Ibid., 552 à 559 et 565 à
LES LÉGENDES ET l'hISTOIRE DE l'iTALIE 229
troisième, il naquit un androgyne, qu'on alla jeter dans la mer ; en Gaule on vit trois soleils et trois lunes*... » Quand même Ovide eût été assez habile pour dissimuler jusqu'au bout l'aridité de la matière que pouvait lui oflFrir l'histoire romaine, il fallait encore qu'elle ne formât point un contraste trop choquant avec les treize livres qui précédaient ; tout son talent n'y aurait pas suffi : les métamorphoses qu'il aurait pu tirer d'Ennius, de Varron ou des annalistes auraient porté l'empreinte de l'esprit romain qui les avait imaginées. Il s'est donc arrêté à peu près au point où il ne trouvait plus rien à prendre de poétique dans les auteurs grecs ; ce qu'il a intercalé entre la mort de Numa et l'apothéose de César ^ n'a d'autre utilité que de remplir tant bien que mal une lacune de six cents ans ; car il fallait à tout prix finir sur un panégyrique de César et d'Auguste, et, comme son plan l'obligeait à suivre l'ordre des âges, il a dû s'ingénier pour que le lecteur passât de la période légendaire à la période contemporaine, sans trop s'apercevoir de la rapidité du trajet. Mais il est manifeste qu'il s'est désintéressé de la période intermédiaire, parce que les poètes grecs ne l'avaient point chantée; inversement nous sommes autorisés à conclure que, s'il a touché à une faible partie de l'histoire xiationale, c'est parce que les Grecs y avaient jeté eux-mêmes un rayon de leur fantaisie, ou parce qu'il voyait le moyen d'y introduire par un biais quelqu'une de leurs inventions.
Si on étudie de près la composition des deux derniers chants, on s'aperçoit qu'Ovide a constamment enlacé aux fables romaines des fables qui ont une origine grecque, ou qui se rapportent à des personnages grecs, de telle sorte qu'elles alternent les unes avec les autres jusqu'à la fin^. Par là il s'est ménagé la faculté de revenir sans cesse à la poésie hellénique, même lorsqu'il semblait qu'il dût y renoncer ; tant qu'il n'a pas abordé avec Enée sur les rives du Tibre, son dessein paraît encore d'une exécution assez facile : il chante Glaucus et Scylla, Polyphème et Circé, les compagnons de Diomède et Appulus ; la Grande Grèce est encore en