Schol. sur Hom., //., II, i
LA POÉSIE ROMANESQUE, L^IDYLLE ET l'ÉLÉGIE ïSq
Mais, quoi qu'il en soit de ce détail, Ovide compose son récit en vrai disciple des Alexandrins, par exemple quand il peint Dédale à l'ouvrage : a II dispose des plumes avec ordre, en commençant par la plus petite ; chacune' d'elles est plus longue que celle qui la suit* et toutes s'élèvent comme en pente douce; ainsi croissent par degrés les tubes inégaux de la flûte rustique. Ensuite Dédale fixe ces plumes au milieu avec du lin, à leur extrémité avec de la cire, et il imprime à l'ensemble une légère courbure, afin d'imiter l'aile des oiseaux. Le jeune Icare était debout auprès de lui; ignorant que ses mains jouaient avec ses propres dangers, tantôt il saisissait au vol, en souriant, les plumes qu'avait emportées la brise vagabonde ; tantôt il amollissait la cire blonde sous son pouce et retardait par ses jeux le travail merveilleux de son père. » À ce joli tableau de genre, où nous voyons un enfant espiègle égayer de ses ébats un atelier d'artisan, succède un morceau, qui rappelle les paysages historiques du Poussin ; Icare et son père traversent la scène, portés sur leurs ailes factices ; au-dessous d'eux, à droite et à gauche, nous apercevons leâ îles de la mer Egée ; au milieu s'étendent les flots, sur lesquels un pêcheur a jeté sa ligne; un pâtre tenant un bâton, un laboureur avec sa charrue sont debout près du rivage ; tous trois lèvent les yeux vers le ciel, ébahis d'un spectacle si nouveau. Ne nous fatiguons pas à chercher ici des comparaisons: ce tableau existe dans les fresques de Pompéi, et le pêcheur s'y trouve, et le berger aussi*. Comme les peintres et les sculpteurs de son temps imite.nt les tableaux et les bas-reliefs pittoresques des Alexandrins^, Ovide imite Callimaque ou les poètes de son école. Du récit des Aetia il ne nous reste pas un seul mot; nous n'en avons qu'un sommaire en prose, conservé par un scoliaste ; pourtant personne ne doute que les raisons fondées sur l'étude des procédés d'Ovide aient ici autant de force que des preuves positives. Ovide avait certainement beaucoup d'admiration pour les Aetia^ ; les Fastes témoignent à quel point il s'en était imprégné. Il doit y avoir dans les Métamorphoses bien d'autres fables qui proviennent de la même source; ces élégies savantes, même
1. Ov., VIII, 190 : « A. minima coeptas, longam breviore sequenti. » Si le vers n'est pas altéré, c'est un de ceux qu'Ovide eût corrigés.