Ov., Pont. y II
4. Cf. Tristes, V, 12, 11, où il compare son sort à celui de Socrate, Le Phédon de Platon est mentionné dans VIbis, 49^-
5. Prop., III, 5, 23; cf. 21, 25. Voyez aussi le ps. Tibulle, IV, i, ï5i.
Il arrivait h la maturité, a voulu montrer qu'il avait recueilli l'écho des discussions sur les grands problèmes. S'il n'a pas traité tout entier et exclusivement le sujet philosophique qui s'offrait à lui, il en a du moins condensé les principaux éléments au début et à la fin des Métamorphoses. Le premier chant s'ouvre par le récit de la création du monde ; la moitié du dernier est consacrée à un exposé de la doctrine pythagoricienne sur la migration des âmes et sur les évolutions de la nature. Ainsi ce poème, qui contient tant de choses légères, est encadré entre deux morceaux, où Ovide a résumé les résultats des plus hautes spéculations; il nous faut chercher par quelle voie ils lui ont été transmis et quel parti il en a tiré. Notre examen portera en premier lieu sur le quinzième chant, parce que c'est celui où nous avons le plus de chance de ne pas nous égarer; des conclusions que nous en tirerons dépend en grande partie le jugement que nous devons porter sur le premier.
La tradition des rapports de Numa avec Pythagore* repose sur un anachronisme grossier : Pythagore, d'après les calculs les plus vraisemblables, est né vers Tan 58o, environ un siècle après la mort de Numa*. Cette tradition erronée a dû se former vers le commencement du second siècle avaiit notre ère, lorsque les Grecs cherchaient à persuader aux Romains que les meilleures institutions de Rome avaient une origine grecque ; c'était le temps où Ennius, dans son Epic/inrme et dans ses Anna/es^ s'inspirait des idées pythagoriciennes; en 181 eut lieu sur le Janicule la découverte du prétendu tombeau de Numa et des sept livres où le sage monarque avait, disait-on, exposé la doctrine du philosophe, son maître. Les principaux annalistes du second siècle, Cassius Hémina, Calpurnius Piso, Sempronius Tutidanus, reproduisent les uns après les autres cette anecdote sans aucune hésitation; elle est rapportée encore avec une entière confiance par Valérius d'Antium, dont l'ouvrage fut écrit probablement vers le temps de
I. Sur le Pythagore d'Ovide, outre les dissertations citées plus loin, on peut consulter encore avec profit Hottinger, de Pythagora Ovidiano, dans ses Opascula philologica, Leipzig, 1817, p. 100 à 107.
a. Zeller (Ed.), Philosophie der Griechen, IIP, p. 79.
LA PHILOSOPHIE ET LA SCIENCE igS
Sylla \ Bref la légende était acceptée de tout le monde*; maïs bientôt après elle fut ruinée à jamais dans Tesprit des gens éclairés. Ce revirement doit être attribué d'abord aux historiens, qui cherchèrent à apporter plus de critique dans les synchro-^ nismes de l'histoire grecque et de Thistoire romaine ; Varron assigna à la biographie de Pythagore des dates qui faisaient de lui le contemporain de Tarquin TAncien'. Cicéron adopta une opinion plus conforme à la vérité ; pour lui Pythagore avait dû vivre au temps de Tarquin le Superbe et de Brutus*. Il est probable aussi que le réveil du pythagorisme, qui se produisit précisément au premier siècle, eut pour effet de ramener ses adeptes . à une étude plus attentive de ses origines et de rectifier ce que Cicéron appelait « une erreur invétérée^ ». Désormais la cause est entendue et les écrivains postérieurs n'osent plus soutenir que Numa a connu Pythagore, comme le prétendait encore, disent-ils, « l'opinion commune^ ». Ovide seul fait exception. On ne saurait admettre qu'il retarde et qu'il ignore les discussions des historiens^; il est manifeste qu'il a volontairement suivi un vieil auteur, qui avait traité des origines de Rome à une époque où la légende, détruite par Varron et par Cicéron, était encore dans toute sa fleur ; et, comme on ne peut songer aux historiens du second siècle, il reste que les Annales d'Ennius doivent être la source où ont été puisés les premiers éléments du récit. M. Vahlen a rapporté à l'introduction du premier livre des Annales quelques vers, où il est question des transformations des êtres et de la métempsychose ^ ; M. Lucien MùUerau contraire
I. Historicorum romanorum fragmentât éd. H. Peter; Gassius Hemina, fragm. 87 ; Piso, fragm. 11 ; Tuditanus, fragm. 3 ; Valerius, fragm. 8 et 9.
a. Gic, De la ré p. y II, i5 : « Saepe hoc de majoribus natu audivimus et ila intelligimus volgo existimari. »
3. Varron, fragm. aa et 37, dans Schmekel, De Ondiana Pythagoreae doctrinae adumhratione, diss. inaug., Greifswald, i885, p. 79.
4. Gic. De la rép., II, i5 ; De l'or., II, 87, i54; Tusc, I, 16; IV. i. Gf. Gastor dans Plut., Quest. rom., 10, et Glaudius Quadrigarius, s'il est identique au Glaudius de Plut., Numay 8 et 10.