XIX. — Lafaye. — Ovide
3^ LES MÉTAMORPHOSES DOVIDE
s'est borné à changer le dénouement : Ctésylla meurt après quelques mois de mariage et à la place de son cadavre apparaît une colombe ; Hermocharès, sur le conseil d*un oracle, élève, dans Tîle de Céos, un temple à Vénus, qui depuis cette époque y est invoquée sous le nom de Ctésylla. Callimaque avait voulu expliquer pourquoi on servait des pommes dans les cérémonies nuptiales de Délos ; Nicandre expose l'origine d'un surnom attribué a Vénus par les habitants de Céos ; tous deux cherchent dans la mythologie romanesque la cause d'une coutume toujours observée de leur temps. La même légende sert à deux fins, suivant le point de vue particulier de l'auteur ; légèrement modifiée et rattachée à une histoire de métamorphose, elle fournit au plus jeune des deux poètes l'occasion de rivaliser avec son prédécesseur : ces sortes de gageures sont de celles où se complaisent les Alexandrins ; nous le voyons assez par V Anthologie *.
Notons aussi que Nicandre avait fait une place assez large aux légendes grecques de la Sicile et de l'Italie méridionale. Il racontait comment Typhon, après avoir vainement lutté contre les dieux, avait été enseveli sous l'Etna par Jupiter^. Il disait l'imprudente confiance des jeunes gens de Brindes, qui osèrent se mesurer dans l'art de la danse avec les nymphes, et, vaincus par elles, furent changés en arbres ^ Les colonies de la Grande Grèce avaient depuis longtemps leurs légendes ; plusieurs prétendaient avoir été fondées par Dioniède ; Nicandre avait puisé à cette source ; il chantait l'aventure des Doriens établis sur le territoire de la Daunie, dans le pays même où devait naître Horace; des barbares les ayant assaillis, on avait vu, disait-on, leurs âmes s'envoler sous la forme d'oiseaux*. Enfin, n'était-ce pas sur les bords du Pô que les sœurs de Phaéthon avaient enseveli leur malheureux frère et qu'elles-mêmes avaient été changées en peupliers"? Ainsi chez Nicandre l'Italie forme une province
1. Le rapprochement avec Callimaque est indique dans le texte même de Libé-
ralis, I, 2 : « KTrjauXXa yaXsirù); Tjvsyxev [toaizzo oxe KuôirrTiv 'Axovrio; sÇtjt:»-
T7]a£v]. » Les mots mis entre crochets par Martini ont en effet l'air d'une glo.se. Cependant il n'est pas impossible que Nicandre, pour rendre plus sensible le tour nouveau qu'il avait donné au développement, eût rappelé lui-même par une allusion l'ouvrage de son prédécesseur. Sur cette habitude des Alexandrins voyez Rohde, Griech. Roman. ^ p. ga, note 3.