; de là de petits tableaux, où la réalité, même lorsqu'elle est familière, ne nuit pas à l'effet de l'action héroïque. Ovide, au contraire, nous arrache brusquement au spectacle du monde primitif pour attirer notre attention sur des scènes ou sur des traits de mœurs propres à sa nation et à son temps ; nous

1. Gallimaque, ^jm«es, I, 70-90; II, 25-27; IV, 160-190; Gouat, Poés. alex., p. 197-237.

Page 1